MAMMIFÈRES
Une grande partie des indications que nous avons déjà données pour l'homme trouveront également leur application dans l'étude des Mammifères. Ici cependant il ne sera plus possible, et il n'y aurait, du reste, aucune utilité à le faire, d'opérer avec cette uniformité que nous avons tant recommandée; le photographe aura donc plus de latitude, soit pour l'échelle à donner à ses images, soit pour la position des sujets à reproduire.
Les animaux pourront être photographiés vi-
Trctat. — La Phot. appliq, à l'HUt. nat. 4
vants ou empaillés, et il est indispensable de bien déterminer les conditions nécessaires pour obtenir dans ces deux cas des résultats convenables ; nous aurons donc à les examiner séparément.
Animaux vivants.
Ce ne sera guère que par exception qu'il sera possible de photographier des animaux vi vants , et, la plupart du temps, ce sera seulement dans les jardins zoologiques que Ton trouvera à opérer. Pour les races domestiques, les concours agricoles, les expositions donneront d'excellentes occasions, et déjà la Photographie a été largement utilisée dans ce dernier cas.
Autrefois il était difficile d'arriver à faire de bonnes épreuves d'animaux vivants, et la lenteur des procédés alors employés (coUodion humide) était en grande partie la principale cause de ces insuccès. De plus, l'obligation d'employer la plaque sensible au moment de sa préparation, et encore humide, rendait ces sortes d'épreuves longues, difficiles à faire et enfin fort dispendieuses. Aujourd'hui, les procédés si rapides à la gélatine suppriment toutes ces difficultés; on peut opérer instantanément, et les manipulations sont beaucoup plus simples; enfin elles peuvent toutes se faire au laboratoire.
La plus grande difficulté est de placer convenablement le sujet et l'appareil; un animal remue
toujours un peu quand il ne change pas de place tout à fait, et il devient difficile de vérifier au moment de la pose la mise au point et la position du sujet sur la glace dépolie.
Lorsque Tanimal est suffisamment apprivoisé pour être tenu par son gardien , on évite une partie de ces difficultés, mais souvent alors l'image ne donne pas l'effet que l'on cherche à obtenir, soit à cause des liens qui servent à tenir l'animal, soit à cause de la présence même du gardien. Quoi qu'il en soit, il faut arriver, par un moyen quelconque, à faire tenir l'animal à peu près à la même place pendant la mise au point et la pose.
Il va sans dire que l'on aura préalablement choisi un emplacement tel que l'animal se détache sur un fond convenable et qu'il soit éclairé d'une façon satisfaisante.
Un moyen qui m'a parfaitement réussi pour faire tenir les animaux tranquilles pendant la mise au point et leur faire prendre une bonne attitude pendant la pose est de lancer un coup de sifflet au moment voulu. C'est ainsi que j'ai réussi à photographier une famille de Lamas que j'avais inutilement cherché à empêcher de remuer ; grâce à ce moyen si simple, ces animaux restèrent immobiles pendant quatre secondes, temps qui m'était nécessaire pour obtenir un cliché surcoUodion humide, seul procédé possible à cette époque.
Il est utile d'employer des objectifs à foyer assez long, car ceux-ci possèdent plus de profondeur, et
alors un léger déplacement de Tanimal ne changera pas d'une manière sensible la mise au point.
Mais, au moment de la pose, l'animal peut changer de place, et l'on ne peut plus vérifier la position que son image occupe sur le verre dépoli; c'est là un accident qui arrive continuellement et auquel il faut remédier sans être obligé d'enlever le châssis à plaque pour le remplacer par le verre dépoli. Heureusement il est possible d'éviter cette perte de temps, et, au moyen d'un chercheur adapté sur la chambre noire, on pourra orienter celle-ci sans crainte d'erreur. Le chercheur le plus simple consiste en un cadre évidé dont les côtés sont proportionnels à ceux du verre dépoli ; ce cadre se place à l'avant et au-dessus de la chambre noire; en arrière, un œilleton mobile d'avant en arrière, sur une coulisse, permet de le fixer au point voulu, de telle sorte, que l'œil placé contre la petite ouverture de l'œilleton voit dans le cadre une portion de l'horizon absolument égale à celle qu'embrasse l'objectif employé. Il suffit donc de marquer exactement sur la coulisse les distances correspondant à chaque objectif que l'on peut être amené à employer, et rien n'est plus facile alors que de rectifier l'orientation de l'appareil. Le chercheur focimétrique de M. Davanne (^fig* 12) remplit toutes ces conditions.
Mais ce système, malgré sa simplicité et son apparente précision, n'est pas toujours aisé à mettre en pratique, et j'engage les débutants à se servir
de préférence d'une petite chambre noire munie de son verre dépoli et qui sera fixée sur l'appareil. On a le soin de marquer par des traits de crayon les dififérems champs qu'embrasse chacun des
objectifs, ainsi que le centre de la plaque ; rien n'est alors plus facile que de suivre l'animal et de démasquer l'objectif au moment le plus convenable.
Voici donc une première difficulté vaincue, mais ce n'est pas la seule que présente la photographie des animaux vivants : il faut encore arriver à ouvrir l'objectif au moment voulu. Il serait difficile d'opérer à la main, et les obturateurs mécaniques sont indispensables. Si la pose peut
durer un certain temps, l'obturateur pneumatique à un seul volet sera excellent, mais rarement ces poses longues, et je parle de troi^ à quatre secondes, seront possibles; il faudra opérer très rapidement, instantané ment y comme disent les photographes, ou plutôt, car cette expression est absolument fausse théoriquement et pratiquement, en posant une fraction de seconde.
