‹ La philosophie scolastique, exposée et défendue (volume 2)Chapitre 9 sur 35 · COMPARÉE AVEC L'ANTHROPOLOGIE PANTHËISTIQUE · texte numérisé non relu

COMPARÉE AVEC L'ANTHROPOLOGIE PANTHËISTIQUE

les âmes humaines ne peuvent pas être des individus de la mâme espèce. Car l'âme humaine ressemble bien au pur esprit en ce qu'elle n'est pas coursée de matière, mais elle s'en distingue en ce qu'elle est pourtant dans la matière et , comme celle-ci , partie d'un autre, savoir, de l'homme '. De même donc que l'homme est homme, parce qu'il se compose d'un corps et d'une âme, et qu'il est tel homme, en tant que composé de tel corps et de telle âme déterminés, de même une substance spirituelle est une âme faumiûne, en tant qu'elle se trouve dans un corps, et elle est telle âme déterminée en tant qu'elle est en tel corps déterminé. Or la relation de chaque &me â son corps persiste mâme dans les âmes séparées, et elle persiste en elles comme une chose appartenant k leur nature. S'il n'est pas naturel à l'âme d'être séparée du corps, c'est seulement en ce sens que, sans le corps, elle ne peut pas exercer toutes ses facultés, et que sous ce rapport quelque chose lui manque; au contraire, il est, sinon métaphysiquement impossible, du moins positivement contre nature qu'une âme soit unie â un autre corps que celui dans lequel elle a été créée. Car, puisque le corps aussi bien que l'âme appartient à l'essence de l'homme, le nouvel homme qui se formerait ainsi serait, quant à l'âme, le même individu, mais, quant au corps, il serait une autre individualité. De môme donc que les âmes humaines, tout en n'étant pas dans le corps, se distinguent pourtant des Anges quant à l'espèce, de môme la relation, que chacune conserve avec le corps dans lequel elle existait, suffit pleinement pour qu'on puisse les distinguer entre elles comme des individus*.

* Licet anima intellectiva non habeat materiam, ex qua sit, sicut nec Angélus : tamen est forma materite alicujus, quod An^^elo non confenit. Etideo secundum dm3ionemmaterifesuntmiiitffi(aniaiœ}, mutti autem Angeli unius speciei omnino esse non poseunt. (Summ., loc. cit.)

* Hultitndo animarmn a corporibus separatamm consequitur quideni diversitatem formarum secundum substantiam, quia alîa est

3&S L'ANTHR(H>OLOGIE SOOLASTIQUE

902. Mais, si l'on peut ainsi venger saint Thomas du reproche de B'étre mis en contradiction avec lui-même, toutefois, au2 yeux de plusieurs scolastiques, sa doctrine n'est pas suffisamment démontrée. Non-seulement Scot qui aimait à se mettre en opposition avec le Docteur angélique, mais encore d'autres scolastiques célèbres, comme Suarez et Fonseca, étaient sur ce point d'un autre opinion. Suivant Suarez, on ne peut conclure de la relation existant entre la forme et la matière que ce que saint Thomas disait phis haut de la multiplication, savoir, que, comme la génération et la corruption de substances corporelles, elle est possible à cause de la matière. Mais ce par quoi toute chose existante est individuelle {le principe constitutif de l'individualité} ne doit être cherché que dans son être même, et cela s'applique aussi bien à la matière et k la forme, considérées chacune à part, qu'au corps qui en est composé et en général à toute substance '. On peut donc concevoir aussi des substances

substantia hujus animœ et illius ; non taœen ista diversiUs procedit eidiversitateprincipiomine»sentialiumipsiuaanims,nec est secundum diversam rationem iptiius animie, sed est secnndum diTersam commenBurationem animarum ad cor^iora. Hœc eoim aoima est commensurala huic corpori et non illî; itia autem alii et sic de omnibus. HujuBmodi autem commensurotjgnes rémanent in animabus eliam pereuntibus corporibus, sicut et ipsœ eorum substantiie manent quasi a corporibus secundum esse npn dépendantes. (Coatr, Gent., loc. cit.]

Aristoteles in lib. I de anima (c. 3, t. LIil) reprehendit antiques de hoc, quod disserentes de anima nihil de proprio suaceptibili dicebant, quasi esset contingens (secundum PyÙiagoricas fabulas) quamiibet animam quodlibet corpus induere. Non est igitur possibile, quod anima canis ingrediatur corpus lupi tcI anima faominis oliud corpus quam hominis. Sed quœ est proportio animœ hominis ad corpus hominis, eadem est proportio animœ hujus hominis ad corpus hujos hominis. Non est igitur possibile animam hujus hominis ingredi aliud corpus quam istius hominis. (Contr. Gent., c. 73.)

