‹ La photographie appliquée a l'archéologieChapitre 27 sur 57 · I. — PROCÉDÉS AU COLLODION · texte numérisé non relu

I. — PROCÉDÉS AU COLLODION

On trouve maintenant dans le commerce des collodions photographiques à des prix inférieurs à celui de l’éther et de l’alcool qui les composent, résultat qui paraît inex])licable au premier abord, et qui provient de ce fait, que le mélange d’éther et d’alcool est exonéré, entant qu’alcool dénaturé, des droits énormes qui pèsent sur l’alcool pur.

Ces collodions sont ordinairement plus que suffisants pour les différents cas dans lesquels peut se trouver l’archéologue ; ils manquent quelquefois cependant d’intensité ; dans ce cas, il faut leur ajouter quelques gouttes de teinture d’iode; la rapidité est un peu ralentie par cette addition, mais les clichés montent plus facilement en intensité, tout en conservant toute leur pureté.

Pour les procédés humides, cette seule modification suffit. Mais, pour les procédés secs, il y aura toujours avantage à mélanger avec les collodions du commerce des collodions faits avec du coton pulvérulent; cette vaidété de coton donne beaucoup plus de régularité aux glaces sèches, et il est facile de se procurer cette espèce de coton chez M. Poulenc.

Voici une formule exeellente :

Éther i5o

Alcool 100

Coton pulvérulent 3 à 4

lodure de cadmium i

» d’ammonium i

Bromure de cadmium. ..... i ,5

Pour les reproductions de tableaux, il est bon d’ajouter à ces quantités o, lo de chlorure de cobalt.

Ce collodion, éclairci par un repos de quelques jours, se mêle, par parties égales, aux collodions du commerce . collodion René, collodion Garettc, collodion Witbe, etc., etc.

Si le mélange se décolorait complètement, il serait indispensable de le ramener à une teinte franchement jaune par quelques gouttes de teinture d’iode.

Procédés au collodion liuinide. — Je n’ai rien de particulier à dire sur les manipulations du collodion humide ; je renverrai donc simplement aux Traités que j’ai déjà indiqués, en recommandant seulement de faire toujours des lavages prolongés. Il ne peut jamais y avoir d’exagération, surtout après le fixage à l’hyposulfite de soude. Rien n’est plus désolant pour l’opérateur que la vue d’un cliché qui se couvre de taches et disparaît peu à peu faute de lavage suffisant. Sous ce rapport, il n’y a pas de substance donnant moins de sécurité que l’hyposulfite ; aussi je me sers ordinairement de cyanure de potassium, malgré ses propriétés toxiques; en ayant soin de prendre quelques précautions, il est facile d’éviter tout accident.

Procédés au collodion sec. — Je me contenterai de recommander deux 'procédés de collodion sec ,

tous (leux d’une grande ix^gularittî el d’une manipulalion assez simple, quoique un peu longue.

l.’un, le procédé Taupenot, au collodion albuminé, est, à mon avis, de beaucoup supérieur à tous les autres; il est un peu plus long dans ses préparations et plus coûteux, mais d’une régularité parfaite.

On trouvera une description exacte de ce procédé dans les Progrès de la Photographie , de M. Davannc (p. 45); je recommanderai seulement d'ajouter toujours de la dextrinc à l’albumine : on obtient ainsi facilement des clichés sans dureté et d’une teinte verdâtre excellente. Enfin, dans les reproductions de manuscrits , on obtient plus facilement une grande intensité en remplaçant le lavage à l’acide gallique de la plaque sensible par la solution suivante :

Eau distillée looo

Tannin 20

y\cide gallique o,5

Acide acétique ciistallisable. 5

Après contact de vingt-quatre heures, filtrez deux fois; la solution doit être parfaitement limpide.

Le procédé au tannin peut donner aussi de trèsbons résultats, et il est plus simple que le procédé Taupen-ot; par l’emploi des révélateurs alcalins, on évite facilement les trop grandes duretés. Je renverrai encore à l’opuscule de M. Davanne pour le détail des manipulations (p. 58).

Voici cependant une formule de préservateur

(rime clïîcacitci certaine, cl que je ne saurais trop recommander :

Eau distillée looo

Tannin 5o

Acide galliqiie « i

Dextrine jaune f)0

Laissez en contact pendant quarante-lmit heures au moins, en ayant soin d’agiter fréquemment et de cliauffer légèrement; au bout de ce temps, une matière gommeuse brune se précipite an fond du ilacon, et par une filtration soignée on obtient un licpiide lirimâtre qui se conserve très-l)ien.

J’indiqnerai ici une modification à ce procédé, (pii donne, entre les mains de plusieurs amateurs du INIidi, d’evcellents résultats. Cette méthode, indiquée tout d’abord par M. Carey-Lea et modifiée ou plutôt simplifiée par M. Fabre, consiste à préjiarer une pellicule de collodion sensible qui se conserve à sec, et qu’il suffit de dissoudre à nouveau dans le mélange ordinaire d’étber et d’alcool; le liquide obtenu, une véritable émulsion, ne demande plus d’autre manipulation que d’étre étendu uniformément sur les glaces, un simple collodionnage; aussi cette méthode est-elle extrêmement commode en voyage.

