INVERTÉBRÉS
S'il est vrai que la Photographie puisse être d'un très utile secours dans l'étude de quelques Invertébrés, il faut bien convenir cependant qu'elle est incapable, dans bien des cas, de donner des représentations convenables.
Mais si elle ne peut tout faire, elle est souvent excellente, surtout lorsqu'on ne lui demande que de reproduire des parties séparées.
Cependant il existe presque toujours une difficulté, et celle-ci provient de ce qu'il n'est pas possible de faire une préparation convenable d'Invertébrés si l'on n'opère pas sous l'eau. De là, l'impossibilité de disposer le sujet à reproduire dans un plan vertical, et l'obligation de le laisser horizontalement fixé dans le fond du bac à dissection.
Il faut donc modifier complètement le matériel
ordinaire et employer des appareils verticaux : c'est là le problème que le D** Donnadieu a parfaitement résolu par son physiographe ; aussi, avant de parler de la photographie des Invertébrés, allons-nous décrire cet instrument, d'après la brochure autographiée de l'habile professeur de Lyon.
Cet appareil est construit de telle sorte que, quelle que soit la nature de l'objet, et dans quelques conditions qu'il se trouve, il est possible de le photographier à l'instant. Le temps de disposer l'appareil, de placer une glace dans le châssis et de tirer une épreuve, en voilà assez pour conserver un souvenir de ce que l'on vient de préparer.
Si la pièce disséquée peut être disposée dans une cuvette pleine d'eau, on la place sur le plateau qui fait h. base de l'appareil. Les organes étalés dans l'eau sont arrangés suivant les convenances de la préparation, et la photographie en est des plus faciles. La seule condition consiste dans l'emploi d'une eau très propre, que l'on obtient en faisant arriver l'eau en excès dans la cuvette une fois placée. Le courant entraîne le sang ou les impuretés qui s'échappent de la préparation, et la surface du bain est débarrassée de toutes les poussières qui feraient tache sur le cliché. On ne doit pas s'inquiéter de l'épaisseur de la couche d'eau ; elle est indifférente, et l'on peut obtenir de très beaux clichés avec une couche d'eau de o™, 20 d'épaisseur.
Si l'objet à photographier doit venir sur fond
noir, on place sous la préparation un papier-drap vert foncé; si l'objet doit s'enlever sur fond blanc, on le place sur une feuille de papier blanc. En général, les objets ainsi disposés sont fixés sur des plaques de b'ège maintenues au fond de la cuve par des bandes de plomb. Les étiquettes indiquant la nature de la préparation sont écrites sur papier blanc avec de l'encre grasse ou même au crayon noir. Elles sont fixées, ainsi que les organes de la préparation, par des épingles noires, dont on coupe les têtes, ce qui rend la retouche du cliché beaucoup plus facile.
Je ne saurais trop insister sur le grand avantage qu'il y a à photographier les préparations anatomiques disposées dans l'eau : c'est même ce genre de photographie qui a conduit à établir le physiographe.
Pour répondre à ce but, il a été nécessaire de donner à la chambre noire une disposition verticale, et l'appareil se compose alors des pièces suivantes :
Un plateau A {fig* 18) en fonte sert de base à tout l'appareil ; il est muni en avant de deux roulettes P, et en arrière d'un patin fixe Q armé d'une vis calante. La partie antérieure du plateau forme un carré de o™,6o de côté, ce qui permet de placer des cuvettes ayant au moins o™,7o de large. La partie postérieure est évidée et forme un prolongement de o"*,5o de long, sur lequel vient se boulonner un arc-boutant O, destiné à rendre stable la colonne principale.
Le plateau sert de support à une coloni
ticale B en fer de o",o3 de diamètre environ et de
a"* de longueur. La stabilité de cette colonne est encore assurée par deux arcs-boutants latéraux. N qui se boulonnent sur les angles du plateau. Elle porte sur un côté une crémaillère le long de laquelle se meuvent les pièces de l'appareil photographique. Cette charpente pourrait être appelée le stand du physio graphe.
La colonne B porte des douilles C, C, C", qui sont mises en mouvement au moyen de roues dentées et de vis sans fin, manœuvrées elles-mêmes par des volants D. Chaque douille est munie d'un cadre en fer qui supporte, dans la douille C, un plateau M destiné à recevoir le microscope ou une préparation sur verre ; dans la douille C, un plateau E portant l'objectif G ou un cône rallonge ; dans la douille C, un plateau portant la glace photographique H (glace dépolie et châssis à négatifs ordinaires).
Les deux plateaux E et H sont reliés par un soufflet dont le développement peut aller jusqu'à 2™, c'est-à-dire au delà de la longueur totale de la crémaillère.