' Non negat hsc opinio (il parle de la sienne) in individua entitate posée ratione distingui naturam communem ab entitate singalari, et hoc individuum addere supra speciem aliquid ratione distinctum, quod secundum metapbj^icam vonsiderationem habet rt-

C(»IPAIt£E AVEC L'ANTHROKHOaiE PANTHËISTIQUE. 353

spirituelles parfaitement semblables quant à leur essence, et qui sont des individualités distiactes de la même espèce, parce que chacune a son être propre.

B'autres scolastîques plus récente, au nombre desquels sont Fonseca' et Maunis*, ne peuvent s'expliquer l'indmdualité qu'en admettant avec Scot que les choses possèdent, en dehors de ce qui est essentiel h l'espèce, une certaine réalité essentielle h. chaque être individuel comme tel. Ausà regardent-ils comme impossibles deux choses parfaitement semblables. Remarquons, toutefois, qu'on peut souscrire à cette opinion sans concevoir pour cela, avec les formalistes, comme une réalité universelle, la nature spécifique des choses qui serut ainsi déterminée à l'individualité par cette différence réelle, ainsi que nous l'avons déjà expliqué dans une question semblable (n. 607). C'est pourquoi Haurus, pour établir sa thèse, ne prouve pas que la nature de l'espèce soit une en elle-même, et qu'elle doive devenir multiple (s'individualiser) en vertu des différences individuelles ; mais il montre que ce qui est de l'espèce est parfaitement semblable en tous les individus, et qu'ainsi il doit y avoir en chaque individu^ pour qu'il puisse se distinguer des autres, quelque chose qui lui soit propre. Autrement, même celui qui percevrait immédiatement l'essence des choses, ne pourrait, comme nous, distinguer les individus de même espèce que par des déterminations accidentelles . Or toutes choses^ par là même qu'elles ont chacune lem* essence ou leur être propre, doivent nécessairement ppuvoir être connues, même quant à l'essence, de telle façon qu'elles puissent être dîs-

tioDem difT^rentue individualis Sed tamen addit hsc opiaio (id

quod proprie ad prœsentemquaestionempertinet) illam difTerentiam indiTidiialem non habere in subslantia iadivîdua spéciale aliquod Ihodameotum, quod sit in se distinctum ab ejus entitate, ideoque in hoc sensu dicit uaamquamque entitatem per se ipsam esse suœ individualitatisprincipium. (Jlfetaph-, disp. t, sectS.) ' In Metapk. Ariit., lib. V, c. 6, q. 1, s. 5.

25à L'ANTBROPOLOGIE SCOLASTIQDE

Unguées les unes des autr^ par cette essence. Nous ne distinguons l'une de l'autre deux gouttes d'eau que si nous les voyons en différents lieux ; mais celui qui percevrait leur essence devrait aussi les distinguer par cette essence même, abstraction faite de leur portion respective et de toutes les autres déterminations accidentelles. Or voUà ce qui, selon Maurus, ne sentit pas possible, si les choses individuelles étident entièrement semblables sous le rapport de leur être'.

Nous ne croToos pas devoir poursuivre cette étude plus loin. S'il nous importait de montrer comment il faut, dans cette question, éviter l'élément panthéistlque dont parient les adversaires, et comment les scolastiques l'ont réellement évité, il n'est pas pour nous d'un grand intérêt de savoir laquelle des opinions exposées mérite la préférence.

' In entibus mnltiplicabUibns in eadem specie débet dari aliqna ultinu individuatio distincta ex natura rei. Unntoquodqtie enim individuum débet esse nominabile nomiiie mentali proprio, ac distinguibile a quolibet alio. Sed si in Petro e. g. non daretur aliqoa individuatio superaddita rationibus generalibus et difTerentialibas, non esset nominabilis tali nomine. (On comprend sans peine que par ce nom il faut entendre ta pensée ou le concept du verbum mmtïs, comme Mau FUS l'avait déclaré peu auparavant.) Nam rationes genericœ ac specificte constitutive Pétri sunt omnino similes rationibus genericisac speci&cisconstitutivis Pauli et aliorum horoinum...; sed rationes omnino similes non sunt suf&cïens principium distbguendi res; ergo si in Petro et céleris hominibus non daretur individuatio superaddita, non possent nominari nomine mentali proprio nec invicem dbtingui ; qnod est contra perfeulam intelligibilitalem rei.

