CHAPITRE V
APPAREILS
Des objectifs et de la chambre noire. — Mise au point sur la glace dépolie. — Châssis perfectionnés à coins de verre fondu. — Pieds pour appareils et appuis-tête, systèmes américain et français. — Pose du modèle.
L appareil ou instrument photographique au moyen duquel on reproduit les images, se compose d’une boîte à coulisses ou à soufflet, garnie à l’arrière d’une glace dépolie qui sert à mettre au point ; cette boîte se nomme chambre noire : la partie antérieure ou postérieure est mobile et glisse sur une rainure qui avance ou recule au moyen d’un engrenage pour mettre l’image au foyer; on fixe cette partie mobile, lorsqu’on a atteint le point désiré, à l’aide d’une vis adaptée à l’arrière.
Les grandes chambres bien construites sont munies, à la partie antérieure, d’un double mouvement permettant à la glace dépolie de basculer de haut en bas de quelques centimètres et de pivoter de droite à gauche, afin de faciliter la mise au point de toutes les parties du modèle dans les différentes attitudes qu’on voudra lui donner. Le devant de cette chambre noire est muni au centre d’un tube en cuivre garni de lentilles achromatiques, qu’on désigne sous le nom d’objectif.
L’objectif est la partie du matériel la plus importante; aussi ne doit-on rien négliger pour s’en procurer de très-bons, car il est impossible d’avoir une épreuve irréprochable, si l’objectif est défectueux, quels que soient les soins qu’on apporte dans le travail de l’opération.
Il est fâcheux de le dire, mais notre conscience nous fait un devoir de déclarer ici qu’une grande partie des objectifs français sont déplorablement mauvais; cela tient sans doute à la modicité de leur prix, qui fait que les opticiens ne peuvent pas apporter tous les soins nécessaires à leur fabrication, et emploient souvent de la glace brute pour remplacer le crown d’un prix beaucoup plus élevé ; il s’ensuit que beaucoup de photographes, peu à même déjuger des qualités plus ou moins bonnes de ces objectifs, et alléchés par le bon marché, achètent légèrement, sous la garantie fallacieuse de prospectus menteurs, des instruments qu’ils reconnaissent trop tard incapables de produire de bons résultats. Ils ont cru, dans le principe, faire une économie ; mais, comme bientôt l’évidence vient les convaincre de leur erreur, l’achat de nouveaux instruments ne tarde pas à leur prouver que c’est toujours un mauvais calcul d’acheter des objectifs à bon marché. C’est pourquoi nous recommandons les objectifs anglais, et tout particulièrement ceux qui sortent des célèbres ateliers de la maison Thomas fl&oss, qui, s’ils sont plus chers, donnent des résultats beaucoup plus satisfaisants.
Il y a plusieurs sortes d’objectifs : ceux dont on se sert pour les paysages et la reproduction des plans; ils sont à lentilles simples ou combinées, et doivent donner la même netteté et la même finesse sur toute la surface de la plaque ; et ceux à lentilles doubles, qu’on emploie de préférence pour les portraits, à cause de leur plus grande rapidité, mais qui, par le fait de la courbe des lentilles, donnent le maximum de netteté au centre, et perdent graduellement de cette netteté en approchant des bords. Ce défaut se nomme : aberration sphérique; on le corrige par le diaphragme, mais aux dépens de la rapidité.
L’objectif pour portraits peut cependant servir pour les vues et reproductions, et donner à tous les plans une finesse et une netteté assez satisfaisantes, bien qu’il ne soit pas exempt
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de distorsion ; mais pour cela il faut l’employer comme lentille simple, c’est-à-dire que la lentille postérieure est supprimée et remplacée par la lentille antérieure convenablement diaphragmée et vissée au rebours de ce qu’elle était précédemment, la partie convexe se trouvera alors du côté de la glace dépolie, et la partie plane fera face au point de vue.
Il faut, comme nous l’avons indiqué précédemment, garnir le devant de cette lentille d’un diaphragme qui sert à rétrécir le champ de la lumière et à rapprocher les plans du paysage, en leur donnant plus de netteté.
Ce diaphragme, dans la disposition que nous indiquons, est maintenu à 8 centimètres environ de la lentille par une sorte de cône en métal qui se visse sur la garniture.