Enfin, le plateau supérieur H est fait de telle sorte qu'il forme une boîte, portant sur les côtés une ouverture à double volet 1, pour faciliter la mise au point par l'intérieur de la chambre. Dans ce cas, la glace dépolie est remplacée par un verre opale douci à sa surface intérieure et couvert d'un papier noir sur sa face externe. Si l'appareil est placé assez bas pour cela, on met au point par
transparence à travers la glace dépolie ordinaire ; dans le cas contraire, on utilise la disposition que je viens de décrire.
L'objectif adapté à cet appareil est un aplanétique de Derogy n° 4. La chambre noire a o", 2 1 sur o™, 27. Elle est carrée, avec intermédiaires des grandeurs usitées, et les châssis sont à rideau.
La distance de la colonne au centr.e de l'objectif est calculée à o^^ySS, de manière à pouvoir reproduire des préparations allant jusqu'à o"*, 70 de large et pouvant atteindre en longueur des dimensions proportionnées à la grandeur des images que l'on veut obtenir.
Enfin, la disposition du physiographe est telle, qu'on peut le placer dans tous les laboratoires. Le jour que la préparation reçoit d'une fenêtre est suffisant, car le temps de pose peut, sauf des cas exceptionnels, être prolongé autant qu'il est nécessaire pour impressionner la glace. Toutefois, en disposant l'appareil de telle façon que le soleil, qui pénètre dans l'appartement, éclaire vivement la préparation, on peut obtenir des clichés instantanés. En moyenne, avec le jour ordinaire d'un laboratoire et en employant les glaces Monckhoven, le temps de pose varie entre quinze et quatrevingt-dix secondes , suivant l'heure ou l'état du • ciel. J'ajouterai néanmoins qu'il est indispensable d'ouvrir la fenêtre. M. Donnadieu a même obtenu de très beaux clichés en posant trois minutes pendant un moment de forte pluie.
Autant qu'on le peut, il vaut mieux ne pas opérer en plein soleil, car les ombres s'étendant trop accentuées sur certains organes les font disparaître et nuisent ainsi à la beauté de l'épreuve.
On comprendra que je n'insiste pas davantage sur tous ces détails, qui sont plutôt du ressort de la Photographie proprement dite et que chacun pourra modifier suivant l'installation dont il dispose. Quiconque fait de la photographie en sait assez long sur ce sujet, et la réussite dépend ici des connaissances individuelles que l'on peut acquérir, soit parla pratique, soit par l'intermédiaire des ouvrages spéciaux à la Photographie.
Pour reproduire les objets en grandeur naturelle, la chambre peu développée occupe à peu près la partie moyenne de la colonne verticale. L'objet à photographier est le plus souvent placé dans une cuvette en porcelaine à fond plat. Au contraire, pour reproduire les objets en les diminuant, la chambre, très raccourcie, est éloignée de l'objet, et, grâce aux dimensions de l'appareil, on peut arriver à réduire au cinquième, ce qui, pour une plaque de o", 2 1 sur o", 27, suppose un objet ayant presque 1°* sur i"*,25.
L'objet à photographier peut être placé sur une planche à dissection ; mais je recommande peu ce moyen, qui ne doit être employé que lorsqu'on ne peut pas faire autrement.
Je ne saurais assez insister sur la disposition des pièces dans l'eau.
Pour reproduire les objets en les amplifiant directement, l'objectif sera très rapproché de l'objet, et la chambre, développée tout le long de la colonne principale, permet d'agrandir au moins cinq fois. On peut ainsi reproduire un très petit objet d'une manière suffisante pour que le cliché agrandi à nouveau, si cela est nécessaire, donne une épreuve définitive d'une certaine dimension. Si dans cette opération la- chambre, trop rapprochée de l'objet, plaçait ce dernier dans l'ombre, on
^ ferait usage du cône rallonge, qui va être décrit
plus bas, ce cône pouvant s'adapter à la chambre par sa base et recevoir l'objectif à son sommet.
>•* La fig. 19 représente le physiographe disposé
, pour reproduire les objets en les amplifiant par
V intermédiaire du microscope,
^ Dans ce cas, on place sur la douille C le pla-
teau M que l'on avait enlevé dans toutes les opérations précédentes. Sur ce plateau, qui glisse sur son support au moyen d'une simple rainure, on dispose le microscope que l'on peut éclairer directement, en faisant tomber la source lumineuse (soleil, lampe à pétrole, etc.) sur le miroir de l'instrument, ou que l'on éclaire indirectement en se servant de loupes, de condensateurs, de diaphragmes, etc. Pour compléter la disposition du physiographe, dans le cas dont il s'agit ici, on ajoute au plateau £, dont on enlève l'objectif, un cône rallonge R, dont la partie inférieure est percée d'un trou qui reçoit le tube du microscope. Ce cône a le grand
avantage de laisser le microscope à découvert (
Fig- <9-
permet de l'éclairer beaucoup plus facilem
Enfin il arrive quelquefois qu'une préparation microscopique est trop grande pour être reproduite en entier, même par les objectifs les plus faibles du microscope; dans ce cas, on dispose le physiographe comme l'indique \»fig- 20.
