‹ La philosophie religieuse de Charles RenouvierChapitre 68 sur 70 · LA NAISSANCE SURNATURELLE · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE SURNATURELLE

Plus encore que la préexistence, la naissance surnaturelle est, pour le philosophe, « une doctrine du genre des métamorphoses et de la magie »K Elle partage le vice logique de la croyance à la trinité ^, et elle est loin d'être autorisée par l'ensemble des premiers témoignages apostoliques, puisque saint Paul ne l'a pas connue-^. La génération métaphysique du Verbe avait déjà noyé le christianisme dans les contradictions que l'on ne résolvait pas en les appelant des mystères ; la génération humaine de ce Verbe accentua la perturbation, jetée par la spéculation platonicienne dans les croyances mosaïques ^

Renouvier a plusieurs raisons à prîori de juger ainsi. Il repousse le miracle ; la naissance surnaturelle en

* Phi/ûsophie analytique de i'hisfoire,,. t. Il, p. 4^3. Année Philosophique,,, 1894, p. 3.

2 Nouvelle Monadologie,,, p. 497.

Histoire et solution des problèmes métaphysiques,,, i53. ^ Philosophie analytique de V histoire,,, t H, p. 433.

Année Philosophique,,, 1894, p. 3.

* Philosophie analytique de F histoire,,, 1. 11, p. 483.

Histoire et solution des problèmes métaphysiques,,, p. i52.

appelant au miracle est, par cela même, condamnée. Il nie la préexistence ; logiquement, quand on n'accepte pas la préexistence, la naissance surnaturelle devient inutile.

Si, au contraire, on admet la préexistence personnelle, inévitablement, et quel que soit son mode, une pareille naissance devient nécessaire. Voilà pourquoi il n'est pas exact de dire que Paul a ignoré la croyance primitive. On ne saurait nier que Tapôtre ne conçoive le Christ comme préexistant ; comment, par suite, pourrait-il ne pas recourir à la naissance surnaturelle, puisqu'il enseigne la venue, sur la terre, du Fils de Dieu ! Silence et ignorance ne sont point des synonymes. Les affirmations les plus caractéristiques de son système présupposent toujours la naissance surnaturelle qu'il ne nomme pas.

Comparer cette naissance avec la génération métaphysique du Verbe, l'envisager au point de vue de la trinité, c'est charger celle-là des contradictions de celles-ci, mais à tort. Celles-ci, on le verra, violent le principe cardinal de la raison, celle-là lui est indifférente.

Le principe du nombre oblige à poser un commencement pour l'humanité. Peu importe le comment du devenir de notre race ; elle n'était pas et elle est née. En tout cas, les premiers êtres ne sont pas issus d'un père et d'une mère humains ; sans cela ils n'auraient pas été les premiers ; étant les premiers ils inaugurent la race et n'en reçoivent rien. Des êtres humains ayant existé sans le concours d'ascendants créateurs, un autre être humain a pu surgir de pareille manière ; ce qui a été peut être de nouveau. Si la création des premiers êtres n'est pas contradictoire, et elle ne l'est pas, l'apparition d'un être surgi en dehors de la série naturelle ne l'est pas davantage.

Les moyens de Fincarnation échappent à notre connaissance, maïs la formation d'un être naturel présente également un insondable mystère. Et ici encore, Renouvier, se réfutant lui-même, projette quelques rayons dans cette obscurité. L'une des objections opposées à la doctrine des trois mondes, est de méconnaître l'importance du facteur paternel dans la génération terrestre. Les germes des êtres primitifs se transmettent par séries, d'ovule en ovule, et viennent au jour quand leur évolution rencontre les circonstances inconnues favorables à leur éclosion. Ces germes sont impondérables et inaltérables, soustraits aux actions mécanique et chimique, vivants au milieu des embrasements de la nébuleuse. Les individus potentiels qui ont, pour un temps, cessé d'être, seront appelés à être de nouveau. Il y a là une indication utile pour imaginer le comment de l'incarnation. Ce que le philosophe croyait possible quand il s'agissait de tous les êtres, est-il impossible quand il s'agit d'un être seul ? Et si l'incarnation des hommes, exilés loin du monde supra-terrestre, n'est pas une absurdité, pourquoi serait-ce une absurdité d'admettre l'incarnation du Christ quittant volontairement le ciel ?

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