DEUXIÈME PARTIE
MAMPllLATIONS PR0T06RAPHIQIES.
Je n’ai nullement l’intention de donner ici un Traité complet de Photographie; comme jel’ai déjà dit en commençant, je suppose le lecteur au courant des manipulations générales de la Photographie. Je n’anraidonc à m’occuper, dans cette seconde Partie, que du formulaire spécial aux travaux de l’archéologne. Mon but est seulement d’éviter aux commençants les tâtonnements, les déboires, de leur éviter les découragements insurmontables qui arriveraient forcément après une trop longue série d’insuccès et qui les feraient renoncer à l’emploi de la Photographie.
Avant d’entrer dans les détails des manipulations, je donnerai quelques avis généraux.
Produiis chimiques. — Les réactions photographiques sont encore peu connues ; il y a fort peu de temps que les chimistes en ont donné des explications satisfaisantes, et, d’un antre côté, tout le monde sait combien sont compliquées les réactions de la Chimie organique. Précisément, en Photographie,
les combinaisons les pins importantes, le collodion principalement, appartiennent en propre à cette branche de la Chimie, et la sensibilité des réactions photographiques est si grande, qu’elles sont entrées maintenant dans les méthodes d’analyse des laboratoires. C’est dire déjà que les moindres négligences dans la préparation apportent des troubles profonds dans les résultats, et c’est faire comprendre la nécessité absolue de n’employer que des produits tout à fait purs.
Cette condition n’est pas toujours remplie dans les fabriques de produits chimiques, et la purification des dilférentes sid)stances est dirigée de telle ou telle façon, suivant leur destination.
11 est donc inq^ortant de s’adresser à des fabricants spéciaux, et ils ne manquent pas à Paris; sans vouloir éliminer les maisons que nous ne nommerons pas, nous citerons en toute confiance :
Billaut-Billaudeau, rue de la Sorbonne ;
Carette, rue d’Enghien, 3i ;
Poulenc, rue Neuve-Saint-Merry, y;
Puech, place de la Madeleine, 21;
Scliaeffuer, passage du Buisson-Saint-Louis, ii et 12.
En demandant à ces maisons des produits spécialement préparés pour la Photographie on pourra être certain d’obtenir de bons résultats.
Clichés retournés. — Les tirages aux encres grasses exigent l’emploi de clichés retournés; pour
arriver à ce résultat, plusieurs méthodes peuvent être employées.
La plus simple consiste à obtenir directement à la chambre obscure un cliché renversé, en faisant poser la plaque collodionnée face en arrière; dans ce cas, le collodion occupe la face postérieure et l’impression se fait à travers l’épaisseur de la glace. De là l’obligation d’employer un châssis de construction spéciale, que l’on trouve maintenant chez tous les fabricants d’appareils; de plus, il ne faut pas oublier que dans cette circonstance, qu’il s’agisse de collodion sec ou de collodion humide, il faut nettoyer avec le plus grand soin l’envers de la glace, sous peine de n’obtenir qu’une épreuve trouble. La pose est aussi allongée, par suite de la couleur toujours un peu verte du verre collodionné.
Les clichés retournés peuvent aussi s’obtenir directement, sans rien changer à la position de la plaque ; mais alors un prisme à réflexion totale ou un miroir incliné à 4^ degrés produisent l’inversion de l’image. Cette méthode paraît indispensable lorsqu’une grande précision est nécessaire, comme dans la reproduction des Cartes par exemple ; mais elle est assez coûteuse et ralentit beaucoup l’impression photogénique.
Nos opticiens se sont peu occupés jusqu’à présent de cette modification ; les prismes de Steinheil sont les plus renommés ; les glaces parallèles de Dallmeyer sont, je crois, les seules fabriquées spécia-
lemeiiL ])Our les appareils pliolograpliiques ; enfin, parmi les oplieiens français, M. Derogy seul s’est oeciipé de eonstruire des objectifs à prismes; il a en l’idée ingénieuse de placer le prisme à l’intérieur de l’objectif, au lieu de le mettre en avant : de là line grande diminution dans les dimensions du prisme et une difficulté bien moins grande dans le travail des surfaces.