Les modèles d'instruments de ce genre sont devenus très nombreux, et l'on peut dire que maintenant on a l'embarras du choix. Les uns sont de véritables instruments do précision et permettent de savoir quelle est la durée de l'exposition : je citerai celui dé Paul Boca ; mais c'est là une pièce délicate, lourde et fort coûteuse ; de plus il donne souvent un mouvement de trépidation à la chambre obscure, par suite de l'échappement à ancre du mouvement d'horlogerie.
L'obturateur Cadet permet également de varier la vitesse de l'obturateur (celui-ci est circulaire); mais il est d'un poids considérable et entraîne en avant l'appareil auquel' il est adapté.
L'obturateur circulaire de M. Français est au contraire très léger; mais il ne peut s'adapter qu'à une monture spéciale d'objectif, ce qui est un véritable inconvénient.
M. Darlot fabrique également un obturateur qui s'adapte à la monture de l'objectif: c'est une sorte de coulisse placée entre les deux lentilles et dans laquelle se meut une trappe en tôle. Le seul re-
proche à faire à cet instrument, très simple et très léger, est de ne pas posséder de déclanchement pneumatique.
Mais, de tous les modèles qui placent le volet entre les deux lentilles, je citerai comme le meilleur celui de MM. Thury et Amey.
Cet obturateur {^fig* lo) est formé de deux volets ou lames métalliques, percées chacune d'une ouverture circulaire et renfermées dans une boîte placée entre les deux lentilles de l'objectif aux lieu et place du diaphragme. Ces volets sont mus par un même ressort que l'on arme au moyen d'une clef, qui se trouve à la partie supérieure de l'instrument; elle est figurée sur le côlé et au milieu de la boîte à volets.
Pour la mise au point, il suffit de tourner la clef jusqu'au moment où les ouvertures des volets coïncident entre elles; continuant ensuite le mouvement, l'objectif se trouve de nouveau obturé : l'instrument est alors prêt à fonctionner.
Au moment voulu, il suffit d'abaisser le levier de déclanchement, soit à la main, soit au moyen de la poire en caoutchouc, pour laisser agir le ressort; les lames métalliques glissent alors en sens contraire, en découvrant et refermant l'objectif.
Ces deux mouvements, ces deux effets, se font ainsi par le centre, de telle sorte que la surface de l'objectif agit régulièrement.
Pour ralentir le mouvement, c'est-à-dire pour
augmenter le temps de pose, MM. Thury et Amey ont muni leur ÏDstrument d'un frein portant un bouton de serrage divisé. Si le trait index coïncide
Fig. .0.
avec le zéro de la division, le frein n'agit pas, l'instrument fonctionne avec sa plus grande vitesse; plus l'on tournera le bouton dans le sens de la graduation 1, 2, 3, plus il y aura ralentissement
du mouvement : on peut aller ainsi jusqu'à des poses de une seconde et au delà. Cette graduation du frein est arbitraire : elle donne seulement des points de repère que l'on peut facilement, par la pratique, rapporter à des temps de pose déterminés.
Cet obturateur, parfaitement équilibré, ne donne pas la moindre trépidation, et il peut fonctionner dans toutes les positions; enfin sa construction est à la fois simple et précise, et nous n'hésitons pas à dire que c'est actuellement le meilleur de tous les instruments de ce genre.
L'obturateur à deux volets, déjà décrit page 43, est suffisant en général ; il suffit de le régler convenablement; mais, dans le cas où il ne serait pas possible d'éviter les mouvements du sujet à reproduire, il faudra faire usage d'un obturateur à guillotine.
Les modèles dits à guillotine ordinaire se placent en dehors de la monture des lentilles, soit à Tavant, soit à l'arrière de l'objectif. M. Garcin, de Lyon, M. Enjalbert, de Montpellier, ont à peu près le même modèle, d'une simplicité et d'un bon marché extrême; mais ils laissent quelquefois passer la lumière ou donnent un peu de trépidation : cependant^ en tendant un peu fortement le ressort en caoutchouc, on peut éviter ce dernier accident. Le déclanchement se fait directement en pressant du doigt sur un levier placé au côté de l'instrument.
La guîllotiDe de M. Jente {fig. n ) est mieux construite; elle eslcontenue dans une bofte(0O'O") qui préserve de toute lumière latérale; mais elle se place à l'arrière de l'objectif, contrairement aux précédentes. Elle peut à volonté se manœuvrer
Fig. ... .
directement à la main, ou mieux au moyen d'un déclanchement pneumatique; l'ouverture du volet A est rectangulaire.
IjA fig. 12 représente cette guillotine (00') en place sur le devant de la chambre obscure; mais je ferai observer qu'il est bon de la placer autre-
ment qu'elle n'est flgurée (verticalement), car il est impossible dans ce cas de suivre le mouvement du sujet à photographier; il vaut mieux faire obli-
Vig-
quer tout l'ensemble, comme l'indique la âgure précédente : la poire C sert à opérer le déclanchement.
