CHAPITRE IX
OPÉRATIONS GÉNÉRALES
Manipulation pour l’obtention des négatifs. — Précautions préliminaires, choix et nettoyage des glaces. — Albuminage des glaces pour en assurer la propreté absolue. — Étendage du collodion. — Mise au bain, exposition à la chambre noire. — Réduction du temps de pose au moyen d’un obturateur en verre opale. — Développement, renforçage et fixage de l’image négative. — Retouche des clichés. — Vernissage.
Tous les produits ayant été préparés comme nous venons de l'indiquer, il faut procéder à leur mise en œuvre pour obtenir un bon négatif.
Chaque opérateur change à sa guise les manipulations photographiques et se fait, en quelque sorte, une méthode à lui ; cependant, toutes ont une base commune et ne varient que dans les détails, aussi n’avons-nous pas la prétention de les indiquer toutes; nous nous bornerons, pour abréger, à donner celle qui toujours, pendant les longues années de notre expérience pratique, nous a donné les meilleurs résultats.
Un négatif ou cliché, pour produire une bonne épreuve positive, doit réunir trois conditions principales : l’intensité, le modèle et la transparence.
Un négatif ne peut être observé et jugé que par transparence; vues de cette façon, les’ parties blanches du modèle paraîtront noires et opaques, tandis que les parties noires devront être, au contraire, claires et transparentes, laissant passer la lumière par gradation de teintes et demi-teintes.
Si nous considérons la production d’un négatif au point de
vue d’une simple opération chimique, nous trouverons qu’il n’y a rien de plus simple au monde que cette opération; cependant il est une foule de détails et de conditions à observer dans la manipulation pratique pour obtenir un résultat certain; aussi n’est-ce qu’avec de grands soins, et surtout une grande habitude, qu’on pourra arriver à produire ces clichés parfaits dont les reproductions en positif font l’admiration du monde artistique.
Du choix et du nettoyage des glaces.
La première opération consiste dans le nettoyage des glaces, qu’il est très-important de rendre d’une netteté parfaite.
Pour l’obtention d’un négatif, il n’est pas absolument nécessaire d’employer des glaces : le verre anglais ou le verre de Bagneau exempt de rayures, de bulles, et surtout bien plat, remplit parfaitement le but ; ce verre, en raison du poli et du dégraissage qu’il a subis avant d’être livré au commerce, remplace avec économie les glaces; il faudra, néanmoins, faire un choix parmi ces verres et rejeter ceux qui seraient défectueux, parce que leurs défauts se reproduisent sur l’epreuve positive; si on s’apercevait que la surface de ces verres fût graisseuse, il faudrait les soumettre pendant vingt-quatre heures à l’action d’un bain alcalin composé de :
Eau ordinaire 1 litre>
Cyanure de potassium 30 grammes.
Potasse caustique 30
ou d’une autre solution composée de :
Eau
Bichromate de potasse Acide sulfurique. . .
l litre.
60 grammes.
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Les vieilles glaces ayant déjà servi, aussi bien que les glaces neuves, seront placées dans ce bain pendant vingtquatre heures au moins ; on les lave ensuite à grande eau et on les laisse égoutter en les plaçant sur un porte-glace. Ces bains peuvent servir très-longtemps en les maintenant en état par l’addition, dans la première formule, de cyanure de potassium et de potasse caustique, et, dans la seconde, de bichromate de potasse et d’acide sulfurique.
Les meilleurs récipients, pour ce genre de travail, sont les cuvettes carrées en grès non vernis, de la dimension des plus grandes glaces employées dans l’atelier, et d’une profondeur d’au moins 25 centimètres; pour que le liquide agisse convenablement, on aura soin de placer des lames de verre entre chaque glace, afin de les isoler l’une de l’autre ; pour les retirer, on se servira d’un crochet en verre très-épais, comme ceux employés dans les bains négatifs lorsqu’on se sert des cuvettes verticales.
En Amérique et en Allemagne on albumine généralement les glaces avant de les collodionner; il suffit, lorsqu’elles sont égouttées et séchées, de les essuyer avec un tampon de papier de soie avant de procéder à l’albuminage, pour en assurer la propreté parfaite, et aussi pour donner de l'adhérence lorsqu’on emploie les collodions secs ou préservés.
Albuminage des glaces pour en assurer la propreté absolue avant leur préparation.
Bien que l’albuminage des glaces soit peu adopté par les photographes français, peut-être parce qu’ils redoutent la manipulation de cette substance difficile à employer dans bien des cas, nous allons cependant essayer de décrire un moyen aussi facile que certain et expéditif d’albuminer les
glaces vieilles ou neuves qu’on aura a employer pour faire des clichés; par ce moyen, le travail si long, si difficile et si minutieux du nettoyage des glaces sera de beaucoup simplifié, et on évitera les nombreux mécomptes qui résultent très-souvent du nettoyage imparfait des verres et des glaces.
Mettez dans une cuvette deux blancs d’œufs frais auxquels vous ajoutez 25 c. c. d’eau distillée contenant 7 à 8 gouttes d’acide acétique cristallisable , battez en neige; après un •repos de 24 heures, décantez la partie liquide, qui produira environ 75 grammes d’albumine, ajoutez environ 1 litre d’eau de pluie, mélangez avec une baguette en verre et filtrez sur papier.
