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sont récompensées, parce qu'en elles-mêmes elles furent bonnes et vertueuses? Le cœur humain ne contient-il pas des prescriptions morales immédiates, et faut-il, pour mouvoir l'homme ici-has dans le sens de sa destination, appuyer nécessairement les machines à un autre monde? Peut-il bien sappcler honnête, peut-il s'appeler vertueux, celui cpii se laisserait volontiers aller à ses vices favoris, s'il n'avait pas l'épouvante d'un châtiment à venir, et ne faudra-t-il pas dire plutôt cpi'à la vérité il craint d'accomplir le mal, mais qu'il nourrit dans son ame une disposition mauvaise, qu il aime le profit des actions d'apparence vertueuse, mais qu'il déteste la vertu même? De fait, l'expérience témoigne aussi qu'il y a tant d'hommes qui sont instruits et convaincus de la réalité d'un monde futur, et qui cependant, adonnés au vice et à la bassesse, ne songent qu'au moyen d'échapper par fraude aux conséquences menaçantes de l'avenir ; mais sans doute il n'a jamais existé une ame droite qui pût supporter la pensée qu'avec la mort tout est fini, et dont les nobles tendances ne se soient pas élevées à l'espérance de la vie future. Aussi paraît-il plus conforme à la nature humaine et à la pureté des mœurs de fonder l'attente d'une autre vie sur les sentiments d'une ame bien née que de fonder au contraire sa bonne conduite sur l'espérance de l'autre vie. Il en est ainsi également de la foi morale, dont la simplicité peut être supérieure à bien des subtilités du raisonnement, qui est uniquement la seule à convenir à l'homme dans n'importe quelle condition, puisqu'elle le conduit sans détour à ses véritables fins. Laissons donc à la spéculation et à la sollicitude des esprits désœuvrés toutes les doctrines tapageuses sur des objets si éloignés. Elles nous sont en réalité indillérentes, et ce qu'il y a de momentanément spécieux dans les raisons pour ou contre peut bien décider de l'assentiment des écoles, mais déciderait diflicilement en quoi que ce soit de la destinée future des honnêtes gens. Aussi bien la raison humaine n'avait pas des ailes assez jouissantes
CRITIOIE DE L ANCIENNE METACUYSIQI'E 1.0,)
pour fendre les nuages élevés qui dérobent aux yeux les mystères de l'autre monde ; et à ces gens de curiosité ardente qui désirent si vivement savoir ce qui s'y passe, on peut donner le simple, mais bien naturel avis, que sans doute le plus sage pour eux, c'est de consentir à prendre patience jasqiiaa jour oà ils y arriveront. Mais comme notre sort dans la vie future peut selon toute vraisemblance tenir à la façon dont nous aurons accompli notre tâche dans celle-ci, je conclus parce que Fo//aire fait dire en fin de compte à son honnête Candide, après tant d'infructueuses discussions d'école : Songeons à nos ajfaircs, allons au jardin et travaillons \ »
Cette belle page nous donne bien la formule de la pensée explicite de Kant à ce moment: l'ancienne métaphysique est condamnée, non seulement pour la vanité de ses prétentions spéculatives, mais encore pour son inutilité pratique; les affirmations métaphysiques qui sont intimement liées à la moralité sont des croyances fondées sur ia moralité même, non des connaissances qui viendraient, après une justification intellectuelle, fournir des titres à la vie morale; comme discipline théorique, la métaphysique n'est plus (|ue la science des limites de la raison, destinée à libérer d'une science illusoire les préceptes immédiats du cœur avec la foi qui les accompagne. Mais entre ces conclusions expresses de Kant et les secrets besoins de sa pensée il restait sans doute une discordance profonde: dans tout ce travail critique de plusieurs années, qui paraît tant concéder à l'empirisme, on peut relever malgré tout la persistance d'un certain esprit rationaliste qui ne conclut contre lui-même que par impuissance momentanée à se satisfaire ; et il faut ajouter que cet esprit rationahste reste dans son fondconstructif, systématique, et dans une certaine mesure imaginatif. N'élait-il pas naturel que dans l'intelligence de Kant cet esprit toujours présent fût comme tourmente du