CHAPITRE III
MESURE DES GROSSISSEMENTS
Dans un microscope composé, le pouvoir amplifiant dépend à la lois de la puissance de l’objectif et de celle du verre supérieur qui entre dans la constitution de l’oculaire; toutes les méthodes employées pour le déterminer, consistent à comparer la dimension qu’acquiert un micromètre de grandeur connu, observé dans le microscope, avec celle d’un autre objet placé dans les conditions normales de la vision. Si, par exemple, un dixième de millimètre, vu dans l’instrument, apparaît avec les dimensions d’un centimètre, le pouvoir amplifiant sera égal à 100 diamètres. La manière la plus sûre d’effectuer cette détermination consiste à dessiner, à l’aide de la chambre claire, les divisions d’un micromètre divisé en centièmesde millimètre, et à mesurer ensuite avec une règle graduée la grandeur de ces divisions.
Plusieurs incertitudes accompagnent cependant cette méthode; on éprouve, en effet, une grande difficulté à mesurer avec exactitude la distance de vision distincte à laquelle doit correspondre l’écran
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qui reçoit l’image, et lors meme que cette condition se trouve réalisée, on est toujours surpris de la différence qui existe entre les dimensions du dessin et celles de l’image que l’on voit dans l’appareil; aussi les dessins pris à la chambre claire possèdent-ils des dimensions plus considérables que celles de l’image vue directement dans le microscope. Pour expliquer cette anomalie, M. Ch. Robin (1) admet qu’un objet examiné à l’aide d’une loupe donne une image qui est reportée, non pas, comme on le croit généralement, à la distance de vision distincte, mais à une distance toujours plus petite, et variable, dans le cas du microscope, avec les diverses combinaisons d’objectifs et d’oculaires. Bien que l’exactitude de cette explication ne soit pas encore rigoureusement démontrée, le fait n’en paraît pas moins certain, et il est très-difficile de déterminer avec précision le grossissement réel d’un microscope composé.
Appareils à amplification directe. — La même cause d’incertitude n’existe plus dans les appareils destinés à obtenir des reproductions photographiques ; ce n’est plus, en effet, une image virtuelle
(1) Ch. Robin, Du microscope eldes injections, Paris, 1849, p. 91 .
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grossie par une loupe dont il s’agit d’apprécier les dimensions, mais bien une image réelle dont il est toujours possible de comparer la grandeur à celle de l’objet qui la forme. Dans le cas le plus fréquent où l’amplitication est assez considérable pour que l’image soit facilement observée à l’œil nu, cette détermination ne présente aucune difficulté: il suffit de mesurer directement, sur l’écran ou sur la glace dépolie de l’appareil, un nombre connu de divisions d’un micromètre amplifié par l’objectif dont on recherche le grossissement. Que l’on suppose, par exemple, que pour le n° 3 de M . Naehet, 1 5 divisions du micromètre occupent sur l’écran une longueur de 2>li millimètres, le rapport de l’image à l’objet sera exprimé, en prenant le millimèlre pour unité, par et en effectuant le calcul, on trouve le nombre 226,6 qui indique l’amplification en diamètres. Pour avoir le grossissement en surface, il faudrait faire le carré de ce nombre; mais celte manière de représenter les résultats est inusitée aujourd’hui.
Pour mesurer avec facilité sur l’écran les dimensions de l’image du micromètre, on peut se servir d’un simple compas dont on détermine ensuite l’ouverture en portant ses deux pointes sur une règle graduée, mais il est beaucoup plus commode de
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substituer à l’écran ordinaire une feuille de carton blanc sur laquelle on a préalablement tracé une échelle divisée en millimètres ; une simple lecture permet alors d’obtenir très-rapidement le nombre cherché. On pourra ainsi construire, une fois pour toutes, une table indiquant le grossissement qui correspond à chaque système d’objectifs pour les diverses distances auxquelles on se propose d’opérer.
L’amplification produite par un objectif dépend, comme on le sait, de la distance qui le sépare de l’écran où se forme l’image; elle est de plus proportionnelle à celte distance, de sorte qu’une détermination, faite pour une longueur connue de chambre noire, pourrait, à la rigueur, servir à calculer le grossissement d’un même objectif pour tous les autres cas. Cette manière d’opérer présenterait cependant dans la pratique des difticultés sérieuses qui doivent faire préférer une mesure directe pour chaque condition particulière.
Dans presque toutes les dispositions d’appareils usitées pour photographier les corps microscopiques, l’objet et l’écran ont une position fixe, et la mise au point s’effectue par la mobilité de l’objectif; il en résulte que celui-ci se trouve plus ou moins éloigné de la préparation, non-seulement selon sa
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distance focale, mais encore selon la longueur de la chambre noire, ce qui rend très-difticile une mesure exacte de cette dernière. Aussi est-il plus avantageux, pour la construction des tables, de choisir comme points fixes l’objet et l’écran, et d’adopter deux ou trois distances constantes et convenables pour lesquelles on déterminera une fois pour toutes le grossissement de chaque système. Dans le cas cependant où l’on aurait intérêt à mettre au foyer par le mouvement de l’objet, il sera évidemment préférable de mesurer la distance invariable qui sépare l’objectif de l’écran. 11 est inutile d’ajouter que, lorsque les rayons se réfléchissent sur un prisme, cette distance sera égale à la somme des deux lignes qui, passant par les deux axes de l’appareil, se croisent sur l’hypoténuse du prisme.
Les objectifs que fournit le commerce sont désignés par des numéros dont les grossissements se correspondent d’une manière sensible pour les instruments d’un même constructeur, mais qui n’ont entre eux aucune relation pour les objectifs de divers fabricants. Il existe même, entre les mêmes numéros provenant d’un même atelier, des écarts assez notables dans le pouvoir amplifiant, de sorte qu’il n’est pas possible d’évaluer
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ici, d’une manière rigoureuse, l'amplification propre aux divers objectifs généralement employés par les micrographes français. On pourra cependant consulter, à tilre de renseignements, le tableau suivant, qui représente le grossissement moyen fourni par les instruments de M. Nacliet et par ceux de MM, Oberhæuser et Harlnack, pour une distance de 1 mètre, comptée entre l’écran et l’objet. Les écarts maximum, observés sur trois séries d’objectifs de ces deux constructeurs, étaient d’un quinzième environ du grossissement total pour les plus puissants et beaucoup moindre pour les systèmes plus faibles.