‹ La philosophie syndicalisteChapitre 9 sur 14 · U Évolution créatrice, p · texte numérisé non relu

U Évolution créatrice, p

eux, dans le passé et dans le présent, quelques caractères communs, qui sont précisément ce qu'il y a de plus constant dans la nature humaine, et que l'on a le droit par conséquent de supposer aussi chez les individus et les sociétés de l'avenir. C'est ce qu'il y aurait de solide dans la thèse nationaliste, si celle-ci ne se hâtait d'exagérer en sens contraire.

Cette possibilité de prévision scientifique ainsi limitée peut être féconde. Une telle représentation, échauffée par la sensibilité, est le poème du militant ; elle est nécessaire pour engendrer son action, et enfaitc^est bien une telle représentation, bien plus qu'un mythe, qui guide l'homme d'action. Et sans doute, cette construction peut elle-même être illusoire ; elle est le risque qui dépasse la certitude et qui manifeste la plus haute expansion de la vie ; mais elle offre après tout le minimum de risque, elle présente le moins de surface à cette loi qui veut que les représentations de l'instinct soient dissoutes par la réflexion ; elle apparaît assez résistante à la critique pour que la sensibilité et l'imagination puissent, malgré elle, se donner libre carrière ; une vision sociale terrestre seratoujourspour la raison moins extra-

vagante qu'une rêverie métaphysique. De toutes façons donc nous sommes amenés à réhabiliter rutopie,et avec l'utopie l'intellectualisme, et avec rintellectualisme le prmcipe de la démocratie. 11 s^agit seulement de les bien comprendre.

... Ce n^est pas qu^il n'y ait, à ratiociner ainsi dans la solitude, aucun danger pour Faction ; il peut y avoir un danger capable d'atteindre les sources mêmes de la vie ; mais ce danger n'est pas dans rintellectualisme, il est dans Yintellectualilé. On peut craindre que la culture trop exclusive de Fesprit critique ne finisse par altérer ou même par tarir cette énergie créatrice qui, dépassant la science, suscite les visions de Fart et les créations de Faction. J'ai jadis exprimé des craintes analogues à propos de la poésie, ces craintes peuvent être étendues à toutes les formes de Fart et de Faction. Il faut reconnaître comme un fait physiologique la transformation que Vhabitiide prolon- || gée de la réflexion amène chez tout intellectuel, quelle que soit la doctrine pour laquelle il se passionne. Toute discipline trop intellectuelle finit par rendre impropre à Faction brutale, même quand on en reconnaît la nécessité. Les intellec-

tuels nationalistes se sont assez élevés contre les «sophistes » qui corrompaient l'âme nationale; mais une armée composée de patriotes aussi intellectualisés que M.Maurras ou M. Barrés ne serait pas près de reprendre FAlsace-Lorraine ou même de faire « le coup ». Pareillement les philosophes syndicalistes proclament la nécessité de ne pas laisser dépérir Tinstinct guerrier; mais on ne les voit guère mettant eux-mêmes en action leurs principes sur la violence. Ils n^en seraient pas plus capables que les psychologues de cabinet ou les sociologues du Musée social, parce qu'ils ont été façonnés par les mêmes habitudes d'intellectualité.

Ne peut-on prévoir qu^il en sera de même lorsque les ouvriers, « civilisés » par une longue éducation professionnelle et philosophique, seront en état de diriger la production ? A mesure que leurs institutions perfectionnées les mettront de plus en plus à l'abri des besoins élémentaires, pourront-ils conserver Tinstinct guerrier? Pourront-ils faire autre chose que la grève froide des bras croisés? Les meilleurs d'entre eux n'en seront-ils pas réduits à prêcher les beautés de l'héroïsme guerrier à une autre classe qu'on peut

imaginer encore iiotique, à d'autres catégories d'ouvriers non qualifiés qui viendront après eux? On songe à l'imagination pessimiste, — et si vraisemblable! — de Daniel Halévy dans VHistoire de quatre ans : « Hélas, ils n'étaient plus, les Doriens de Timoléon, les légionnaires de Scipion, les Gaulois de César, les Francs de Théodose, les 'Gôtes-de-Ferde Gromwell,les Suédois de Gustave- Adolphe, les grognards de Napoléon (on pourrait imaginer à la suite les prolétaires d'une grande grève d'aujourd'hui) : FOccident avait perdu ses hommes. » Et l'imagination monstrueuse de Renan, jla vision de ces terriens au cerveau énorme et au corps rabougri, ne paraît presque plus absurde...

