‹ La photographie appliquée à l'histoire naturelleChapitre 9 sur 19 · GÉOLOGIE · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE

Le géologue, plus encore que le zoologiste et le botaniste, trouvera dans la Photographie un secours précieux. Sur le terrain, il fera des relevés étendus, ^jn^noyen desquels il pourra reconnaître facilement les horizons géologiques d'une contrée ; d'autrefois, il pourra représenter d'un seul coup, en quelques secondes, des coupes naturelles qui exigeraient des heures de travail au dessinateur le plus exercé. Rien ne sera plus facile, grâce à cette méthode, que de reproduire des accidents de terrain : plissements, brisures, rejets, et de mesurer sur l'épreuve photographique l'angle que forment avec l'horizontale des couches de terrains inclinés. Enfin, dans le laboratoire, la Photographie sera d'un excellent usage pour la représentation des fossiles, et si le géologue s'occupe de recherches de pétrologie microscopique, la Photographie lui donnera la possibilité d'obtenir des dessins d'une complication excessive, partant fort longs à exécuter directement au crayon.

— lOi —

Aussi, bien des géologues savent déjà se servir de la Photographie, et ne font plus un voyage sans emporter chambre obscure et plaques sensibles.

Malheureusement le poids assez considérable du matériel nécessaire aux opérations photographiques fait mettre trop souvent de côté les appareils de dimensions suffisantes et force les opérateurs à se contenter de plaques trop petites. Mais j'ai hâte de dire que les nouvelles méthodes sur papier négatif permettent de diminuer considérablement le volume et le poids du matériel; et ainsi se trouve évité l'obstacle le plus sérieux à l'emploi de la Photographie dans les voyages du géologue.

Nous allons examiner successivement ce que l'on peut faire sur le terrain et dans le laboratoire, et quelles sont les méthodes à employer dans la plupart des cas.

TBAYAUX SUR LE TEBBADI.

Appareils, — Les plus grandes difficultés que l'on rencontre dans les travaux sur le terrain proviennent surtout des appareils ; en effet, pour obtenir des épreuves utilisables, il est nécessaire d'opérer sur des plaques de dimensions suffisantes : i3 X i8 est un minimum qu'il ne faut dépasser sous aucun prétexte, et au-dessus de 21 x ay le poids devient une cause d'embarras. Mais cet

inconvénient n'existe réellement que si l'on fait usage de plaques de verre (seuls procédés utilisés en général), et il disparaît si l'on obtient des clichés sur de simples feuilles de papier.

Aujourd'hui l'on trouve dans le commerce des appareils d'un poids très minime, et dans lesquels les lourds et encombrants châssis à glaces sont remplacés par de légers étuis en carton d'une épaisseur de o™,oo3 à o™,oo4. On évite en même temps les accidents de casse, qui se produisent trop souvent quand on emploie des plaques de verre.

Nous ne pouvons ici entrer dans tous les détails de construction de ces appareils, et nous renverrons le lecteur qui tiendra à se renseigner complètement à ce sujet à notre Traité de Photographie sur papier sensible {^), Mais nous devons indiquer ici quelques dispositions spéciales qu'il est bon d'ajouter aux appareils ordinaires pour obtenir des images d'une utilité complète pour les travaux sur le terrain.

Le géologue peut avoir à faire deux sortes de vues photographiques sur le terrain ; les unes représenteront des coupes naturelles à étendue limitée, des accidents de stratification, ou bien de simples détails. Dans ces différents cas les appareils ordinaires peuvent suffire; il sera seulement nécessaire, pour les coupes surtout, de niveler bien

•(') Paris, Gauthier -Villars.

exactement la base de l'appareil, au moyen d'un niveau à bulle d'air, et de noter l'orientation.

Mais, lorsqu'il s'agira de faire des relevés d'une certaine étendue, il est indispensable de s'entourer de précautions plus minutieuses et semblables à celles qui sont nécessaires dans les relevés topographiques. En opérant ainsi, dans des régions inconnues, le géologue trouvera dans la Photographie, outre les renseignements sur la composition du sol, un excellent moyen de dresser la carte du pays qu'il aura parcouru.

