CHAPITRE PREMIER
DE l'existence DE DIEU.
Obierratloiu prélinUiialrM.
909. Les diverses directîODS que prit la philosophie par Euite du système de Kant devaient se montrer plus que partout ailleurs daus la doctrioe touchant Dieu et ses rapports >Teo le moude. Peu de philosophes tentèrent, comnie Hermès, de rouvrir, par une nouvelle critique, la voie que la Eritique avait fermée, pour conduire l'intelligence humaine, lu moyen du raisonnement, des créatures au Créateur. On iBDaît plutdt la connaissance de Dieu pour une connaissance Dnée ou originelle qu'il n'est ni possible ni nécessaire de ^montrer par des raisonnements. Mais sous ce rapport se ont produites deux tendances différentes. Certains philo- (phes attrihuaient cette connaissance innée, non médiate t Dieu à la raison humaine, en la considérant soit conmie n senUment de supersensible à la manière de Jacobi , soit
avec Maiebranche et Schelling comme une tîsîod intellectuelle. D'autres prétendaient , au contraire , que cette connaissance ne peut être donnée que par la révélation ni être répandue et conservée que par tradition. Les uns et lesautres croyaient que k connaissance de Dieu , telle qu'ils l'admettaient , est le commencement et la base de toute autre coqnaissance du supersensible. Néanmoins plusieurs d'entre ces philosophes ne rejetaient ni comme sans valeur ni comme inutiles les arguments dont on se servait autrefois pour prouver l'existence de Dieu. En effet , ceux qui adhèrent encore au système de Maiebranche conviennent que la connaissance de Dieu, qui précède toute autre connaissance, n'est toutefois qu'une perception inconsciente de l'Être pur ou absolu. Or, disMil-ib, pour comprendre d'une manière réflexe que cet Etre existe réellement et qu'il est un Etre distinct du monde comme son créateur et son seigneur, il faut assurément recourir à la considération des choses finies (n. HT). Toutefois, si pour ce motif ces philosophes tiennent pour valables les preuves où l'on conclut des créatures au Créateur, ils devaient , en vertu de leur système, s'attacher surtout à la preuve dans laquelle l'existence de IMeu se conclut, de l'idée que nous avons de lut , et même fûre dépendre de cette preuve, dans une certaine mesure, la force prohante de tous les autres arguments. SI l'idée de Dieu précède, comme leur règle, toutes las autreg cooDaiisances, la connaissance qui part des choses finies se peut avoir une entité certitude, à moins qu'auparavant oo n'ait reconnu la vérité objective de cette idée* Pareillement, parmi ceux qui font dépendra la connaissance de Dieu de la révélation, il eu est qui ne contËfitent pas que cette connaissance, après iqu'elle a été obtenue par une révélation divine , ne puisse é^ confirmée scientifiquement par divers raisonnements.
Bien éloignés de l'une nomme de l'eutrs de ces deux opinions, Hermès et Gûotber s'accordent avae l'antiquité à dire
qge pour la rnson hutnaine la connaissaDca de Dieu d^eod de la coDQsissaQce des choses créées, Toutefois, pour expli*quer, 4u moyeu de la conscience de soi-môme, l'origine de l'idée de Dieu en nous, Gûnther établit une tiiéone toute spéciale et d'uoe importance telle qu'on a cru pouvoir expli<quer par elle toutes les doctrines dans lesquelles l'école gUnthérieime s'écarte des dpctrines de l'ancienne école,
IVous avons déjà discuté plusieurs des points que nous venons d'iodiquer. Nous nous sommes attachés à prouver, par la constitution de notre intelligence aussi bien que par la nature de l'esprit liutuain, que Dieu n'est pas l'objet premier et immédiat de notre connaissance intellectuelle , et pour cette doctrine nous avoue trouvé les Pères de l'Ëglise par&ùtementd'accord avec la scolastique* Hais ^i,pourtoutea ces raisons, nous avons nié la réalité d'une connaissance io)médiatç de Dieu, qui eereit une vraie vision de l'Absolu; toutefois pous n'avons nullement contesté . et nous avons même prouvé la réalité d'une connaissance spontanée de Dieu, coDOaiswnoe qu'on peut appeler immédiate en ce sens quo pour l'obtenir il n'est pas bespio de i-éflexions Inngues et pénible, ni mômefaites avec conscience'. JVous crayons ^aleiDent «voir établi que ceux qui sans la révélation ne regardent comme possible aucune connaissanpc de Dieu sent en ci^tradiction avec la révélation même et méconnaissent la nature de rbomme, aussi bien que I4 tâcbe ipii incombe à la science', Afajs de même qu'évidemment uiiHia ne nipns pas pour cela le Sait que Dieu a révélé & l'homou dèe le {HÎncipe , evee les mystères de 1a foi , les vérités de l'ordre naturel, de même nous sommes loin de soutenir que l'homme, s'il avait été créé avec les {acuités jju'U possède A préswt, pourrait acquérir ]a Connaissance de Dieu et de sa loi sans une influence divine^ dirigeant et secondant le tra-^
■ voir plus baot, nQ. S26, 227^ 431, 435 «t as. — Th&)l0f/i« ekr Ver^ %eit, tom. II, p; S4 et sS.