Dans ces conditions, un bon objectif à foyer moyen, de 3 pouces de diamètre, pourra donner, avec les lentilles combinées, de bons portraits de 18 sur 24 centimètres; et en se servant d’une seule lentille, comme nous l’avons indiqué, on obtiendra de très-belles vues, qui pourront atteindre facilement 30 sur 40 centimètres, avec toute la netteté désirable.
En règle générale, lorsque les diaphragmes sont placés entre les deux lentilles, la distorsion est beaucoup moindre que quand ils sont placés en avant.
Les tubes des objectifs sont garnis de crémaillères servant à rapprocher ou à reculer lçs lentilles de la glace dépolie que porte, la chambre noire ; on obtient le maximum de netteté que peut donner l’instrument en faisant mouvoir doucement cette vis de rappel, lorsqu’on met au point.
Pour les objectifs à long foyer, cette vis de rappel devient inutile, par suite de la grande distance qui existe entre les objectifs et la glace dépolie; elle est remplacée par la crémaillère adaptée à la partie postérieure de la chambre noire qui fait mouvoir la glace dépolie pour placer l’image au point.
Il doit suffire à une personne intelligente d’un coup d’œil sur l’appareil que nous désignons, figure 2, pour se rendre compte du mécanisme.
Outre les objectifs doubles, dont nous venons de parler, qui servent principalement aux portraits et quelquefois aux paysages, il existe des objectifs dits triplets et doublets, orthoscopiques, globes, aplanétiques, périseopes, etc., etc.
Examinons rapidement chacun de ces objectifs pour définir leurs qualités respectives et l’usage auquel ils peuvent être employés le plus avantageusement.
Le triplet de T. Koss est, de tous les objectifs pour vues et reproductions, celui qui est le plus estimé pour ses qualités générales ; il couvre une surface beaucoup plus considérable que la lentille simple, mais moindre que le doublet grand angulaire dont nous parlerons plus loin. Il est exempt d’aberration sphérique, ce qui permet de l’employer sans diaphragmes lorsqu’on veut faire des groupes en plein air; dans ce cas, la surface couverte est moindre, mais l’image dans toutes ses parties conserve la même netteté, et le temps d’exposition est relativement très-court.
Comme il est complètement exempt de distorsion, le triplet est précieux pour les monuments d’architecture et la reproduction des plans; néanmoins, pour éviter les déformations, la chambre noire devra être mise complètement de niveau pendant l’opération; mais, lorsque cette condition ne pourra pas être observée, par suite de l’élévation du monument, au lieu de faire basculer la chambre en arrière, ainsi que cela se fait généralement lorsque la distance focale n’est pas en rapport avec la hsputeur de ce monument, on fera monter l’objectif sur une planchette mobile, de façon qu’en l’élevant de quelques centimètres au-dessus du centre on diminue d’autant le terrain du paysage en ramenant le point à photographier dans l’axe de la plaque.
Pour les reproductions agrandies, cet objectif devra être
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retourné de façon que la petite lentille regarde la glace dépolie.
Le doublet actinique, d’invention plus récente que le triplet, se compose de deux lentilles parfaitement achromatiques ; celle de devant est corrigée par la façon ordinaire, tandis que celle de derrière prend la forme aplanétique. Les surfaces de cette nouvelle lentille, dont deux des verres sont en flint et un en crown, prennent à leur tour la forme ménisque, avec un diaphragme placé entre elles.
Le plus remarquable de cette combinaison est l’angle immense (jusqu’à 95°), embrassé par des lentilles d’un aussi petit diamètre qui, bien que d’une grande convexité, ne produisent cependant aucun miroitement, et sont èxemptes de distorsion.
Fig, 10. — Doublet actinique muni de son abat-jour.
Ces objectifs sont précieux pour faire les intérieurs ou les vues lorsqu’on n’a pas assez de recul pour employer de longs foyers, ils donnent à tous les plans des détails microscopiques d’une finesse incomparable, et peuvent remplacer avantageusement les appareils panoramiques ; accouplés, ils n’ont pas de rivaux pour les vues stéréoscopiques.
Les doublets de T. Ross sont munis d’un obturateur inté-
rieur et d’un abat-jour très-utile dans la pratique des opérations. (Voyez fîg. 10.)
