IV. — PROCÉDÉS
Trois modes de préparation des plaques destinées à la Pliotographie des monuments peuvent être employés : procédés au collodion humide, au collodion sec et au papier sec. Je me contenterai, ])Our le moment, de donner sur eux quelques ap- ])réciations générales, renvoyant à la deuxième Partie la description des manipulations.
Collodion humide. — Toutes les fois que l’arcliéologue aura une série un peu considérable de clichés à faire d’un même sujet, le procédé au collodion humide lui offrira de grands avantages, dont le plus important est peut-être celui de pouvoir emporter des clichés terminés. Seulement les bagages deviennent considérables, et il faut, de plus, avoir tout le temps nécessaire à une installation de quelque durée. Comme je l’ai déjà dit, il est souvent possible d’installer un laboratoire provisoire dans quelque recoin obscur, et c’est là de beaucoup la manière la plus commode d’opérer; mais, lorsque la chose est impossible, l’emploi des laboratoires j)ortatifs est indispensable.
Dans les circonstances où l’arcbéologue doit employer le collodion humide, il est rare que tout ne ])ulsse être préparé à l’avance, ctle champ d’exploration est toujours connu par quelque voyage préa-
labié; aussi les difficultés d’installation sont-elles plus faciles à lever.
Collodion sec. — Les procédés de collodion sec sont les plus employés, et c’est à eux que rarcliéologue en voyage aura toujours recours. Il existe une quantité incroyable de méthodes différentes, et la description et la discussion de ces procédés suffiraient amplement à remplir les colonnes des publications photographiques pendant plusieurs années; je me garderai bien de citer même les noms de toutes ces recettes plus ou moins empiriques ; je donnerai seulement des détails sur deux métliodes excellentes : le collodion albuminé et le collodion au tannin.
Une troisième méthode encore bien nouvelle, celle des émulsions au bromure d’argent, est d’une manipulation trop délicate pour que j’ose la recommander, et je croirais imprudent de pousser dans cette voie un simple amateur, surtout s’il est encore novice dans la pratique de la Photographie.
On peut encore avoir recours aux plaques toutes préparées que fournit le commerce. Malheureusement il n’est pas prudent de s’adresser au ])remier fabricant venu, et trop souvent on a de mauvaises préparations. Je ne recommanderai donc des plaques qu’apres avoir fait des essais répétés et après m’être entouré de tous les renseignements possibles; en attendant, je dois avouer que c’est seulement des mains de M. Stebbing que j’ai eu
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des plaques sèelies d’une bonne préparation; inutile de nommer ceux dont les préparations ont été inférieures.
M. Stebbing (*) prépare deux sortes de plaques, les unes dites au bain avec préservateur, les autres à l’émulsion pure. Toutes deux sont également bonnes, mais j’aurais peut-être une préférence pour les premières ; les secondes sont presque trop rapides, et il faut une grande habitude pour arriver à des poses justes. Quelles que soient les plaques dont on se serve, je ne saurais trop recommander de s’adresser directement à M. Stebbing ; on évitera ainsi bien des déboires.
Dans ces derniers temps, M. Garcin, 5o, rue Childebert, à Lyon, a mis dans le commerce des plaques sèches au gélatino-bromure : elles sont excellentes et d’un prix inférieur à toutes les autres préparations.
Papier sec. — Les clichés sur papier ont été les premiers en usage, et cependant il est maintenant bien peu de photographes qui se souviennent des magnifiques résultats obtenus par MM. Blanquart- Evrard, Legray, Baldus, etc., etc. Ces procédés étaient lents, et, d’un autre côté, le collodion est venu donner de telles finesses, que le public rejeta complètement les épreuves sur papier à cause d’un certain grenu qui leur enlevait la rondeur un
(') Rue des Apennins, 27 (Clichy).
peu molle du collodion. Cependant ce procédé possède des qualités précieuses ; dans les grandes explorations, il devrait être le seul employé, car il diminue énormément les bagages et résiste mieux que tout autre aux nombreuses causes d’insuccès que les voyages entraînent toujours avec eux.
Je décrirai donc avec détail un procédé sur papier sec dont je puis garantir les bons résultats; et je ne saurais trop le recommander pour les grandes dimensions. Un archéologue qui entreprend un long voyage à l’étranger, surtout dans les pays chauds, devrait toujours employer ce procédé et n’user du collodion sec que pour les petites dimensions et pour les sujets qui exigent une grande finesse.
ŒUVRES D’ART. - MORILIER.
Bien peu de personnes se seraient doutées, il y a cinquante ans, de l’énorme quantité d’objets de luxe que le moyen âge et surtout la Renaissance avaient répandus à profusion dans les châteaux de cette époque, et, cette année, l’exposition des galeries du Trocadéro a dépassé tout ce qu'il était permis de se figurer, même après avoir vu les riches séries du Louvre ou de Cluny.
Mais il serait bien difficile de réunir de nouveau tant de merveilles, et cependant de quel intérêt sont pour l’archéologue l’étude et la comparaison de toutes ces reliques du passé ! Les dessins peuvent seuls permettre de pareilles recherches, et tout le monde sait à quels prix énormes arrivent les planches gravées que nécessiterait une pareille publication.
La Pliotograpliic , dans ce cas, est d’un grand secours; elle atteint une telle perfection, qu’elle parvient à mettre sous les yeux de rarchéologuc les objets eux-mêmes, et, par les tirages photomécaniques , elle rend possible la publication de
planches excellentes, qui suppriment à la fois le dessinateur et le graveur.
Aussi allons-nous examiner avee détail les soins à [)rendre pour les différentes catégories d’objets que nous réunissons dans cette section.