Inteltigibilia non solum habent intelligibilitatem, qua nominantur per accidens ab intetlectu humano, sed etiam babent intelligibilitatem, qua sunt nominabilia per se ab intellectu angelico perfecto. (Loc. ci(.)

COMPARÉE AVEC L'ANTHROPOLOGIE PAHTHfilSTIQDE. 355

Objectlona de GUnther.

903. Dans un appendice de son Introduction à la théologie spéculative*, Gûnther revient encore sur la doctrine de l'antiquité touchant l'esprit et la nature, et s'y prononce sur cette doctrine plus nettement encore qu'il ne l'avait fait auparavant. Il rappelle les deux sphères du monde que distinguait saint Thomas, en appelant l'une corruptible (terrestre), et l'autre incorruptible (céleste). Pendant que d'autres blâment le SMutdocteur d'avoir, par cette théorie, scindé encore l'univers en deux parles, GUnther y voit plutôt « la différence de qualité qui sépare la vie de l'esprit et la vie de la nature, différence que de tout temps les docteurs chrétiens avaient non simplement soupçonnée, mais durement comprise ». Ainsi, après avoir, dans son livre intitulé : t. Eurysthieas und Beracles, n loué encore Descaries des efforts qu'il avait faits pour justifier scientifiquement une distinction que tout le moyen âge avait simplement supposée, voici qu'il reconnaît à saint Thomas le mérite de s'être proposé s ce problème si important» . A cette époque, d'après l'exposé historique que GUnther fait à ses lecteurs, ily aurait eu deux partis dont l'un, défendant Anstote et sa physique, se contentait de la vérité des choses naturelles, tandis que l'autre, s'appuyant sur les promesses du christianisme, aspirait & la vérité des choses étemelles comme à la fin suprême de toutes les choses créées^ Or saint Thomas aurait clierchéj en établissant la distinction dont nous parlons^ & réunir ces deux tendances dans une synthèse d'un ordre supérieur. Mais pourquoi, d'après Gûnther, a'a-'t-il pas réussi dans cette entreprise ? « Parce qu'il n'affirmait

* VorscA., tom. I, seconde ëdit., p. 371 et Hi

366 L'ANTUKOPOLOGIE SCOLASTIQUE

cette différeoce que dee phénomènes sans l'étendre Jk leur principe et à leur sujet ; cnr il n'en aurait profité que pour montrer, non la âiver&ité de nature ou de qualité, mais simplement la nécessiU, dans la gradation des êtres de ce ce monde, de substances spirituelles et de substances corporelles. » Saint Thomas, en effet, toujours d'après Gonther, ne déterminait les divers degrés de perfection que d'après la ressemblance que les choses ont avec Dieu, s'^evant ainsi des créatures les plus infimes jusqu'aux êtres raisonnables dont l'activité interne retourne à Dieu, leur principe. « L-homme, comme être raisonnable, n'était donc, aux yeux du Docteur angétique, que la fia des choses qui naissent et périssent. Car la matière sujette au changement (mobile) tend vers cette forme, la plus haute qu'dle puisse atteindre. La matière immobile (le monde qui ne connaît ni naissance ni corruption) exige également des substances correspondant à sa nature, et ce sont les pures intelligences sans corps (n. 373). -a

Auparavant déj& Gonther avait dit que, « pour saint Ibomas, toutes les difTérences qui séparent les divers êtres du monde ne soDt que des différences de degré ; » car il attribue &. tous une certaine tendance vers Dieu, sans fEtire attention à la manière toute différente dont les êtres libres, en se développant, se rapprochent de Dieu. S'il avait réfléchi à cette diversité, il aurait été peut-être amené à détep miner l'opposition entre l'esprit et la nature par celle qui existe entre l'activité libre et la néceseité. Mus, au dire de GOntber, saint Thomas, sous l'influence de la philosophie aristotélienne, aurait précisément méconnu cette dernière sorte d'opposition. Or, dit-il, «comment le saint docteur pouvait- il, avec une telle ignorance, concevoir les principes réels et les soutiens de ces deux phénomènes» (de l'activité libre et de la nécessité) «comme opposés par une diversilâ de qualité et dès lors comme formant une anthithèse dans l'univers? A plus forte raison ne pouvait-il soupçonner que

