CHAPITRE IX
Multiplication des clichés par le procédé au charbon.
Dans bien des cas, la multiplication des clichés est d'une grande importance, pour la production en grand nombre d'images photographiques, soit aux sels d'argent, soit aux sels de chrome, que le cliché original serait impuissant à donner en peu de temps ; d'autre part, lorsqu'on a un négatif précieux que l'on craint d'exposer journellement dans un châssis-presse, où il peut être brisé et abîmé, on sera heureux d'employer des contre -types susceptibles de fournir rapidement des épreuves dont la finesse et la valeur générale diffèrent très-peu du type original.
Quand on veut obtenir des clichés dans le
même sens que le négatif type, on procède comme
il a été expliqué précédemment pour produire un
positif par transparence (voir page 05). Le négatif est bordé, tout autour, avec du papier noir, puis exposé dans un châssis-presse avec un morceau de papier au charbon peu chargé en gélatine, de manière à éviter les épaisseurs, mais contenant une proportion importante de matière colorante rouge parfaitement broyée et filtrée.
On devra employer, pour ce travail, un papier au charbon préparé spécialement, car, si la mixtion contenait peu de matières colorantes, Fimage manquerait d'intensité ; si, au contraire, elle était trop chargée en couleur , l'épreuve serait plus vigoureuse, mais aussi, elle manquerait de finesse.
La sensibilisation de la mixtion colorée se fait de la même manière que pour le travail ordinaire ; mais, au sortir du bain de bichromate, le papier au charbon est posé à plat sur un verre poli bien propre, la mixtion en contact avec le verre sur lequel on la fait adhérer en passant au dos la raclette en caoutchouc ; après cinq minutes d'application, on détache la feuille de la glace et on la met à sécher. Cette opération a pour but de donner à la couche sensible une surface plus fine et plus plane avant l'impression sous le cliché.
Le temps d'exposition varie, naturellement,
selon l'intensité du cliché et de la lumière, mais il doit être poussé assez loin pour que tous les détails du dessin"soient parfaitement imprimés et que l'image, vue par transparence, donne une excellente positive lorsqu'on la regarde derrière un verre dépoli. Par approximation, on peut calculer que l'insolation doit être ^au moins double de ce qu'elle serait pour une image destinée à être transportée sur papier.
Le développement se fait, comme il a été indiqué précédemment, sur glace collodionnée, mais sans qu'il soit nécessaire de la cirer; après dessiccation, cette épreuve positive, que l'on peut retoucher si on le juge convenable, est exposée à la lumière, en contact qivecune nouvelle feuille de papier mixtionné, semblable à la précédente ; mais, alors, le temps d'exposition doit être beaucoup plus court que dans la première opération, afin que le négatif qui en résultera possède des noirs transparents et des blancs vigoureux, car il ne sera réellement bon qu'autant qu'il aura les effets du cliché original, non comme teinte, mais comme harmonie. Une simple opération servira, mieux que toutes les descriptions, à fixer définitivement l'opérateur sur ce point.
Le négatif obtenu, il se trouve très-rarement à sa valeur, à moins qu'il ne soit le résultat d'une positive très -dure obtenue aux sels d'argent; généralement, au contraire, le négatif est gris d'effet et de force; pour lui donner l'intensité voulue, on se sert d'un bain composé de :
Eau ordinaire 250 c. c.
Permanganate de potasse 2 grammes.
Ce liquide, filtré ou non, est mis dans une cuvette plate avec le cliché à intensifier, qui, en peu d'instants, change de teinte en virant au jaune orange plus ou moins foncé, selon la quantité de permanganate contenue dans la solution.
Cette opération peut se faire en pleine lumière, et un cliché traité ainsi prendra, en peu d'instants, une teinte antiphotogénique qui lui donnera toute l'intensité qu'on pourra désirer ; l'opération sera terminée par un bon lavage à l'eau froide.
Dans certains cas faciles à juger, la positive elle-même pourra être renforcée avec le même bain de virage avant l'impression du négatif; mais il est généralement préférable d'employer un positif détaillé et harmonieux, et de renforcer le cliché.
MULTIPLICATION DES CLICHES
Ou doit surveiller avec soiu Factiou du permaugauate, qui agit assez rapidement sur la gélatine.
Comme on a la faculté de renouveler cette opération autant de fois qu'on le juge convenable, il vaut mieux arrêter l'action du renforçage trop tôt que trop tard, pour ne pas avoir un cliché dur et heurté.
Le permanganate de potasse ayant la propriété de rendre la gélatine complètement insoluble, il est inutile de fixer à l'alun ; mais, si le cliché devait tirer un grand nombre d'épreuves positives, on pourrait le vernir.
Les clichés résultant de cette méthode possèdent toute la finesse du négatif original, et s'impressionnent beaucoup plus rapidement que les négatifs aux sels d'argent.
On peut encore renforcer convenablement les clichés obtenus sur gélatine au moyen de la solu^ tion suivante :