Versez ce liquide dans une cuvette horizontale à fond de verre non cannelé, placez cette cuvette sur une table en face d’une fenêtre, afin de pouvoir surveiller le travail, relevez avec un coin en bois l’extrémité de cette cuvette qui est de votre côté, jusqu’à ce que la nappe de liquide vienne effleurer à peine le fond de la cuvette à l’extrémité relevée ; prenez alors chacune des glaces ayant été préalablement lavées et séchées au sortir de l’acide ou du bain de bichromate de potasse dans lequel elles ont été décapées, frottez très-légèrement avec un tampon de papier de soie, et placez une des extrémités de cette glace en contact avec le côté relevé de la cuvette contenant la solution d’eau albuminée; soutenez l’autre extrémité avec un crochet en baleine, et laissez abaisser, jusqu’à ce que la face inférieure soit complètement en contact avec le liquide, sans qu’il passe par dessus; relevez après deux ou trois secondes d’immersion, laissez égoutter l’excès du bain, et placez cette glace presque verticalement par un coin sur une étagère bien propre recouverte d’un papier buvard; passez à une autre, et ainsi de suite, jusqu’à épuisement du liquide qui sera tenu constamment au même niveau en retirant graduellement le coin qui relève la cuvette.
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Les glaces ainsi préparées sont abandonnées à la dessiccation pendant 24 heures, à l’abri de la poussière, en élevant la température de la pièce à 18 ou 20 degrés centigrades, puis elles seront renfermées dans des boîtes à rainures jusqu’au moment où elles seront employées; comme elles se conservent pendant un temps indéfini, on pourra en préparer une grande quantité à l’avance, mais on marquera le côté albuminé, qu’il serait impossible de reconnaître sans cette précaution.
La gélatine en solution très-diluée peut remplacer l’albumine pour le même usage; dans ce cas, on choisit une belle gélatine blanche du commerce que l’on fait tremper à froid pendant une heure environ; quand elle est bien gonflée, on chauffe le liquide pour opérer la dissolution complète, et on ajoute par litre deux ou trois gouttes d’ammoniaque pure ; après filtration sur papier et refroidissement presque complet, [on recouvrira chaque glace d’une couche de cette gélatine, soit en la versant comme le collodion, soit en se servant de la cuvette, comme il vient d’être dit pour l’albumine.
Cette opération doit se faire dans une pièce chauffée à une température de 18 à 20 degrés centigrades.
La proportion de gélatine est de :
Gélatine 2 grammes.
Eau filtrée 1 litre.
Ammoniaque pure 3 gouttes.
Mais en France, où cette méthode est peu usitée, on procédera au nettoyage définitif et complet, comme nous allons l’indiquer. Préalablement, chaque glace vsera enduite -de chaque côté d’une pâte liquide de :
Eau 1 litre.
Jodure de potassium 10 grammes.
Tripoli, terre pourrie, ou poudre Fournier. 300 —
que l’on étend grossièrement au moyen d’un tampon fait avec de vieux chiffons fixés à un morceau de bois. Lorsqu’elle est sèche, la glace ou la plaque de verre est placée dans l’appareil simple et commode que nous représentons (fig. 24 ou fig. 25) (1), qui représentent une sorte de boîte longue,
Fig. 24. — Presse à nettoyer les glaces, petit modèle système américain.
dont une des extrémités est mobile et peut avancer ou reculer à volonté, selon la dimension de la glace qu’on a à nettoyer; une vis, agissant à l’arrière de cet instrument, presse la glace et la maintient d’une façon solide et commode pendant qu’on la frotte avec un tampon de papier japonais humecté d’alcool.
Fig. 25. — Presse à nettoyer les glaces, grand modèle, système américain.
Ce papier, en^ployé pour le nettoyage des gjaces sans autre addition qu’un peu d’alcool, est une innovation récente
(1) Ces presses à nettoyer les glaces se trouvent chez M. Jonte, ébéniste pour la photographie, rue Lafayette, n° 126, qui les confectionne d’apres les modèles que nous lui avons remis.
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qui vient de la Californie ; l’usage nous a démontré la supériorité de ce genre de polissage. Il est plus expéditif et plus facile à opérer que ceux employés jusqu’alors. A. défaut de ce papier japonais on peut, après avoir versé quelques gouttes d’alcool sur la glace et l’avoir saupoudrée de terre pourrie calcinée ou, mieux encore, de poudre Fournier, frotter fortement et en tous sens avec un morceau de molleton, flanelle en coton à longs poils, sans apprêt.
Le’ vieux collodion passé sur la glace avec un tampon de papier de soie donne aussi de très-bons résultats, surtout lorsque les glaces ont déjà servi; mais il est bon de précipiter le pyroxyle en ajoutant une petite quantité d’eau et en filtrant le liquide.
Les glaces~doivent être chauffées en hiver pour les débarrasser de l’humidité qui y adhère toujours et rend le nettoyage difficile, et gêne presque toujours pour l’étendage du collodion.
Par une température très-élevée, au contraire, on devra les plonger dans l’eau fraîche avant d’opérer le nettoyage ; on évite ainsi la trop prompte dessiccation du collodion.
Nous nous servons, pour verser l’alcool facilement sur la glace, d’un 'flacon au bouchon duquel nous faisons une petite entaille sur le côté, afin |de laisser passer le liquide goutte à goutte.
La terre pourrie calcinée doit être contenue dans un flacon à large ouverture fermé avec un papier criblé de trous d’épingle.
Lorsque les glaces ont déjà servi plusieurs fois, on devra les laisser séjourner vingt-quatre heures environ dans une solution de 300 centimètres cubes d’acide azotique étendue de : eau ordinaire, 1 litre, et additionnée de : mercure, 30 grammes. On les débarrasse ainsi des dépôts d’argent qui se forment à la surface lorsqu’elles sont dans le bain sensibilisateur; dépôts parfois très-tenaces et qui amènent des
réductions métalliques sur le verre si on ne prend la précaution de les faire dissoudre par l’acide nitrique et le nitrate de mercure.
Nous ferons remarquer cependant qu’il peut arriver que, malgré la propreté irréprochable de la glace, les épreuves semblent crasseuses, et le verre paraît recouvert par places de larges plaques d’argent métallisé ; ce phénomène est dû souvent à une trop grande quantité d’acide contenu dans le bain d’argent, surtout si on a employé l’acide azotique; aussi, dans ce cas, quels que soient les soins qu’on apporte au polissage des glaces, on ne peut remédier à cet inconvénient qu’en neutralisant l’acide des bains. (Voir page 103.)