La chambre noire [^fig* 21) doit être construite de telle sorte que la surface sensible A, verre du papier, soit dans un plan vertical et perpendiculaire à l'axe de l'objectif O. La seconde de ces conditions dépend absolument du soin apporté dans la construction de l'instrument; et il est toujours prudent, avant d'accepter une chambre noire, de vérifier à l'équerre l'avant et l'arrière de l'appareil.

La verticalité de la plaque sensible ne peut être obtenue qu'en établissant la base de l'appareil sur un plan horizontal; il est donc nécessaire de ni- ' vêler exactement cette surface. Cette opération peut être faite par le jeu des coulisses du pied et se vérifier au moyen d'un niveau à bulle d'air.

Les constructeurs soigneux ont l'habitude de noyer dans la partie supérieure de la chambre obscure de petits niveaux; mais la sensibilité de ces appareils est souvent insuffisante, et il est bon

d'user d'un niveau de dimensions sulHsantes, o^.ao par exemple, et que l'on pose directement sur la base de la chambre noire.

Le plus souvent on arrive par ce mo^en à nive-

ler suffisamment l'appareil photographique; mais, dans le cas où les épreuves doivent servir à la construction de cartes, il faut obtenir une horizontalité plus exacte de la base sur laquelle la chambre obscure doit pivoter, pour embrasser, en plusieurs épreuves successives, une étendue plus ou moins grande de l'horiKOn.

M. Javary a proposé la méthode suivante, qui, tout en étant simple, donne des résultats d'une précision plus que suffisante :

(( Au lieu de placer la chambre obscure directement sur le triangle qui réunit les pieds de l'appareil, on la placera sur une planchette posée sur trois vis dont les écrous sont placés dans le triangle. Le triangle et la planchette sont réunis par une tige portant un ressort à boudin, et dont l'extrémité, traversant la planchette et le plateau de la chambre noire, est fraisée de manière à recevoir un écrou qui rend le tout solidaire, tout en permettant les mouvements nécessaires pour obtenir le calage.

» II est bon de faire la planchette circulaire ; alors on trace sur la tranche une division grossière en degrés, bien suffisante pour orienter la chambre obscure (^). »

\J objectif soit simple, soit composé, n'embrasse pas toujours un angle suffisant pour relever en une fois l'étendue de terrain nécessaire, et il faut, de toute nécessité, faire plusieurs épreuves successives, ce qui s'obtient en faisant tourner l'appareil.

« Si l'on déplace l'appareil en le faisant tourner autour du centre optique, les angles observés seront exactement les mêmes que ceux qu'on eût

(•) Javary, Mémorial de Vofficier du Génie, n" 22, 1874 ; Paris, Gauthier-Villars.

mesuré avec un instrument goniométrique placé au même pcrint, et deux épreuves nécessaires prises d^une même station se raccorderont exactement; mais il n^en est généralement pas ainsi dans les appareils de Photographie : les nécessités d'équilibre et de diminution de volume forcent à placer le centre de rotation à peu près au milieu de la distance focale; il en résulte une modification notable dans les angles, et le raccord des épreuves est impossible.

» La différence sera faible avec les objectifs à court foyer; elle deviendra importante avec un foyer un peu long. Dans ce cas, on devra mettre en station le centre de rotation de l'appareil et porter en arrière sur le dessin, d'une quantité convenable qu'on devra mesurer, la distance entre la station et le centre optique ( * ). »

Il existe bien un système plus simple et qui permet de relever sur une seule épreuve plus de la moitié de l'horizon ; mais les vues panoramiques ainsi obtenues sont absolument défectueuses, sous bien des rapports.

En effet, dans les appareils panoramiques^ l'image est reçue sur une plaque qui glisse derrière l'objectif en même temps que celui-ci tourne sur son axe : l'image se forme donc sur une surface courbe, et les épreuves ainsi obtenues ne donneront une représentation exacte que si elles sont elles-

(') Javart, O/?. cit,., p. 4o2.

