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parle Aristote, de même que Tidée platonicienne, avec Fu^ niversel qui se corporifie dans les choses individuelles. Car on ne posait la question du principe de Tindividuation que parce qu'on était persuadé que quelque chose doit s'ajouter à l'essence universelle pour former avec elle l'iadividu concret par une composition réelle. Or, comme cette individuationse fait, d'après saint Thomas et son école^ par Tintroduction de la forme dam la matière, il devient déplus en plus évident que dans cette école on explique l'origine des choses en supposant que l'être indéterminé et universel se limite et se particularise par une certaine corporification. N'osant pas avancer franchement dans cette voie panthéistique, les scolastiques seraient tombés nécessairement en toutes sortes de contradictions. Si l'âme, étant la forme du corps^ ne devient individuelle que par le corps, il s'ensuit que, séparée du corps, elle ne peut pas persister comme un être individuel, mais seulement comme quelque chose d'universel. En d'autres termes, elle n'aurait plus une immortalité personnelle. Ainsi raisonnent les adversaires de 1| scolastique.
892. Le point doctrinal dont il s'agit appartient, à cause de son universalité, aux questions ontologiques dont nous nous sommes occupés dans la sixième dissertation. Toutefois nous en avons remis l'examen jusqu'à ce moment, parce que la solution de cette question suppose une connaissance plus approfondie de la théorie scolastique sur la mar tière et la forme. D'ailleurs, saint Thomas, dont la doctrine est principalement attaquée, s'exprime sur les points à discuter avec plus de précision dans son étude sur l'homme.
Or, pour enlever à cette accusation tout son fondement, il suffirait de rappeler les explications que donnent les scolastiques qui traitent cette question avec une certaine ampleur *.
1 Suarez, Metaph., disp. v, sect.2.— • Cf. Fonseca, in ArUt.Metaph., lib. V, G. 6, c| 1 .
En toute chose, disent-ils^ il faut qu'il y ait, outre l'essence connue par le concept spécifique, quelque chose par quoi elle soit individuelle ; car aucune chose ne peut exister sans être une et indivisée en elle-même, et par là même distincte de toute autre, par conséquent sans qu'elle soit numériquement teUe chose et non une autre. Cette unité distinctive ne peut être fondée sur ce qu'on trouve dans la chose indifiduelle tout ce qu'implique le concept universel; car tout cela est aussi dans les autres choses de même espèce, n s'agit donc de savoir quelle est la raison de cette unité, et quelle relation elle a avec l'essence. Duns Scot établit donc l'opinion que ce qui rend individuelles les choses existantes est une réalité positive, distincte de l'essence spécifique comme telle; par conséquent, qu'elle n'est ni la forme, ni la matière, ni la substance qui se compose de l'une et de l'autre, mais ce qui donne la dernière détermination à la forme, à la matière et même au tout. Puis, s'étant demandé si cette réalité positive {differentia individualis) se distingue d^avec la nature spécifique de la chose à td point qu'eUe constitue, avec cette dernière, une composition réeUe, il répond que l'essence spécifique ne renferme pas cette différence de manière à s'identifier avec elle, et vice versa^ que cette différence ne contient pas l'essence, mais qu'une troisième réalité, c'est-à-dire la chose même, est identique avec Tune et l'autre. Ainsi se trouverait bien exclue la composition qui a lieu entre choses et choses, mais non toute espèce de compositions
^ Utriim substantia materialis sit individua per aliquam entitatem
positiyam per se determin^tem natm'am ad singularitatem Res-
pondeo^ quod sic Et si qaœras : quae est ista entitas individualisa
a ({ua sumitur differentia individualis? estne materia^ vel forma^ vel compositum?— Respondeo... ista entitas non est materia yel forma nec compositum^ in quantum quodlibet istorum est natura^ sed est ultima realitas entis^ quod est materia yel'quod est forma vel quod est compositum..... Nec jçntitfts specifica Uiciudit per identitatem entitatem individualem^ nec e converso; sed aliquod tertium
Les scotîstes qui, dans la question des universaux, se prononçaient pour le formalisme, se servaient de ces théories de leur maître pour soutenir la distinction qui, sans être réelle dans le sens ordinaire du mot, existe toutefois dans les choses mêmes d'une manière indépendante de notre pensée (n. 172). Si l'on explique ainsi l'opinion deScot, elle est en contradiction avec cette doctrine très-importante d'après laquelle l'universel n'est distinct du particulier et de l'individuel que dans notre pensée, et non dans la réalité. — Mais on s'égarerait également pour tomber dans le npminalisme, si l'on admettait que la distinction qui a lieu dans notre pensée n'est pas réelle dans les choses^ et qu'elle n'a môme aucun fondement en elles, pour nier ainsi toute diversité non-seulement réelle, mais encore virtuelle ou idéale, entre la nature des choses et leur individualité. C'est ainsi que, dans la nature de l'animal, pour citer un exemple, la yie et la sensibiUté ne sont pas distinctes comme deux éléments, ainsi qu^elles le sont dans le concept ; néanmoins la nature de l'animal présente une raison de faire cette distinction, parce que, malgré son indivisibilité, elle est en même temps principe de la végétation et de la sensibilité. De môme, nous trouvons dans la chose même la raison qui nous fait distinguer en elle la nature commune à l'espèce d'avec son individualité. La détermination avec laquelle elle existe fait d'elle en méùie temps une chose d'une certaine espèce et une chose individuelle, en lui conférant sous le premier rap-
tantum (cujus ista ambo quasi sunt primo per se partes) includit ambo ista per identitatem : et ita toUitur ista compositio perfectissimay quae est ex re et re^ non tamen omnis. (In lib. 11^ dist. m^ q. 6.)