Nous insistons sur ces détails parce que nous connaissons l’importance de la netteté parfaite des glaces, qu’on ne saurait trop recommander aux personnes qui font de la photographie, et qui, malheureusement, négligent trop souvent cette opération indispensable à une bonne réussite.
Lorsque la glace a été convenablement nettoyée de chaque côté, on la retire de la presse et on a soin d’essuyer les bords pour enlever la terre pourrie, le tripoli ou la poudre Fournier qui s’y trouvent. Sans cette précaution, la limpidité du bain sera troublée et laissera un pointillé déplorable sur la couche d’iodure d’argent qui doit recevoir l’image. Puis, avec un blaireau bien propre et bien sec, réservé spécialement à cet usage, on enlève les grains de poussière et les poils de molleton qui peuvent rester adhérents à la glace.
Les glaces nettoyées ainsi seront conservées dans des boîtes à rainures bien propres que l’on placera sur une étagère du laboratoire; il suffira, lorsqu’on voudra s’en servir, de projeter l’haleine à la surface pour s’assurer par l’uniformité de la couche de buée que cette glace est irréprochable; on la frottera alors une dernière fois fortement avec un tampon de papier de soie bien sec, ou, mieux encore, avec une peau de chamois très-propre, on attendra quelques minutes; car,
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ayant été électrisée par le frottement, la glace retient les poussières que le blaireau serait impuissant à enlever, puis on procédera au collodionage.
Étendage du collodion.
Prenez cette glace ainsi nettoyée entre le pouce et l’index de la main gauche, par un angle, et maintenez-la bien horizontalement, saisissez le flacon de collodion de l’autre, débouchez-le à l’aide du petit doigt de la main qui tient la glace, versez le liquide presque au milieu de la glace en quantité suffisante pour couvrir toute la surface, inclinez légèrement et, par un mouvement de main circulaire et lent, faites bien répandre votre collodion sur tous les points, en évitant avec soin de le faire revenir sur lui-même, ce qui produirait des moutonnements; relevez alors la glace en déversant doucement l’excédant dans un second flacon par l’angle opposé à celui que vous tenez, et imprimez un mouvement de balancement de gauche à droite pour répartir la liqueur partout également, et donner à la couche une uniformité parfaite en faisant disparaître les stries.
Il faut opérer lentement et sans mouvements saccadés - qui auraient pour effet de produire des retours de collodion, soit en haut, soit sur les côtés de la plaque ; on doit aussi relever la glace lentement, afin de donner au collodion le temps de produire une couche épaisse et unie, car si la couche était trop mince, le cliché serait maigre et creux.
Si on avait à collodionner une glace de très-grande dimension, ce qui est le cas le moins fréquent d’après les procédés que nous indiquerons dans le cours de cet ouvrage, on pourrait l’appuyer par le milieu sur une sorte de pivot en bois ou sur un entonnoir renversé disposé à cet effet sur l’établi du laboratoire, ce qui permettrait de lui imprimer tous les mouvements d’oscillation voulus; le flacon dans
lequel on déverse l’excédant du collodion devra être surmonté d’un petit entonnoir en verre garni d’un filtre en coton.
Afin d’éviter que la chaleur des doigts qui soutiennent la glace fasse sécher la couche de collodion d’une façon irrégulière,, on interpose au-dessous une feuille de buvard pliée en quatre, dont l’un des coins est relevé, pour que le collodion ne puisse pas toucher le pouce qui supporte la glace.
Cette opération, qui paraît facile à première vue, demande de l’habitude et de l’attention ; aussi un commençant doit-il s’exercer le plus possible et ne pas hésiter à rejeter une plaque dont la couche ne serait pas parfaitement étendue, sans quoi il serait impossible d’obtenir une bonne épreuve.
Ce n’est qu’avec une pratique constante qu’on peut arriver a la sûreté de manipulation, tant pour l’étendage du collodion que pour le temps exact qu’on doit laisser écouler avant de mettre la plaque au bain et l’en retirer, pour arriver aux meilleurs résultats comme sensibilité et comme netteté.
Il est très-important de ne plonger la glace dans le bain d’argent que lorsque la couche de collodion a fait prise, sans quoi il se produira des déchirures ; si, au contraire, le collodion est trop sec, la sensibilité sera amoindrie. Il faut donc saisir le moment où, en examinant la couche de collodion par transparence, la moiteur qui commence à se produire sur les bords supérieurs de la glace, s’étendant progressivement, arrive vers le point d’écoulement, ce qui a lieu généralement en 60 ou 80 secondes, suivant la température.
Si, après quelques minutes d’immersion dans le bain, la couche d’iodure qui se forme restait plus transparente sur les bords, et principalement au coin par lequel on a commencé à verser le collodion, que vers le milieu, ce serait un signe qu’on l’a laissé sécher trop longtemps avant de l’immerger. Dans le cas contraire, le collodion semble repousser le liquide argentifère et ne pas vouloir se combiner avec lui.
Lorsque la température est très-basse, que le bain d’argent
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est trop faible, ou que le collodion ayant peu de corps, on craint que la couche d’iodure d’argent ne soit pas assez intense pour donner un cliché vigoureux, on doit verser une seconde couche de collodion sur la première, en ayant soin, comme pour la précédente, de l’étendre convenablement. Cette seconde couche doit être appliquée aussitôt que la première est prise, mais avant qu’elle soit entièrement sèche. L’excédant du collodion sera reversé dans le flacon, qu’on rebouchera de suite, afin d’empêcher l’évaporation de l’éther.
L’étendage terminé, il faut examiner par transparence si la couche est mince, uniforme, exempte de stries et de points qui rendraient l’épreuve défectueuse; si on en remarque, il est préférable de recommencer l’opération. Mais si, au contraire, la glace paraît claire et transparente sur tous les points, on la laisse sécher un instant, en la tenant verticalement par un coin pour que l’excès d’éther puisse s’évaporer.