Tout récemment on est arrivé à photographier
des animaux en mouvement, et cela avec une rapidité telle que Ton peut reconnaître sur les épreuves les diverses phases de la marche, de la course, du saut, même du vol ; les résultats obtenus sont à la fois surprenants et du plus haut intérêt.
Un ingénieux physicien de San Francisco , M. Muybridge, eut le premier l'idée de prendre une série de photographies successives d'un cheval lancé au galop, de telle sorte que chaque cliché représente les diverses attitudes de Tanimal ; voici quel est le système qu'il a employé pour obtenir ce résultat. L'animal en mouvement dont il s'agit de. prendre la photographie passe sur une piste, longée d'un côté par un grand châssis tendu de toile blanche, de façon à se détacher très nettement sur un fond lumineux; sur le côté opposé, vingt-quatre appareils photographiques sont placés côte à côte et braqués sur le châssis de toile blanche.
Lorsque l'animal passe sur la piste {^fig- i3), il casse une série de fils très ténus, tendus à proximité du sol; chacun de ces iîls, en se rompant, détermine, par un mécanisme des plus simples, la fermeture d'un circuit électrique qui agit sur des électro-aimants ; ceux-ci attirent des bras de leviers métalliques qui démasquent les objectifs d'appareils photographiques correspondants.
Mais on comprend qu'une telle installation soit fort coûteuse , et il faut être dans le pays des
dollars pour trouver un richissime Américain, tel que M. Stanford, ancien gouverneur de Californie, capable d'arriver à de pareils résultats.
En France, cette même question a été abordée par uD de nos plus habiles expérimentateurs,
M. Marey ; celui-ci a réussi complètement, au moyen de son fusil photographique, à enregistrer les mouvements d'un animal en mouvement, et il a fait plus que M. Muybridge, car il a saisi l'oiseau au vol et photographié chacun des mouvements de l'aile. Voici comment M. Marey luimême décrit son appareil :
(( J'ai réussi à construire, dans les dimensions d'un fusil de chasse {Jig» i4)^ ^^ appareil qui photographie douze fois par seconde l'objet que l'on vise, chaque image n'exigeant, comme temps de pose, que yj^ de seconde.
» Le canon de ce fusil est un tube qui contient un objectif photographique. En arrière et solidement montée sur la crosse, est une large culasse cylindrique dans laquelle est contenu un rouage d'horlogerie.
» Quand on presse la détente du fusil, le rouage se met en marche et imprime aux différentes pièces de l'instrument le mouvement nécessaire.
» Un axe central, qui fait douze tours par seconde, commande toutes les pièces de l'appareil.
» C'est d'abord un disque de métal opaque et percé d'une étroite fenêtre ^fig* i5). Ce disque forme obturateur et ne laisse pénétrer la lumière émanant de Tobjectif que douze fois par seconde et chaque fois pendant —^ de seconde. Derrière ce premier disque, et tournant librement sur le même arbre, s'en trouve un autre qui porte douze fenêtres et en arrière duquel vient s'appliquer la
glace sensible, de forme circulaire ou octogonale. Ce disque fenêtre {^fig. i5) doit tourner d'une manière intermittente, de façon à s'arrêter douze fois par seconde en Jace du faisceau de lumière qui
Fig. i.->.
pénètre dans l'instrument. Un excentrique placé sur l'arbre produit cette rotation saccadée, en imprimant un va-et-vient régulier à une tige munie d'un cliquet qui saisit à chaque oscillation une des dents qui forment une couronne ou disque fenêtre.
» Un obturateur spécial arrête définitivement la pénétration de la lumière dans l'instrument aussitôt que les douze images ont été obtenues.
» D'autres dispositions ont pour but d*empécher la plaque sensible de dépasser par sa vitesse acquise la position où le cliquet Pamène, et où elle doit être parfaitement immobile pendant la durée de rimpression lumineuse.
» Un bouton de pression appuie énergiquement sur la plaque dès que celle-ci est introduite dans le fusil. Sous l'influence de cette pression la plaque sensible adhère à la face postérieure de la rouefenêtre. Cette face est recouverte de velours noir pour éviter les glissements.
» On fait la mise au point en allongeant ou en raccourcissant le canon, ce qui déplace l'objectif en avant ou en arrière ; enfin on vérifie cette mise au point en observant, par une ouverture faite à la culasse du fusil, la netteté de l'image reçue sur un verre dépoli.
» Une boîte à escamoter, de forme circulaire, sert à loger vingt-cinq plaques sensibles et à les faire passer dans le fusil sans qu'elles soient exposées à la lumière (*). »
En braquant l'appareil sur un oiseau en mouvement, on obtient des images dont voici un spécimen i^fig* 16).
Mais ces images sont très petites et il faut leur
( ) Voir La Nature, n» 464, avril i88a.
faire subir un agrandissement, si l'on veut se rendre un compte exact de là position de l'aile à chaque temps de son mouvement. Le fusil photographique de M, Marey permet également ed
photographier des animaux en marche, et cela avec plus de facilité que d'après le système de M. Muyhridge.
Le revolver de M. Enjalbert est plus simple que l'instrument de M. Marey; il permet également de photographier les animaux en mouvement, mais
il ne donne pas des épreuves en série comme le fusil photographique.
Xa.fig. fj montre que cet appareil a tout à fait la forme d'un revolver ordinaire.