Trotat. — La Phot, appliq, à l'Hist, nat. lO

mêmes cintrées ; développées à plat, elles faussent toutes les lignes.

Nous ne pouvons guère conseiller l'emploi de ces appareils ; cependant ils pourront servir quelquefois au géologue pour des relevés à faible distance, une muraille verticale plissée par exemple, telle que celle que nous avons signalée au Posets.

Il existe deux systèmes panoramiques. Dans l'un le mouvement est donné, à la main, au moyen d'une manivelle autour de laquelle s'enroule une corde qui entraîne à la fois la chambre noire et le châssis, c'est le système de Koch. L'autre est mû par un mouvement d'horlogerie, système Brandon, construit par Jonte.

Les deux systèmes sont faciles à employer, surtout si l'on use de feuiljes de papier au gélatinobromure , ce qui évitera le transport de glaces lourdes et fragiles.

Enfin, on évitera l'embarras que causent toujours ces appareils, en faisant usage des objectifs panoramiques de Prazmowski ou de Busch, qui peuvent embrasser un champ énorme.

Les pieds à coulisses rentrantes {fig^ 22) sont absolument indispensables, et nous engageons nos lecteurs à choisir de préférence ceux à trois parties, qui sont d'un transport très commode, d'une grande solidité, et que l'on peut employer dans toutes les circonstances. Nous proscrivons d'une manière absolue les pieds à branches fixes, surtout ceux qui sont dits pieds-canne. Avec les pieds à cou-

lisses rentrantes, on arrive à se mettre en station, quels que soient les accidents du terrain, sur un sol couvert de blocs de rochers, comme sur la pente

Fig. 11.

d'une montagne; avec les pieds fixes, au contraire, il sera souventimpossiblede placer convenablement l'appareil sur un terrain inégal.

Une boussole est nécessaire, mais c'est là un

instrument qui se trouve toujours dans le sac du géologue, et je n'ai pas besoin de m'arrêter sur son emploi.

Les objectifs simples sont presque toujours suffisants ; ils ont l'avantage de donner des images plus brillantes que les objectifs doubles ; mais ceux-ci sont cependant indispensables, si l'on veut obtenir des images exemptes de déformation. Nous renverrons à ce que nous avons dit à ce sujet (* ).

Quelle que soit la dimension adoptée pour l'appareil photographique, il est presque indispensable de renfermer chambre obscure et châssis dans un sac à bretelles en forte toile imperméable ; le transport est ainsi plus facile, et les appareils sont mieux à l'abri des accidents. Presque toujours les constructeurs livrent, ainsi placés dans un sac, les appareils dits de montagne.

Procédés photographiques. — Nous ne pouvons donner sur les procédés photographiques à employer que de simples indications, renvoyant, comme nous l'avons fait dans les Chapitres précédents, ceux de nos lecteurs qui ne seraient pas au courant des manipulations, aux ouvrages spéciaux.

Sur le terrain, nous regardons comme impossible l'emploi des procédés humides ; il faudra toujours employer les méthodes à sec, sur papier ou sur verre. Le coUodion ou la gélatiae sont seuls em-

(' ) Voir p. 12.

ployés aujourd'hui comme substratum, et la seconde de ces substances tend tous les jours à se substituer à la première.

On trouve encore dans le commerce quelques plaques au collodion sec, les unes préparées au bain (plaques Dorval), les autres à Témulsion (plaques Puech). Ces plaques sont excellentes; celles de M. Dorval ont surtout pour elles le grand avantage d'être d'une régularité parfaite', aussi peuton en faire usage avec toute certitude. Celles de Puech, un peu plus lentes, sont aussi excellentes. Les plaques préparées au gélatino bromure ont maintenant un tel succès qu'elles ont à peu près détrôné toutes les autres. Elles dépassent en effet toutes les préparations connues, par leur extrême rapidité; enfin elles sont d'un prix moins élevé.

Pour le géologue, cette grande rapidité des plaques à la gélatine est plutôt un défaut qu'un avantage : rarement, il y a lieu de faire des épreuves instantanées, et c'est seulement alors qu'il s'agit de reproduire des phénomènes volcaniques que cette rapidité excessive sera nécessaire.