On prépare tout d’abord un collodion ordinaire, par le mélange à parties égales de collodion du commerce et de collodion an coton pulvérulent, et d’autre part un bain d’argent à lopoiir loo, dans le([uel on verse quelques gouttes de collodion et

(jue l’on filtre avec soin. Le collodion est versé dans une cuvette en porcelaine, de façon à occuper une hauteur de 5 ou 6 millimètres ; on facilite l’évaporation de l’étlier en agitant la cuvette, et lorsque la masse a fait prise, absolument comme s’il s’agissait d’une plaque collodionnée, on verse dans la cuvette le bain d’argent; avec une spatule de verre on divise la masse en menus fragments, de façon à obtenir le plus de points de contact possible entre le collodion et le bain d’argent. Tout d’abord les fragments de collodion surnagent dans le bain d’argent, mais peu à peu ils gagnent le fond de la cuvette, et alors la sensibilisation est complète.

Il vaut mieux cependant prolonger le contact pendant 3o minutes environ . Au bout de ce temps, le bain d’argent est décanté dans un flacon, et l’on procède au lavage, en commençant avec de l’eau distillée additionnée d’acide acétique cristallisable à la dose de i à 2 pour loo; ce lavage à l’eau acidulée est absolument indispensable, il évite les voiles et une réaction toute particulière, qui se produirait au contact du préservateur.

Les lavages à l’eau ordinaire doivent être abondants et prolongés, jusqu’à ce qu’un essai à l’eau cblorurée ne donne plus de précipité dans l’eau de lavage; il est même prudent de terminer par un lavage à l’eau cblorurée. Mais l’emploi de la cuvette est insuffisant pour obtenir rapidement un lavage convenable; il est infiniment préférable de verser toute la masse dans un grand flacon à large ouver-

turc. Alors, par une vive agitation, on arrive facilement au résultat cherché.

La masse, suffisamment lavée, est soumise au préservateur au tannin dont nous avons déjà donné la formule, agitée avec soin, puis étendue sur un linge très-propre, essuyée rapidement au papier buvard et mise à l’étuve ou à l’air simple jusqu’à parfaite dessiccation à l’abri de la lumière bien entendu.

Cette poudre ou plutôt ces pellicules, mises en flacon, se conservent fort bien; pour les employer, il suffit de les dissoudre à raison de 3 à 4 grammes pour loo dans un mélange à parties égales d’éther et d’alcool.

En employant ce procédé, on obtient des glaces d’une régularité parfaite, on évite toutes les taches, et il est certain que la rapidité d’impression est de beaucoup augmentée : effet qui provient, sans doute, de la grande homogénéité de la eouche sensible.

A ces procédés je devrais ajouter celui des émulsions, mais ces manipulations sont d’une délicatesse extrême, et je n’oserais les recommander ici; cependant les glaces livrées par M. Stebbing, ainsi que celles au gélatino-bromure de M. Garcin, donnent de très-bons résultats, et c’est là, je crois, la véritable méthode à conseiller aux archéologues qui donneraient la préférence aux émulsions : demander des plaques toutes prêtes àM. Stebbing, à M. Garcin, ou bien encore de Fémulsion à M. Puech.

Il sera bon de consulter la Notice piiljliéc par ]\J. Odagir, sur le Procédé au ^élatino -bromure, car les plaques de M. Garcin sont préparées suivant cette méthode (^).

.rajouterai seulement qu’il faut toujours opérer le développement avec des liquides froids; en été l’usage de la glace pour refroidir la solution pyrogallique est indispensable. Enfin je donnerai d’après M. Ferrler une méthode de développement excel-

lente :

Solution n° 1.

Eau distillée loo®®

Acide pyrogalli(}uc 2^’'

Solution n° ‘2.

Eau distillée

Ammoniaque liquide

Bromure de potassium, . . . os'',5o

Au sortir du châssis, on mouille la glace avec de l’eau ordinaire, et on la recouvre ensuite avec la solution n° \ , qu’on laisse agir environ une minute, puis on verse cette solution dans un verre gradué et l’on y ajoute quantité égale de la solution n” 2. Ce mélange est reversé sur la glace et l’image ne tarde pas à paraître; si ce mélange se colore en brun d’une façon très-intense, avant que l’image soit entièrement développée, il faut le jeter, faire

(') OoAGiR (H.), Le Procédé aii gélatino-bromure, suivi d’une INûte de M. Milsom sur les clichés portatifs et de la traduction des Notices de MM. Kennett et Rév. G. Palmer. In-i8 Jésus, avec figures dans le texte; 1877. — Prix : i fr. 5o c.

un mélange seml)lablc et conliniier le développement.

On fixe à l’IiyposiilfiLe de soude, et on lave trèssoigneusement, parce que la gélatine retient longtemps riiyposulfite, qui, sans cette précaution, reviendrait cristalliser à la surface après le séchage et perdrait l’épreuve.

