‹ La philosophie religieuse de Charles RenouvierChapitre 54 sur 70 · LES RELIGIONS · texte numérisé non relu

LES RELIGIONS

Une philosophie qui disserte sur l'immortalité, l'existence et les attributs de Dieu, la création, l'origine et la fin du mal, ne saurait négliger les doctrines ou les expériences religieuses qui, dans l'histoire, ont précisé ces thèses. Renouvier a examiné toutes ces expériences et toutes ces doctrines. Les notions morales des sages de l'Inde et de l'Egypte, de la Grèce et de Rome, des philosophes des temps anciens et de l'époque moderne, le fétichisme des tribus africaines et des races de la Polynésie, les traditions patriarcales des Chinois et des Japonais, les divinités des bords du Nil et. les légendes des rives de l'Euphrate, les hymnes du Rigvéda, la théorie du Soma, la mythologie de l'Olympe, le panthéisme de Cakyamouni, le monothéisme du Sinaî, le fatalisme de l'Islam, tous les systèmes, tous les cultes, toutes les croyances ont leur place dans l'œuvre du

m et du psychologue qui est, à certains égards, line inépuisable didées et de faits, est pas question de suivre pas à pas le chercheur Tunivers qu'il explore. Aussi bien, ce qui attire it c'est moins sa connaissance des réalités parties, et son opinion à leur sujet, que sa manière de •endre les principes généraux, et la valeur qu'il oncède ; ce qui importe c'est moins son jugement s dogmes des autres âges et des autres races, que gement sur les dogmes auxquels croient encore, es jours présents, les peuples civilisés, louvier estime que, tantôt seules, tantôt de concert a philosophie, les religions ont fait l'éducation de anité dans la double recherche du vrai et du juste. Lis, « elles ont donné satisfaction au principe de ir, méconnu par les philosophes, et elles ont fait Foi un usage, en soi légitime, pour poser dans le e autre chose que les froids objets de la spéculaes écoles »^ iportance pratique de la religion est incontestable

à l'heure actuelle, après de longues périodes lires de développement intellectuel et moral ; en ■il à jamais ainsi ? La religion marque-t-elle un înt transitoire de l'évolution de l'homme, ou estiez lui une prédisposition originelle? Est-elle la s expression de ses désirs, de ses espoirs, de ses

ou la légitimation de sa vraie nature, la proî de sa vraie destinée ? Les religions prétendent à ité perdurable; cette prétention est-elle toujours rreur ? Les religions se donnent comme révélées ; donnée est-elle toujours inacceptable ?

roduction à Ut philosophie analytique,,, p. 201.

Les religions ne sont pas des produits réguliers de croissance, observe Renouvier, « elles commencent par une sorte d'inspiration commune et d'entente spontanée des hommes... grâce à des notions morales inspirées par leurs relations mutuelles ou à l'initiative de quelques hommes supérieurs capables d'inspiration personnelle » ^ « Le fruit de cette inspiration individuelle » est une révélation ^ Le révélateur est « un homme inspiré qui s'est cru et que son peuple a cru animé de l'esprit de Dieu »^. Cette inspiration est-elle un phénomène d'autosuggestion ou correspond-elle à une réalité ? Le philosophe écarte résolument « la grossière et trop facile supposition d'imposture » ^. Pareille supposition écartée, l'homme qui se croit animé par l'esprit de Dieu est-il dans la vérité ou dans l'illusion ?

L'idée même de révélation, d'inspiration qui se trouve universellement et indissolublement liée à toute religion historique, pose immédiatement le problème initiai qui domine les autres : le problème du surnaturel. Dieu qui est, comme l'enseigne le néocriticisme, une personne réelle, Dieu veut-il inspirer ses créatures et le peut-il ?

Page 1