Le temps de pose ou durée dy exposition varie avec
1° La rapidité de l'objectif : qualité qui dépend de sa construction et de la nature de ses verres : tel objectif fait en 5r' ce qui demande 20[r à tel autre. Les Allemands sont plus rapides que les Français et les Anglais.
93. — En général, cette rapidité, pour une même fabrication, est proportionnelle à la grandeur d’ouverture, et inverse de la longueur du foyer. Je m’explique : la grandeur de l’ouverture admet dans le même temps une quantité plus ou moins considérable de rayons lumineux; plus l’ouverture est grande, plus il en entre, plus il y en a qui agissent sur la couche sensible. D’autre part, vous vous rappelez ce que c’est que le foyer et la longueur du foyer (§ 15, fig. 1); eh bien ! plus ce point est rapproché de la face postérieure des lentilles, plus l’image se produit rapidement. Je n’ai pas besoin de vous expliquer pourquoi; c’est un fait, et le fait vous suffit quant à présent. Si vous en voulez une explication, vous la trouverez
encore dans le Répertoire encyclopédique de la photographie , partie alphabétique non périodique, aux mots : foyer , lentilles , prismes, mise au point , etc., etc., et dans les parties mensuelles périodiques, çà et là, où l’on en aura parlé.
96. — 2° La sensibilité du collodion dépend de sa formule, de sa préparation, des produits employés, de son âge, c’est-à-dire du temps écoulé entre sa fabrication par vous et son emploi. Le collodion sensibilisé est mauvais les premiers jours, puis bon, puis très-rapide; puis moins rapide, enfin défectueux, criblé de trous, ne donnant plus d’image. Et tous ces changements peuvent avoir lieu dans une période de deux mois comme de deux ans. . . . Rassurez-vous, un flacon du collodion dont vous avez la formule m’a donné, au bout de sept mois, un négatif parfait d’une reproduction de gravure.
97. — 3° Les ombres de f objet à reproduire. Les ombres ou l 'éclat des corps modifient considérablement leur effet actif sur nos yeux : vous savez comme moi qu’une robe de satin jaune ou rouge est plus éclatante qu’une pareille robe rose ou bleu de ciel ; votre œil a été plus fortement impressionné par la première que par la seconde. Eh bien, mon cher élève, c’est le contraire, juste, pour l’œil de la photographie! Pour elle, le jaune et le rouge sont complètement obscurs , tandis que le bleu et le rose sont très -lumineux et très -éclatants.
98. — Nous voici arrivés à un des points délicats et tout à fait inexpliqués de la photographie. Nul ne sait
pourquoi telle couleur affecte plus fortement que telle autre la surface sensible : et le plus extraordinaire encore, c’est que chaque surface sensible faite avec un corps différent : iode, brome, chlore, est impressionnée différemment par les rayons d’une même couleur. Le vert des feuillages n’aura pas d’action sur les composés à base d’iode et donnera un noir complet, tandis qu’il a de l’action sur les composés du brome; ce qui fait que nous avons mêlé ces corps dans la composition de notre collodion (§ 62), de façon à pouvoir rendre en moyenne la plupart des couleurs de la nature.
99. -—4° La distance du modèle . L’intensité de la lumière décroissant en raison inverse du carré des distances, on devrait croire que plus on s’éloigne du modèle et plus il faudra de temps pour qu’il produise une impression suffisante sur la couche sensible. Pas du tout, c’est le contraire qui arrive. Les objets éloignés se reproduisent plus vite que les objets rapprochés. Pourquoi? c’est ici un fait de coïncidence de foyer, et pour vous l’expliquer, il faudrait des théories inutiles ici. Contentez-vous de le savoir, de l’expérimenter vous-même et de vous en souvenir.
100. *— Comme conséquence immédiate de ce fait, vous me faites remarquer, et vous avez raison, que les horizons et derniers plans d’un paysage doivent venir plus vite que les premiers.
Il faut avoir égard à cela et ne pas craindre de prolonger assez la pose pour obtenir les détails nécessaires aux premiers plans; pendant ce temps, les
derniers généralement bleus ou violacés (par conséquent doués d’une couleur très-active), sont brûlés ou, comme on le dit, solarisés , et au lieu de devenir absolument opaques, acquièrent sur le négatif une teinte rougeâtre translucide qui permet à la lumière dépasser légèrement, et fait que ceux-ci donnent, au positif, une valeur agréable et harmonieuse à ces lointains.
Pendant que l’impression lumineuse se modifie ainsi en augmentant de transparence, après avoir at- . teint et dépassé un maximum d’opacité, les détails des premiers plans s’accusent et font valoir par leur vigueur les gris veloutés de l’horizon.
101. — 5° L'heure du jour influe également sur la longueur de la pose : on a acquis la certitude que la puissance impressionnante de la lumière est plus considérable avant midi qu’après; cette différence peut s’évaluer par une augmentation de temps de un cinquième de midi à trois heures, comparés à l’heure normale de neuf heures du matin. Au delà de trois heures du soir, jusqu’à six heures en été, la pose doit être largement augmentée de une demie d’abord, puis de une fois, et même de deux fois sa valeur.