OOHPABÊE AVEC L'ANTHROPOLOGIE PAITFBfilSTIQDE. 3S7 l'homme est la synthèse de ces principes opposés, ni élever, par des recherches empiriques et spéculatives, ce commencement de connaissance à une véritable certitude. L'homme restmt donc ce qu'il avait été jusqu'alors dans la science : un être imparfait servant de transition entre les deux sphères de l'univers, atteignant d'une part, par son sommet, au règne des purs esprits, et ayant, d'autre part, sa base dans la matière mobile, de façon toutefois que ce sommet ne pouvait pas plus reconnaître cette base comme lui appartenant que cette base ne pouvait regarder ce sommet comme le sien. L'univers n'était donc pas une image du Dieu un et trine (p. 379). »

904. GOnther a donc adouci, dans une certaine mesure, les accusations que dans ses ouvrages antérieurs il avait formulées contre saint Thomas d'une manière extrêmement acerbe. Toutefois les louanges qu'il donne ici au saint docteur n'ont pas plus de fondement que le blftme qu'il ne manque pas d'ajouter encore. L'idée d'un monde corruptible oi^ rbomme occupe le plus haut degré, et d'un monde incorruptible, demeure des purs esprits, se trouve aussi bien chez Platon et Aristote que chez les Arabes et les scolastiques. On ne peut donc attribuer à saint Thomas le mérite d'avoir, au moyen de cette idée, fait connaître clairement l'opposition du règne des esprits et de la nature, pas plus qu'on ne peut lui imputer le démérite d'avoir encore, par elle, scindé l'univers en deux parties. Bien que sans aucun doute les promesses du christianisme aient confirmé la croyance à une vie future à laquelle toutes les choses d'icî-bas tendent comme à leur fin dernière étemelle, et même donné sur le ciel et sur la vie éternelle des éclaircissements que januds l'homme n'aurait soupçonnés; toutefois, même dans les siècles antérieurs & l'établissement de la religion chrétienne, on trouvait dans l'humanité ces deux partis dont l'un aspirait aux vérités étemelles et dont l'autre se contentait des choses naturelles. pHiLowrauB icoumqoB. — t. it. 17

3» l'autkropoumïie scoushqiv

S'ils n'aTvieat pas les promesses du cbristiaDisme, Us jouiik samt pourtant de k lumière qui éclaire tout homme Tenant en ce monde.

Vraiment on ne sait que penser quand on Ut chez GOotber celte phrase étrange : u Sajat Thomas s'est pourtant appliqué à établir la diSâreuce entre le ctaps et î'espnt» (p. 371). Qui donc ignore qu'Arifltote non-seulement affirmait cette différence, mus encore la démontrait avec un soin extrême ? Qui donc ne sait pas que dans ses dialogues Flalon s'attache surtout k la mettre en lumière? Il est possible que ces deux philosophes aient donné à d'autres questions philosophiques des réponses qui remettaient de nouveau en périt la distinction dont nous parlons; cela montre seulement qu'ils n'ont pas réussi à donner & leur système la perfection désirée* sans leur Oter le mérite d'avoir nettement exprimé et approfondi avec une grande perspicacité la vérité qui nous occupe ici. La postérité a toujours reconnu & l'école sMratiqiOô le mérite non-seulement d'avoir mis en honneur, dans la spéculatioPt les vérités morales contre les vains sophistes de son temps, mais encore d'avoir défendu, contre le panthéisme des JÉléates et le matérialisme atomistique, l'existence d'un seul Dieu^ auteur et seigneur du monde , et la réalité de l'esprit qui, supérieur & tout ce qui passe, ne trouve sa félicité suprtoie qu'en Dieu seul. Si l'on pense en outre que tant d'autres philosojphes de TOrieut et de l'Occident, en particulier les philosophes arabes du moyen Age, se sont livrés, par rapport k cette distinction essentielle de l'esprit et de la nature, à des recherches très-étendues, quoique non toujours heureuses^ ne doit-on pas voir tme amère ironie dans les par Foles de Gtinther, disant que saint Thomas s'est même appliqué à établir la différence entre l'esprit et le corps ?