L’objectlf-globe (globe Lens) de Harrison et Schnitzer, de New-York, se compose de deux lentilles ménisques achromatiques semblables entre elles, dont les deux côtés convexes placés extérieurement formeraient une sphère complète si les surfaces étaient prolongées par un trait de compas, dont la pointe serait placée au centre des deux lentilles. Les diaphragmes placés entre les lentilles, comme dans le doublet de T. Ross, roulent sur un pignon formant excentrique avec l’ouverture centrale.
Le globe Lens est de beaucoup préférable à l’objectif simple pour certains travaux, car étant complètement exempt de distorsion, il permet la reproduction des cartes et plans par sections de la dimension des originaux ; le plus grand défaut de cet objectif est son peu de rapidité, par l’usage forcé de diaphragmes très-petits pour corriger l’aberration sphérique et conserver la netteté de l’image; pour les paysages, il ne peut servir qu’à la reproduction des natures mortes, en raison de son extrême lenteur.
L’objectif orthoseopique est le plus ancien des objectifs à lentilles multiples pour paysage, il se compose de deux lentilles achromatiques, l’une convergente en forme de ménisque, l’aulre divergente pour corriger l’aberration sphérique de la première. Cette combinaison, qui permet la reproduction des plans et même des groupes en pleine lumière, est cependant inférieure au triplet pour ce genre de travail;. c’est pourquoi il a été généralement abandonné depuis que ce dernier a fait son apparition.
L’Aplanat du docteur A. Steinheil.
C’est en 1867 que ce nouvel objectif a été présenté par son
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auteur. Il se compose de deux lentilles ménisques ayant beaucoup d’analogie avec le globe Lens, auquel il est infiniment supérieur comme rapidité ; l’angle embrassé par cet objectif est d’environ 45°.
C’est un des meilleurs instruments connus pour faire des groupes animés en plein air lorsqu’on l’emploie à toute ouverture.
Comme il est complètement exempt de distorsion, il sert également à la reproduction des cartes géographiques, des plans et des monuments d’architecture.
L’objectif double, dont nous avons dit quelques mots seulement au commencement de ce chapitre, est celui qui intéresse le plus sérieusement le photographe portraitiste ; c’est également celui qui offre le plus de difficulté à construire, aussi en existe-t-il très-peu de bons.
L’objectif double, ayant une profondeur de foyer trèsfaible, ne peut donner net qu’un seul plan de l’image ou des plans très-rapprochés ; on augmente, cependant cette netteté par l’emploi des diaphragmes, mais c’est alors aux dépens de la rapidité.
Un objectif double, exempt de distorsion, d’astigmation, et d’aberration sphérique, lorsque les lentilles ont été faites en crown et en flint incolore, est aussi parfait que possible, car la distorsion reproduit des lignes courbées lorsqu’elles étaient droites sur l’objet; l’astigmation épaissit toutes les lignes du modèle, et l’aberration sphérique fait que l’image manque de finesse aussi bien au centre que sur les bords. Quant à la coloration des lentilles, soit en rouge, soit en jaune ou en vert, le moindre défaut est de diminuer la rapidité de l’objectif.
Il reste un autre défaut, qui est : l’aberratioii chroma* tique, dont nous parlerons bientôt.
Conseils sur le choix des objectifs.
La qualité des objectifs en photographie entre pour une part très-importante dans les résultats à obtenir; c’est pourquoi on ne doit rien négliger, comme nous l’avons dit déjà, pour s’en procurer d’aussi parfaits que possible. Nous avons signalé plusieurs des défauts de construction de ces instruments, défauts inhérents au principe même sur lequel est basée cette construction, d’après les lois de l’optique ; nous allons terminer nos observations en indiquant sommairement le moyen de reconnaître quelques-uns de ces défauts, afin de pouvoir choisir, parmi les objectifs, ceux qui doivent donner les meilleurs résultats.
Foyer chimique.
Il existe des objectifs qui ont deux foyers différents, c’està-dire que les rayons chimiques qui doivent reproduire l’image sur la couche sensible ne coïncident pas exactement avec les rayons lumineux qui dessinent cette image sur la glace dépolie, ce défaut se nomme aberration chromatique; il en résulte qu’un dessin qui se produit très-net sur la glace dépolie est flou et vague sur la plaque qui reçoit l’image.