102. — La hauteur du soleil au-dessus de l’horizon est encore une considération capitale. Il faut s’arranger de façon à éviter le soleil à pic ; car vous n’auriez plus d’ombres portées, partant un modelé et un clair-obscur difficiles à obtenir et à comprendre.
Choisissez un soleil oblique accusant bien les reliefs, sans produire cependant des ombres trop allon-
gées; les heures les plus favorables sont, le matin, de huit à dix heures et, le soir, de une à trois. Il est bien entendu que dans tout ceci nous parlons du paysage ou des monuments; le portrait fait sans lumière solaire , par une réverbération du ciel au Nord , sort tout à fait de ces règles générales. Pour lui, toutes les heures sont bonnes, pourvu qu’il fasse assez jour, et que des rideaux nous permettent de disposer de la lumière suivant les règles convenables du dessin et de la perspective.
103. — 6° Les diaphragmes. En montant sur votre chambre noire, les objectifs A B, fig. 7 et G H, fig. 8, vous avez dû remarquer un certain nombre de rondelles I, J, K, en cuivre noirci. Ces rondelles portent à leur centre des ouvertures circulaires de grandeur variable.
Évidemment, si nous plaçons une de ces rondelles I, J, K, fig. 8, qu’on nomme diaphragme dans le tube H de l’objectif, nous intercepterons d’autant plus de lumière que l’ouverture K sera plus petite. Par conséquent, la quantité de lumière admise diminuant, la durée de pose nécessaire pour avoir le même effet produit, augmentera.
104. — Dans quel but alors, me dites-vous, se priver ainsi d’une partie utile de son rayon de soleil ? Mon cher élève, les hommes imitent grossièrement les œuvres de la nature : notre œil est une admirable chambre noire dont l’objectif est formé par une lentille merveilleuse appelée cristallin et placée en avant. Cette lentille est si parfaite que tous les rayons, en-
tendez-vous, tous les rayons qui la frappent, en face, de côté, droits, obliques, tous ces rayons sont réunis et ramenés par l’admirable organe à un point unique. Nous avons imité, comme je vous l’expliquais, l’œuvre de la nature; mais nos lentilles, toujours défectueuses malgré le soin minutieux avec lequel on les taille, ne réunissent en un même point que les rayons directs qui tombent vers leur milieu. Les autres rayons obliques forment des images séparées qui, se superposant les uns aux autres , rendent confuse et sans vigueur l’image générale. Les diaphragmes ont pour but d’empêcher l’accès de ces rayons obliques et marginaux; et pour effet, par conséquent, de procurer une image aussi pure et aussi nette que le comporte la perfection relative de l’objectif.
105. — Le lieu où doivent être placés ces diaphragmes n’est pas indifférent, mais l’opticien a toujours le soin de l’indiquer par une disposition quelconque de la monture ou des rondelles. Les uns fig. 7 les mettent en avant dans B, comme dans la plupart des objectifs doubles français; c’est la position la moins favorable, excepté pour les objectifs simples, fig. 8, I, J, K, ou H. Les autres, entre les deux systèmes de verre B et A de l’objectif double, fig. 7; c’est la disposition la plus rationnelle. Si vous vous procurez un objectif orthoscopique, vous vous apercevrez que les diaphragmes sont placés tout à fait à l’arrière. Ne vous en étonnez pas, cela tient à la propriété particulière du dernier verre, qui est dispersif au lieu d’être à foyer comme le système antérieur.
106. - — Il est donc bien entendu qu'au moyen des rondelles-diaphragmes vous augmentez deux choses à la fois,ia finesse de l’image et le temps de pose, en proportion de ce que vous diminuez la grandeur de l’ouverture par laquelle arrive la lumière. C’est très-simple.
107. — V. La pose est finie, le volet du châssis redescendu , le châssis rapporté dans le laboratoire , vous l’ouvrez, vous examinez la couche encore ruisselante de votre collodion. Qu’y voyez-vous? Rien. Il s’agit donc de vous servir du développement que nous avons préparé, pour faire apparaître Yimage latente, c’est-à-dire cachée, que votre crayon lumineux a tracé. Dans un moment nous allons jouir de la récompense due à nos travaux et à notre patiente étude : nous aurons fixé le travail de la lumière, de notre intangible mais docile instrument.
Nous allons nous mettre, fig. 25, au-dessus de la grande cuvette H à développement et en face du carreau jaune A, de façon à bien voir, avec cette lumière, la marche de notre épreuve par réflexion et par transmission.