Les fabriques de plaques à la gélatine sensible sont nombreuses, et il me serait difficile de les classer par ordre de mérite; car, dans presque toutes les marques, on trouve parfois des préparations défectueuses ; la plupart du temps les plaques françaises sont encore les meilleures.

Lorsque l'on se propose de faire des tirages positifs par des procédés mécaniques, il sera bon

lO.

d'opérer sur des plaques préparées de façon à permettre l'enlevage de la couche. M. Thiébault s'est adonné tout spécialement à cette fabrication, et il livre, sous le nom de plaques préparées pour la photoiypie^ d'excellentes préparations.

Mais tous ces procédés, bien qu'ils soient très usités, ont l'immense inconvénient d'obliger le géologue au transport des glaces, qui sont à la fois lourdes, embarrassantes, et par-dessus tout fragiles ; aussi, c'est pour le géologue surtout qu'est fait le procédé sur papier à la gélatine sensible. Nous renverrons à ce sujet au traité spécial que nous avons déjà publié chez M. Gauthier- Villars (*). Nous ajouterons que l'on trouve dans le commerce des papiers négatifs de ce genre. M. Morgan (2) livre couramment des papiers excellents, et M. Lamy (3) nous a également préparé des couches parfaites ; enfin, M. Thiébault (* ) fabrique depuis peu des papiers pelliculaires dans lesquels la couche de gélatine peut se séparer de son support de papier; on obtient par ce système, sans la moindre difficulté, des clichés pelliculaires, qui peuvent se tirer à volonté à l'endroit ou à l'envers. C'est là bien certainement là meilleure de toutes les méthodes, et celle que doit surtout employer le géologue.

( ' ) Traité de Photographie sur papier sensible. (*) Boulevard des Italiens, Paris.

(3) Maison Hutinet, avenue Parmentier, i8, Paris. (*) Rue de Rennes, 76, Paris.

TRAYAUZ DU LABOBATOIBE.

Nous avons peu de chose à dire sur les travaux du laboratoire, car toutes les recommandations à faire dans les différents cas que le géologue peut rencontrer se trouvent indiquées dans les Chapitres précédents : Zoologie et Botanique.

Si l'opérateur veut faire une reproduction de fossiles, il opérera absolument comme il l'aurait fait sur des spécimens de l'époque actuelle, et il trouvera à la page 87 toutes les indications nécessaires.

S'il veut reproduire des échantillons de roches examinées macroscopiquement , il n'aura qu'à poser simplement l'échantillon devant l'appareil ordinaire. Si, au contraire, il veut opérer au microscope, il trouvera dans le chapitre spécial qui termine ce Traité tous les renseignements qui lui seront utiles.

Les procédés seront soit le collodion humide, parfaitement applicable dans ce cas, soit les procédés secs sur verre au collodion ou à la gélatine.

APPUGATIONS.

Afin de mieux prouver l'importance des applications de la Photographie aux études du géologue, nous allons passer rapidement en revue les cas

les plus importants dans lesquels Femploi des représentations photographiques sera applicable et utile.

C'est principalement dans l'étude de phénomènes superficiels que la Photographie trouvera ses plus utiles applications ; elle permettra de représenter avec l'exactitude la plus absolue des vues d'ensemble ou des études de détails.

Études d'ensemble.

Les études d'ensemble, c'est-à-dire celles qui doivent embrasser une étendue de terrain considérable, différeront suivant qu'elles seront appliquées en montagne ou en plaine; ou, pour parler plus exactement, en pa^^s accidenté ou non.

Chaînes de montagnes, — Il sera rarement possible de photographier l'ensemble d'une chaîne de montagnes, soit à cause de la difficulté de trouver un point de station convenable, soit par la trop grande distance à laquelle sera forcément placé l'appareil photographique.

