LE CHRISTIANISME
Le christianisme a sa source dans le judaïsme. Jésus a formé et mûri sa pensée par la méditation des doctrines auxquelles aboutissent l'évolution et le sentiment religieux du peuple élu ; les grandes idées de l'évangile plongent en elles leurs racines profondes ^
Sans répéter les raisons qui établissent la possibilité d'une révélation spéciale, il est utile de rappeler que ces raisons sont plausibles et nombreuses. La tradition historique peut être le sol dans lequel s'élabore une croyance que le seul développement des croyances antérieures n'eut pas suffi à produire. La filiation du christianisme que Renouvier indique est moralement et religieusement juste. Est-elle unique ? Le génie du révélateur, de celui qui énonce les pensées ou les aspirations nouvelles, peut lui venir d'ailleurs que de la
' Philosophie analytique de V histoire.,* t. II, p. 240-241.
race, ou du temps, ou de la réflexion. Le Dieu créateur peut n'avoir pas épuisé d'un seul coup sa puissance, et n'avoir pas abandonné l'éducation entreprise. A tous les liens qui rattachent au passé et à la terre des humains la religion, jugée d'un commun accord la religion supérieure, peut s'ajouter un lien qui la rattache au monde céleste, dont elle indique la nature, et à l'Etre suprême, dont elle indique la volonté. L'un des chapitres de la Philosophie analytique est intitulé : « la révélation chrétienne »S et le titre répond à la chose plus que l'auteur du livre ne le prouve et ne l'admet.
Renouvier montre lui-même que le christianisme n'est pas la continuation toute simple des lignes dessinées par la tradition hébraïque. Il y avait des Juifs et des sectateurs du judaïsme dans l'empire qui gouvernait et absorbait le monde, à Rome et hors de Rome, lorsque la lumière nouvelle filtra lentement de l'Orient. Et toutefois, si le monde romain avait réellement accepté le christianisnie, l'histoire n'eut jamais enregistré dans son cours une aussi profonde révolution morale et sociale^.