‹ La philosophie pratique de KantChapitre 51 sur 361 · LE SENTI\IE?*T COMME PRINCIPE DE LA MORALE I · texte numérisé non relu

LE SENTI\IE?*T COMME PRINCIPE DE LA MORALE I

Il y a une autre sorte de bons sentiments, qui sont beaux et aimables, sans constituer pour cela une véritable vertu : ce sont ces sentiments d'obligeance complaisante, qui nous portent à nous rendre agréables aux autres, à leur témoigner de l'amitié, à entrer dans leurs vues, à déférci" à leurs désirs. On peut trouver belle cette aH'abililé séduisante et voir dans la facile souplesse du cœur ([ui en est capable un indice de bonté. « Mais elle est si loin d'être une vertu, que du moment où des principes supérieurs ne lui fixent pas de bornes et ne la tempèrent point, elle peut donner naissance à tous les vices. Car, sans compter que cette complaisance pour les personnes que nous fréquentons est très souvent une injustice à l'égard de celles qui se trouvent liors de ce petit cercle, un homme qui se livrerait tout entier à ce penchant pourrait avoir tous les vices, non par inclination immédiate, mais par disposition à faire plaisir '. » Ainsi dégénère un penchant en lui-même louable quand il n'est pas solidement soutenu par des principes.

(( La véritable vertu ne peiit donc être entée que sur des principes, et elle devient d'autant plus sublime et d'autant plus noble cpi'ils sont plus généraux. Ces principes ne sont pa^ des règles spéculatives, mais la conscience d'un sentiment qui vit dans tout cœur humain et qui s'étend bien au delà des principes particuliers de la pitié et de la complaisance. Je crois tout comprendre en disant que c'est le senlimenl de la heuiilé et de la dignité de la nature Jmmaiiie. Le sentiment de la beauté delà nature humaine est nn principe de bienveillance universelle, celui de sa dignité, de respect universel ; et si ce sentiment atteignait sa plus grande perfection dans le cœmr de quelque homme, cet homme à coup sûr s'aimerait et s'estimerait lui-même, mais seulement en tant qu'il est l'un de tous ceux auxquels s'étend son large et noble sentiment. Ce n est (ju'cn subordonnant à une inclination aussi générale nos inclinations paiticu-

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