> Theol. der Von., tom. II, p. SS2 et ss.
Tail de son intelligence. Comme l'enseigne encore la scolastique d'accord ayec les Pères, la connaissance de Dieu qu'on nonune naturelle est bien indépendante de la révélaUoD el de la grâce entendues dans le sens strict du mot , mais non de la Providence divine qui gouverne toutes choses en nous et hors de nous '.
910. De plus, nous avons déji fait voir combien est p«nicieuse l'opinion qu'on a répandue depuis Kant, savoir, que l'existence de Dieu ne peut être démontrée rigoureusement par la raison*. Incontestablement, toutefois, cette opinion n'aurait pas fait tomber tant d'intelligences peu fermes, ni confirmé dans leur incrédulité tant d'esprits égarés, si elle n'avait été soutenue que par des philosophes antichrétiens. En efifet , c'est un extrême danger non-seulement pour te savants, mais encore pour la grande foule de ceux qui ne sont pascapables d'apprécier par eux-mêmes des démonstrations scientifiques, d'entendre dire & des défenseurs de la vérité révélée et à des ministres de la parole diviue que 1» vérite, sur la connaissance de laquelle se fonde toute la fol. ne peut, à parler rigoureusement , être démontrée par ds preuves valables. Si forte que soit la preuve tirée de la cooscience intime que doue avons spontenément de Dieu, si aple qu'elle soit à faire impression sur les Ames droites etpum il est h. craindre que pour beaucoup d'hommes elle ne pcidt toute son efficacité , si l'on ajoute que cette vérité qui paà tant au cœur est inaccessible à tous les efforts de la raison humaine. Car il s'agit ici d'une vérité qui dans les connaissances religieuses est la première et le fondement nécessaire de toutes les autres ; or une telle vérité ne doit pas être îoif dée uniquement sur de vagues soupçons ou de simples sentiments. Cette concession qu'on faisait à l'incrédulité devait être d'autant plus funeste qu'elle impliquait cet autre aveu :
' Voir plu3 hautj nn. 227, 438, «4 et Cf. Théologie âer Von^' tom. 11, p. «0.
* Th<oI. der Von., tom. II, p. 46 et es.
Par suite des spéculations plus approfondies de dos philo sophes modernes on s'est enfin aperçu de l'infirmité des arguments sur lesquels les Pères de l'Église et les théol(^iens de tous les siècles se sont appuyés avec tant de confiance. Ou bien croit-on qu'on puisse, même sur ce point, saper impu- Dément l'autorité de toute raotiquité chrétienne et, quand il s'agit du premier et indispensable fondement de la foi^ donner la palme de la victoire aux prétendus philosophes qui n'aspirent qu'à la mine du christianisme ?
Ou répliquera peut-être qu'en cultivant la science on ne peut Être tenu de laisser intactes non-seulement les vérités que la tradition rend vénérables à nos yeux , mais encore les preuves mêmes sur lesquelles on les appuyait. Mais ce n'est pas ici le lieu d' examiner si, en certains cas, une telle obligation peut être imposée aux théologiens, et si le point dont il s'agit se trouve au nombre de ces cas. Car nous ne parions pas de la violation d'une obligation fondée sur l'autorité de la révélation ou de l'Église, mais des suites funestes qu'une telle manière de procéder peut avoir pour la science et la vie pratique. Ce serait tout autre chose si, comme le font aujourd'hui bien des savants, on s'efforçait seulement, par de nouvelles investigations ou par une étude plus complète, de mettre les anciennes démonstrations à l'abri des attaques qu'on dirige contre elles de nos jours ; car voilà un progrès que la science peut et doit faire. Mais elle ne peut, sur ce point, renoncer à une démonstration vraie sans renoncer à elle-même ni se déclarer incapable d'être utile nonseulement à la foi chrétienne, mais en général aux aspirations supérieures de l'homme. Une philosophie qui, dans la question relative à l'eiistence de Dieu, se contente des sentiments du cœur ou d'une pieuse croyance déclare elle-même qu'elle ne s'étend pas au-delà du monde visible et nie la possibilité de justifier la foi à la révélation dans la science.