Une troisième métbode à employer pour ôb tenir des clichés retournés consiste à enlever la couche de collodion du verre qui la supporte d’abord et à la fixer sur un nouveau soutien, en la plaçant alors face en dedans.
A mon avis, cette méthode est la meilleure, en dehors de la reproduction des Cartes cependant ; c’est la plus simple; enfin, elle a le précieux avantage de mettre les clichés à l’abri des accidents, en supprimant les glaces.
Lorsqu’un cliché doit être enlevé, il convient de prendre certaines précautions pour empêcher que le collodion n’adhère trop fortement à la glace qui le supporte. Le meilleur moyen consiste à frotter la plaque avec du talc, et, lorsque cette opération est faite aATc soin, il est rare de manquer une épreuve.
Les plaques, préalablement nettoyées, sont légèrement saupoudrées de talc porphyrisé ; avec un tampon de coton l’on frotte rapidement la plaque, de façon à obtenir une surface égale surlaquellele tampon glisse d’une manière uniforme. Ce premier talcage
siifrirail dans lo cas où le collodion dcvrail rcslcr fixe à la glace, cL c’esL le mode de nelloyage le plus rapide et le meilleur, mais il serait insuffisant si la concile devait être enlevée; il faut, dans ce cas, renouveler l’opération une seconde fois. Ce second talcage se fait avec un pinceau rond en marte (pinceau à deux ou Irois plumes pour Taquarelle), que l’on trempe dans un llacon conlejiajit du talc, dont il emporte une certaine quantité entre les poils; on l’étend sur toute la surface delà glace, de façon à laisser une couche très-mince. A.u moment de collodionner, il suffit d’enlever au blaireau, ou mieux au pinceau de marte plat , l’excès do talc.
Les couches de collodion versées sur une glace ainsi préparée s’enlèveront toujours avec facilité.
Cejiendant, lorsque le collodion est très-adhérent à la glace, il convient de j^rendre certaines précautions, ainsi (jue Ta indiqué M. Jeanrenaud (^).
(( Après avoir passé le cliché, terminé, fixé et lavé, à l’eau acidulée par y centimètres cubes d’acide chlorhydrique ordinaire pour loo centimètres cubes d’eau, on le laissera sécher, puis on couvrira la glace de la solution suivante, successivement par chacun de ses angles, la l'ecueillant à l’angle o])-
posé :
Alcool
Eau 20
Acide chlorhydi'iqiie 5
( *) /jiili, de la Soc. franc, de Photogr., t. XXII, p. i3.
On laisse séclicr sans laver. Le cliché est alors prêt à recevoir la coiiclie de gélatine. La solution ci-dessus peut servir indéfiniment, surtout si l’on a eu soin de passer la glace à l’eau acidulée, comme il est dit ci-dessus, opération qui empecliera ensuite le liquide alcoolique de se colorer en brun. «
Lorsque les clichés auront été déjà vernis, il faudra employer l’excellente méthode de M. Rousselon :
(( Faire dissoudre 8 grammes de potasse caustique et 4 grammes de carbonate de potasse dans 170 centimètres cubes d’eau distillée, et verser ensuite sur cette dissolution Doo centimètres cubes d’alcool à 4o degrés.
» Le vernis à la gomme laque disparaît facilement au moyen de cette liqueur; le vernis Shœné et d’autres demandent un peu plus de potasse.
» Lorsque le cliché est complètement déverni, le laver et le mettre baigner un instant dans de l’eau distillée contenant 2 pour 100 d’acide chlorhydrique; le retirer aussitôt qu’on aperçoit un des coins du collodion se soulever, puis le laver et le mettre à égoutter ( ' ) ».
Le cliché, ainsi pré])aré, est prêt à subir l’opération de l’enlevage; ici encore deux méthodes peuvent être employées : l’une consiste à verser sur la couche une solution chaude de gélatine , l’autre à appliquer sur le collodion mouillé une feuille de gélatine préj)aréc à l’avance.
(') Bull, delà Soc. franc, de Photo"/-., t. XX, p. 182.
