‹ La philosophie syndicalisteChapitre 10 sur 14 · Le Mobilisnie moderne, Paris, Alcan, 1908, pp · texte numérisé non relu

Le Mobilisnie moderne, Paris, Alcan, 1908, pp

cet état une complète dissolution de la personnalité. Voilà ce qui nous est aujourd'hui, sous prétexte de philosophie ou d'art, présenté comme idéal .

Ces tendances commencent même à s'emparer de quelques philosophes sociaux de qui Ton attendait une doctrine plus virile et plus saine. C'est ainsi que M. Maxime Leroy, dans ses beaux travaux sur «la loi »*, glisse à un impressionnisme bien inquiétant pour toute organisation sociale. Examinant les transformations de la démocratie, et la décroissance constante de la souveraineté du Parlement, M. Leroy note, comme un reproche, que dans notre démocratie le fétichisme pour la loi demeure entier. « L'autorité est éparpillée, non supprimée. » Ce n'est pas le fédéralisme proudiionien. Ce qu'il faudrait pour réaliser vraiment cette suppression de l'autorité, M. Leroy le laisse entrevoir en citant les travaux d'un autre juriste, M. Pedro Dorado. « Le mieux, dit cet auteur, serait qu'il n'y eût pas de lois forcément obligatoires », parce qu'une loi rigide, constante,

1. Maxime Leroy. La loi, essai sur la théorie de l'aulorilé, dans la démocratie, Paris, Giard et Brière, 1908 .

et destinée à un grand pays, blesse nécessairement la vie. Des contrats entre particuliers remplaceraient ces lois générales, un fédéralisme syndicaliste prendrait la place de TEtat autoritaire. Il pourrait y avoir encore des lois générales, mais sans aucune puissance impérative ; elles ne seraient que des « enseignements » à la mode Saint- Simonienne, des « décisions indicatives » que les particuliers ou les groupes pourraient accommoder au gré de leurs intérêts contingents, des « maquettes » auxquelles les intéressés devraient donner la vie. Ainsi il n'y aurait pas seulement décentralisation, mais vraiment suppression complète de rautorité,les décisions de Torgane gouvernemental n'ayant plus force impérative.

On saisit ici un nouvel écho des doctrines de Nietzsche, de M. Bergson et des pragmatistes, qui placent au commencement l'action, la pratique, la vie. Suivant ces philosophies, la volonté de puissance, l'élan vital développent leur force impulsive, et les systématisations dans lesquelles tente de les enserrer le rationalisme abstrait demeurent misérablement impuissantes à en retenir l'essence. La science n'exprime pas le fond des choses ; elle est elle-même issue de besoins pratiques ; et le

droit, loin d'être rigide et immuable, ne fait lui aussi que traduire en langage juridique des nécessités sociales changeantes. Il ne fait que légaliser des illégalités qui se sont nécessairement produites sous la poussée de la vie, et quand ces illégalités sont fixées dans la loi, celle-ci est déjà dépassée; la vie en suscite d'autres qui prépareront une nouvelle loi! Et ainsi, prêcher le respect absolu de la loi, c'est prêcher le respect de la mort, et la vie ne peut s'y résoudre. « Il semble, dit un autre juriste M. Gruet*,que l'illégalité, dans une certaine mesure^ soit un phénomène normal de la vie du droit... (comme^ selon M. Durkheim, le crime est un phénomène normal, nécessaire de la vie sociale). Et sans doute convient-il de respecter assez la loi, mais de ne pas la respecter trop, » Bref, suivant les paroles du jurisconsulte suisse Huber, que cite M. Leroy, « nulle imagination, nulle science, nul effort d'imagination, ne peut suppléer aux impérieuses exigences de la vie ». M. Cruet dit à son tour : « Le droit ne domine pas la Société, il l'exprime. »

