‹ La philosophie scolastique, exposée et défendue (volume 4)Chapitre 13 sur 38 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'anthropologie SGOLASTIQUE COMPARÉE AVEC l' ANTHROPOLOGIE PANTHÉISTIQUE.

888 . Lorsque Platon faisait consister Tessenee de Thomme exclusivement dans Tàme, et considérait le corps, non comme une partie constitutive de la nature humaine, mais simplement comme un instrument de Tàme, ou encore comme une demeure et une prison de laquelle l'âme doit désirer d'être délivrée, on ne peut méconnaître, en le combattant, qu'il n'ait été entraîné dans ces erreurs par son austérité morale et son enthousiasme pour ce qui est vraiment beau et divin. Dans son (premier) Aldbiade où il expose plus amplement cette doctrine, aussi bien que dans son Phédon et dans son Phèdre^ il s'attache principalement à montrer que l'homme, pour connaître et maintenir sa dignité, ainsi que pour trouver le bonheur dans la possession de la sagesse et de la vertu, doit se détourner des apparences trompeuses des choses sensibles et briser les chaînes de ses passions. L'homme, dit-il encore^ doit faire des efforts pour que son âme vive avec elle-même et en elle-même, sans trembler devant la mort, mais avoir confiance que par la mort, précisément, son âme sera guérie de toutes ses infirmités. Nulle part donc on ne voit mieux que dans ces questions l'esprit qui distingue la philosophie socratique et la signification morale de sa maxime : rvôOt (yeaiirov.

De même, on ne peut disconvenir que, si Gûnther soutient avec tant d'ardeur dans tous ses écrits le dualisme qui

iSO L*AirraROPOL06IE SGOLASTIQUE

lui est propre, son zèle a sa source dans le désir qui le domine entièrement d'extirper scientifiquement jusque dans ses racines la plante yénéneuse du panthéisme. Il est clair que ce but ne peut être atteint que si Ton reconnaît dans Iliomme un dualisme, c'est-à-dire une différence essentielle entre le corps et l'âme, et par suite, dans l'universalité des choses entre l'esprit et la nature. En effet, sans ce dualisme, il n'est pas possible de soutenir cet autre dualisme qui consiste dans la distinction essentielle de Dieu et du monde. Or Gûnther est fermement couTaincu qu'on ne peut défendre yictorieusement, contre la philosophie panthéistîque, b diversité essentielle de l'esprit et de la nature, qu'en admettant dans l'homme, outre l'écrit, un principe viUd sensible du corps. Il soutient donc avec énerg^ cette dualité rédk de l'homme dans son unité formdk, sans se lasser à la défendre, et il combat inexorablement toute doetrine contraire à s(hi système. Mais si cette arétut est justifiée par ce désir looaUe qui en est la source, les ocoisolMfis qu'il âève contre Fantiquité ne sont pas pour cria fondées. La doetrine de la seobstique sur l'homme, dit-il, ciMidiiii néeessairemeoLt à ramener Fàme humaine, avec les principes vitaux et les autres formes des èlres de la nature, à un prindpe universd, en sorte qu'il n'est plus posâble de maintenir contre les panthéistes l'immortalité de Fàme et son origine par création. Déjà nous avons vu comment <ni prouvait et défendait cette double vérité ; il nous reste &)n€ encore à examiner ^ cet dément panAéistique, s contraire à c^ vérités, a pénétré néanmoins dans l'anthropologie seolastM]ue.

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L^&me humaine doit-elle,

en vertu de la doctrine scolastique, être considérée

comme Tindividuation d^un principe universel?

889 . Cl L'ancienne école , » ainsi s'exprime GOntber, a avait pris, en dernière analyse, de la constitution forjmelle des concepts, la règle et la mesure de toutes les relations dans l'univers. En effet, de même que le concept résulte d'un double élément, de la matière et de la forme, de même on faisait intervenir ces deux facteurs pour connaître et définir toutes les relations, tellement qu'on peut résumer le résultat des spéculations philosophiques antérieures à Descartes en cette proposition : La relation qui existe dans le concept formel entre la matière et la forme se retrouve dans la nature extérieure entre la matière et la forme dans ïhomme entre le corps et l'âme, — enfin entre l'âme et Dieu. Bref, l'antiquité, avec ce concept de la nature formelle, avait fait de Yidolâtrie dans la science, comme avant et après on l'a fait avec d'autres concepts*. .. Mais la feonséquence inévitable à laquelle on arrive, toutes les fois que Ton rend absolue une chose créée quelconque, c'est un panthéisme plus ou moins caractérisé, souillure héréditaire dans l'histoire des spéculations humaines. »