Le plateau M est percé d'une ouverture propor-
tionnée auK lames de verre que l'on a l'habitude d'employer, les bords de l'ouverture portent une rainure dans laquelle s'enchâsse le préparât; un miroir mobile est placé sur le plateau A, il éclaire la préparation à reproduire à l'aide de l'objectif photographique adapté au cône rallonge. L'appareil rentre alors dans les conditions de \a,Jig. 19, le cône rallonge étant ajouté à la chambre.
En résumé : le physîographe universel permet de reproduire instantanément les préparations anatomiques sèches ou disposées dans un liquide, et en particulier dans Feau, ce qui est un très grand avantage pour les préparations dites extemporanées; son utilité est incontestable dans le cours d'une dissection, de quelque nature que soit cette dissection; il permet, en outre, de reproduire les préparations microscopiques à quelque sujet qu'elles se rapportent (animaux, végétaux, roches, etc.), et dans toutes les conditions (^).
Nous allons maintenant citer les cas les plus importants, dans lesquels la Photographie pourra être appelée à reproduire en entier des Invertébrés, en usant des appareils ordinaires : toutefois, il sera souvent plus commode d'employer le physiographe.
HoUasqnes.
La chose que donne le mieux la Photographie est la représentation des coquilles; et les résultats que l'on peut obtenir de la sorte sont absolument complets; aussi est-il certain pour nous que, tôt ou tard, les planches de conchyliologie seront toutes exécutées au moyen de la Photographie.
Lorsque l'on opère sur des espèces de grande
(') Le physiographe est construit par M. Carpentier, rue Gasparin, i6 biSy à Lyon.
taille, les difficultés se réduisent à une question d'éclairage, et il suffit de fixer Féchantillon sur un carton très blanc, au moyen de cire à modeler, puis de faire disparaître, ou du moins d'atténuer le plus possible, l'ombre portée au moyen de réflecteurs convenablement disposés. S'il est possible de faire une réduction, l'épreuve gagnera en netteté et en harmonie; quand au contraire, et c'est le cas le plus ordinaire, il faut faire une photographie de grandeur naturelle, on choisira un objectif convenable, de foyer approprié à la surface à reproduire.
Les grandes espèces se photographieront séparément; mais, quand on aura affaire à des sujets de petites dimensions, il sera mieux d'en réunir plusieurs sur le même cliché; disons toutefois que l'on gagnerait à n'opérer que sur un spécimen à la fois.
Les coquilles pourront être collées avec de la cire à modeler sur un carton très blanc; mais il vaudra mieux préférer à cette méthode celle que nous allons décrire, qui permet d'éliminer les ombres portées sans employer de réflecteurs et de faire des fonds teintés d'une intensité plus ou moins grande, au gré de l'opérateur; ceci permet d'obtenir des épreuves plus harmonieuses que celles dans lesquelles le fond est complètement blanc. L'idée de ce procédé nous a été suggérée par M. Quinsac.
On se procure un cadre en bois muni d'une
fîONCHYl
Pkololi/pie de A. Quimac.
feuillure dans laquelle pourra se placer une glace de grandeur convenable, et que nous choisirons dans les formats courants de la Photographie ; la dimension 27 x 33 est une des plus commodes. Ce cadre sera fixé par sa partie inférieure sur un pied assez lourd, et de grandeur suffisante pour donner une large base et éviter tout ébranlement.
La glace sera maintenue dans sa feuillure par quatre tourniquets. On placera cet appareil sur une table, et, à une certaine distance en arrière, on disposera un écran pouvant s'incliner à volonté ; cet écran sera formé par une feuille de carton de teinte blanche ou grise plus ou moins foncée.
Sur la glace transparente, on collera les coquilles au moyen de cire à modeler^ et dans le cas où l'on aurait à photographier en même temps des espèces d'épaisseurs différentes, on s'arrangerait de façon à les ramener toutes sur le même plan, en augmentant plus ou moins la hauteur des cônes de cire à modeler sur lesquels elles sont fixées.
Cette opération faite, on placera la glace dans son cadre, on la fixera avec les tourniquets ; puis, au moyen de l'écran réflecteur, on cherchera à produire le meilleur effet possible; rarement l'écran placé verticalement donnera un bon effet, et l'on aurait encore une ombre portée trop forte au-dessous de chaque coquille : il sera mieux de l'incliner légèrement d'avant en arrière, de manière à projeter un faible reflet en dessous.