De cette dégénérescence possible de la race hu- f maine,la doctrine rationaliste ni aucune doctrine ne peut être rendue responsable, mais seulement l'habitude de l'intellectualisation. Philosophes nationalistes, intellectualistes, syndicalistes, qui se dévorent en paroles, peuvent s'embrasser comme des frères : ils ne sont que des philosophes ! Kt plus l'intellectualisation nécessaire s'accentuera, plus l'humeur farouche des conquistadores, la fièvre entreprenante des capitaines d'industrie, la fougue des grands inventeurs et

des grands créateurs s'apaisera en une sérénité grise, en une impuissance avertie et résignée, en une morale très sage et très triste de rats de bibliothèques, d'intellectuels parfaitement raisonnables, incapables d'aimer et de haïr fortement, et qui, ne trouvant plus d'invention nouvelle à critiquer, enseigneront aux rares générations qui ne tarderont pas à s'éteiudre la critique des systèmes périmés, comme ces lapins qui, lorsqu'ils n'ont plus rien à manger, se nourrissent de leur propre substance. Douce perspective, dont rien ne saurait être rendu responsable; rien, — s'il est vrai que toute la dignité consiste dans la pensée et s'il n'est pas possible d^éviter que l'homme qui pense soit un animal dépravé...

Mais c'est trop longtemps s'arrêter sur des sombres images. La vie est infiniment plus diverse que cette représentation unilatérale. Nous n'avons pas de raisons de supposer que l'énergie créatrice puisse se laisser canaliser chez tous les hommes dans les méandres de l'intellectualité. Tout au contraire, nous pouvons constater chez certains artistes les signes authentiques du génie créateur, et quelques philosophes prétendent que, loin de diminuer, la vitalité de l'espèce augmente. Je ne

«ais si c'est, comme le prétend M. Maurras, une question politique, et s'il suffirait de ramener le roi pour « ramener la vie spontanée » dans notre race. Quelle que soit la valeur du moyen, cela est plus encore, au fond, une question d'hygiène. Il s'agit de trouver une thérapeutique appropriée qui puisse empêcher chez un individu et chez un peuple la dépression physiologique consécutive à un travail intellectuel trop intense.

Nietzsche, on le sait, attaciiait une grande importance à cette question, et parmi les « remèdes contre la modernité » il préconisait « une meilleure nutrition (la viande), Tespace plus vaste et la salubrité des appartements ». Gela n'est pas à dédaigner; il faut être d'abord, comme dit Spencer, un bon animal, accoutumé à vivre dans des milieux spacieux, et la seule expression de ce désir est un terrible réquisitoire contre notre vie urbaine moderne. Mais il s'agit aussi et plus encore d'éduquer le caractère en même temps que de fortifier le corps. Il s'agit aussi, par une saine discipline psychologique, de ne pas éternellement analyser son moi, de ne pas contempler son nombril moral à la façon d'un Amiel, mais au contraire de s'oublier dans Jes grandes hypo-

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thèses philosophiques, dans la recherche scientifique ou dans Faction sociale. L'hypothèse et Taction sainement entendues n'ont rien à craindre de l'analyse. C'est pour cela que les exemples ne manquent pas d'intellectuels qui sont en même temps des hommes d'action. Répétons donc, comme aimait à Tespérer Renan, que les sources vives de l'humanité ne sont pas près d'être taries. Le prolétariat peut accomplir l'œuvre de rénovation qu'attendent de lui les syndicalistes, en unissant la raison à Fénergie, la sagesse à la flamme. Sans rupture, sans hlasphème, sans reniement mystique, Dionysos complète Apollon.