L'ohjectif, qui tient lieu de canon, est aplanétique et permet tous les genres de photographie. Il est combiné de telle sorte qu'à partir de cinq ou six pas lous les diiférents plans se trouvent au point, et son angle est assez grand pour qu'il n'y ait pas besoin de viser bien juste pour avoir l'image au centre.
La vitesse de l'obturateur à mécanisme d'horlo' gerîe se règle à volonté, et l'on peut ne plus s'en
occuper pour les autres poses, car il se remonte de lui-même et au même degré que précédemment. La rapidité obtenue est assez grande pour qu'il n'y ait pas lieu de tenir compte de l'immobilité complète de l'appareil, qu'on assujettit dans la main sans rigidité.
La dimension des lentilles de l'objectif étant considérable, par rapport aux glaces, on obtient une somme de lumière suffisante pour prendre des vues instantanées, même à l'ombre.
L'appareil contient neuf châssis pour glaces de o"*ï,o4 ; son poids n'est que de 600^' environ, tout chargé.
Les clichés obtenus donnent à l'agrandissement des épreuves de o™,io de côté, d'une très grande finesse.
Comme on pourrait être quelquefois gêné, a cause de la forme du revolver, pour opérer en public, il est très facile de le dissimuler en le recouvrant de son mouchoir, de manière à ne laisser dépasser que l'objectif, ou en l'enveloppant de toute autre matière.
Inutile d'ajouter que toutes les parties du photo-revolver sont très bien ajustées, solidement fixées, et le mécanisme à l'abri de toute détérioration.
Nous verrons plus loin comment il convient d'agrandir les petites images obtenues au moyen d'un de ces appareils.
Tout ce qui précède ne s'applique, bien entendu,
qu'à des espèces non dangereuses, et que l'on peut laisser en liberté dans un parc, dans une cour; maïs quand, au contraire, on veut photographier un lion, un tigre, l'animal sera toujours enfermé dans une solide cage, et Ton se heurtera alors contre de nouvelles difficultés. Si l'on place la chambre obscure simplement devant la cage, les barres de fer, le grillage dont elle est toujours armée, feront un si mauvais effet, qu'il vaudra mieux renoncer à toute photographie : il faut donc chercher à opérer autrement.
Entrer dans la cage n'est guère possible qu'à un dompteur de profession, et encore je doute qu'aucun de ces hardis personnages consente à tenter l'expérience, car les fauves ne manqueraient pas de se précipiter sur lui lorsqu'il s'abriterait sous le voile noir pour la mise au point; c'est du moins ce que m'ont affirmé tous les dompteurs auxquels j'ai parlé d'un essai de ce genre, et je suis convaincu qu'ils disent vrai.
Il y a cependant un moyen d'aboutir : il n'est pas toujours possible, mais je Tai employé avec succès sur un superbe lion. Il faut simplement faire un trou dans un des côtés de la cage, tout juste suffisant pour faire passer l'objectif.
On s'arrange de façon à attirer l'animal à l'extrémité opposée, et l'on opère rapidement. Mais, on le comprendra sans peine, cette sorte d'épreuve est plus curieuse qu'utile, et d'un autre côté les occasions sont rares.
Tout dernièrement y nous avons eu entre les mains des épreuves faites ainsi et représentant une des célébrités du jour, Nouna-Hava; la jolie dompteuse, drapée dans son élégant costume de fée, est assise sur un de ses lions ; l'opérateur avait braqué son objectif dans la fenêtre qui est pratiquée dans la porte latérale et obtenu ainsi d'excellents clichés.
La photographie des animaux vivants exige des objectifs et des procédés très rapides; et je ne saurai conseiller mieux que l'emploi des aplanats (à pleine ouverture ou faiblement diaphragmes) et les plaques au gélatinobromure; avec ce procédé on arrive sans trop de difficultés à des poses suffisamment rapides.
Animaux empaillés.
Il ne faut pas croire que la photographie des animaux empaillés ne présente aucune difficulté, parce que l'opérateur est absolument maître de son modèle. Si l'on ne sait se placer dans les conditions voulues, on n'arrivera qu'à des résultats insuffisants sous tous les rapports, alors qu'il est possible cependant de produire de cette façon des images excellentes.
La première de toutes les conditions, et c'est peut être la plus difficile à remplir, est de choisir un sujet convenable.
Cela pourra paraître singulier de prime abord.
mais une courte expérience montrera bien vite que je suis loin d'exagérer.
L'empaillage ou le montage des Mammifères, pour employer l'expression adoptée par les préparateurs, n'est pas chose aussi facile qu'on pourrait le croire. 11 ne suffit pas en effet de tanner une peau, de fabriquer en fil de fer une charpente solide et de remplacer les parties charnues par de l'étoupe : il faut encore savoir rendre ses formes à l'animal, lui donner une attitude vraie et qui simule la vie. Mais pour cela il faut que le préparateur, outre une grande habileté manuelle, connaisse à fond l'anatomie des formes extérieures, qu'il sache aussi bien placer une articulation qu'un muscle; enfin il doit être dessinateur et surtout sculpteur pour comprendre entièrement son sujet; il faut qu'il ait étudié les mœurs, les allures des différentes espèces, car, s'il ne possède toutes ces connaissances, il n'arrivera jamais au résultat voulu.