Je citerai comme exemple la chaîne des Pyrénées vue du côté nord : celle-ci se déroule tout entière de l'Océan à la Méditerranée, pour l'observateur placé à Toulouse. De prime abord, pour celui qui n'est pas encore habitué aux représentations photographiques, rien ne parait plus aisé que de fixer l'image de cette haute chaîne qui barre l'horizon ; mais braquez votre objectif, et vous constaterez

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que le verre dépoli réduit à une traînée de quelques millimètres de hauteur les montagnes que vous désirez photographier. Pour obtenir quelque chose, il faudrait opérer avec des objectifs de foyer démesurément long (3™) et qu'il n'est pas commode de trouver; enfin, surgit une autre difficulté provoquée par l'éloignement considérable (loo*"* à vol d'oiseau) qui donne aux montagnes un pouvoir photogénique presque égal à celui du ciel, ce qui fait que, au développement, elles se confondent presque entièrement avec la surface blanche du ciel.

On peut cependant, malgré tout, obtenir une silhouette intéressante, en choisissant un moment favorable comme éclairage : dans le cas qui nous occupe, j'ai réussi d'une façon suffisante, en opérant vers le soir, quand le jeu des ombres faisait profiler en noir les petites Pyrénées, sorte de ceinture placée à l'avant de la haute chaîne centrale; enfin, il fallait choisir un jour où l'atmosphère humide et transparente permît de voir nettement les détails principaux, conditions remplies dans les deux jours qui précèdent l'apparition du vent d'autan (vent du sud-sud-est).

Ces vues d'ensemble permettent de caractériser une chaîne de montagnes : les Pyrénées, par exemple, forment une haute muraille au-dessus de laquelle s'élèvent quelques cimes plus hautes, et qui dépassent peu la crête principale, d'où résulte l'apparence générale d'une lame de scie. Le Jura, vu dans son ensemble, paraîtra formé d'une série

de crêtes parallèles, d'altitudes peu différentes, et formant sur Fhorizon des lignes sensiblement droites, et sans saillies. Dans ]es Alpes, au contraire, et surtout dans les Alpes suisses, les parties élevées se groupent en masses considérables, qui, à leur tour, servent de piédestal à des pics gigantesques. La chaîne des Puys d'Auvergne ressemble de loin à une immense taupinière, formée de cônes isolés et semés au hasard.

Mais, nous le répétons, ces vues d'ensemble, d'une incontestable valeur, sont difficiles à obtenir.

Tout au contraire, lorsque le géologue demande à la Photographie de représenter des chaînes secondaires, d'importance moindre que celles que nous venons de passer en revue, les difficultés diminuent, et toute l'opération se réduit à faire une vue panoramique. Ce sera donc le cas d'user des appareils à déplacement dont nous avons parlé précédemment; nous engagerons alors à consulter le travail de M. Javary sur le levé des plans par la Photographie, car les conditions d'exécution sont les mêmes.

Régions peu accidentées, — Ici encore la Photographie peut être appelée à donner des vues d'ensemble, car elle permettra souvent de montrer les caractères généraux d'une région peu accidentée.

Dans les pays bas ou dépressions, une vue à vol d'oiseau (les seules utiles alors) montrera que les cours d'eau circulent à fleur de terre, tandis que, au contraire, sur les plateaux les cours d'eau

sont toujours encaissés dans des entailles profondes. Je citerai comme exemple de ce mode d'allure générale les causses ou plateaux calcaires qui terminent au sud le plateau central. Que l'on se place par exemple au sommet qui domine Vaour (Tarn), et l'on verra au-dessous de soi une plaine calcaire qui parait se continuer jusqu'à l'horizon, mais que viennent interrompre quelques lignes noires; si l'observateur dirige ses regards vers le sud-ouest, li verra, grâce à une dépression de terrain, qu'une de ces lignes noires n'est autre chose que la vallée de l'Aveyron, dont les eaux apparaissent au pied du château de Penne. La Photographie rend très bien cet ensemble, à la condition, bien entendu, d'opérer avec un bon éclairage ; elle permet de distinguer les différents étages géologiques qui se succèdent et donnent à cette région des causses un aspect tout particulier.

£tndes des détails.

Si la Photographie appliquée avec soin peut venir en aide au géologue pour les études d'ensemble, c'est surtout dans l'étude des détails que la chambre noire sera plus particulièrement appliquée, et ici nous n'avons que l^embarras du choix pour donner des exemples.