Intellectualisme et Mysticisme {fin) L'Un et le Multiple

Ainsi la brisure nette que le syndicalisme veut établir entre Fintelligence et Fintuition, entre Futopie et le mythe, ne nous a pas paru résister à une analyse exacte : nous avons trouvé la continuité, non l'hétérogénéité. On en peut dire au-

tant du fond même de la doctrine, dont cette distinction philosopliique préalable nous livre le secret. Aux constructions rationalistes linéaires, continues, harmonieuses, le syndicalisme oppose la philosophie du discontinu, des créations absolues, des différences irréductibles. Contre Tunité rationnelle et la perception des ressemblances, il dresse la diversité et le sentiment des différences. Et ainsi la philosophie la plus actuelle retrouve par ses tendances de très vieux problèmes ^..

Le syndicalisme n'est d'ailleurs pas seul à insister sur les diversités nécessaires. On sait que les nationalistes s'attachent à « une vérité française » indépendante de toutes les « nuées » métaphysiques ou humanitaires : c'est « l'intérêt national », qu'on doit servir « par tous les moyens ». Pour les syndicalistes, il paraît bien y avoir une « vérité prolétarienne » distincte de la vérité ou de la science bourgeoises, et qui doit être servie elle aussi — au moins pour quelques syndicalistes — par tous les moyens. En tout cas, il y a une « morale des producteurs » qui ne

1. Voir pour le développement de vues analogues ou complémentaires, le Procès de la, Démocratie, pp. 171 et suivantes.

saurait être celle des philosophes ou philanthropes bourgeois. C'est ce que la Nouvelle Ecole exprime encore en disant qu'à la différence du socialisme démocratique ou philanthropique le syndicalisme est un mouvement « ouvrier », et non pas un mouvement « humain ».

Reconnaissons d^abord ce qu'il y a de légitime dans une telle préoccupation. 11 est dangereux de voir partout des identités, et il ne faut pas noyer les diversités des individus et des choses dans un vague panthéisme qui ne fait que troubler l'esprit et n'engendre que confusion. L'intelligence est la faculté d'analyser, c'est-à-dire de distinguer. Les nationalistes ont donc raison de dire qu'il y a chez chaque peuple des traditions, des usages, des mœurs communes qui, s'ajoutant à l'influence persistante du milieu physique, font à ce peuple une physiologie spéciale et le distinguent ainsi des autres groupements nationaux. Encore qu'il ne faille pas serrer de trop près le concept et préciser jusqu'à l'absurde, il y a en ce sens un esprit français, un esprit anglo-saxon, un esprit germanique, et M. Sorel a pu écrire toute une étude sur les « socialismes nationaux ».

Les syndicalistes ont plus raison encore, et

atteignent à une précision plus solide, quand ils distinguent à Tintérieur des nations les physiologies spéciales des classes, façonnées par le facteur peut-être le plus puissant : le métier, et débordant par-dessus les nationalités au lieu de se con* centrer dans un peuple. Il y a là deux tendances antagonistes aussi réelles Tune que l'autre, qui se traduisent quand elles sont poussées à rextrème par ces deux idéaux rivaux : impérialisme, lutte de classes, et qui sont défendues sous leur forme exclusive par ces deux partis et ces deux doctrines : nationalisme et socialisme ouvrier.

Il est vraiment trop commode d^oublier ces réalités en disant avec les internationalistes verbeux qu'il n'y a plus de frontières, ou avec les démocrates politiciens qu'il n'y a plus de classes. Il y a des nations, des classes, des régions, et au dernier degré — ce que les uns et les autres oublient trop — il y a des individus irréductibles les uns aux autres. Le sentiment des « différen- ' ces » ne doit pas s'arrêter à la nation ou à la classe, il doit pousser jusqu'à l'individu ; la dif- . férenciation nationaliste, régionaliste ou syndicaliste doit être complétée par la différenciation individualiste, par TUnicisme de Stirner, ou plus