Malheureusement on ne rencontre que rarement des préparateurs de celte force, qui réunissent toutes les qualités requises : l'un sait assez convenablement bourrer une peau, mais il est incapable de placer convenablement un animal sur ses jambes; cet autre, au contraire, possède assez de sentiment artistique pour donner à son sujet une pose excellente, mais l'habileté pratique, le tour de main lui feront défaut.
Nous ne saurions trop insister sur cette question,
et il nous paraît indispensable de ne faire les honneurs de l'objectif qu'à des préparations irréprochables. Si l'on se contente de prendre indistinctement dans les collections le premier sujet venu, on arrivera au même résultat que les dessinateurs du commencement de ce siècle, qui copiaient servilement les empaillages imparfaits de l'époque, et n'ont ainsi produit que des planches absolument défectueuses.
Dans les grands musées on trouvera presque toujours des sujets convenables^ et je citerai comme exemple la collection de photographies pour projections faite au Jardin des plantes par M. Molleni.
Mais^ceci ne suffît pas encore, et il est rare que l'on puisse photographier telle quelle unfe pièce de musée; le plateau blanc, l'étiquette montreraient trop manifestement que l'on a affaire à un animal empaillé, et il faut chercher à obtenir une image qui rappelle la vie autant que possible ; enfin il est indispensable de donner au sujet principal toute son importance et d'éliminer les accessoires qui détruiraient toute illusion, en même temps qu'ils nuiraient au bon effet de l'ensemble.
Si l'animal est perché sur une branche d'arbre, on cherchera à couper le dessin au dessus du plateau, et l'on encadrera l'image dans un fond dégradé, ce qui permettra de fondre l'origine dé la branche.
Lorsque l'animal empaillé est placé sur un pla-
teau, on cherchera à dissimuler ce support au moyen de brins d'herbe, et surtout de sable , de petits cailloux, qui simuleront un terrain naturel.
Reste encore la question du fond : si Ton veut obtenir une épreuve à fond dégradé, comme nous le conseillons pour les sujets placés sur branche, il faudra opérer sur un fond absolument blanc. Dans le cas contraire, il faudra employer des fonds de teinte claire et faits en étoffe de laine mate.
Enfin, si l'on veut obtenir des épreuves à grand effet, on fera poser l'animal devant un paysage peint à la colle et en grisaille. Mais alors je ne saurai trop recommander de faire un fond vrai et de ne pas mettre un animal des pays chauds devant un paysage du Nord, et réciproquement.
Avec de l'herbe sèche, des pierres, on cherche à raccorder le mieux possible le terrain et le fond, et quelquefois, au moyen de branches disposées avec art sur les côtés, dans le haut, on arrive à compléter l'illusion; mais on fait alors un véritable tableau et, avec de semblables dispositions, un opérateur habile arrivera à produire une œuvre réellement artistique.
Tout ceci se fera dans l'atelier du photographe, ou tout au moins dans une salle de musée, ou encore en plein air : si l'on peut porter au loin l'animal empaillé^, rien ne Vaudra la pose en place vraie, en pleine campagne : un ours au milieu des montagnes, un cerf dans la forêt, etc. ; mais c'est
là un cas tout exceptionnel, et que Ton aura rarement l'occasion de rencontrer.
Détails anatomiques.
La Photographie peut être souvent appelée à reproduire des détails anatomiques, soit des organes extérieurs (appareil tégumentaire), soit des organes internes (os, muscles, viscères) : je citerai quelquesuns des cas qui peuvent se présenter.
Les faces palmaires et plantaires des espèces chez lesquelles ces parties ne sont point couvertes de poils sur la plus grande partie de leur étendue, ou enfermées dans un étui corné, sont quelquefois fort intéressantes à photographier, et M. A. Milne- Edwards n'a pas manqué de faire reproduire ainsi le dessous des pattes de certaines espèces de quadrumanes ; ajoutons que presque toutes les espèces plantigrades sont fort intéressantes sous ce rapport.
Si Ton a entre les mains l'animal en chair et s'il est à l'état frais et non conservé dans l'alcool, il suffira d'étendre convenablement le pied ou la main en l'appliquant contre un fond clair, au moyen de quelques (ils passés dans la peau du côté opposé a celui qu'il s'agit de photographier. Il sera facile par ce moyen de dissimuler complètement les attaches et de maintenir en place et convenablement étendu le pied ou la main du singe, de Tours, du blaireau, etc., que l'on veut reproduire.
Quelquefois les sillons de la peau ne se détachent pas d'une manière suffisamment distincte, et it est nécessaire de Ipur donner plus de netteté au moyen de l'artifice suivant. Il suffit de saupoudrer la partie en question avec de la craie pulvérisée, puis d'enlever toute la partie excédante avec un linge d'abord, avec la main ensuite, en cherchant à laisser dans le fond des sillons une petite quantité de craie. En somme, cette opération est absolument la même que celle de l'imprimeur en tailledouce, qui essuie une planche gravée, préalablement couverte de noir, et ne laisse de noir que dans les tailles.
Avec un peu de patience, on arrivera sans peine à encrer en blanc les sillons de la peau; et alors la plaque sensible reproduira très nettement les dessins ainsi formés sur la peau.
Cette opération ne peut se faire, bien entendu, que sur une surface cutanée de couleur noire ; dans le cas contraire, sur la main de l'homme par exemple, il faudrait agir en sens inverse et encrer les sillons de la peau avec une poudre noire.