Telle est la partie générale de l'accusation, mais à laquelle nous pouvons répondre en peu de mots. Nous avons déjà montré que l'ancienne école, développant les idées qu'elle trouvait dans les œuvres d'Aristote, enseigne, sur la relation de la matière et de la forme dans le concept et dans les choses, précisément le contraire de ce que lui impute Gfinther. En effet, disait la scolastique ancienne aussi bien que la moderne^ quoicjiiç les él^ineQts du

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concept se rapportent Fun à l'autre comme matière ^ forme, en ce sens que dans le concept le genre (Funiversel), reçoit sa détermination par la différence (le particulier) ; cependant, à d'autres points de Yue, cette relation n'est nullement identique à celle qui existe dans les choses entre la matière et la forme. Confondre les éléments du concept ayec les pardes constitutives de la chose, de manière à ne voir dans celle-ci qu'une indiyiduation de l'universel réel, ce serait tomber dans ce taxa réalisme dans lequel l'antiquité eOe<mème avait reconnu une grande affinité avec le panthéisme. Mais lorsque Gûnther va jusqu'à dire qu'on avait considéré Dieu comme la forme de l'âme, c'est là une de ces accusations monstrueuses que nous aurons à examiner dans la dissertation suivante.

890. Écoutons à présent de quelle manière Gûnthtt eherche^ à prouver sa thèse en ce qui concerne l'homme. « Si Fâme inteUectudle, dit-il, est la forme du corps, et site corps doit être revendiqué pour la nature au moins par scm côté matériel, il suit nécessairement de cette hypothèse qu'en toute masse formée on doit trouver au fond une &me, éi précisément himême âme qui, dans Yhommej a produit une forme phts parfaite de la matière. En un mot, le principe qui anime la matière dans h iMT/iire ex/^rmire est ab^ idbi/tfue au {Nrincipe qui vit et pense dans i'Aomme ^ » Puis il montre longuement qu'un td hylozmsmey en détruisant la difiërmiee essentidle de l'esprit et de la nature, aboutit nécessairement à un panthéisme idéaliste ou réaliste. En vérité, Gûnther aurait pu s'épargner cette démonstration ; mais il aursàt dû s'attacher à prouver la conséquence qu'il déduit de la thèse desscolastiques. Ou bien cette conséquence estelle évidente par eUe--môai«? Voici son raisonnement: L'âme humaine est la fora^ du corps ; donc -i- toute forme est âme; ou : En toute choee formée qui se rencontre dans

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la nature, on trouve au fond une seule et même âme ; donc l'Ame de rhomme ne peut être que cette Ame universelle, ayant pris en lui une forme plus parfaite. Qui donc se croira autorisé à conclure ainsi ? Remarquons que pour Gûnther l'hypothèse d'une substance unique de la nature est passée à l'état d'axiome. Certes, s'il est vrai, comme l'établit cet axiome, que toute la nature extérieure est animée par le même principe, et que les êtres individuels doivent être considérés comme ses particularisations, il n'est pas possible de'séparer le corps humain de ce principe animant et informant. Par conséquent, ceux qui, avec une telle opinion sur la nature, regardent néanmoins l'âme intellectuelle comme l'unique principe vital de l'homme, doivent aussi la concevoir comme ayant à ce principe universel les mêmes relations que toutes les autres formes ou Ames des substances naturelles. Gfinther n'a donc démontré qu'une seule chose, c'est que l'unité de la nature humaine est incompaâ>le avec sa théorie d'une substance unique de la nature. — ttemarquons, en outre, que d'après Gûnther le principe de . la nature est un être universel, se particularisant tout à fait de la manière dont se forment les concepts, et que par là même il est devenu dans cette individuation l'universel réel, le concept réel. Or, que conclure de là, sinon que Gûnther &it précisément à l'égard de la nature extérieure ce qu'il reproche aux scolastiques, empruntant aux concepts formels la règle qui sert à connaître les relations des êtres de la nature? Ce n'est qu'en s'appuyant sur cette idée, prise de la philosophie panthéistique, qu^U peut déduire de la doctrine ancienne le système du panthéisme.

891. D'autre part, pour justifier le reproche que Gûnther fait à la scolastique d'avoir conçu la matière et la forme comme étant dans les choses ce qu'elles sont dans le concept, on s'est encore fondé sur la doctrine de saint Thomas touchant le pmicipe de tindividuation. Cette doctrine, dit-on, montre avec évidence que l'on confondait la forme dont

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