1. J. Gruet. La Vie du droit et l impuissance des fois, Paris, i Flammarion, 1908.

Et cela paraît très rationnel, très satisfaisant pour Tesprit d'individualisme soucieux de respecter toujours davantage l'autonomie, le secret de chaque personnalité. Mais, si Ton met à la base les exigences de la vie, on peut aller loin, et M.Leroy va en effet très loin. On comprend pourquoi il ne veut pas d'une loi générale et impérative.Une loi sociale ne peut pas plus être immuable qu'une hypothèse métaphysique ou même scientifique ; elle doit être comme ces vaisseaux américains dont parle Tocqueville (Tocqueville aurait-il, hélas ! prévu les nôtres?...) qui sont construits tout exprès pour ne pas durer trop longtemps, afin que l'art naval puisse être au courant des derniers perfectionnements. M.Leroy cite Claude Bernard, le professeur Debove, et note toute la méfiance des savants d'aujourd'hui pour l'esprit de système. « Ne contractons avec les théories que des unions passagères. » 11 va plus loin encore, jusqu'en des régions où on ne peut plus le suivre. Interprétant d'une manière peut-être un peu abusive les théories de MM. Poincaré et Bergson, il va jusqu'à dire qu'il n'y a pas d'« objectivité » scientifique, que tout est « fantaisie et imagination », que la science et la logique, en un mot^

se dissolvent complètement dans l'art subtil et souple. Et ainsi M. Leroy rejoint M. Ghide.

M. Gruet est plus prudent. Tout en donnant le pas, lui aussi, à la vie, et par conséquent à l'arbitraire, à rillégalité, il reconnaît que cette illégalité ne doit pas indéfiniment s^aggraver, mépriser systématiquement les textes, car alors ce serait bien l'anarchie. « Si les illégalités se multipliaient, sans amener l'accord foial des textes et des mœurs, elles seraient, au lieu d'un ferment de vie, un symptôme de décomposition. » L'accord final des textes et des mœurs, il est sans doute impossible de l'obtenir complètement, au moins pour tous les individus et dans toutes les circonstances^ car la vie marche et le texte reste. iMais il faut retenir pourtant cette inquiétude, Fétat de dissolution où tomberait une société dont chaque individu ne voudrait voir que son unicité, le sentiment de son autonomie, et mépriserait systématiquement ce qu'il peut présenter de semblable avec les individus d'autres régions, d'autres métier s, 'd'autre s pays, d'autres temps — le scientifique, le légal, le ratio imel.

Goncilier Tun et le multiple, le semblable et le différent, les mœurs et la loi, la vie et la

science, Tautorité et la liberté, c'est toute la philosophie, toute la politique et le drame de tous nos jours. Et dans ce drame émouvant de brusques ruptures d'équilibre s'introduisent parfois. Il y a eu, c'est incontestable^ des excès de rationalisme. Nous assistons maintenant à des orgies de subj activisme, à une frénésie de fluidité et comme d'anéantissement. « Rationaliste ! » est la dernière injure que Ton puisse lancer à un penseur pour le perdre dans la considération des philosophes. De même et parallèlement, « légaliste » est le dernier outrage dont on puisse salir un homme politique. Les partisans de Faction directe partent en guerre, non seulement contre la légalité bourgeoise, — on comprend trop qu'ils veuillent la détruire — mais contre toute espèce de réglementation. Et s'il est déjà grave, dans le présent, de ne pas vouloir reconnaître les points de contact qui peuvent exister entre un prolétaire et un bourgeois — car cette attitude peut entraîner tout simplement la mort de notre pays — cette perversion du sens de la loi, de l'obligation juri^ dique, est encore infiniment plus dangereuse si l'on cherche à deviner l'avenir du mouvement prolétarien. Elle aboutit à rendre impossible toute

espèce de société, la syndicaliste comme les autres, car il n'y a pas de société possible si chaque citoyen ne reconnaît pas, avec tous les assouplissements que Fon voudra, un minimum d' « intérêts généraux ».