Quelquefois, au lieu de photographier directement sur nature, il sera préférable d'exécuter en plâtre un moulage des faces palmaires ou plantaires ; on aura, par ce moyen, plus de facilité à mettre en place le sujet à reproduire, ce qui ne sera pas un avantage à dédaigner lorsqu'il s'agira d'espèces de grande taille. Enfin il faudra, de toute nécessité, avoir recours à cette méthode
lorsque le sujet ne pourra pas attendre, par suite d'un commencement de putréfaction ou par tout autre motif; un moulage à l'eau de savon est toujours très rapidement exécuté.
Lorsqu'on sera obligé d'opérer sur un sujet conservé dans l'alcool, on éprouvera plus de difficultés, car les parties molles se seront contractées et la peau sera plissée de telle façon que l'on ne pourra plus lui donner la tension nécessaire pour rendre bien apparents les sillons qu'il faut photographier. En malaxant entre les mains les parties durcies par l'alcool, on cherchera à leur donner un peu de souplesse, et l'on arrivera à leur faire reprendre à peu de chose près leur volume primitif, en les faisant tremper quelque temps dans l'eau. Mais il ne faut pas prolonger trop longtemps cette immersion, car l'épiderme pourrait s'enlever; il sera bon, pour éviter tout accident, de mettre dans cette eau une petite quantité d'acide phénique, afin d'empêcher toute décomposition.
Les sabots du cheval, les cornes du bœuf, les bois du cerf, les piquants du porc-épic, les écailles du pangolin, enfin toutes les productions épidermiques de nature cornée ne présentent aucune difficulté spéciale à photographier. Les poils se photographieront au microscope, et nous renverrons pour cette question au Chapitre qui traite de la microphotographie.
Les procédés que nous avons indiqués pour photographier le squelette de l'homme sont appli-
cables à la photographie des squelettes des Mammifères, etj par suite, de ceux de tous les Vertébrés. Mais, pour ces derniers, on aura, plus souvent que dans l'étude du squelette humain, à reproduire des os séparés. Les spécimens de petite taille devront être fixés sur un carton blanc au moyen de cire à modeler. Celle que les sculpteurs emploient est colorée en rouge et elle salit quelquefois les objets qu'elle est chargée de maintenir en place. Il vaut mieux faire usage de cire blanche, et voici une formule qui donnera une masse facile à ramollir entre les doigts et qui est douée d'une forte puissance adhésive :
On mélange à chaud i o parties de cire blanche et 2 de térébenthine de Venise, et l'on ajoute de petites quantités de fécule de pomme de terre, de façon à obtenir une masse de dureté moyenne lorsqu'elle est refroidie; un ou deux essais permettront de doser exactement le tout. Si la cire colle trop, on ajoutera de la cire et de la fécule ; si elle est trop sèche, on ajoutera de la térébenthine.
Le système musculaire demande, pour être photographié, un opérateur exercé, car il y a une réelle difficulté à faire tenir en place les différentes parties des préparations. Cependant, en ayant le soin de conserver le plus possible, lors de la dissection, le tissu conjonctif, les bandelettes aponévrotiques qui ne nuisent pas à la netteté de la préparation, on peut arriver à maintenir en
place les masses musculaires qui se laisseraient aller et chevaucheraient les unes sur les autres si Ton procédait à une dissection ordinaire et si l'on isolait complètement chaque partie.
Le mieux sera de commencer la préparation sur la table -de dissection , puis, quand on a enlevé la peau et mis les grandes masses à découvert, mais seulement sur la partie à étudier et pas au delà, on suspend la pièce dans la position qu'elle doit avoir lors des opérations photographiques, et Ton termine seulement alors la dissection eh cherchant à ménager le plus possible les tissus intermusculaires qui maintiennent tout en place.
Cette dissection est toujours assez difficile, et elle devient à peu près impraticable chez les animaux de grande taille. Dans ce cas, le mieux est de procéder par moulage, comme nous Tavons déjà indiqué pour les surfaces nues des extrémités.
Toutes ces difficultés seront écartées si l'on use de pièces sèches, telles que celles que l'on trouve dans les musées d'Anatomie. La seule recommandation à faire dans ce cas est de ne pas oublier que les tons rouges ou bruns de toutes ces préparations sont très peu photogéniques et que les poses devront être nécessairement très longues.
Les préparations de splanchnologie sont plus difficiles encore à photographier; cependant on obtiendra encore de bons résultats en photographiant ces pièces sous l'eau, comme cela doit se faire pour les Invertébrés, et en faisant usage du
physiographe que nous décrirons au Chapitre des Invertébrés. Mais ici ce sera surtout au microscope que l'on aura recours, et les sujets d'observation seront alors extrêmement nombreux.
Enfin nous terminerons cette revue rapide des détails anatomiques que la Photographie peut être appelée à reproduire en donnant quelques indications sur l'étude des masses cérébrales. Ici nous pourrions renvoyer notre lecteur au magnifique atlas publié par le D"^ Luys, Iconographie photographique du cerveau, qui lui permettra d'apprécier d'une manière absolument complète l'excellence de cette méthode.