Cela fait, on procède à la mise au bain d’argent.
Mise au bain sensibilisateur.
Lorsqu’on juge que la couche est suffisamment prise, on plonge la glace dans le bain d’argent. Cette opération doit avoir lieu sans précipitation comme sans temps d’arrêt, sans quoi la couche serait marquée de lignes ineffaçables. Aussitôt la glace introduite dans le bain, il est bon de recouvrir la cuvette de manière à éviter les poussières qui pourraient venir altérer la solution argentifère ou s’attacher au collodion et y former des taches.
La mise au bain sensibilisateur doit avoir lieu dans le cabinet noir complètement fermé et simplement éclairé, soit
par une lumière artificielle, soit par un volet garni de verres jaunes.
La glace doit rester dans le bain quelques minutes, jusqu’à la disparition de toute apparence huileuse. En l’agitant doucement dans le bain on aide à cette disparition. La couche doit blanchir lentement et présenter une surface uniforme, d’un blanc opalin assez transparent ; dans ces conditions elle est prête à servir et doit donner une excellente image. Si elle blanchissait trop vite, ce serait un signe certain que le collodion était trop sec lorsqu’on a mis la plaque au bain ; elle manquerait alors de sensibilité. Si, au contraire, on la mettait avant que le collodion eût fait prise, la couche d’iodure se diviserait en morceaux.
La glace, bien préparée, est placée dans le châssis de la chambre noire, après avoir été égouttée quelques instants, et essuyée par derrière avec un tampon de papier de soie ; on aura soin de mettre en haut du châssis la partie inférieure de la glace, afin d’éviter que les marbrures qui s’y forment quelquefois ne se trouvent du côté de la tête du modèle.
En France , les cuvettes horizontales sont employées presque exclusivement pour toutes les dimensions de plaques ; en Amérique, au contraire, la cuvette verticale est la seule dont les photographes font usage. A notre avis, la cuvette verticale est préférable pour les glaces de petites dimensions : la cuvette horizontale est, au contraire, plus commode pour les grandes glaces.
Les meilleures cuvettes horizontales sont celles qui se font en bois et verre avec un recouvrement en glace, et avec un fond en verre cannelé, enfermées dans une boîte en bois munie d’un couvercle à charnière ; on se sert d’un crochet en argent ou en corne pour soulever la plaque après son immersion dans le bain d’argent.
Il suffit que le fond de la cuvette soit recouvert d’une nappe de bain d’environ un centimètre. Lorsqu’on veut sensibi-
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User une plaque collodionnée, on relève de la main gauche l’extrémité AB de la cuvette préalablement découverte, de façon à ramener tout le liquide à l’autre extrémité CD ; on place avec la main droite le bas de la glace, le collodion en dessus, contre la partie relevée de la cuvette que n’atteint pas le liquide, en maintenant le haut à un angle de 45° environ ; on laisse aller doucement la glace sur le fond de la cuvette qui, en même temps, doit reprendre la position hori-
zontale pour couvrir la plaque d’un seul coup, et on baisse le couvercle EF; pendant tout le temps de la sensibilisation, on imprime un léger mouvement à la cuvette pour aider au dégraissage de la plaque et aussi pour empêcher les impuretés, telles que pellicules ou poussières, de s’attacher à la couche sensible ; après quelques minutes d’immersion le couvercle est relevé, et on soulève légèrement la glace avec
le crochet pour s’assurer que la couche ne présente plus un aspect huileux; aussitôt qu’on la voit bien unie, la plaque est retournée face en dessous , elle est maintenue à une des extrémités contre le bord de la cuvette et à l’autre par le crochet; on l’abaisse doucement en la maintenant toujours pour qu’elle ne puisse toucher le fond de la cuvette ; cette dernière opération a pour but de laver la surface pour lui faire abandonner toutes les impuretés qui auraient pu s’y attacher; la plaque est alors retirée du bain, égouttée sur un papier buvard, essuyée par derrière avec du papier de soie, et enfin placée dans le châssis pour recevoir l’impression.
La figure 26 fera comprendre facilement l’opération lorsqu'on se sert de cuvettes horizontales, que nous recommandons de tenir enfermées dans la double boîte destinée à préserver le bain des poussières du laboratoire, et à le maintenir dans une obscurité complète pendant la sensibilisation de la plaque.
Avec la cuvette verticale, l’opération est plus simple, elle consiste à saisir la plaque collodionnée par les bords supérieurs, entre le pouce et le médium de la main gauche, à la placer bien à plat sur le crochet dont la main droite tient l’extrémité supérieure, et à la plonger dans le bain sans temps d’arrêt ; comme la cuvette occupe une position presque verticale, l’opération est des plus faciles. Après quelques minutes d’immersion, on relève et on abaisse plusieurs fois la glace dans le liquide pour lui faire perdre tout aspect huileux; enfin, quand le liquide coule uniformément, on la prend par un coin pour la faire égoutter sur un papier buvard comme il a été dit précédemment, et on l’essuie avec soin par derrière pour éviter les coulures du bain d’azotate d’argent qui tacheraient le plancher ; la plaque, ainsi sensibilisée , est placée dans le châssis, et elle est prête à recevoir l’image.
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Nous donnons, fig. 27, la cuvette verticale au moment où la glace est plongée dans le bain.
On peut facilement augmenter la sensibilité des glaces préparées comme il vient d’être indiqué ; il suffît pour cela de laver la glace sensibilisée dans l’eau distillée lorsqu’elle sort du bain d’azotate d’argent, et de la remettre une seconde fois en contact avec le bain. Cette méthode, outre une plus grande sensibilité, donne des clichés plus harmonieux et plus doux que la méthode ordinaire ; ces clichés sont également moins susceptibles de se tacher lors du développement, et les glaces se conservent plus longtemps sans sécher.