Plus loin Scot soutient pour le fond la même théorie à Tégsurd des substances immatérielles. Voici la thèse qu*il établit en parlant des Anges : Omnis natura^ quœ non est de se actus purus^ potest secundum illam realitatem^ secundum quam est natura^ esse potentialis adrealitatem illam^ quae est haecnatura; et sicut de se non includit aliquam entitatem quasi singularem^ ita non répugnant sibi quotcunque taies entitates^ et ita potest in quotcunque talibos inveniri. (Ibid., q. 7.)
port ce qui existe ou ce qui peut exister aussi en d'autres choses, et sous le second ce qui ne peut être qu'en elle. Donc, poser la question du principe de Tindividuation, c'est rechercher ce qui, dans une chose, est le principe de cette détermination individueUe qu'eUe possède. Nous avons expliqué en son lieu comment^ lorsqu'il s'agit de corps, le genre peut être déterminé d'après la matière, et l'espèce d'après la forme (n. 604 et ss.). Or, peu^on, d'une semblable manière, indiquer encore quelque chose de quoi dépende la différence individuelle des choses?
Ces explications préliminaires, disions-nous, suffisent déjà pour infirmer l'accusation, élevée contre lesscolastiques, dont nous parlons. En effet, les adversaires de l'antiquité, en formulant cette accusation, supposent et doivent supposer que l'on concevait l'individualité dont on cherchait le principe com];ne une chose qui est réellement distincte d'avec la nature de la chose. Car ce n'est qu'ainsi qu'il est possible de concevoir la nature comme une réalité universelle qui se particularise et comme une réalité idéale qui se oorporifie. On ne peut donc pas nier, il est vrai, que les formalistes se trouvent atteints d'une certaine manière par ce reproche ; mais la grande majorité des anciens comme des nouveaux scolastiques étaient d'autant plus éloignés de le mériter qu'ils combattaient plus énergiquement la réalité de l'universel comme tel. Mais ce qui doit nous étonner le plus, c'est que saint Thomas, en particulier, soit accusé de cette erreur. Le Docteur angélique n'a-t-il pas, en se tenant à égale distance du formalisme et du nominalisme, exposé le vrai réalisme d'une manière si nette, si lumineuse et si complète (n. 162 et ss.), qu'il passe dans l'histoire de la philosophie, non assurément pour son inventeur, mais pour son principal représentant? Il y a plus .Le saint docteur prouve lui-même, comme nous le verrons, que le pseudoléahsme ou le réalisme exagéré est le fondement des erreurs panthéistiques soutenues par Dinant et autres. Toutefois il
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nous faut encore examiner si, dans sa doctrine sur le principe de rindividuation, saint Thomas est resté fidèle aux idées fondamentales de son propre système.
893. Voici donc l'opinion de saint Thomas : Le corps est une substance de telle espèce en vertu de la forme et il est un individu par la matière^ non toutefois par la matière en soi, mais en tant qu'elle a une certaine relation avec la quantité * • L'esprit, au contraire, étant une forme subsistant en eUe-même sans matière, possède par cette forme non-seulement son essence déterminée quant à l'espèce, mais encore son individualité. De là le saint docteur conclut que dans le monde corporel seul on peut concevoir plusieurs individus de la môme espèce, mais que dans le règne des esprits chaque individu doit différer de l'autre même quant à l'espèce *. Quoique son essence simple, subsistant en elle-même, confère nécessairement à l'esprit sa détermination individuelle, toutefois elle ne cesse pas d'être en lui, en tant que forme, le principe de sa détermination spécifique. Tout individu, étant une autre forme, se distingue donc aussi de l'autre quant à l'espèce. Mais sous ce rapport l'âme humaine tient encore le milieu entre les corps et les purs esprits. Ayant en elle-même un certain étre^ c'est aussi par cet être, indépendamment du corps, qu*elle possède son individualité ; néanmoins son individualité, de même que son être, se complète par l'union avec le corps.