La plus grande difficulté réside surtout dans la préparation des pièces. Les coupes doivent avoir une étendue considérable, et les plus curieuses sont celles qui intéressent la masse entière du cerveau; mais y pour arriver à ce résultat, il faut user de larges couteaux, de microtomes de grandeur proportionnée, enfin il faut préalablement obtenir un durcissement convenable de la masse cérébrale.
Voici quelle est la méthode proposée par le D' Luys et que nous résumons d'après le Mémoire publié dans le Journal d'Anatomie.
Le cerveau est tout d'abord durci par les méthodes ordinaires, à l'acide chromique, en ayant le soin d'ajouter un peu de glycérine aux liquides durcissants pour éviter des cassures lors de l'opération du micro tome.
La coupe obtenue est placée aussitôt entre deux feuilles de verre pour qu'elle ne se déchire pas ou ne vienne à se gondoler dans le cours des opérations qu'elle va subir; puis, la mettant dans une cuvette plate en porcelaine, on y verse une solution concentrée de soude caustique dans Teau distillée; on soulève la lame de verre supérieure et Ton cherche à faire pénétrer le bain alcalin de tous côtés. A mesure que Timbibition se produit, la pièce se gonfle et se ramollit; ses nuances deviennent plus accusées, et, quand on juge le temps de rimbibition suffisant, on la plonge dans une seconde cuvette remplie d'eau. L'action de la soude se poursuit encore, la trame du tissu devient de plus en plus transparente, et même, si l'on n'avait pas le soin de maintenir les deux feuilles de verre qui le supportent bien en rapport, on courrait risque de voir s'opérer des déchirements.
A ce moment, il convient d'arrêter l'action alcaline, en immergeant rapidement la pièce dans un bain d'acide chlorhydrique dilué (l- d'acide pour I d'eau).
A ce moment, le tissu revient sur lui-même, il se crispe momentanément, et le mouvement de ramollissement est instantanément enrayé.
Après un séjour qui varie, suivant l'épaisseur de la pièce et la concentration du bain, entre cinq minutes et un quart d'heure, on plonge la pièce dans une cuvette d'eau pour la débarrasser de l'acide. On la laisse ainsi dans l'eau pendant vingt-
quatre heures en prenant la précaution d'appliquer, sur le verre supérieur, un poids faisant une légère pression.
Voici ce qui se produit pendant ces diverses opérations : le tissu de la pièce, sous l'influence de la solution alcaline, s'est gonflé; il a, par le fait de cet ampliation, écarté mécaniquement de ses interstices les cristaux, d'oxyde de chrome qui sont ainsi devenus libres ; d'un autre côté, l'acide chlorhydrique, en arrêtant le mouvement de dilatation et en opérant une sorte de crispalion de la trame, a exprimé, en quelque sorte, ces mêmes cristaux et a agi ensuite chimiquement, comme substance décolorante, sur les portions d'acide chromique non encore passées à l'état d'oxyde de chrome,
La compression douce que l'on maintient pendant quelques jours favorise le mouvement d'expulsion des cristaux qui, peu à peu, abandonnent la trame du tissu et se répandent dans Teau du bain sous forme d'une poussière verdâtre.
En ayant soin de changer l'eau tous les jours et de laver la pièce avec précaution, on peut en faire disparaître toute trace d'acide chromique et lui restituer sa coloration première.
La pièce ainsi préparée doit être placée dans un milieu transparent et conservateur.
Le D*" Luys emploie pour cet usage deux solutions qui toutes deux donnent de bons résultats. La glycérine constitue l'élément principal de la
première; on Tadclitionne d'acide acétique, et l'on obtient ainsi une solution d'une densité qu'on fait varier, suivant que la pièce s'imbibe plus ou moins aisément, et suivant qu'elle a besoin d'être éclaircie, par une dose de glycérine plus ou moins forte.
La seconde solution se compose de sirop de sucre ordinaire que l'on mélange en proportions variables avec de l'acide acétique et de l'eau, ou bien avec du sîcop de glucose pour éviter les cristallisations.
Après avoir plongé les pièces dans un bain constitué par l'une ou l'autre de ces solutions, on les place entre deux verres et on les monte suivant le procédé habituel.
Les coupes générales se photographieront soit par réflexion, soit par transparence, mais dans ces deux cas elles n'ont pas besoin d'être extrêmement minces : i"™ d'épaisseur suffira, même pour les coupes transparentes. Elles seront colorées par les méthodes ordinaires, puis placées entre deux glaces transparentes de grandeur voulue et humectées avec un liquide approprié. La préparation ainsi disposée est placée devant la chambre obscure, convenablement éclairée et photographiée. L'installation que nous décrivons à propos des épreuves à projection sera la plus commode à employer.
Il y aurait certainement un intérêt considérable à répéter sur les animaux les recherches faites sur le cerveau de l'homme, et sans nul doute la photo-
graphie des différentes formes cérébrales de la série animale donnerait des résultats de premier ordre.
Oiseaux.
On n'aura que bien rarement à photographier des oiseaux vivants, et, sauf quelques grandes espèces que l'on rencontre dans les jardins zoologiques, telles que Autruche, Nandou, etc., et peutêtre quelques espèces de basse-cour, on n'aura à* s'occuper que d'oiseaux empaillés.