Effets physiques et méganiques. — Les effets physiques et mécaniques modifient continuellement la surface du sol et donnent lieu à une mul-

titude d'observations du plus haut intérêt pour le géologue, car il trouve là des termes de comparaison qui lui permettent d'expliquer bien des faits de la géologie profonde; et c'est là en quelque sorte l'essence même de l'école moderne.

Action des vents, — Les mouvements de l'atmosphère peuvent, à eux seuls, produire des effets considérables, soit par érosion, soit par transport. Ainsi, le vent projetant avec force, et pendant un certain temps^ du sable sur une roche à surface unie, peut amener la formation de rainures fines ou profondes ; rien de plus facile que de reproduire par la Photographie ces roches sillonnées.

Le vent peut encore produire de véritables roches perchées, et celles-ci se distinguent assez facilement de celles produites par transport : leur base est toujours amincie plus particulièrement dans la direction des vents dominants; M. Schweinfurth a signalé, dans le centre de l'Afrique, un obélisque de ce genre qui mesurerait plus de loo"* de haut.

Lorsque le géologue photographiera de pareils blocs, il aura soin de noter exactement l'orientation de la chambre noire, et il cherchera à rendre bien visible l'effet d'érosion produit par le vent et les sables qu'il transporte.

Les dunes sont un effet inverse d'une cause de même nature, elles sont composées de débris transportés par le vent et disposés suivant cer^

laines lois; il sera donc important de placer l'appareil photographique dans une position telle, que l'image montre bien exactement les différences de pentes des deux versants principaux : particularité qui indiquera nettement la direction des vents autour de ces collines mouvantes.

Action de la foudre. — La foudre, lorsqu'elle frappe les roches solides, donne lieu à des effets différents suivant la nature de la roche ; tandis que les fulgurites ou gouttelettes vitreuses se produisent sur les roches à base calcaire, les fulgurites tubulaires ne se rencontrent guère que dans les dépôts sableux; enfin, dans quelques cas, sur les schistes fragmentés, par exemple, la foudre produit des trous coniques d'aspect tout caractéristique. Il est fort intéressant de représenter par la Photographie ces aspects différents, et nous avons eu assez souvent l'occasion de reproduire sur place dans les Pyrénées des effets de ce genre. On cite comme un exemple superbe le petit Ararat, dont le sommet a été transformé par la foudre en une masse caverneuse, creusée de cannelures et de tubes vitrifiés; sans nul doute une photographie de ce sommet serait des plus intéressantes.

Action des eaux, — L'eau produit des effets considérables, et qui varient suivant qu'on la considère comme eau de la mer, eau des rivières ou eau de pluie.

Les eaux de la mer produisent des érosions toutes particulières, plates-formes littorales, ou

II l

terrasses : cap Blanc-Nez. L'action répétée de la lame sur des roches assisées et disloquées amène des éboulements souvent considérables, et il se produit alors des basses falaises ; Havre; d'autrefois l'action de la mer ne produit pas d'éboulements en grandes masses, mais 1^ falaise étant composée de roches dures traversées par des fissures, la lame attaque ces points de moindre résistance, et s'ouvre ainsi un passage au milieu de la masse, et il se produit alors ces chimney-rocks ou aiguilles dont Etretat possède un des plus merveilleux spécimens.

Les marmites de géanty exacavations dont je n'ai pas à décrire ici le mode de formation, peuvent se rencontrer sur les bords de la mer, dans le lit des torrents ou dans les glaciers. Partout elles sont intéressantes; mais, en les photographiant, il faudra chercher à faire voir le galet, le cailloux, cause première du creusement.

Les cordons littoraux ont pour efiet de séparer les lagunes de la haute mer; leur allure est assez régulière, et intéressante à représenter; seulement, il faut trouver une disposition convenable des terres avoisinantes, car il faut opérer à vol d'oiseau ; sur les bords de la Méditerranée il existe bien des points convenables à cet égard, entre Narbonne et Perpignan, par exemple.