Une glace sensibilisée ne peut se conserver en bon état plus de cinq à quinze minutes, surtout lorsque la température est élevée; il faut donc la laisser dans le bain jusqu’à ce que la pose soit terminée afin de pouvoir la développer promptement , sans quoi il se produirait des réductions d’argent à la surface, et les clichés seraient en outre voilés et gris.
Fig. 21. - Cuvette verticale en Pour certaines reproductions qui porcelaine ou en verre fondu. nécessitent une pose très-prolongée, on aura la précaution de mettre dans le châssis, derrière la glace sensibilisée, deux ou trois feuilles de papier buvard pliées en double et humectées à l’eau fraîche ; on aura le soin également de mouiller l’intérieur de la chambre avec une éponge trempée dans l’éther. Enfin, en ajoutant au bain d’argent quinze à vingt grammes de sucre candi par litre de liquide, la couche sensible pourra se conserver beaucoup plus longtemps en bon état avant le développement.
Les couches d’io dure d’argent qui sont très - minces , transparentes et bleuâtres au sortir du bain sensibilisateur, sont généralement plus adhérentes à la glace que celles qui sont plus opaques et plus blanches ; mais elles sont aussi moins sensibles, et donnent des images moins douces et moins harmonieuses. Cette différence d’aspect tient le plus souvent à la qualité du cotompoudre employé dans le collodion, à la proportion d’iodure, à celle de nitrate d’argent dans le bain négatif, et enfin à la température.
Exposition à la chambre noire.
Il est impossible de déterminer exactement le temps de pose, car il varie selon la longueur du foyer de l’objectif, la quantité, la qualité et la nature de la lumière, le plus ou moins de sensibilité de collodion, la quantité d’acide contenue dans le bain sensibilisateur, les couleurs à reproduire, etc., etc.
C’est donc par expérience et en faisant quelques essais préalables, que chaque opérateur pourra arriver à se- fixer à ce sujet ; avec un peu d’habitude, il est aisé, en voyant sur la glace dépolie la façon dont le modèle est éclairé, et connaissant la sensibilité des produiis chimiques que l’on emploie, de se fixer sur le temps d’exposition.
Néanmoins nous allons donner quelques indications pour servir de guide aux personnes qui n’ont pas encore acquis une grande expérience.
Dans un atelier de pose comme celui dont nous avons donné la description précédemment, bien éclairé par la lumière diffuse , avec un objectif T. Ross de 3 pouces de diamètre et à moyen foyer, avec un bon collodion et un bain sensibilisateur presque neutre , on pourra obtenir en 2 à 4 secondes des positifs directs sur verre, et en 8 à 10 se-
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condes des négatifs pouvant servir à reproduire des positifs par contact. Pour les paysages pris en plein soleil sur collodion humide, on peut obtenir des clichés instantanés avec un assez petit diaphragme, surtout en employant un collodion au cadmium additionné de quelques gouttes de teinture d’iode, et comme révélateur celui que nous avons indiqué pour cet usage, dans lequel il entre de l’acide formique.
Nous mentionnerons le temps nécessaire pour opérer sur collodion sec lorsque nous traiterons cette matière.
Il est bon de s’habituer à compter les secondes mentalement pour éviter de se servir d’un compteur ou d’une montre à secondes, qui sont toujours très-incommodes ; du reste, pour les négatifs, le temps de pose n’est pas d’une rigueur absolue à une seconde près, car on peut, en développant et renforçant l’épreuve, obvier au besoin aux inconvénients qui pourraient résulter de cette différence dans le temps d’exposition, lorsqu’il ne dépasse pas une certaine limite.
La glace sensibilisée ayant été placée dans son châssis bien fermé, et le modèle parfaitement au foyer dans une position naturelle et aisée, on retire de la chambre noire la glace dépolie qui a servi à mettre au point, et on la remplace par le châssis contenant la glace sensible, qu’on a eu soin de maintenir dans une position presque horizontale, la couche en dessous, afin de conserver une humidité uniforme sur toute la surface. L'objectif étant couvert de son obturateur qui ne permet pas aüx rayons de la lumière de pénétrer, la planchette du châssis est levée jusqu’en haut. On attend quelques secondes pour que l’appareil ait acquis une immobilité complète, en ayant soin que le modèle conserve sa position, puis on démasque lestement l’objectif en relevant le voile noir ou le bouchon ; aussitôt que l’on juge le temps de pose suffisant, on rabaisse le voile, on ferme la planchette du châssis, que l’on emporte dans le cabinet noir fermé avec soin, et là on fait subir à la couche de collodion
sensibilisée et impressionnée les transformations qui doivent faire paraître l’image qui n’existe encore qu’à l’état latent, et on la fixe ensuite sur la glace d’une manière définitive.
Réduction du temps de pose pour les portraits.
M. Melchion a publié dernièrement un procédé très-simple pour diminuer le temps de pose d’une manière importante, lorsqu’on fait des portraits dans un atelier vitré.
Ce procédé, basé sur une exposition préalable de la couche sensible à travers une glace dépolie, qui a pour effet d’ébranler les molécules argentiques sensibles à la lumière, et de les préparer par une influence mystérieuse et sans doute magnétique à l’action réductrice qui doit former l’image, avait été décrit il y a quelques années par un j ournal anglais ; néanmoins, comme jusqu’alors ces observations étaient restées à l’état de théorie, c’est à M. Melchion que revient fhonneur d’avoir appliqué cette méthode et de l’avoir introduite dans la pratique, où elle est appelée à rendre les plus grands services aux photographes des pays peu favorisés par le soleil.
Après plusieurs essais qui ont été couronnés d’un plein succès, nous avons cru devoir substituer le verre opale au verre dépoli.
