VIll, p. 63o-63i
2. Kant déclarera plus tard que l'état de nature révèle aus!>i bien que l'état de civilisation un penchant primitif au mal. Die lleiigiun iniierhalb der Grenzen der blossen Vernunft, VI, p. 127. Et il interprétera aussi dans un sens rationaliste les principes d'éducation posés par Rousseau : « En quoi l'idée de la raison est-elle différente de l'idéal delà faculté d'imaginer P L'idée est une règle universelle in ahstractn, l'idéal est un cas particulier que je fais rentrer sous cette règle. C'est ainsi par exemple que l'Emile de Rousseau, que l'éducation à donner à Emile est une véritable idée de la raison. » Voilesungen iiher die phtlono/^iiische lieligioiisle/ne, éd. par Pôlitz, 2'' éd., ji. o.
LA PHII.OSOPHIE PRATIOLE DE KANT
surnaturel dans le Christianisme, c'est, avec sa doctrine, la force nécessaire pour la mettre en pratique ; mais par la moralité qu'il comporte et qu'il suppose, le Christianisme rejoint la foi naturelle. Naturelle ou surnaturelle, c'est toujours la foi qui nOus révèle Dieu, non la spéculation. « Ou bien la connaissance de Dieu est spéculative, et alors elle est incertaine, exposée à de dangereuses erreurs; ou bien elle est morale, elle se produit par la foi, et alors elle ne considère d'autres attributs de Dieu que ceux qui ont trait à la moralité '. » Si la piété est le complément de la bonté morale, la moralité naturelle est la pierre de touche de toute religion ^ C'est par le retour à la moralité naturelle que nous elTacerons les désordres dont on invoque le scandale contre la Providence, et dont l'apparente existence tient à la perversion de nos désirs '.
Ainsi Rousseau achève de pousser Kant hors des voies du rationalisme Avolffien, et il se rencontre avec les philosophes anglais pour le porter à voir dans le sentiment l'origine de la moralité. Mais concordantes par là, l'inlluence des Anglais et liniluence de Rousseau n'ont pénétré ni dans l'intelligence, ni dans l'âme de Kant au même degré de profondeur. Dans leur façon d'analyser les sentiments moraux, les Anglais sont encore des théoriciens, tout proches du concret assurément, très dégagés de toute scolastique, très hostiles à ces transpositions intellectuelles qui altèrent le réel sous prétexte d'en rendre compte, mais des théoriciens quand môme, de raison lucide et un peu courte, qui considèrent la nature humaine comme elle se présente à leurs yeux d'hommes très particulièrement sociables, et qui ne tentent aucun effort d'exploration vers des sources plus intimes et plus mystérieuses de la vie morale ; leur optimisme s'accommode de l'existence telle qu'elle est faite, ne discerne guère les conventions et les