Nous décrirons successivement les deux méthodes. Il faut tout d’abord entourer le elielié de bords en papier pour cmpêcber la gélatine de couler de tous côtés; il sufbt de coller des bandes de papier de 3 ou 4 centimètres de largeur sur l’envers du cliebé, en laissant déborder en^iron moitié de la largeur de la bande de papier. Ces bandes, collées à la colle de pâte ou à l’empois d’amidon, sont retournées, les angles collés de façon à obtenir une sorte de cuvette dont le cliebé forme le fond.
Lorsque le tout est sec, les cliebés sont posés sur une grande glace placée borizontalement au moyen de trois vis calantes.
La gélatine se prépare ainsi pour une glace de 27 X 33 :
Gélatine. . 20e*'
Eau 100
Glycérine 4
Il est bon d’ajouter à cette préparation 4o centimètres cubes d’une solution d’alun à 2 pour 100. Cette solution doit être au titre exact, car quelques centimètres cubes de plus rendraient la solution de gélatine insoluble et la mettraient en pâte; si eet accident se produit, une vive agitation ramène la gélatine à l’état Iluide. Cette addition d’alun rend la gélatine insoluble et imputrescible après des= siccation; elle ne se pique plus de moisissures, même après un séjour dans un endroit bumide ; de plus, le cliebé, une fois sec, prend l’aspect
(l’un verre dépoli Irès-lin (douci) (|ui donne plus d’iiarmonie à l’épreuve.
Le bain de gélatine doit être versé Irès-ehaud sur la glace, chaulïee préalablement et buniectée en la plaçant au-dessus d’un vase d’eau bouillante.
11 est également fort important d’éviter de former des bulles d’air en versant la gélatine sur le cliché. Pour cette opération, rien n’est plus commode que de faire usage d’une capsule en verre; le bec permet de verser facilement, et la transparence du verre laisse voir ce que l’on fait. Il est bien entendu que la solution de gélatine doit être soigneusement filtrée sur une llanelle ou un tampon de mousseline.
En hiver, cjuand la dessiccation est longue à obtenir, il est prudent d’ajouter à la dissolution de gélatine quelques gouttes d’acide pliénique; on écartera ainsi toutes les causes de moisissures.
Lorsque la gélatine est complètement sèche, les bandes de paj)ier sont enlevées soigneusement, et on la recouvre d’une couche de collodion ainsi
composé :
Élher 200'='=
Alcool 100'='=
Coton oS''
Glycérine 5'='=
Cette concile de collodion étant parfaitement sèche, et pour cela il faut au moins vingt-quatre heures, il ne reste plus c|u’à couper avec un canif les liords de la couche à quchjucs millimètres des
bords de la plaque, eL la leuille s’enlè\e avec la plus g randc racilité.
Cette méthode est longue, et elle devient presque impossible à enq)loyer en voyage; depuis quelque temps, j’emploie de préférence une méthode que m’a indiquée M. Fabre et qui vient d’étre récemment ])ubliée par M. Chardon :
« 11 prépare à l’avance des pellicules de gélatine en versant de la gélatine chaude sur des glaces préalahlement enduites de taie ou mieux de fiel de L'œuf; ces pellicules , une fois sèches , sont recouvertes d’une couche de collodion à l’huile de ricin (ou à la glycérine), puis détachées de leur support et conservées pour Lusage. Quand on veut détacher un cliché, on coupe une pellicule exactement de la dimension de la glace, on plonge le cliché, puis la pellicule, dans l’eau; on les enlève réunis, le côté non collodionné en contact avec le cliché; on donne un coup de raclette comme dans le procédé au charbon; on soumet à une légère pression, comme celle d’un châssis positif, et, le lendemain, la pellicule se détache très-facilement, entraînant le cliché avec elle ( ' ). »
La préparation des feuilles de gélatine est encore assez longue, mais il sera facile de l’éviter, car M. Stebbing va mettre dans le commerce des feuilles de gélatine toutes préparées.
Bull, de la Soc. franc, de Photogr., t. XXIV, p. 98.
Tuutat. Phot. appl. a l'Arch.