108. — J’ ouvre la porte postérieure E (fig. 23) du châssis mis contre le mur et je saisis, comme vous le voyez (fig. 25), la glace C de la main gauche par le coin vide de collodion. J’ai versé tout à l’heure dans le verre à expérience une certaine quantité de la liqueur de fer, § 71, plutôt plus que moins; je prends ce verre de la main droite et je projette sur le collodion la liqueur d’une façon particulière et qui
n'est pas sans difficulté. Il faut que le liquide mouille la surface sans temps d'arrêt qui formerait des taches irrémédiables, et il ne faut pas cependant que ce li¬
quide tombe tout à la même place , car il enlèverait l’image.
A mesure que vous allez travailler, vous vous apercevrez, mon cher élève, que plus le bain d’argent vieillira, plus vous aurez de difficulté à faire rapidement adhérer votre développement au collodion
76 s LA PHOTOGRAPHIE
mouillé. C’est un des signes auxquels vous reconnaîtrez qu’il faut faire un nouveau bain et user celui-ci dans le flacon à renforcement dont nous nous servirons tout à l’heure.
109. — Si à ce signe se joignent des épreuves grises, longues à se développer, c’est une seconde preuve de l’épuisement du bain; faites-en sans retard un neuf, car, sur dix insuccès, neuf viennent du bain d’argent.
110. — Mais le liquide développateur a mouillé la surface, une partie s’en échappe, vous reversez par un angle, dans votre verre, ce qui a été retenu sur la glace ; si vous avez été adroit, ce doit être la majeure partie du liquide projeté. Reversez encore sur le collodion, puis au bout de quelques secondes dans le verre, puis sur le eollodion; promenez le liquide sur cette surface, en le faisant circuler doucement au moyen d’un petit mouvement de la main gauche. Reversez dans le verre, quand l’image n’augmente plus d’intensité; ajoutez quelques gouttes de solution d’argent au moyen du flacon C placé à droite de la figure 1 9 et recommencez votre manipulation en faisant marcher le liquide du verre à la couche de collodion et de celle-ci dans le verre. L’intensité de l’image augmente, votre liquide devient boueux, roule de petites paillettes d’argent métallique, c’est le moment d’arrêter. Jetez le liquide dans le bocal aux résidus placé à portée de votre main et lavez la surface du eollodion au moyen du flacon laveur AB (fig. 19).
La figure 25 vous montre en G le développement
de fer dans son flacon ; en F, le renforcement à l’acide pyrogallique; en E, un support à vis calantes que l’on tient de niveau et sur lequel on pose la glace pendant qu’on fait les préparations diverses. Un peu à droite, dans la grande cuvette, on voit le second verre à pied, lequel ne sert qu’à l’acide pyrogallique.
111.—' VI L’image paraît souvent très-complète à ce moment, mais quand elle sera fixée, elle aura descendu de ton et sera trop faible; nous y pourvoierons.
En ce moment, il faut passer dans le coin du laboratoire où nous avons placé deux cuvettes, en tenant toujours la glace de la main gauche. Cette glace peut voir le jour qui est sans action sur elle, au moins pour un temps peu considérable. Appuyez le centre de votre glace sur le pied du verre à champagne mis dans la petite cuvette, maintenez la glace à peu près horizontale et versez à sa surface de la solution de cyanure de potassium, assez pour la couvrir. La partie blanc-jaune qui forme le fond de l’image disparaît par places et laisse les lignes parfaitement visibles : reversez du liquide sur les endroits plus épais en collodion qui ne se dépouillent pas aussi vite. Quand toute teinte opaline a disparu, que la glace reste couverte d’une image négative formée de parties transparentes et d’autres gris-brun plus foncées, il faut laver au flacon-laveur.
Lavez abondamment l’endroit , l’envers et vos doigts.
Évitez sur eux le contact du cyanure de potassium; d’abord, c’est un poison, je vous le répète; de plus c’est un réactif dangereux pour la suite de vos opérations et il est essentiel qu’il disparaisse; lavez donc suffisamment pour avoir la certitude que le liquide qui baigne le collodion et imbibe la coucbe n’est que de l’eau.
112. — Ces lavages sont faits au-dessus de votre plus grande cuvette, et vous voyez qu’elle se remplit vite et que nous avons eu raison de ne pas marchander sa capacité. Elle nous servira en outre à mettre tremper provisoirement les glaces de rebut chargées d’images inutiles ou manquées, et qui dans cette solution, légère de cyanure reçoivent un commencement de dégraissage fort utile.
115. — VII. Vous remarquerez comme moi, mon cher travailleur, que notre image est fine, remplie de détails, mais d’une teinte gris -jaune ou gris-brun uniforme, et qu’elle manque de vigueur. Le but du renforcement est de remédier à cette imperfection apparente. L’épreuve est complète, seulement il faut la développer suivant sa capacité acquise sous l’influence lumineuse qui a ébranlé ses molécules en leur communiquant une force mystérieuse dont nous allons parler.
Nous avons là, près de la cuvette à développement II (fig. 25), un flacon F de liquide préparé et que vous avez étiqueté : Acide pyrogallique , § 72. Voici le moment de l’employer.