SOS. Sur quoi Gûnther s'appuie-l-il donc pour accuser saint Thomas de n'avoir pas atteint le hut qu'il s'était proposé et de n'avoir encore £iit consister les différences qui

COMPARÉE Avec L*4NTBROPOIfOQip PAnTBËlSTlQUE. 36»

distin^eot les êtres du monde qfi'eft d** sûppl^ ^érences as degré? Pour cette accusation, il pe prooëde pAS autrçr ment que pour presque toutes }es autres qu'U dirige contre rantùjijité, quand il d^gpe le^ justifier au pigifia d'tme certaine maniène. D'ordinaire, il rappelle d^s tlidëpries qui, tout pji ayant une peitaioe counexion 'avec la yérité doqt i) s'agit) qe ^ont nullement aptes & l'éclaircir qetteipeDt et % \& prouver; supposait ensuite qu'elles ont été pourtapt étar bUes dans ep but, il parvient s^ns p^iue à fourpir la preuve de SOQ accusation- Montrons ceci par un eiemple ayaut uue copneùon intime avec la question qui nous occupe j^ prié&eqt. Op ne peut douter que les créatures, par 1^ ju^me qu'elles ofît un être véritable, n'aient avec Dieu plus ou mAÎps de ressemblance. Or, si l'on ne vouait faire attfsn^n qu'à cette ressemblance pour déterminer par elle seule la nelatjon d^s créatures avec Dieq, on pourrait bien mériter le reproche de représenter I4 diversité e^tre Dje^ et les choses créées copune si elle était siipplement gi^^d^^B iÇF Dpp jÇsseoUellfi. GOnther prend donc ce qu'il t-rjpuve dajis les œuvres des scolastiques sur cette gradatiop des créatures s'élçvaot de l'être le plus grossier jusqu'^ la ressemblance la plus grande qu'el)^ puissent ^voir avec l'Être divjp. Puis, sans se préoccuper de ^ que les scolastiques ense)gpent là ojl 'û& traitent) non plus de ta ressen^lance des créatures avec Dieu, mais f^ I& divei^ité qui sépare l'Être incréé et les jchoçes créées, il les condanjjje irrévocj^bî^ipeat. C'est de la m£me manjère qu'il procède encore dans \» ques^pp relative à la distipftion de l'esprit et de la nature.

pour établir cette distinction avec quelque solidité, on doit, selon Qûother, consdérer l'esprit et la pâture copH»* antitbëse et l'homme comme synthèse. Très-bien; aussi avons-nous vu que saint Thomas, après avoir traité de Dieuj, expose cette idée avant d'aborder les questions relatives à lacréatlouS et qu'il revient à diverses reprises sur ta même

' Sun»»., p- If ({■ ^0- Voir plus haut, n- 510.

S60 L'ANTHROPOLOGIE SCOLASTIQVE

pensée. Biais cela n'empêche point cette vérité manifeste, relevée par Gonther aussi bien que par sfûnt Thomas, savoir, que les £b^ naturels s'élèvent de degré en degré à une perfection supérieure jusqu'à ce que dans la vie sensible ils atteignent la perfection la plus haute que comporte leur base matérielle, et que, là même, ils se rencontrent avec l'esprit. Si la différence spécifique qui distingue les êtres naturels en divers règnes subsiste, quoique certains minéraux se rapprochent des plantes et que les plantes plus parfaites se confondent presque avec les animaux d'une construction grossière, on n'a pas besoin, pour sauver la difFérence essentielle de l'esprit et du corps, de dissimuler que les corps les plus parfaits ont une vie qui se rapproche de la vie de l'esprit le moins parfait. Sous ce rapport, Gûather n'a-t-il pas été aussi loin et même plus loin que la scolastique? Si l*homme> comme synthèse, relie l'esprit et la nature, ne tient-il pas dès lors le milieu entre l'un et l'autre, en sorte qu'on peut regarder la nature, l'homme et l'esprit comme constituant trois règnes dont l'un dépasse l'autre en perfection? Ou bien la vie spirituelle de l'homme, étant unie à la vie sensible que possède la nature, n'est-elle pas, pour cette raison même, inférieure & celle 'dont est doué l'Ange? Edlin, covunent Gûnther peut-il bl&mer saint Thomas de ce qu'il appelle l'homme la fin des choses qui naissent et périssent, et qu'il attribue à la matière une certaine aspiration vers l'homme, comme vers celui en qui la matière reçoit la forme la plus parfaite dont elle soit capable? Comment, disoDS-nous, GOnther peut-il trouver à redire dans cette doctrine, lui qui parle sans cesse, en tous ses ouvrages, d'une aspiration de hi nature à l'esprit dans lequel elle trouve sa perfection ?

906. Gûnther, ditKin, pouvait parier ain^ sans crainte, parce qu'il avait nettement reconnu, par la diversité de leurs phénomènes, la distinction essentielle de l'esprit et de la nature, et qu'il avait tellement £ût ressortir leur dîstinc-

Page 1