On peut s’assurer de cette différence de foyer en plaçant trois cartes, l’une derrière, l’autre en éventail, à 1 5 centimètres de distance l’une de l’autre, et en faisant une épreuve de ces trois objets; si la carte du milieu sur laquelle on -a mis au point est la plus nette sur l’épreuve, c’est que les foyers sont bien identiques ; dans le cas contraire, il faudrait marquer sur le tube la distance dont on doit avancer ou reculer les lentilles après avoir mis au point pour corriger ce défaut et obtenir quand même une bonne épreuve.
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Cependant, comme dans la pratique on peut parfois oublier cette précaution, et par le fait de cette sujétion manquer trèssouvent des épreuves, il est préférable de reporter cette différence sur la glace dépolie, que l’on recule ou avance de la différence du foyer chimique au foyer apparent ; dans tous les cas, il est préférable de s’assurer, avant de l’acheter, qu’un objectif a ses deux foyers au même point, et que la courbe des lentilles le rend propre à l’usage des épreuves pour portraits et paysages.
Centrage.
Toute lentille a un axe optique, c’est-à-dire qu’il existe une ligne perpendiculaire à sa surface, en passant par son centre de courbure. Toute lentille achromatique est formée de deux verres au moins, et il est nécessaire que ces verres soient disposés de telle sorte qu’après le collage au baume de Canada, leurs axes optiques se correspondent exactement.
Lorsque deux lentilles, ou un plus grand nombre, sont réunies pour former un objectif, il faut, non-seulement que chacune de ces lentilles soit convenablement disposée, mais encore que l’axe optique de la lentille placée en avant coïncide avec l’axe optique de celle placée en arrière. Cette coïncidence dépend du montage.
Pour vérifier la correction du centrage, on se place dans une chambre obscure, à un ou deux mètres en arrière de l’objectif, au devant duquel on a mis une bougie allumée, on regarde la flamme de cette bougie à travers les lentilles, en inclinant légèrement l’objectif jusqu’à ce qu’on aperçoive une série de points brillants produits par les réflexions successives de la lumière sur les différentes surfaces, et le nombre de points lumineux est d’autant plus considérable que les lentilles sont formées d’un plus grand nombre de verres.
Si le centrage est parfait, toutes les images réfléchies de la bougie doivent présenter une ligne droite; si, au contraire, un ou plusieurs des points lumineux ne peuvent être ramenés sur une même ligne en plaçant l’objectif sous diverses inclinaisons, on devrait conclure que le centrage de l’une ou de plusieurs des lentilles est défectueux ; il faudrait alors le rendre à l’opticien pour corriger ce défaut.
Coloration des lentilles.
Gomme nous l’avons déjà dit, la coloration du verre a une très-grande influence sur la rapidité des objectifs; le flint est quelquefois jaunâtre, et le crown, vert ou rougeâtre. Pour vérifier ce défaut, on démonte chaque lentille que l’on pose à plat sur une feuille de papier blanc. Si, dans cette position, le verre paraît teinté en brun ou en vert, il y aurait un défaut de coloration ; quelquefois cette coloration en jaune peut provenir du baume de Canada employé à coller les lentilles ensemble, dans ce cas, il faut avoir recours à l’opticien pour les nettoyer et coller à noujeau.
Les stries.
Les stries constituent l’un des plus grands défauts des objectifs photographiques, elles sont l’indice d’un mélange imparfait des matières dont sont formées les lentilles ; elles présentent l’aspect des veines que forme une liqueur sucrée mise en contact avec de l’eau dont la densité est différente ; ce défaut est facile à voir en se plaçant dans l’obscurité et en regardant à travers la lentille, qu’on fait tourner autour de san axe pour que les rayons incidents frappent successivement sur toutes les courbes. Les moindres stries dans une lentille doivent suffire pour faire rejeter un objectif.
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Des bulles.