Les théoriciens syndicalistes, à leurs meilleurs moments, n'ont d'ailleurs pas craint de le dire. « Il faut, écrivait jadis M. Sorel, que les ouvriers arrivent à comprendre qu'il y a des raisons de droit devant lesquelles les sentiments doivent fléchir, et que tout ce qui les gêne n'est point bon nécessairement à jeter au feu. » Et Proudhon, Tancêtre de tout ce mouvement, a écrit dans ce livre que certains regardent comme son testament politique, la Capacité politique des classes ouvrières : « Dans les luttes de coalitions entre ouvriers et maîtres, des intérêts d'un ordre plus élevé (que les augmentations de salaires) sont enjeu: je veux dire la réalisation du droit dans le corps social, manifestée par l'observation des formes légales et le progrès des mœurs, qui ne permet pas que la violence, eût elle cent fois raison, l'emporte sur la loi, celle-ci ne servît-elle que de palliatif à la fraude... » En s'appuyant sur ces deux citations, on serait tenté de conclure à la condamna-

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tion de la force et de la violence, de tout le proudhonisme et de tout le sorellisme. Mais la conclusion serait abusive. Nous avons vu comment M. Sorel entend les rapports de la violence et du droit.

De ces vérités on finira peut-être par s'apercevoir, et on en fera des erreurs, en les faussant. Une nouvelle réaction viendra, qui en appellera d'autres, toujours excessives ; car il est dans la destinée des hommes de toujours prétendre à l'absolu, sans jamais trouver la sagesse...

Qu'est-ce qu'un producteur?

Nous voici loin, semble-t-il, du syndicalisme. Et les considérations précédentes pourraient, en effet, passer pour un intermède. Pourtant on peut penser qu'elles n'étaient pas inutiles pour critiquer à la fois nationalistes et syndicalistes. A vrai dire, nous l'avons vu, les nationalistes se critiquent eux-mêmes, ou se redressent avec une grande vigueur. Si les uns parlent avec M. Barrés de vérités françaises ou de vérités lorraines, d'au-

très — et souvent les mêmes — affirment avec M. Lasserre et M.Maurras l'excellence de l'unique vérité scientifique, ils ajoutent même de Funique culture fondée sur la raison. Il s^agit seulement de distinguer entre la sensibilité, soumise aux influences de terroir, et l'intelligence, objective et universelle. Cette distinction serait très légitime si les nationalistes ne la poussaient jusqu'au point où elle devient absurde, en essayant, avec M. Lasserre, d'établir entre Timagination ou la sensibilité et Tintelligence cette barrière absolue que nous avons reconnue précédemment être une chimère.

Les mêmes observations peuvent être faites à propos de la « morale des producteurs » et de la conception syndicaliste du « producteur ». Nous avons dit que la grande originalité des syndicalistes avait été de considérer Thomme dans ce qu'il a de plus profond, de plus fondamental, la faculté de travailler ou de produire, et d'embellir par la réflexion et par l'art cette forme éminemment humaine de son activité. C'est à un point de vue analogue que se plaçaient Guyau et Nietzsche, et bien avant eux le vieux Faust, et aujourd'hui encore les pragmatistcs, quand ils disent qu'au

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commencement, avant le verbe, la ratiocination, est l'action, la force, la vie, l'élan vital, la pratique de la vie profonde.

Mais les syndicalistes semblent serrer de plus près le problème ou du moins Fenvisagent d'une façon plus étroite. Ils limitent cet élan d'activité à un seul de ses aspects, la production industrielle, condition de la civilisation. 11 s'agit de savoir si cette limitation est légitime.

« 11 n'y a pas cent manières de produire, dit M. Sorel, il n'y en a qu^une ; il faut collaborer de quelque manière au mouvement de Tatelier. » Ou encore « Toute occupation qui n'est pas dépendante du processus de production, qui n'est ni du travail manuel, ni un auxiliaire du travail manuel, qui n'est pas liée à celui-ci par un lien technologique est un luxe qui, dans un régime socialiste, ne peut réclamer aucune rémunération, elle ne se traduit, par aucun temps socialement nécessaire». Les syndicalistes appellent donc producteurs exclusivement les travailleurs de l'agriculture ou de l'industrie, à l'exclusion de ceux qu^'ils appellent, avec souvent une nuance de mépris, les intellectuels, les fonctionnaires, les politiciens, les marchands, les militaires, les administrateurs et les bureau-

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crates de tout ordre qui ne seraient que des parasites, consommant sans produire. A merveille, il y a là une réelle vérité psychologique, et un noble appétit de sacrifice, car la logique stricte devrait aller jusqu^à chasser de la cité syndicaliste les philosophes même syndicalistes, et certains néophytes italiens n'hésitent pas à s'immoler sur l'autel de la doctrine.