Il faut avoir soin de ne pas préparer la solution pyrogallique à l’avance : ce serait une cause d’insuccès.

Développement. — Tous ces procédés peuvent supporter les développements acides ou alcalins : les premiers seront employés lorsqu’il s’agira de produire des épreuves dures, dans les reproductions de manuscrits par exemple; les seconds, au contraire, donneront plus de douceur, de modelé dans les ombres, en meme temps qu’ils abrégeront l)eaucoup la durée de la pose.

Je n’aurai rien de particulier à ajouter aux procédés de développement décrits dans les auteurs; j ’insisterai seulement sur les conditions particulières qu’exigent les reproductions de gravures ou de manuscrits, car les clichés de ce genre doivent avoir des qualités toutes particulières.

Il faut, dans ce cas, cliercher à produire des cllcliés durs, à noirs intenses. Je ne conseillerai pas le collodion humide, quoiqu’il ne soit pas impossible d’en obtenir des résultats satisfaisants en ayant recours au renforcement par le cbloriu’e

(le cuivre ; mais on arrive pins facilement an résultat clierclié en employant les procédés secs : collodion alhiiminé, collodionan tannin. Seulement, il est bon d’aciduler assez fortement le préservateur : la rapidité en est diminuée, mais l’intensité fortement augmentée et les voiles complètement écartés.

Le cliché, obtenu soit au collodion humide, soit au collodion sec, subit tout d’abord un premier développement et un léger renforcement, qu’il ne faut pas pousser trop loin, afin d’éviter les voiles; on fixe au cyanure et non à l’iiyposulfite, car le moindre défaut de lavage pourrait entraîner de graves inconvénients, la plus légère trace d’hyposulfite amenant des taches lors du renforcement à l’argent. Le cliché, fixé et lavé avec soin, est dévoilé

avec la solution suivante :

Eau 1000

lodure de potassium lo

Iode I

On verse rapidement, et sans à-coup, une certaine quantité de celte solution sur le cliché; au bout d’une ou deux minutes, les parties noires deviennent légèrement opalines, par suite de la transformation en iodure d’argent de la légère couche d’argent réduit que le développement a laissée sur l’épreuve ; on lave et l’on fixe de nouveau au cyanure, enfin on lave avec le plus grand soin; le cliché est alors prêt à subir l’opération du renforcement.

Le cliché aura toujours un peu Ijaissc par l’application de la solution iodée, mais il reprendra vite son intensité et conservera toute sa transparence dans les noirs.

Le renforcement se fait au nio}en de :

Eau distillée looo

Acide pyrogallique 3

Acide gallique 3

Acide acétique cristallisable. . . 20

que l’on additionne d’une petite quantité de :

Eau 100

Nitrate d’argent 3

Acide citrique 2

Lorsque le mélange devient trouble, il faut le rejeter, laver le cliché et continuer le renforcement jusqu’au point voulu. On fixe au cyanure et l’on dévoile à l’iode si la chose est nécessaire ; mais cet accident est facile à éviter en ne prolongeant pas trop l’action du développateur devenu brun.

Dans le cas, fort rare, où ce renforcement serait insuffisant, il faudrait recourir à l’emploi du bromure de cuivre, qui pourrait même suffire seul après le premier développement, mais il est indispensable de l’appliquer lorsque la plaque est encore humide ; un cliché sec et mouillé après coup ne se renforce jamais bien par cette méthode.

La solution bromurée se prépare en mélangeant par parties égales deux solutions à lo pour loo de

I)rümiirc de polassium el de sulfate de enivre; le mélange donne une liqueur bleu [)âle, avee un léger préeipilé blaneliâtre qu’il faut éliminer par fd Ira lion.

Le elielié, eonvenablement lavé et eneore bumide, est plongé dans la solution bromurée ; la eouelie noire! t d’abord, mais elle ne tarde pas à prendre une teinte blane rougeâtre. Lorsque l’effet N oulu paraît obtenu, la plaque est de nouveau lavée et immergée dans une euvette eontenant une (piantité suffisante de la solution suivante :

Eau distillée looo

Nitrate d’argent 20

Acide azotique 2à3

La plaque noireit rapidement et atteint une grande opaeité, sans que les parties transparentes se voilent, si le bain est suffisamment aeidifîé.

On lave de nouveau et l’on reeouvre d’une eouelie très-légère de gomme ; sans eette préeau tion, le eollodion se déeliirerait et s’enlèverait en lambeaux pendant le séeliage.

En suivant exaetement les différentes indieations que je viens de donner, je ne doute pas que l’arehéologue ne parvienne rapidement à obtenir de bons elieliés et à trouver dans la Idiotograpliie un puissant auxiliaire. Un dernier eonseil eependant : ne se eontenter jamais d’un seul elielié ; un aeeident peut arriver, et les néeessités du tirage réelameront souvent deux sortes de elieliés, Wni dans le sens

ordinaire pour les épreuves aux. sels d’argenl, l’aulre retourné pour les tirages aux eneres grasses ; deux elieliés au moins, et einq ou six lorsque le sujet est important, voilà ee qu’il ne faut pas négliger.

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