La plupart du temps, ces objets (reliquaires, tableaux, ete., etc.) sont d’un volume limité, et il est facile de les déplacer, avantage précieux qui permet de les disposer convenablement et de les éclairer suivant l’effet à obtenir.
Eclairage. — Ici encore cette question d’éclairage est de la plus haute importance, et elle diftere beaucoup suivant la nature des objets à reproduire ; nous l’étudierons avec détail dans les diverses catégories, mais il est bon cependant de connaître les différentes eonditions de lumière envisagées d’une manière générale; c’est ce que je vais faire tout d’abord.
Lorsqu’il v aura possibilité de transporter dans un atelier de Photographie les objets à reproduire, rien n’est plus faeile que de disposer la lumière selon les exigenees du modèle. Dans le cas contraire, il faudra s’abstenir le plus possible d’opérer dans une pièce simplement éclairée par une fenêtre; dans ces conditions, la lumière n’est jamais bonne et les effets deviennent criards. Au dehors, au contraire, dans une cour, sur une terrasse, sur un balcon, la lumière pénètre partout, elle di minue l’intensité des ombres, et avec quelques
écrans mol)iles on peut facilement obtenir les effets nécessaires.
Dans le cas où il serait absolument impossible de déplacer l’objet à photographier, il faudrait, au moyen d’écrans blans, carton, papier, linge, chercher à éclairer par des reflets les parties trop sombres.
Enfin, dans des intérieurs absolument dépourvus de lumière, il faudra recourir aux éclairages artificiels, lumière électrique, magnésium, flamme de Bengale, et je n’aurai rien à ajouter aux renseignements que j’ai déjà donnés à ce sujet (p. 42).
Fond. — La question de l’éclairage étant déterminée d’après les règles que j’indiquerai à propos de chacune des catégories d’objets que comprend cette section, il faut encore que le fond de l’épreuve soit choisi avec soin. Cet accessoire est plus important qu’on ne le croit généralement : un fond de teinte convenable et bien disposé donne tout de suite à l’objet représenté sa véritable valeur, et l’impression générale peut être bonne ou mauvaise, selon qu’il est bien ou mal aménagé.
Les fonds doivent se faire avec des étoffes mates ; les meilleurs sont en drap tissé spécialement pour cet usage, et on les trouve chez les fournisseurs spéciaux de Photographie; il est toujours facile de trouver des teintes convenables. Le prix de ces étoffes est assez élevé, i5 francs le mètre environ, mais il est vrai que la largeur est considérable, 2'“,5o.
Le drap peut être remplaeé par des fonds veloutés sur ealieot; ils donnent d’exeellents résultats et sont beaueoup moins eoûteux, mais ils s’usent assez vite et ne supportent guère les plis; ils ne peuvent done être employés que pour des fonds plats. Enfin, le velours de eoton sert pour les fonds noirs devant lesquels doivent se photographier les marbres hlanes.
En général, quatre teintes suffisent :
Noir pur.
Gris moyen,
Gris clair,
Blanc.
Pour eonserver ces fonds sans plis, et c’est une condition indispensable, il convient de les enrouler sur un bâton de 6 à 8 centimètres de diamètre; une bonne précaution à prendre serait de placer sur les bords une rangée d’œillets métalliques qui serviraient à les tendre sans les déchirer, ce qui arrive toujours par l’emploi des clous.
Toutes les fois que l’objet à photographier pourra être suspendu, il faudra user de ce système, car il permet d’éviter les plis du fond, ce qui contribue beaucoup à donner un bon aspect à l’épreuve. On tend le fond devant un mur, ou mieux devant une porte, un panneau mobile; puis, au moyen de quelques pointes ou crocliets, on fixe l’objet solidement en dissimulant les moyens d’attache.
Quand l’objet ne peut être suspendu, il faut disposer les étoffes du fond avec goût, éviter les
Trutat. Phot. appl. à V Arch, b
plis exagérés et avoir soin de ne pas donner Irop d’im])ortanee à eet aceessoire indispensable, niais d’un ageneenient souvent dilfîeile.
La teinte du fond doit être appropriée au sujet. Il faut avant tout éviter les eontrastes trop puissants : ainsi, un objet foneé ne sera jamais plaeé devant un fond blane : le résultat serait dur et criard; de même, un objet de teinte claire ne sera pas mis sur un fond de teinte très-foncée. Cependant je signalerai quelques exceptions : ainsi les statues de marbre blanc, les ivoires très-blancs demandent des fonds entièrement noirs; il en est de même lorsque l’on cberclie à obtenir un effet très-vif, lorsque, par exemple, on veut enlever une fine découpure sur un fond d’intensité absolument contraire à sa couleur, noir sur blanc ou blanc sur noir.
Disposition. — 11 me reste encore à examiner une question applicable à cette deuxième section : comment faut il disposer les objets? convient-il de les réunir en groupes ou est-il préférable de les représenter isolés? Question que l’archéologue résoudra lui-même selon le but qu’il se propose. Cependant je dois prévenir les commençants qu’avec la tendance ordinaire qui leur fait réunir, entasser un trop grand nombre d’objets sur une même plaque, on n’obtient le plus souvent qu’un résultat détestable. Les sujets isolés sont généralement préférables, mais je conviens qu’en certains cas le
groupement est naturellement indiqué, j^our les armes par exemple.
Les différents points que je viens d’énumérer ne suffiraient pas en toutes circonstances, et il est facile de comprendre qu’un reliquaire byzantin aux délicats filigranes demande une manière d’opérer toute différente de celle qu’exige une tapisserie ou un ivoire ; mais il serait fastidieux de faire ici une énumération complète de tous les cas qui peuvent se présenter, et je me contenterai de grouper les objets en catégories, donnant à chaque groupe des indications assez précises pour ôter tout embarras.