Ce défaut est nuisible, car il tend à écarter les rayons lumineux et enlève beaucoup d’éclat à l’image ; il indique un manque de soins de la part du fabricant, car ces bulles sont toujours visibles dans le disque de verre dont la lentille est formée ; néanmoins, comme ce défaut n’a pas une importance aussi grande que les stries, on pourra conserver sans inconvénient un objectif qui en aurait une ou deux petites, s’il possède de sérieuses qualités.
Des éraillures.
Au sortir des ateliers de l’opticien, il arrive fréquemment que la surface extérieure des lentilles soit éraillée par un maniement imprudent, ou un mauvais emballage; et quelquefois aussi que le centre très-convexe de certaines lentilles non protégées par la monture , se trouve rayé et en quelque sorte dépoli par le frottement; de pareils objectifs doivent être rendus au fabricant pour être repolis.
Mise au point.
Pour mettre au point, on place l’appareil monté sur son pied en face de l’objet qu’on veut reproduire ; l’image de cet objet, passant par les lentilles, va se réfléchir sur la glace dépolie qui se trouve à l’arrière de la chambre noire, et se dessine renversée de la dimension qu’on désire, suivant la distance où on place l’appareil du modèle à reproduire.
Pour bien juger cette image et la rendre très-visible, il faut entourer cette glace dépolie d’un voile noir épais qui la maintienne dans une obscurité complète, même lorsqu’on passe la tête sous ce voile.
Un nouvel appareil très-ingénieux, inventé par m. Clinedinst, de Baltimore, redresse l’image qui se trouve renversée sur la glace dépolie, pour la montrer dans le sens où l’œil la perçoit; cet appareil, qui s’adapte à toutes les chambres noires, est muni à l’intérieur d’une glace étamée placée à un angle de 45°, sur laquelle l’image dessinée sur la glace dépolie se réfléchit redressée, elle est renvoyée ainsi sur une seconde glace dépolie horizontale qui ferme l’orifice supérieur destiné à emboîter la tête de façon à supprimer le voile noir indispensable sans cet appareil.
Fig. 11. — Chambre noire munie à l’arrière de l’appareil redressant les images lors de la mise au point.
La fig. 1 1 représente une chambre noire munie à l’arrière de l’appareil pour la mise au point.
Dans certains cas, la mise au point, pour être rigoureuse,
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exige l’emploi d’une loupe composée de deux lentilles plan convexe, montées dans un tube en cuivre que l’on doit d’abord régler à la vue comme une lorgnette de théâtre, au moyen de tubes rentrant par un pas de vis.
Lors de la mise au point pour un portrait, l’objectif doit être placé à peu près à la hauteur du cœur du modèle, de façon à être presque horizontal pendant l’opération , afin d’éviter les déformations qui se produiraient si l’appareil était trop incliné en avant; mais il arrive fréquemment qu’on est obligé, suivant la pose du modèle, d’incliner le plan de la glace dépolie, soit de haut en bas, soit de droite à gauche, et vice versa , pour obtenir le maximum de netteté sur tous les points du portrait à reproduire.
Si on doit opérer avec le même instrument pour faire des épreuves de plusieurs dimensions , il sera bon de tracer au crayon sur la glace dépolie les grandeurs qui correspondent aux différents intermédiaires destinés à recevoir les plaques, afin de déterminer d’une manière certaine la dimension du dessin qui devra se trouver circonscrit dans celle tracée sur la glace.
Le châssis est un cadre fermé destiné à maintenir pendant l’opération la glace sensibilisée qui doit recevoir l’image fugitive dessinée sur la glace dépolie. 11 doit donc être construit de telle façon que cette glace remplace exactement dans la chambre noire la glace dépolie, sur laquelle on a mis au point (voyez fig. 12).
Ce châssis, de la dimension de la chambre noire, aussi bien que les planchettes intermédiaires plus petites qui entrent dedans et servent à opérer avec des plaques de moindre dimension, doit être garni de quatre coins en verre fondu d’un seul bloc destinés à maintenir la glace iodurée à quelques millimètres du bois , et à préserver la couche sensible des réductions et des métallisations qui se produisent par ce contact, aussi bien qu’à éviter ces traînées qui se produi-
sent sous la forme de comètes à partir des angles, et qui sont occasionnées par des gouttes du bain qui séjournent ordinairement dans les châssis dont on fait un usage fréquent.
