LA DÉGÉNÉRESCEP^CÈ DÉMOCRATIQUE
ionner encore. La démocratie, c'est la décadence le la production, et le progrès de la production îst la première condition du progrès réel dans les jociétés industrielles modernes, celle qui est mère le toutes les autres.
Il n'y a, selon M. Sorel, qu'un moyen d'éviter iette dégénérescence ; c'est de contraindre les îapitalistes à se réveiller, à reprendre conscience le leurs intérêts, à activer par conséquent le progrès industriel dont ils sont les artisans en attentant qu'ils en soient les victimes. L'intransigeance )atronale réveillera à son tour les ouvriers qui se aissaient prendre au mirage de la démocratie, et )ar le iieurt sans merci de ces deux forces la vie îconomique retrouvera sa vigueur. Le capitalisme )rogressera et préparera d'autant mieux le lit du ocialisme. Mais comme la bourgeoisie paraît s'enlormir dans les délices de Gapoue, c'est au proléariat à commencer, à secouer la torpeur bourgeoise, à rendre son adversaire vertueux malgré ui. Tel est le but de la lutte de classes, et, plus ipécialement, le rôle de la « violence ».
M. Sorel avoue qu'il est assez difficile de bien omprendre la violence prolétarienne, car on a me tendance naturelle à l'assimiler à la barba-
rie ou à la force bourgeoise. Or il convient, dit-il, de distinguer avec soin ces deux notions. La force bourgeoise s'exerce par des proscriptions légales; elle est le fait de juristes formalistes et non de producteurs ; elle s'acharne sur les vaincus et inspire à tous ceux qui en ont la superstition des actes de sauvagerie d'autant plus effroyables qu'ils se colorent d'intentions vertueuses ; c'est le règne de la guillotine par bonté d'âme. Ainsi s'explique par exemple la politique de Robespierre. Les violences prolétariennes au contraire « sont purement et simplement des actes de guerre, elles ont la valeur de démonstrations militaires et servent à marquer la séparation des classes ». Sans doute elles se manifesteront par des brutalités ; il est très utile, par exemple, que les ouvriers « rossent les orateurs de la démocratie », pour enlever à ceux-ci le goût de les abrutir par de belles phrases. Mais ces actes, une fois accomplis par pur instinct de conservation, ne laisseront pas de tra* ces ; « tout ce qui touche à la guerre se produit sans haine et sans esprit de vengeance ». Les ouvriers s'étant protégés, par des grèves violentes contre le piège des conciliations arbitrales et 1 corruption de la paix sociale, n'éprouveront pas
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le besoin de dépasser le but qu'ils s'étaient proposé : la force se suffit à elle-même et n^est nullement procédurière. « Nous avons le droit d'espérer qu'une révolution socialiste, poursuivie par les purs syndicalistes, ne serait point souillée par les abominations qui souillèrent les révolutions bourgeoises. »
Ainsi, par le refus des prolétaires d'accepter la paix sociale et Tordre dont ils sont les victimes abusées, par leur rejet brutal des solidarités dont le tissu constitue la vie nationale et la domination de TÉtat, Tavenir du socialisme ne serait pas compromis et la civilisation tout entière serait sauvée. Car c'est un point qu'il faut bien mettre en lumière : les philosophes syndicalistes voient dans le mouvement ouvrier s'organisant par ses seules ressources, non seulement l'émancipation d'une classe, mais la sauvegarde de la culture classique ; il est le seul gardien des richesses du vieux monde.
Gela peut surprendre ; on ne s'attend pas à voir les trésors de la pensée et de la beauté, les fruits du génie humain conservés par Taffirmation de la brutalité et de Tinstinct ; il semble bien plutôt que ce soit la fonction des intellectuels, euxmêmes cultivés et affinés par la pensée. Mais
c'est là, suivant M. Sorel, la plus néfaste des illusions. Les intellectuels de profession, c'està-dire ceux qui font métier de penser pour d'autres classes qui resteraient incultes, ne peuvent conduire une civilisation qu'à sa ruine, car ils ne régénèrent pas leur pensée aux sources vives de Tactivité productrice. La ruine du monde antique en est une preuve mémorable. « Tous les vieux auteurs chrétiens sont d'accord pour nous apprendre que la nouvelle religion n'apporta aucune amélioration sérieuse dans la situation du monde : la corruption du pouvoir, l'oppression, les désastres continuèrent à accabler le peuple comme par le passé. » Bien mieux, la gangrène gagna TEglise même, qui prit « les allures d'une administration impériale » et se laissa corrompre par les mauvaises mœurs. Elle ne s'est sauvée, malgré les fautes de ses chefs, que grâce à ses moines, qui ont d'autant mieux assuré leur prestige qu'ils se sont davantage séparés du siècle. Quant à la hiérarchie séculière ainsi bureaucratisée, elle canalisa et éteignit la sève des rois barbares , « une renaissance ne put se produire que très longtemps après, lorsque le monde eut traversé une longue série d'épreuves ».