Il y a aussi quelque chose de plus, la réparation d'une grande injustice historique, si, d^un point de vue idéaliste, on veut trouver des injustices dans rhistoire. Presque pendant tout le cours de l'histoire, surtout dans notre civilisation guerrière, chrétienne, bureaucratique, le travail manuel a été tenu pour servile. Toute la hiérarchie sociale, tout Tordre du monde pèse sur lui . Il a toujours été tout au bas de l'échelle, avili et écrasé, triste Atlas famélique portant un monde d'orgueil et de raffinement. La philosophie et la politique classiques ont cru longtemps qu'il n'y a de vraiment noble, de vraiment créateur, que la pratique des lettres et des arts, de vraie culture que laculture littéraire gé né raie et dogmatique, de vrai gouvernement que celui des intelle^îtuels de profession, idéalistes qui ne souillent pas la pureté de leur esprit par des

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tâches ignobles. Les nationalistes, aujourd'hui encore, soutiennent cette vue des choses avec une grande vigueur, quand ils prétendent par exemple, avec M. Dimier, que la déification de l'industrie est « contraire à la nature des choses ». Et voici que ces travailleurs manuels tant méprisés sont à leur tour considérés comme des producteurs, bien mieux, comme les seuls producteurs, les seuls créateurs, et ceux qui jusqu'à présent les avaient opprimés ne passent plus, aux yeux de la nouvelle philosophie, que pour des parasites ! Atlas secoue ses épaules, il se redresse comme Hercule, renverse la pyramide hiérarchique, et l'orgueilleux manipulateur de concepts ne devient plus qu'un être inutile qu'on enferme dans une cellule ou dans un cabinet, en lui permettant d'écouter le ronflement des moteurs ou le rythme monotone des courroies de transmission, et de ratiociner, s'il le veut, là-dessus ! Jusque dans le parti nationaliste des écrivains entrent en partie dans ces vues. S'ils ne tiennent pas les travailleurs manuels pour les seuls producteurs, si même ils sont en un sens anti-syndicalistes en subordonnant la production à la conservation^ fonction politique qui préexiste selon eux à toute ^

économie, ils ne sont pas les moins ardents à flétrir ridéologie bourgeoise, et s'ils veulent un Roi, c'est parce que ce roi sera, autant et plus qu'un chef militaire, le « Roi de la Production ».

La grande originalité syndicaliste, la grande idée révolutionnaire, pour parler le langage de Proudhon qui est le père de tout ce mouvement, est d'avoir vu que la création industrielle est du même ordre, de même beauté que la création littéraire ou artistique, et qu'elle peut engendrer, elle aussi, une culture. Le syndicalisme a dégagé la philosophie du travail. Juste retour des choses d^'ici-bas, ou plutôt amusante constatation de cette sorte de loi que les mouvements intellectuels et sociaux oscillent comme des outres vides, et que l'humanité ne se relève d'une chute que pour en faire une opposée. Car s'il est juste de reconnaître la grande originalité du syndicalisme, il faut établir d'autre part que l'activité économique, pour importante et fondamentale qu'elle soit, n'est pas toute l'activité, et que le mot producteur doit avoir une extension plus large que celle que lui donnent les syndicalistes.

Pour définir le producteur, les syndicalistes se placent à un point de vue économique et juridi-

