BOTANIQUE
Le botaniste peut appeler à son aide la Photographie, soit qu'il veuille représenter des plantes vivantes sur leur tige, et obtenir ainsi des Planches donnant surtout l'aspect de chaque espèce, soit, au contraire, qu'il demande à l'objectif de reproduire des spécimens étalés et séchés, tels qu'on les prépare pour les herbiers. Enfin il pourra également chercher à reproduire des parties séparées ou des coupes transparentes telles que l'exigent les recherches d'Anatomie végétale. Ces trois catégories principales demandent des procédés différents : aussi en ferons-nous l'objet de trois divisions distinctes.
Plantes vivantes.
La difficulté la plus grande que l'on rencontre dans la photographie Ae^ plantes vivantes provient de la nécessité de n'opérer que sur des sujets isolés.
Les arbres, si l'opérateur sait bien comprendre j
son sujet, donneront de magnifiques planches, j
mais il faudra choisir avec soin les modèles^ et il ne sera pas toujours aisé de trouver un arbre suffisamment isolé, présentant bien tous les carac-^ tères de l'espèce à laquelle il appartient, et dopt la forme ne présente aucune particularité anormale, naturelle ou artificielle. 11 est également indispensable de composer avec soin son dessin, et, tout en laissant à l'arbre qu'il s'agit de photographier toute son importance, il faut encore disposer convenablement les fonds, les partiel accessoires, de façon à former un ensemble harmonieux. Ainsi, on tâchera d'éviter que l'horizon vienne couper le sujet principal à une mauvaise hauteur, ou encore ne produise un effet disgracieux par sa direction. On cherchera ensuite à faire bien ressortir les masses principales par des effets de lu- \
mière convenablement aménagés ; si l'on opère j
en été, les feuilles rendront assez facile ce choix de Téclairage, mais on ne pourra opérer que dans les jours de calme complet : le moindre vent occasionnerait un flou général, un manque de netteté qu'il faut éviter; en hiver, au contraire, les effets de lumière peuvent changer du tout au tout la physionomie d'un arbre dépouillé de ses feuilles, mais, par contre, le vent sera moins à redouter. Les photographies d'un arbre, dépouillé ou non de ses feuilles, ont toutes leur importance; car si les feuilles donnent souvent à une espèce sa phy-
sionomie propre, les branches qui en forment la charpente, et que Phi ver seul permet de voir nettement, en expliquent mieux la conformation.
Ces études d'arbres, faites avec soin, peuvent être utiles à la fois au naturaliste et à l'artiste, et l'on peut dire que c'est là un des cas qui démontrent le mieux les relations intimes qui doivent exister entre l'Art et la Science, et surtout la Science de la nature.
Si l'on ne peut trouver des arbres complètement isolés, force sera dç se contenter de sujets placés à peu près dans les conditions requises; mais alors, plus encore que dans le cas précédent, il faudra chercher dans l'éclairage le moyen de donner toute la valeur possible à l'arbre principal, et si l'on ne parvenait pas ainsi à obtenir un résultat suffisant, il faudrait avoir recours à la retouche et modifier le cliché suivant les circonstances.
Les espèces plus petites, les arbrisseaux y les plantes herbacées se rencontreront encore plus rarement isolées; mais alors on pourra presque toujours produire artificiellement cet isolement, en coupant, en arrachant les plantes voisines, en faisant de toutes pièces le sujet à photographier et en lui donnant un -fond artificiel au moyen d'une pièce d'étoffe, de carton ou de papier de couleur convenablement choisie.
Cette opération sera plus facile encore si Pon peut obtenir en pot les plantes à reproduire ; dans
ce cas, il n'y aura qu'à placer convenablement le sujet dans l'atelier du photographe et à lui faire un terrain convenable au moyen de sable, de petits cailloux, de brins d'herbe, etc., etc.
Tous les procédés photographiques peuvent être employés pour obtenir ces reproductions ; la rapidité n'est nullement nécessaire, car le modèle ne peut bouger : de même, on pourra employer un objectif quelconque à la seule condition d'obtenir une netteté complète.
Plantes sèches.
La représentation des plantes sèches ne présentera aucune difficulté photographique, et la valeur plus ou moins grande d'une épreuve de ce genre dépendra de la perfection plus ou moins grande du modèle. Cette méthode donnera des résultats analogues à ceux qui sont obtenus par impression naturelle, et que l'imprimerie de Vienne a utilisée avec succès ; mais on aura en plus la possibilité de retoucher là Planche, chose à peu près impossible dans le procédé par impression naturelle.
Ce sera donc au botaniste de faire des préparations irréprochables, et surtout de choisir tout spécialement des sujets aussi parfaits que possible. Ce n'est pas ici le lieu de décrire les opérations par lesquelles on obtient un dessèchement convenable des plantes; je me contenterai de recommander une dessiccation très rapide, qui peut
être obtenue en plaçant les échantillons entre des feuilles de papier buvard et en comprimant le tout entre des planches chaudes, ou encore en les repassant avec le fer de nos ménagères, ou mieux encore avec celui des tailleurs, qui est plus lourd et conserve la chaleur plus longtemps.
Mais, par ce moyen, on n'obtient que rarement des préparations complètes, et toutes les fois que la chose sera possible, il sera préférable d'employer le système suivant, qui donne des résultats bien supérieurs.
Je ne cherche pas à dessécher la plante , mais simplement à mettre en place toutes ses parties, à les ramener sur un même plan, de façon à la photographier avant qu'elle soit fanée ou déformée par la dessiccation. Pour arriver à ce résultat, je me sers d'une planche à dessiner, d'un format assez grand et proportionné à l'exemplaire qu'il s'agit de préparer ; il faut que la plante posée sur la planchette laisse encore des marges suffisantes. Sur sa face supérieure, j'étends deux épaisseurs de molleton, tel que l'emploient les nourrices pour emmailloter leurs nourrissons, et sur ce matelas, je place quelques feuilles de papier Joseph. La plante, débarrassée de ses parties mortes ou inutiles, est posée sur ce coussin ; tous ses rameaux, feuilles, fleurs, étendus avec soin et maintenus en place au moyen de morceaux de verre. On cherche à donner une bonne direction aux parties rigides, et on les comprime fortement avec le doigt pour
les empêcher de se redresser. On abandonne la plante ainsi maintenue pendant une heure ou deux, afin qu'un léger flétrissement diminue Télasticité des tissus. Lorsque cet effet s'est produit, il s'agit d'enlever les morceaux de verre et de mettre à leur place une glace de même dimension que la planchette à dessiner. Il faut opérer ce changement avec la plus grande rapidité possible, afin de ne pas donner le temps aux tiges, aux feuilles, de se relever; si quelques parties n'étaient pas convenablement placées, au moyen d'une tige mince en bois, on chercherait à les remettre en place en soulevant légèrement la glace et en introduisant cette tige dans l'espace ainsi obtenu. La glace posée sur la plante, il s'agit de comprimer le tout assez fortement jpour donner à la préparation une surface aussi plane que possible. On arrive à maintenir bien en contact la glace et la planchette au moyen de pinces à ressort faites avec du fort fil de fer (n® 18 ou 20); on met trois ou quatre pinces sur chacun des côtés, et l'on obtient une pression uniforme.
Rien n'est plus facile alors que de photographier la plante maintenue de la sorte; il faut simplement éviter les reflets sur la glace, qui produiraient des taches sur l'épreuve.
Les planches obtenues par ce procédé sont beaucoup plus vraies que celles faites sur des plantes complètement desséchées. Elles auront cependant le plus souvent besoin de retouches pour corriger
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