Du reste, il sera bon d’essuyer avec soin ce châssis chaque fois qu’on s’en sera servi.
De temps en temps, il faudra enduire les feuillures intérieures d’une couche légère de gomme laque dissoute dans l’alcool et posée avec un pinceau.
Fig. 12. — Châssis à collodion avec coins en verre fondu.
Fig. 14. — Intermédiaire, 1/1 de plaque.
En France, l’usage de ces coins en verre fondu est peu répandu, la plupart des ébénistes les remplacent par de F ivoire, de l’éboniie, ou simplement par le bois enduit de glu marine et de gomme laque.
L’arrière de ce châssis est garni d’une porte qui permet de mettre à sa place la glace sensibilisée et de la retirer après l’opération. Le devant est muni d’une planchette mince glissant dans des rainures et servant à découvrir la glace lorsqu’on veut la soumettre à l’action de la lumière, ou, ce qui
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est plus commode, d’un rideau formé avec des lamelles de bois mince, qui se déroule comme une toile.
Gés châssis, comme la chambre noire, doivent être construits de façon qu’aucun rayon lumineux ne puisse pénétrer autrement que par l’objectif.
Cette partie du matériel laisse beaucoup à désirer en France. Les fabricants devraient prendre pour modèles les Lewi’s patent lioldcrs qui sont en usage en Amérique, et dont la supériorité est incontestable.
Avant de se servir d’un châssis, il faut vérifier si, placé dans la chambre noire, la glace sensible remplace très-exactement la glace dépolie; pour cela on applique alternativement une règle de bois bien droite sur les bords extérieurs des châssis contenant d’unepart la glace dépolie, d’autre part une glace bien plane pressée par son ressort, et on mesure la distance, qui doit être la même pour tous deux.
La figure 1 2 représente un châssis de grandeur normale entièrement ouvert , la glace reposant sur les coins inférieurs.
La figure 1 3 représente une planchette intermédiaire , grandeur demi-normale, pour être posée dans le châssis (fig. 12). La troisième planchette (fig. 14) est également ajustée pour entrer dans le châssis (fig. 13).
On peut aussi avoir de ces planchettes pour toutes les dimensions qu’on veut faire, qui toutes doivent entrer l’une dans l’autre.
La chambre noire est posée sur un pied construit de manière à la maintenir dans une immobilité complète ; ce pied doit se prêter facilement aux déplacements continuels qu’on aura à lui faire subir pour maintenir cette chambre noire en face du modèle ; enfin, il doit être simple et commode à la main de l’opérateur.
Le pied à six branches à coulisses, ou à trois branches brisées (système français) est dans d’assez bonnes condi-
tions pour les voyages, en raison du peu de volume qu’il occupe lorsqu’il est démonté ; il sera utile cependant, si on -se sert de ce pied pour opérer en campagne ^avec une chambre noire de dimension assez grande, de se munir d’un autre pied en X, pour maintenir les extrémités de la planchette et empêcher les vibrations pendant la pose. La figure 15 donnera un aperçu de ce pied indispensable, lorsqu’on opère, soit dehors, soit dans l’atelier, avec des chambres et des objectifs d’une grande dimension.
Fig. 15. — Chambre de voyage montée sur son pied, système français muni d’un pied en X.
Nous mettons en regard le pied de voyage français, fîg. 15, et le pied américain pour le même usage, fig. 16. Ce dernier a bien certainement l’avantage, sur celui adopté en France,
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d’être plus léger et plus élégant, tout en remplissant les conditions essentielles : stabilité et commodité.
Le pied de voyage français le mieux approprié aux longues excursions, est celui qui est fait en bambou et qui, lorsqu’il est plié, peut servir de bâton de voyage ferré. Il est d’un grand secours dans les montagnes, mais généralement il ne peut servir que pour les appareils de petite dimension.
Dans le pied de voyage américain, que nous représentons par la figure 16, on remarquera que les pièces A, B, G se divisent à la jointure, et que le bâton E , qui supporte la tablette double qui se monte et se descend au moyen de la presse à vis I, peut également sortir entièrement de son
tenon D. La planchette F, qui est mue par une charnière au point H, au moyen de la vis de hausse G passant par le plateau K, peut également se démonter, puisqu’elle n’est que vissée sur le bâton E. On voit donc que ce pied ainsi démonté peut se paqueter sous un très -petit volume et servir facilement aux opérations photographiques en voyage.