Les recommandations faites à propos des Mammifères trouveront pour la plupart leur application dans la photographie des oiseaux empaillés. Mais on aura presque toujours une opération préalable à faire : je veux parler de celle qui consiste à enlever l'oiseau de son juchoir pour le placer sur une branche ou un tronc d'arbre. Il est bien évident que cette précaution n'est pas absolument indispensable, et que l'on obtiendrait des représentations fort exactes, et tout aussi utiles, en photographiant un oiseau sur son juchoir en bois tourné; mais alors il n'y aurait plus d'illusion, et, pour cette raison, il vaut mieux s'astreindre à faire le petit travail préalable de mise sur branche.
Comme détails anatomiques, je n'ai guère à citer que les plumes, les becs, les pieds.
Les plumes pourront se photographier en les fixant sur un carton blanc, au moyen de. colle ou de cire à modeler. Mais, si la plume était courbe,
si le duvet de la base se soulevait trop, il n'y aurait pas possibilité d'obtenir ainsi une netteté suffisante dans toutes les parties; on sera alors obligé de placer les plumes dans un châssis à reproduction, de mettre derrière elles un coussin de papier mou et assez épais, et enfin de comprimer le tout par les ressorts que portent les traverses du châssis à reproduction. On obtiendra par ce moyen une surface plane, et la présence du verre ne nuira en rien à la netteté de l'épreuve. Il faudra seulement éviter les reflets qui pourraient se produire sur le verre du châssis, ce qui se fera facilement après quelques tâtonnements.
Les becs se photographient sans aucune difficulté sur des sujets empaillés.
Les pattes demandent une 'préparation spéciale et il faut les étaler convenablement sur un carton blanc ; c'est dire qu'il faut nécessairement opérer sur des spécimens frais et non desséchés.
La plupart du temps, les détails anatomiques dont nous venons de parler seront photographiés de grandeur naturelle, ou tout au moins on les réduira fort peu. Mais, comme les dimensions réelles sont toujours peu considérables, on pourra opérer avec des objectifs de foyer moyen, n® 2 ou 3 de Darlot.
Reptiles. — Batraciens. — Poissons.
Nous réunissons dans une même catégorie les Vertébrés à sang froid, car ils se trouvent tous
à peu près dans les mêmes conditions photographiques.
Pas de sujets vivants : sauf peut-être les Crocodiles et les Caïmans, que l'on pourra quelquefois photographier autour de leurs bassins, au Jardin des plantes, par exemple. Dans ce cas, les procédés instantanés sont absolument inutiles, car ces animaux restent presque constamment immobiles.
Les sujets empaillés sont peu nombreux dans les collections, soit parmi les Reptiles, soit parmi les Poissoiis, et on les reproduira facilement sans avoir rien à changer à la préparation. Les Reptiles seront photographiés à vol d'oiseau, en dessus; les Poissons, au contraire, seront pris de profil.
On pourra photographier avec succès des poissons frais n'ayant subi aucune préparation ; mais il faudra, dans ce cas, procéder avec soin à la mise en place du sujet, et voici la méthode que nous suivons alors.
Nous déposons tout d'abord le poisson sur une planche'tte mince en bois tendre (peuplier ou aulne), d'une dimension plus grande en tous sens que le sujet 5 cette planchette sert à la fois de support et de fond. Nous traçons au crayon les contours du corps; puis, au moyen d'une scie à découper, nous enlevons toute la partie circonscrite par le trait de crayon, en ayant soin toutefois de faire passer le trait de scie ào™,02 pour les grosses espèces, à o",oo5 pour les petites, en dedans de la ligne de profil. Cette ouverture nous permet de
Trutat. — La Pkot. appliq. à l*Hist. nat, 7
trouver la place nécessaire pour faire passer une moitié du corps du poisson et de ramener contre la planche les nageoires médianes. On fait tenir le poisson au moyen de quelques fils passés au travers du corps et attachés à l'envers de la planche; au moyen d'épingles, on étale les nageoires dorsales contre la planche, et Ton a le soin de couper avec des pinces à mors tranchant toute la partie saillante de l'épingle.
On étale de même les nageoires latérales, en enfonçant les épingles dans le corps de l'animal; mais ici, au lieu de couper l'épingle dans sa longueur, il faut l'enfoncer tout entière jusqu'à la tête, de façon qu'elle tienne solidement. Il ne restera plus qu'à placer le poisson, ainsi maintenu, devant l'appareil photographique. Si le fond est sali, ce qui arrive le plus souvent, on retouchera au pinceau le cliché de façon à couvrir entièrement le fond de l'image ; le poisson se détachera alors sur un fond blanc.
Les détails anatomiques, en dehors de ceux que donne le microscope, se présentent rarement : je citerai cependant les écailles de la tête des Serpents et des Lézards, dont les formes fournissent souvent d'excellents caractères pour les classifications.
On peut opérer d'après nature, ou sur moulage, et cela sans que l'on ait à prendre de précautions spéciales. Ordinairement une seule épreuve suffit, c'est celle faite en dessus; mais quelquefois il sera
nécessaire de faire un profil, afin de montrer les caractères que présentent certaines espèces.
Chez les Poissons, on pourra avoir à photographier des écailles séparées; dans ce cas, l'on ne pourra se contenter d'une reproduction de grandeur naturelle, il faudra procéder à un agrandissement, peu considérable, il est vrai, mais qui rentre dans les méthodes de la photomicrographie, et que nous décrirons plus loin.