Il est bien entendu que le cadre et sa glace
chargée de coquilles, ainsi que le réflecteur, seront placés l'un et l'autre en lumière convenable.
Nous conseillerons de ne mettre aucun numéro à côté des coquilles, comme cela se pratique sur les planches ordinaires. On obtiendra un bien meilleur effet en mettant ces indications sur une feuille de garde en papier transparent, ainsi que nous l'avons fait pour les Planches de ce volume. Si, cependant, on tenait à faire autrement, on pourrait peindre sur le verre les numéros voulus, et ils se photographieraient en même temps.
Articulés.
Les Insectes y les Arachnides , les Crustacés ne pourront être photographiés que convenablement préparés, de façon à mettre en évidence leurs caractères : c'est du reste une opération à laquelle ils sont toujours soumis avant de prendre place dans les collections. Jusqu'à présent on a peu employé la Photographie à la représentation de ces animaux, et cependant elle peut donner d'excellents résultats, à la condition de ne pas lui demander plus qu'elle n'est capable de faire.
Parmi les Insectes, les Papillons ^utIomI donneront des images complètes : il suffira de les piquer sur une planchette en bois tendre (peuplier) recouverte d'une feuille de papier blanc. Une fois les Papillons convenablement fixés, on coupe au ras du corps la partie de l'épingle qui le dépasse,
car celle-ci produirait un mauvais eflet sur l'épreuve. Ces reproductions seront toujours de grandeur naturelle.
Les Insectes appartenant aux autres ordres peuvent aussi se photographier; mais en général les résultats sont moins complets, à cause de la convexité de leurs corps; cependant on a publié en Allemagne d'excellentes Planches photographiques de Vespidées.
Enfin, la Photographie rend admirablement les ailes transparentes des Insectes, mais presque toujours il convient de leur faire subir un agrandissement, et nous traiterons cette question dans le Chapitre consacré au microscope.
La photographie des nids d'Insectes, nids de Guêpes, galeries des Scolytes, ne présente aucune difficulté.
Les Arachnides sont en général plus difficiles à photographier, car le corps mou de ces animaux se dessèche pendant la préparation et leur enlève toute forme. Saut quelques grandes espèces des pays chauds et quelques formes particulières, telles que les Scorpions, il y aura peu à faire dans cette classe d'Invertébrés.
Les Crustacés, au contraire, semblent faits pour les reproductions photographiques : les sujets préparés pour les collections seront tout simplement placés tels quels devant la chambre obscure; la seule remarque à faire est que leur couleur ordinairement brunâtre demande des poses assez longues.
Vers.
serait difficile de photographier un animal mou, tel qu'un Lombric, si l'on ne peut le placer dans l'eau et employer le physiographe; mais on pourra au contraire obtenir d'excellentes épreuves des coupes transparentes, faites sur des animaux préalablement durcis. Les clichés se font alors par transparence et comme nous l'indiquerons plus tard.
Échinodermes.
Les Étoiles de mer et les Oursins se photographient aisément ; il suffit de les disposer convenablement sur un fond blanc.
En Amérique, on a déjà employé la Photographie à l'étude des Oursins, et les résultats obtenus ne laissent rien à désirer. Je recommanderai seulement d'user, dans ce dernier cas, d'objectifs à foyer un peu long, à cause du relief que présentent ces animaux : ce sera le seul moyen d'obtenir une netteté suffisante.
Polypiers.
La seule chose possible au photographe est de reproduire les Polypiers pierreux : ceux de couleur blanche seront placés devant un fond légèrement teinté ou même noir; on n'a plus à craindre
ici les efTets d'ombre portée. Les espèces colorées en brun, en rouge, se poseront, au contraire, devant un fond blanc, et leur couleur inactinique obligera à des poses très longues. Si l'on fixe le Polypier sur un support, il faudra s'arranger de façon' à dissimuler cet accessoire et à ne pas le faire figurer dans l'épreuve.
Il est évident que tous les sujets appartenant au règne animal que nous venons de passer en revue doivent être photographiés de manière à satisfaire la rigoureuse précision exigée par les éludes scientifiques ; mais il n'est pas moins important de chercher à leur donner un aspect véritablement artistique ; quelques personnes ont cru que l'on pourrait n'y parvenir qu'au détriment de l'exactitude, c'est une grave erreur : loin de s'exclure, ces deux qualités se complètent, et un opérateur habile saura toujours exécuter des reproductions dans lesquelles l'artiste, aussi bien que le savant, trouvera les indications qui lui seront nécessaires.