Quant au pied d’atelier, il suffira de jeter un coup d'œil sur les figures 17 et 18 qui représentent deux pieds américains, l’un en fonte et le second en bois, et de les comparer avec les pieds français de même matière, fig. 2 et 3, pour reconnaître l’avantage de ces premiers.
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En effet, ces pieds d’atelier (fig. 17 et 18), qui offrent autant de stabilité que les pieds français, paraissent légers à l’œil et. peuvent servir de meubles d’ornement dans un salon, ce qui n’est pas le cas pour les autres.
Fig. 18. — Pied d’atelier américain en bois.
Les appuis-tête employés en Amérique offrent la même différence avec ceux dont on se sert en France, que les pieds dont nous venons de parler. Sans vouloir faire de la critique par parti pris, nous dirons que cette partie du matériel laisse beaucoup à désirer en France, et que de ce côté les Américains ont beaucoup mieux compris que nous ce qui convient dans ce genre, en réunissant l’utilité à l’élégance.
Les figures 19 et 20 représentant ces appareils, comparés
aux appuis-tête français fig. 20 et 21, pourront convaincre ceux qui pensent que nous sommes partial pour nos voisins d’outre-mer, qui, soit dit en passant, et sans vouloir en rien blesser la susceptibilité de MM. les photographes français, ont su comprendre et faire progresser avec une rapidité incroyable un art dont ils savent tirer le plus grand parti.
Fig. 19. — Appui-tête américain, grand modèle.
Fig. 20. — Appui-tête américain, petit modèle.
Gomme on peut le remarquer en jetant un coup d’œil sur les fig. 10 et 20 qui représentent les appuis-tête américains, les deux branches destinées à soutenir la tête forment aux
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extrémités une demi-sphère dont la partie ronde presse doucement la tête du modèle ; ces deux tiges indépendantes l’une de l’autre peuvent s’écarter ou se rapprocher à volonté, suivant que l’on tourne plus ou moins le coin en sifflet qui sert d’excentrique, et comme en même temps l’une des tiges
Fig. 21 et 22. — Appuis-tête français, grand et petit modèle.
Fig. 23. — Table de pose, système américain.
peut se lever pendant que l’autre s’abaisse si cela est nécessaire, il est toujours facile d’assujettir le modèle de façon à ce qu’il soit solidement appuyé, et à son aise.
Ce mécanisme est surtout précieux pour soutenir la tête des dames, dont la coiffure présente souvent de grandes difficultés pour certaines poses.
Pose des modèles.
La pose des modèles est une des parties de la photographie qui demande, surtout de la part de l’opérateur, le sentiment artistisque sans lequel on n’obtient que des reproductions de la nature très-souvent mal rendues ; sans cette science il descendra au rôle de manœuvre qui dirige une machine dont il ne sait pas tirer parti. Car il ne suffît pas de produire une image quelconque sur une plaque de verre ou sur un papier photographique par la transformation des sels d’argent, il faut encore que cette image réunisse dans son ensemble les qualités du beau, du vrai et du naturel. Malheureusement beaucoup de praticiens négligent ou ne sentent pas cette partie essentielle à un beau dessin ; aussi voit-on très-souvent des portraits d’une raideur désespérante et d’un gauche à faire croire qu’on a voulu faire une charge... Sans compter des pieds et des mains difformes et hors de toutes proportions, résultant du rapprochement exagéré de ces parties du modèle à l’instrument; ou bien encore des points de vue sans perspective, sans ombres portées qui détachent les parties saillantes et claires du paysage.
Il faut donc chercher à donner au modèle le plus de naturel possible dans la pose et éviter de faire placer les pieds et les mains dans un plan trop distant de celui sur lequel on a mis au point.
Pour les portraits pris dans l’atelier, nous nous servons généralement d’une grande psyché à roulettes dans laquelle le modèle peut voir lui-même la pose qui lui convient, et prendre l’expression de physionomie qui lui est le plus favorable; par ce moyen, les personnes qui n’ont pas l’habitude de poser, peuvent se rendre compte de ce que sera l’épreuve une fois terminée.