simplement par un monadisme leibnizien. Voilà jusqu'où il faut aller, si l'on veut garder le sentiment des barrières intangibles qui séparent les moi, ce que l'on a proposé d^appeler la « sensibilité individualiste ». « L'hétérogène et non Thomogène, a dit Tarde, est au cœur des choses... Exister c'est différer ; la différence est en un sens le côté substantiel des choses, ce qu'elles ont à la fois de plus propre et de plus commun ». J'ai assez insisté sur la diversité, qui se trouve en deçà et qui se retrouve au-delà de l'unification rationnelle, pour n'en pas parler davantage ici. Mais c'est ne s'arrêter qu'à un côté des choses que s'haliuciner de cette vision unilatérale. A côté des diversités, il y a des choses qui rapprochent et qui unissent, qui sont objectives parce qu'une même expérience, parfois aussi vieille que l'espèce humaine, a sur certains points façonné semblablement les esprits et les sociétés ; ce sont d'abord, en remontant l'échelle, les régions, les nations et les classes ; et par-dessus toutes ces limitations, c'est le bon sens et c'est le langage, c'est la logique commune et la morale courante, c'est la science et c'est la raison; économiquement c'est l'échange. Ce sont les « conventions » qu'un

jeu de Tesprit peut bien faire considérer comme simplement plus commodes que d'autres et au fond arbitraires, mais qui en fait, par cela seul qu'elles sont^ sont les seules réelles pour l'espèce humaine constituée comme elle l'est et vivant dans les conditions où elle se trouve. Aussi bien M. Poincaré le reconnaît-il par sa doctrine de r « invariant commun », le même pour toutes les pensées, parce qu'il est l'ordre même des choses. Ce sont ces ressemblances qui font qu'on peut s'entendre, qu'il peut y avoir une vie sociale possible ; ce sont elles qui fondent l'abstraction de la ,„ science, le formalisme de la loi, la valeurd'échange, 1 la structure de l'État. Constater des ressemblan- ^ ces, fussent-elles superficielles, est une démarche de l'esprit aussi nécessaire que percevoir des différences. C'est pour cela que la science est objective et que la loi ou la valeur d'échange est la même pour tous.

Certes, il n'y a peut-être pas dans la réalité deux faits qui se produisent exactement dans les mêmes conditions, deux espèces juridiques qui soient strictement semblables, deux objets qui aient absolument la même valeur ; la formule scientifique et juridique : « toutes choses égales

d'ailleurs », n'est prescpe jamais réalisée, ce qui donne libre cours à l'interprétation toujours un peu arbitraire et créatrice du savant ou du juge. Il n'en est pas moins vrai que la loi ou Thypothèse scientifique est entendue identiquement par tous les savants, et Fidéal d'une nation policée doit être que la loi juridique soit comprise de la même façon par tous les magistrats et par tous les citoyens.

Les tempéraments des savants, les partis-pris des magistrats, les « idiosyncrasies » des individus ne sont pas tous les mêmes, et la passion altère chez bon nombre la sérénité de leurs travaux. Il y a des savants français ou allemands, révolutionnaires ou conservateurs, mais il n'y a pas de science française ou allemande, conservatrice ou socialiste ; et si les sensibilités individuelles sont diverses et dans leur fond irréductibles, il y a cependant un schématisme scientifique et social, construction de la raison abstraite et universelle, qui permet de classer les individus et les choses d'après quelques caractères généraux dont il ne faut pas être dupe, mais dont il ne faut pas non plus méconnaître la nécessité.

La science, nous l'avons dit, n'est pas Tart; le

formalisme juridique est impuissant à étreindre toute la vie ; mais il ne faut pas dénigrer l'utilité et la vérité que contiennent les ressemblances abstraitement dégagées par la science et par la loi. D'autre part, on sait que des conditions sociales identiques finissent par transformer dans le sens de l'homogénéité des sensibilités d^abord diverses. Parallèlement donc à la différenciation, qui introduit sans cesse entre les individus et les choses l'hétérogénéité, il faut tenir compte de l'assimilation qui se poursuit d'une marche égale, par suite de l'uniformité grandissante des conditions de vie qui fait sentir son pouvoir sur les individus, les classes et les peuples. Progrès parallèle et croissant de l'hétérogénéité et de l'homogénéité, de la complication et de Tunification : voilà une vue des choses qui, pour être « universitaire »,n'en paraît pas moins plus complète, plus exacte, plus probe qu'un parti-pris systématique, si suggestif et si partiellement fécond qu'il soit K Il est nécessaire d'insister quelque peu sur ces

