c( L'idée de l'espace est une représentation à priori que
nous avons nécessairement, car elle est le fondement de toute expérience externe. On ne peut jamais concevoir que l'espace n'existe pas, quoiqu'on puisse très-bien, penser qu'aucun objet ne s'y trouve »
Ces deux raisons démontrent, selon Kant, que l'idée de l'espace n'est pas une représentation obtenue par l'expérience, mais qu'elle existe dans l'esprit avant toute expérience. 11 expose ensuite deux autres raisons pour prouver que la représentation de l'espace n'est pas un concept (représentation universelle), mais une intuition pure.
3. c( L'espace n'est pas un concept discursif, ou, comme on dit, un concept universel de la relation des choses en général, mais une intuition pure. Car d'abord on ne peut se représenter qu'un espace unique, et, si l'on parle de plusieurs espaces, on n'entend par là que des parties du même espace. En outre, ces parties ne peuvent pas précéder cet espace unique qui comprend tout, comme si elles en étaient les éléments constitutifs, mais nous ne pouvons les concevoir que dans cet espace. Celui-ci est essentiellement un; ce qui est en lui multiple et varié, même le concept universel des espaces en général, est uniquement fondé sur les restrictions que nous faisons. D'où il suit que nous trouvons au fond de tous les concepts que nous avons de cet espace une intuition à priori (qui n'est pas empirique) »
4. <c L'espace est représenté comme une certaine quantité infinie. Or nous devons voir dans tout concept une représentation qui est renfermée dans une multitude infinie de diverses représentations possibles (comme leur caractère commun) ; mais aucun concept, comme tel, ne peut renfermer une multitude infinie de représentations. Néanmoins , nous concevons ainsi l'espace (car toutes les parties de l'espace infini coexistent). Donc, la représentation primitive que nous avons de l'espace est une intuition à priori et non un concept. »
Et c'est précisément par la raison que la représentation
de l'espace ne constitue pas un concept, mais est une pure intuition, que Kant veut expliquer pourquoi nous pouvons déterminer (dans les théorèmes géométriques) synthétique* ment, quoique à priori, les propriétés de l'espace. Mais une intuition , antérieure à toute connaissance des objets , et d'après laquelle se trouvent déterminés à priori les concepts de ces objets, que peut-elle être, si ce n'est la constitution formelle du sujet, en vertu de laquelle celui-ci peut être affecté par les objets et recevoir de ceux-ci une représentation immédiate , c'est-à-dire une intuition ? D'où l'on peut conclure « que l'espace n'est point une propriété intrinsèque de certaines choses ni une détermination inhérente aux objets, mais qu'il n'est autre chose que la forme dont se revêtent tous les phénomènes des sens externes, c'est-à-dire la condition subjective de la sensibilité, laquelle seule nous rend possible l'intuition extérieure Or, comme des conditions particulières de la sensibilité nous ne pouvons pas faire les conditions de la possibilité des choses , mais seulement de leurs phénomènes, nous pouvons bien dire que l'espace embrasse toutes les choses qui peuvent nous apparaître extérieurement, mais non qu'il atteigne toutes les choses
en elles-mêmes Rien de ce qui est perçu dans l'espace
n'est une substance, ni l'espace une forme que les choses posséderaient en elles-mêmes. Les objets en eux-mêmes ne nous sont point connus, et ce que nous appelons objets extérieurs ne sont autre chose que de simples représentations de notre sensibilité dont la forme est l'espace. Mais ce à quoi se rapportent en réalité ces représentations, nous ne le connaissons et nous ne pouvons le connaître d'aucune manière. » 355. Kant parle ensuite absolument de la même manière du temps.