Eaux courantes. — Les eaux des grandes pluies ruissellent à la surface du sol en suivant toutes les directions, d'où le nom à* eaux sauvages qu'on

leur donne quelquefois} elles dégradent le terrain sous-jacent et peuvent en modifier beaucoup la configuration.

Le géologue photographe pourra, dans une série facile à faire, montrer les différentes phases de ce phénomène. Dans les terrains facilement et régulièrement attaquables, il verra se produire des sillons suivant la plus grande pente. Dans un sol formé d'éléments de résistance inégale, il pourra se produire des effets très variés et quelquefois très intéressants par leurs singularités. Je citerai, entre autres, les blocs perchés sur des pyramides de terre, produits par le ruissellement dans des moraines anciennes; les piliers, les témoins laissés en place pendant l'érosion du terrain et dont la rivière blanche du Colorado présente le plus splendide exemple.

Les torrents donnent lieu à des particularités que la Photographie reproduit sans difficultés, depuis le bassin de réception, jusqu'au canal d'écoulement; eflets d'ërosions, d'affouillement ou au contraire de remplissage : cône de déjection.

Mais rien ne peut égaler les effets des torrents que les géologues américains ont découverts dans le Colorado, et pour l'étude desquels il se sont servi de la Photographie sur une grande échelle.

Les cascades produisent souvent des effets de creusement considérables (chute du Niagara), et la Photographie représente sans difficulté les effets produits alors.

Uaction de la glace est considérable et bien connue maintenant; là, plus que partout ailleurs peut-être, la Photographie sera d'un usage continuel. C'est grâce à elle qu'il m'a été possible de réunir une quantité considérable de documents sur les glaciers anciens et les glaciers actuels des Pyrénées, et je dois dire que c'est là le point de départ de mes essais d'applications de la Photographie aux recherches géologiques.

Rien n'est plus aisé que de représenter par la Photographie l'allure, la physionomie d'un glacier encaissé dans une vallée, ou celle d'un glacier suspendu aux flancs de la montagne. Les détails delà surface : bandes de boues, moraines médianes, moulins, tables, crevasses, seront photographiés sans trop de difficultés, et toujours avec profit; il en sera de même des moraines frontales, des roches moutonnées, des parois striées, etc.

On peut même au moyen de la Photographie mesurer avec exactitude la marche d'un glacier, la chambre obscure remplace avantageusement le théodolite, et c'est le système que j'ai employé dans mes études sur le glacier de la Maladetta.

Mais si les glaciers de nos montagnes de la zone tempérée sont intéressants à photographier, bien plus curieux encore sont ceux des régions équatoriales, ou des régions polaires.

Dans toutes ces circonstances il est indispensable de prendre certaines précautions pour donner aux épreuves toute leur valeur. Il faut, au moyen d'un

temps de pose exactement calculé, obtenir des clichés dans lesquels les blancs (neige ou glace) conserveront tous les détails de structure et s^enlèveront en clair sur le ciel; pour arriver à ce résultat, il faut user de poses courtes et de glaces aussi peu sensibles que possible.

Il sera facile de se rendre compte de Futilité de ces recommandations, en étudiant les photographies faites en Suisse par un grand nombre d'opérateurs habiles.

Effets chimiques. — La Photographie n'aura guère à s'occuper que des effets de dissolutions produites par l'eau, que cette dissolution soit une action directe (sel gemme, gypse), ou qu'elle ne survienne qu'à la suite de réactions chimiques.

Ueau pure ne dissout guère que le sel gemme, le gypse, et c'est dans les gisements de ces deux substances que l'on pourra trouver des exemples à photographier.

UedMcYidiT^éeià^ acide carbonique y au contraire, attaque un grand nombre de roches et peut alors produire des effets considérables. Dans les roches feldspathiques, les silicates alcalins sont transformés en carbonates, ils se kaolinisent; la silice semble rester seule, et il se produit des arènes; dans certaines coupes naturelles on peut suivre nettement la marche de ce phénomène, et il est possible de le représenter alors par la Photographie.