1. V. sur ce point la thèse de M. Bougie ; les idées égalitaires, et celle de M. Lalande : La dissolution opposée à révolution. Paris, Alcan.

choses, car par haine du rationalisme et de la légalité, on en arrive à perdre entièrement le sens de ce qui rapproche et unit. « Le monde est un chaos, dit M. Paulhan, une poussière de systèmes, où apparaissent çà et là quelques tourbillons plus réguliers. La société est aussi une sorte de chaos, moins irrégulier que l'autre .» Dans ces chaos l'homme ne peut s'engrener ; il est « trop individualisé pour entrer dans un véritable organisme social». Il n'y a pas été préparé par l'hérédité, et « il a pris l'apparence d'un être avorté, tiraillé entre des tendances opposées qu'il ne peut accorder ». De même, pour M. Palante, « l'homme est par nature, un être désharmonique, en raison de la lutte intérieure de ses instincts » ; l'état de société, « par un douloureux paradoxe, comprime nos instincts en même temps qu'il les exaspère ». La conclusion de ces deux auteurs est qu'en face de ces chocs de forces aveugles que sont Tunivers et la société il n'y a qu'à se désintéresser, à se libérer par la « morale de l'ironie », à ne pas être dupe d'une finalité qui n'a aucun sens \ C'est ici,

1. V. de M. Palante : la Sensibilité individualiste, et de M. Paulhan : Morale de l'Ironie, analysées par M J. de Gaultier dans le Mercure de France, 15 mai 1909.

on le voit, Texaspération de rindividiialisme, la méconnaissance de ce qu'il y a d'objectif dans la science et la raison, la négation de la part de finalité volontaire que peut s'imposer l'activité humaine.

Les mêmes doctrines réapparaissent, plus déliquescentes encore, chez ceriains philosophes disciples de M. Bergson, qui sous prétexte d'art dissolvent entièrement les certitudes rationnelles et les disciplines du discours dans on ne sait quelle vie inconsciente de l'esprit fuyante et évanescente, inquiétante et équivoque, qui produit l'effet d'une griserie d'opium. Dans cette région, nous dit M. x\lbert Bazaillas, où l'on pénètre par le lyrisme poétique, la vie religieuse ou la musique, « tout nous parle de vertige et d'alanguissement... Des confusions et des compromis s'organisent, empruntant à ce monde trouble, véritable domaine de Véquivoque psychologique, un air de vraisemblance qui déconcerterait la raison, mais qui suffit pour engager l'action... Dans ce monde irrationnel, voué à l'absurde, où rien ne nous rappelle l'objectivité et la certitude, où la contradiction est de règle, il n'est point d'impulsion que l'imagination n'encourage, car elle demeure seule,

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clairvoyante et subtile, à la place des méthodes et des traditions de la pensée » \ Cet appel à l'inconscient a au moins le mérite d'être clair.

Même impression à lire un autre philosophe, M. Alphonse Ghide, qui dans le Mobilisnie moderne proclame lui aussi la mort de la logique, de Tunité, du rationalisme maudit, et va jusqu'à reprochera M. Poincaré d'avoir conservé son «invariant universel ». « Protée est Dieu », la vraie sagesse est de s'abandonner à «ses mystères prodigieux ». Tout n'apparaît plus que comme une universelle fantasmagorie. On croirait, à lire ces auteurs, assister à une de ces séances de cinématographe où brusquement, sous prétexte d'un air de valse endiablée, les meubles, les étages, Ids maisons, tout se met frénétiquement à danser et à tourner... Philosophies qu'on peut bien appeler neurasthéniques, puisqu'elles recommandent, pour amener l'esprit à se placer spontanément à leur point de vue, d'écouter le rythme de la mer au pied de Carthage par unis nuit sans lune, ou d'avaler « quelques grains verts tirés de la Cannabis indica - ». M. Bazaillas appelle lui-même

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