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que, c'est-à-dire à un point de vue formel et social. Ils envisagent les rapports de propriété et la transformation matérielle de la matière. C'est ainsi, par exemple, que pour Gh. Guieysse ou M. -T. Laurin, les instituteurs ne sont pas des producteurs, parce qu'ils ne se proposent pas de bouleverser le Gode civil et de « conquérir leur instrument de travail ». Prétendre le contraire, disent ces théoriciens, c'est être victime de « cette manie démocratique de tout simplifier et de tout réduire à d'étroits concepts ». G'est entendu, il ne faut pas simplifier sans raison, nous sommes en garde contre cette « manie démocratique » ; mais il est tout aussi étroit d'isoler arbitrairement. Si l'on voulait instituer une discussion juridique, il ne serait pas difficile de montrer que « changer l'aménagement intérieur de l'Université », c'est quelque chose de bien semblable à « conquérir ses instruments de travail > ; c'est bouleverser le droit public parallèlement au droit privé, et les antisyndicalistes le sentent bien. La campagne acharnée qu'ils ont menée contre le syndicalisme des fonctionnaires, et particulièrement des instituteurs, prouve qu'ils ont bien aperçu toute Ja gravité du problème, et l'étroite solidarité qui unit

le régime actuel de la propriété à nos institutions de droit public.

Mais, sans entrer davantage dans cette discussion juridique, il vaut mieux nous demander s'il est d'une bonne méthode de définir le producteur du dehors, par la manipulation formelle d'objets à 'transformer ou le maniement d'instruments de travail. Ne faut-il pas au contraire se placer au point de \\iQ psychologique, considérer le dedans, Télan d'intelligence qui comprend, perfectionne et parfois crée le travail, de sensibilité qui s'y attache, d'art qui l'ennoblit ? Ce qui caractérise en un mot le vrai producteur, n'est-ce ^di%^Bjûie jiUérieure appliquée à son travail?

S'il en est ainsi, on ne voit pas pourquoi cette vie intérieure ne pourrait pas s'appliquer à tout travail, au travail se libéral » ou bureaucratique aussi bien qu'au travail industriel. Les syndicalistes sont les premiers à signaler les analogies entre l'inventeur et l'artiste ; ce sont tous deux, disent-ils, des créateurs, des réalisateurs de visions ; on n'ira pourtant pas jusqu'à prétendre que l'artiste est un producteur parce qu'il barbouille une toile ou manie l'ébauchoir ! Et de même l'instituteur, le professeur qui aime son

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métier a véritablement, dans ses meilleurs moments, la sensation de créer; il est strictement exact qu'il manie une matière vivante, qu'il pétrit, suivant une métaphore qui a péri sous le grotesque, mais qui exprime une vérité psychologique profonde, le cerveau et le cœur de l'enfant. Il peut se faire illusion quant aux résultats de cette création, et il est peut-être nécessaire, pour maintenir sa foi pédagogique, qu'il se fasse illusion; l'activité psychologique n'en est pas moins réelle et profonde, il faudrait plaindre le pédagogue qui ne s'en serait jamais senti soulevé.

Ce que nous disons de l'éducateur, il faut le répéter de Tadministrateur; il y a tout un génie pratique qui peut s'exprimer en créations passionnées. Dira-t- on qu'ils ne sont pas des producteurs, les Anseele qui ont édifié les Maisons du peuple belges, ou seulement les organisateurs de Bourses du travail ou de coopératives, les secrétaires des syndicats, tous ceux que certains syndicalistes en mal de destruction stérile commencent à dénigrer et presque à suspecter de trahison en les flétrissant du nom de « fonctionnaires des syndicats »? — à peine une élite vraiment ouvrière se formet-elle qu'on prépare pour elle le pilori : éternel

recommencement de l'histoire ! — Il faut même, pour être exact, le dire de l'homme de guerre, car on peut faire converger une vie complète, toute son activité, sa science et sa foi, vers Fart militaire.

En un mot, il faut le dire de tout travail, à condition que ce travail soit accompli avec intelligence et réflexion, non par routine. Et à ce point de vue, il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que les professions libérales, qui exigent en général une constante activité d'esprit, et d'esprit tendu vers le travail, réalisent mieux Tidéal syndicaliste que la plupart des professions industrielles ou manuelles, qui par suite de la division du travail et du règne de la machine laissent en général une si large part à Tautomatisme ^

Quoi qu'il en soit de ce gros point, il faut le dire, en tout travail, de celui qui dirige et de celui qui exécute, de celui qui crée et de celui qui conserva ; il est aussi nécessaire, et bien plus courant, de conserver que d'inventer; on peut conserver avec intelligence, avec amour, en brodant parfois de nouveaux dessins sur la trame solide,

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