Les schistes argileux se décomposent en feuillets minces et en dépôts argileux. Mais c'est sur-

tout le calcaire qu'attaquent puissamment les eaux chargées d'acide carbonique, en donnant naissance à des phénomènes variés. Ainsi les géologues suisses ont décrit sous le nom de lapiez de singuliers ravinements qui se rencontrent à la surface de certains calcaires : ce sont des rigoles sinueuses courant en tous sens et qui sont un effet de dissolution des parties moins résistantes. J'en ai rencontré de très remarquables dans les Pyrénées et dans le plateau central. La Photographie permet d'en reconnaître les caractères et de les distinguer nettement des coups de gouge produits par le passage des glaciers.

Par un effet contraire, par une sorte de balancement, ces mêmes eaux chargées d'acide carbonique peuvent produire des effets d'incrustation à la suite du dépôt des parties calcaires qu'elles tenaient en dissolution : de là, formation de tufs, conglomérats, de stalagmites, etc.

Les tufs de formation actuelle donneront Heu à d'intéressantes photographies, toutes les fois que la disposition des lieux permettra d'en saisir le mode de formation.

lien sera de même des stalactites; mais, comme le plus ordinairement celles-ci ne se rencontrent que dans des grottes obscures, il sera nécessaire d'employer un éclairage artificiel. Le meilleur est celui donné par la lumière électrique, mais il est coûteux et difficile à installer. La lumière Drummond, moins actinique^ est plus commode à em-

ployer ; les sacs à gaz sont infiniment plus faciles à emporter que les piles. La lumière du magnésium et celle des flammes de Bengale blanches peuvent donner de bons résultats ; malheureusement les vapeurs qui se dégagent quand on les emploie sont très désagréables. Aussi, si l'on emploie l'un de ces deux derniers procédés, il sera prudent de tout disposer de façon à battre en retraite au plus vite, afin d'échapper aux vapeurs suffocantes de la magnésie ou des flammes de Bengale*

Phénomènes volcaniques. — Les phénomènes volcaniques peuvent donner lieu à d'intéressantes applications de la Photographie, mais rarement le géologue aura la bonne fortune de se trouver là au moment opportun.

Au commencement d'une éruption, il se produit une colonne de fumée qui s'étale bientôt en un panache horizontal, offrant toute l'apparence d'un fin parasol : Nubes oriebatur cuj us formant non alla magis arbor quant prius expresserit, a déjà dit Pline. Les panaches du Vésuve, de l'Etna, se photographient très bien, et avec un peu d'adresse on arrive, au moyen d'opérations instantanées, à saisir les éclairs qui traversent ce nuage de composition et de forme si particulières.

Les fissures, les coulées de lai^e, n'offrent pas de particularités photographiques à signaler; je rappellerai seulement les curieux effets des scories, les sciarres de l'Etna, les cheures de l'Auvergne.

La forme générale du volcan est toujours in té-

ressante ; il est bon d'en faire des vues d'ensemble, et il faut chercher par des épreuves de détails à démontrer la provenance de cette forme : cône de soulèvement, cône de déjection, etc.

Le cratère est toujours du plus haut intérêt, soit pendant l'éruption, mais il est rare de pouvoir opérer alors, soit au contraire alors que l'activité volcanique est éteinte.

Les solfatares ou geysers peuvent également être photographiés.

Les tremblements de terre produisent parfois des effets de dislocation qu'il est important pour le géologue de constater et de photographier.

Étude DE la composition du sol. — Dans toutes les circonstances que nous venons de passer en revue, le géologue n'avait à représenter que des effets extérieurs ; mais là ne se bornent pas ses investigations : son but principal est de connaître la composition même du sol, il doit pénétrer dans son intérieur.

Les coupes naturelles ou faites de main d'homme permettent ces études, et presque toujours la Photographie sera, dans ces circonstances, fort utile, surtout en raison de la rapidité de ses opérations.

Le dessin d'une coupe est chose qu'exécutent continuellement les géologues voyageurs ; s'ils veulent essayer de la photographier, nous n'aurons à leur recommander que de bien niveler la base de leur chambre obscure et de noter exactement son orientation.

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