Chacun des objectifs employés dans l’atelier doit donc être garni d’un obturateur dont Le pourtour en cuivre sera doublé de drap dans l’intérieur, afin qu’il s’ajuste parfaitement à l’objectif et puisse s’enlever sans efforts; on percera au centre de cet obturateur une ouverture égale à la moitié environ du diamètre de la lentille du devant, cette ouverture sera fermée par un verre opale dont le côté dépoli devra regarder la lentille, et on fera ajuster sur le devant de cet
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obturateur un abat-jour en tôle noircie semblable à celui adapté sur tous les objectifs doublets de la maison T. Ross, dont nous avons donné la description et la figure page 49. Cet abat-jour, mû avec une charnière à ressort fixée à la partie supérieure, permet de couvrir et de découvrir la lentille à volonté, sans déranger l’obturateur.
Cette disposition permet d’employer avec le même avantage les châssis à volets et ceux à rideaux.
Pour opérer avec cet instrument, voici comment on procède :
Lorsque le modèle est convenablement posé et soutenu par l’appui-tête, on met au point sur la glace dépolie comme d’habitude, l’objectif est alors couvert de l’obturateur garni de verre opale et recouvert de l’abat-jour; la glace dépolie est remplacée par le châssis contenant la glace sensible dont on abaisse le rideau ou la planchette, selon qu’on emploie un châssis à rideau ou à volet; l’abat-jour est alors relevé pendant un espace de temps qui peut varier de 1 à 5 secondes, selon l’intensité de la lumière, et surtout selon la longueur du foyer de l’objectif, puis on démasque les lentilles en enlevant lentement l’obturateur qu’on replace aussitôt que la pose est terminée. On voit que par ce moyen rien n’est changé aux opérations ordinaires qui peuvent se faire assez rapidement pour que le modèle ne puisse ni se fatiguer ni même s’apercevoir de sa mise en œuvre. On augmente seulement les chances de réussite, puisque nous avons constaté une réduction sur le temps de pose d’au moins un tiers, et une plus grande douceur dans l’ensemble du cliché.
La pose pourrait être réduite dans une proportion plus notable encore si, après l’insolation et avant le développement, la plaque était plongée 20 à 30 secondes dans un bain d’argent à 10 ou 12 pour 100.
Gomme nous l’avons dit précédemment, l’exposition préalable de la couche sensible peut varier en raison de l’intensité
plus ou moins grande de la lumière au moment de l’opération, et surtout en raison de la longueur focale de l’objectif employé ; car on comprendra que la lumière diffuse, pénétrant dans l’objectif à travers un verre opaque, aura une action d’autant plus énergique et rapide sur la couche sensible que l’espace à traverser sera moindre.
La sensibilité sera d’autant plus grande que la lumière aura agi plus longtemps, mais sans excès cependant, car, dans ce cas, le cliché serait complètement voilé. Quelques essais suffiront pour se familiariser avec ce nouveau mode d’opération et se rendre compte du temps exact à donner à l’exposition préalable, que nous conseillons dans toutes les circonstances où la rapidité est nécessaire pour assurer la réussite.
Il est très-important que l’exposition du modèle suive Immédiatement l’exposition préalable; sans quoi, la rapidité serait amoindrie.
En raison de ce qui vient d’être expliqué, nous engageons les opticiens à adopter ce nouveau genre d’obturateur pour tous les objectifs à portraits qu’ils auront à livrer aux photographes, bien convaincu que ce mode d’opérer sera bientôt universellement employé.
Développement de l’image.
On retire la plaque du châssis en la renversant à plat sur les doigts de la main gauche, la couche en dessus ; si la dimension n’est pas trop grande, on la saisit, entre le pouce et l’index, par le coin qui a servi à la tenir lorsqu’on l’a collodionnée.
Si les dimensions de la glace sont trop grandes, il est préférable et plus commode de la poser sur une sorte de pivot disposé dans la cuvette qui reçoit les eaux du lavage, absolument comme il a été dit pour l’étendage du collodion.
OPÉRATIONS GÉNÉRALES
La glace étant ainsi, d’une façon ou de l’autre, maintenue dans une position à peu près horizontale, on prend de la main droite un verre à expérience, dans lequel on a mis une certaine quantité d’une des solutions révélatrices préparées selon la formule indiquée pages 112 et suivantes. On en verse sans hésitation, sur la couche impressionnée, une quantité suffisante pour former une nappe qui recouvre la glace complètement, et d’un seul coup, tout en maintenant sur la couche io durée le nitrate d’argent libre qui y adhère et qui sert à donner de la vigueur au cliché.
Cette opération doit se faire au-dessus d’un bassin muni d’un conduit de décharge et placé à portée du robinet pour pouvoir arrêter, par un lavage, l’effet du réactif quand on le juge convenable.
Dès que cette solution révélatrice est versée, l’image négative commence à apparaître lentement ; il faut alors, par un tour de main circulaire, répartir le liquide également sur toute la surface, afin d’éviter les marbrures, les inégalités et les taches, et l’y maintenir jusqu’à ce que tous les détails soient bien venus, puis le reverser dans le verre qui le contenait, et l’appliquer une seconde fois, en répétant successivement et rapidement cette opération trois ou quatre fois, afin que tout l’argent libre puisse se déposer sur les parties impressionnées, et donner toute l’intensité possible. Lorsque l’effet est produit, on rejette ce liquide et on lave convenablement en laissant tomber sur la plaque une gerbe d’eau continue. Aussitôt que la couche sensible a subi cette première opération, il est aisé de juger si le temps de pose a été bien calculé. En effet, si l’exposition n’a pas été suffisante, les blancs du modèle prennent seuls sur la couche une teinte foncée au contact du réactif ; dans les ombres et les noirs, la couche reste opaline et ne subit presque aucune transformation ; elle est à peu près dans les conditions voulues pour former un positif direct sur verre ; mais, comme
elle ne présente dans cet état presque aucun détail dans les ombres, il serait à peu près impossible de l’amener à fournir un négatif passable.
