P. if
3. A . dans Ips « l.ose Bldlier » uti auln; i'riigment, ijiii est comme iiilermcdiaire entre le sons de celuici et les vues analogues des Leçons sur Ut Métaphysique. E, Gi. II, p. 228-324.
LES ÉLÉMENTS DL l'UOClLVlN SYSTEME MORAT. l85
vait dt'fmilivement le principe de la moralité. Elle mettait ainsi hors du système la théorie que Kant avait esquissée dans ce fragment.
Actuellement il n'est pas d'autres sources auxquelles on puisse se reporter avec quelque confiance pour achever de se représenter ce qu'a pu être la pensée de Kant sur les problèmes pratiques avant 1781 \ Nous possédons toutefois des éléments considérables du futur système moral, et voici ce que nous en savons : ce système doit être fondé sur la raison : la raison a un double usage, un usage théorique et un usage pratique : l'affîrmation suprême à laquelle la conduit son usage théorique, l'aflirmation de l'existence de
2. Sur la foi de Bcnno Erdmann, Ilegler {Die Psychologie in Kants Ethik, p. SaS-Sa^) a utilisé pour la période antérieure à la Critique la Menschpiikundeoder Philosophische AiUln apologie publiée par Starke en i83i d'après des leçons manuscrites de Kant. Benno Erdmann s'était appuyé sur cette phrase (p. 60), que « l'entcndemout représente les choses, non pas comme nous en sommes afTectés, mais comme elles sont en elles-mêmes » pour soutenir que CCS leçons d'Anthropologie dataient d'un temps oîi Kant n'avait pas encore rompu avec le dogmatisme de la Dissertation de 1770, très vraisemhlablcmentde 1773-177^. Reflexioiien Kants, I, p. 58. Cependant Bcnno Erdmann eût pu remarquer contre sa thèse, d'abord cpe pour la Critique même il y a une acception dans laquelle on [jcut dire cpie 1 entendement représente les objets tels qu'ils sont en soi {Kritik der reinen Vernunft, III, p. 233), ensuite que, sur la nécessité des sens pour fournir un objet à l'entendement, cette même Anthropologie contient des formules d'une précision semblable à colles de la Critique (p. 39-4 1, p- 208). Mais il y a plus : certains indices externes ont été relevés, d'abord par Miinzcr {Der Entwicklungsgang der kantischen Ethik, Kantstudien, III, p. 65-68) jiuis par Otto Schlapp {Die An fange i'o/i Kants Kritik des Geschinacks und des Génies, p. 8-12, 1899, première partie de l'ouvrage précédemment cité) qui rendent complètement inadmissible la date proposée par Benno Erdmann. Enfin Otto Schlapp a eu sous les yeux une rédaction des Leçons d'AnIhropologie de Kant par Ghr. Fr. Puttlich, qui est très voisine du texte de Starke et C[ui porte la date de décembre 1784. Malgré quelques motifs de doute, c'est à cette date de 1784 que conclut finalement Otto Schlapp ; c'était celle qu'avait adoptée, pour des raisons internes, Paul Menzer. Elle est en effet très vraisemblable. V Anthropologie de Starke contient des indications et des développements qui se retrouvent dans les écrits publiés par Kant en 1784-1785 ; p. ex., sur la façon do concilier le droit et le devoir de raisonner en public avec l'obéissance à l'Etat (p. 2i5, p. 317) sur la nécessité d'émanciper la raison de toute tutelle extérieure (p. 208), des idées qui seront reproduites dans Was ist Aufklà-
LA PIIILOSOPIIÎE PRVTIOIE DE KANT
Dieu, est nécessaire pour qu'elle ne se contredise pas ; mais comme cette affirmation n'est accompagnée d'aucune intuition intellectuelle qui en saisisse directement l'objet, comme elle ne peut atteindre par pur développement de concepts l'existence qui est, non un prédicat, mais une absolue position, comme enfin elle est une hypothèse pour la raison, non l'expression d'un objet en soi, elle doit être appelée une croyance, — croyance légitime et nécessaire à coup sûr, mais enfin croyance. Dès lors, puisque môme théoriquement une place doit être faite à la croyance rationnelle, le rôle qui lui revient au point de vue pratique peut être considérable sans surprendre. L'idée d'une croyance rationnelle exprime bien qu'il y a des exigences et des intérêts de la raison, qui réclament leur satisfaction autrement que par des démonstrations rigoureuses, et qui créent des adhésions là où la certitude proprement dite manque. Il y a donc un ordre de la pratique, qui vaut par des expériences ou des convictions immédiates, — expérience de la liberté, conviction de l'immortalité et de l'existence de Dieu, — dont d'ailleurs la raison théorique épure et développe le concept, mais sans pouvoir leur conférer ni réalité directe, ni efficacité. C'est ainsi que Kant n'arrive pas encore h concevoir que la liberté transcendantale puisse être liée à des motifs d'action, ou comment elle peut l'être ; il ne paraît en élever l'idée au-dessus de toute relation et de toute condition que pour le besoin purement spéculatif de la saisir dans sa « pureté » : ses recherches ou ses tentatives hésitantes pour la déterminer
riiiif^; sur l'impossibilité de constituer rationnellement un concept du bonlicur tolal (p. 3()!i), une critique qui reparaîtra dans la (iiiindlegunn ; sur le proîjrès de i'iunnanité vers une constitution juridique universelle, des considérations qui trouveront place dans V fdee zu eiiier allgeineinen (îeschichle. Ilegler avait surtout signalé comme préparant la fioctrine critique (mais elles en sont, d après ce que nous venons de dire, contemporaines) les propositions de V Anthropologie qui veulent que l'action morale repose, non sur des sentiments, mais sur des principes (p. 92, p. 2i3, p. 273, p. 347, P- ^^9) et qui distinguent profondément entre ce que l'homme est par sa nature et ce qu'il doit se faire lui-même par sa liberté (p. 34y)-
LA CniTIQl E DE LA RAISON PURE 187
plus positivement n'arrivent pas à surmonter le dualisme encore plus fort du transcendantal et du pratique. C'est à la liberté pratique que se rattache la loi morale, ou même que se rattachent les divers impératifs, nettement distingués à nouveau, mais sans que cette distinction, plus logique encore que réelle, s'identifie à la distinction des deux mondes. Bien des idées sont donc prêtes pour le système : c'est le système qui manque.