Si, au contraire, la pose a été trop longue, toute la surface devient grise, uniforme et comme voilée et empâtée, l’image semble disparaître et se fondre sous l’action prolongée du révélateur. Dans ce second cas, comme dans le premier, il est préférable de recommencer l’opération, car, si la première épreuve ne donne aucun détail dans les ombres et forme une sorte de pâté d’encre, la seconde donnerait un positif plat, gris, uniforme, aussi bien dans les ombres que dans les clairs.
Lorsque le temps de pose a été convenablement calculé, l’image se développe successivement, les grandes lumières d’abord, puis les demi-teintes, tous les détails de l’image apparaissent peu à peu; enfin, lorsque l'effet du réactif est suffisant, l’image, vue par transparence, doit paraître claire, pure et bien détaillée. Regardée ainsi, elle paraîtra négative, c’est-à-dire que les blancs du modèle ressortent en noir sur le verre, tandis que les noirs sont représentés, au contraire, par une transparence graduée selon l’intensité des ombres.
Une épreuve négative, après avoir été développée, comme nous venons de l’indiquer plus haut, par une première application de la solution de sulfate de fer, peut être très-belle dans tout son ensemble, mais manquer de l’intensité nécessaire pour produire une image positive, vigoureuse et bien détachée ; il faudra alors la renforcer. On y arrive par plusieurs moyens dont nous allons donner la description.
N° 1. La plaque ayant été lavée, comme il a été dit, jusqu’à ce que la couche ait perdu tout aspect huileux, on la recouvrira d’une nappe de solution argentifère à 2 p. 100, additionnée d’acide acétique et d’alcool dans une proportion à peu près semblable, puis on redévcloppcra de nouveau avec le révélateur au sulfate de fer, on suivra le progrès
OPÉRATIONS GÉNÉRALES
loi
du renforcement en examinant l’image par transparence, et on continuera en alternant ces deux solutions jusqu’à ce que le cliché soit arrivé au degré d’intensité désiré. Il faut, pendant tout le temps du renforcement, imprimer à la glace un mouvement continuel qui permette à l’argent de se déposer sans former tache ; enfin on rejettera le liquide, et la plaque sera lavée convenablement.
Ce mode de renforçage donne des clichés plus doux et plus modelés que celui à l’acide pyrogallique, surtout lorsque le temps de pose a été un peu faible.
Nous préférons verser d’abord la solution argentifère sur le cliché, et le sulfate de fer ensuite, que d’opérer le mélange de ces deux solutions dans le verre à expériences, ainsi que beaucoup de praticiens le font, parce que dans ce dernier cas le précipité blanc de l’argent se produit plus rapidement et laisse sur l’épreuve un grenu qui lui enlève sa pureté.
Ainsi que nous l’avons dit page 122, on activera de beaucoup le développement, surtout en hiver, en élevant la température du révélateur, qui pourra être maintenu tiède dans un bain-marie.
N° 2. — Lorsque le temps de pose a été un peu dépassé et que l’image a une tendance à la solarisation, on arrête l’action du sulfate de fer aussitôt que tous les détails de l’image sont venus et on la renforce de la manière suivante :
lre Solution.
Eau distillée. .......... 1 litre.
Acide pyrogallique (1) . 6 grammes.
Acide citrique 6
(1) La solution d’acide pyrogallique se conserve mieux lorsqu’elle est faite à concentration dans l’alcool absolu, environ 40 grammes d’acide pyrogallique pour 100 centimètres cubes d’alcool; dans ce cas on verse quelques gouttes de cette solution dans le verre gradué destiné a cet usage, et on étend d’eau jusqu’à la concentration voulue.
«e Solution.
Eau distillée t litre.
Nitrate d’argent 20 grammes.
Acide acétique cristallisable 25 —
Alcool 25 -
On verse dans un verre à expériences une partie de la solution n° 2, on y ajoute environ six parties de la solution n° 1, et on recouvre le cliché préalablement lavé de ce mélange, on l’y maintient quelques instants, puis on reverse le liquide dans le verre en relevant le cliché pour suivre le progrès de l’intensité ; on recouvre de nouveau et autant de fois qu’on le juge nécessaire, jusqu’à ce que l’image ait acquis la valeur nécessaire, puis on rejette définitivement le liquide et on lave avec soin.
Cette meme solution pourrait être employée de nouveau après fixage, si on jugeait le cliché trop faible en le regardant par transparence devant le verre dépoli blanc du laboratoire ; mais pendant tout le temps des opérations, même lors du renforçage après fixage, le laboratoire ne devra recevoir d'autre lumière que celle provenant du volet garni de verres orangés, sans quoi le cliché se métalliserait dans les parties transparentes, qui se transformeraient sous l’action de la lumière blanche en taches jaunes, opaques, antiphotogéniques.
Ce mode de renforçage, lorsque l’image a acquis une vigueur presque suffisante après l’application de la première solution révélatrice , donne une douceur et un modelé remarquables; mais, quoi qu’on fasse, si tout d’abord l’épreuve est beaucoup trop faible, soit par une pose par trop courte, soit par une trop grande quantité d’acide contenu dans le bain, ou un collodion trop peu ioduré, il vaudra toujours mieux rejeter cette épreuve, qui le plus souvent se
OPÉRATIONS GÉNÉRALES 153
salit et se tache sous l’action de cette multiplicité de réactifs, et donne toujours un résultat final incomplet.
Les clichés voilés devront être renforcés beaucoup plus que ceux qui, après le premier développement, sont purs et transparents ; tous les détails, dans ce dernier cas, seront plus délicats et plus fins, et les demi-teintes dans les étoffes blanches ou bleues viendront plus détaillées ; mais, comme on ne peut pas toujours obtenir de pareils clichés, soit à cause de la température, soit surtout par suite de l’impureté des produits, il sera préférable d’avoir un négatif vigoureux, lorsque les tons ne sont pas heurtés, que de le laisser trop transparent ; un cliché vigoureux s’imprime plus lentement, mais donne des positives brillantes et bien accusées, tandis que les épreuves, d’après les clichés trop faibles, sont toujours grises, molles et sans effets.
On devra néanmoins arrêter l’action du renforçage un peu avant que le cliché ait atteint le maximum d’intensité 'qu’il devra avoir définitivement, en tenant compte de celle qu’il acquiert en séchant et que l’expérience aura bientôt fait connaître.
Gomme nous l’avons déjà dit, si la pose, pour un négatif, a été trop courte, les grands clairs seuls auront été impressionnés, mais les détails n’auront pas acquis leur valeur dans les ombres; l’épreuve positive résultant d’un pareil cliché sera heurtée et incomplète. Le renforçage peut modifier un peu ce défaut, mais l’image se voilera indubitablement si on est obligé de répéter trop souvent ou de prolonger trop longtemps l’action des réactifs; tout au moins elle prendra un aspect granuleux et picoté des plus désagréables. Le renforçage ne peut donc être employé avec succès que lorsque tous les détails de l’image sont venus, mais aussi lorsque la couche d’iodure d’argent qui l’a formée était trop faible et manquait d’intensité.
Lorsque l’épreuve aura atteint le degré de vigueur désiré,
on rejettera le liquide, puis on lavera à grande eau (en ménageant la chute pour ne pas enlever le collodion), jusqu’à ce que la couche ait perdu toute trace de fer ou d’autre réactif employé.
Ce lavage doit être fait avec soin pour éviter les accidents qui arrivent généralement lorsqu’on fixe l’image sans l’avoir dégagée entièrement des réactifs.
Si nous nous sommes appesanti d’une façon particulière sur le développement des clichés, c’est que de cette opération dépend surtout la beauté des épreuves positives, et que nous savons par expérience combien il est important d’y apporter tous ses soins; aussi n’est-ce qu’après une très-longue pratique qu’on parvient à bien connaître la valeur d’un négatif et à le développer d’une façon parfaite.
Les formules que nous avons données précédemment ne sont pas invariables; ainsi, pendant les grandes chaleurs, comme l’épreuve est sujette à se voiler, on pourra augmenter de moitié la quantité d’acide acétique et diminuer celle de l’alcool qui tend à donner des images grises; en hiver, au contraire, on diminuera le plus possible la proportion d’acide acétique et on augmentera celle d’alcool et de sulfate de fer.
Lorsque, par suite d’un petit excès dans le temps de pose, on verra l’image apparaître trop rapidement sous l’action du sulfate de fer, il faudra s’empresser de rejeter le révélateur aussitôt que tous les détails de l’image seront bien distincts, et, après un bon lavage, on renforcera à l’acide pyrogallique et citrique; le renforcement, dans ce cas, pourra être poussé plus loin que si le cliché était très-léger par suite d’un manque d’exposition.
OPÉRATIONS GÉNÉRALES
Fixation de l’épreuve négative.
Fixer une épreuve, c’est enlever l’iodure d’argent non impressionné qu’elle contient et qui noircirait à la lumière.
Les négatifs doivent se fixer de préférence à l’aide d’une solution saturée d’hyposulfîte de soude qui dissout l’iodure d’argent ; le résultat sera un peu plus long à obtenir que si l’on employait le cyanure de potassium, mais l’action étant moins énergique, on arrivera à plus de finesse et de modelé dans les demi-teintes. Pour soumettre le cliché au bain fixateur, on place la plaque, la couche de collodion en dessus, dans une cuvette en porcelaine contenant une solution saturée d’hyposulfite de soude, et on l’y maintient ainsi recouverte de liquide jusqu’à ce que la couche jaunâtre d’iodure d’argent ait entièrement disparu.
La plupart des opérateurs, en Amérique, emploient l’hyposulfite de soude combiné au cyanure de potassium comme agent fixateur, mais la proportion de cyanure est alors trèsfaible, ainsi que nous l’indiquons :
Eau ordinaire 1 litre.
Hyposulfiie de soude • . 300 grammes.
Cyanure de potassium 5 —
Pour être certain que l’image est parfaitement débarrassée, on la soulève avec un crochet en baleine et on examine l’envers; lorsqu’il n’existe plus de traces jaunâtres, on retire la glace du bain et on la lave avec le plus grand soin pour enlever toute trace d’hyposulfîte, sans quoi l’image finirait par disparaître.
Comme nous l’avons dit précédemment, on pourra remplacer l’hyposulfîte de soude par le sulfocyanure d’ammonium ou de potassium.
Une solution faible de cyanure de potassium à 3 pour 100 peut remplacer l’hyposulfite de soude comme agent fixateur, mais ce liquide, qui agit d’une manière très-rapide, attaque l’argent métallique et peut enlever les demi-teintes si on n’a pas soin de le rejeter et de laver aussitôt que l’iodure d’argent a été enlevé. Nous préférons cependant cet agent fixateur pour les positifs sur verre, parce qu’il dépouille mieux l’image que l’hyposulfite, donne des noirs plus profonds, des blancs plus purs et plus éclatants.
Si, pour certaines raisons, on voulait faire imprimer un cliché, sans le débarrasser de l’iodure d’argent non réduit, il faudrait, pour empêcher la couche de noircir, la recouvrir d’une dissolution de :
Eau 1 litre.
Iodure ou bromure de potassium .... 40 grammes.
Le cyanure de potassium, étant un poison très-violent, doit être employé avec la plus grande circonspection. On doit éviter de respirer les vapeurs cyanhydriques qui se dégagent en abondance de ses solutions et peuvent occasionner des accidents graves pour la santé de l’opérateur ; aussi doit-on tenir les flacons qui le contiennent parfaitement bouchés, et verser à la main sur la glace au-dessus du baquet de lavage ; on ne doit pas se servir de cuvettes plates, comme pour l’hyposulfite de soude.
il faudra éviter avec le plus grand soin d’employer le cyanure de potassium lorsqu’on aura aux mains la plus petite gerçure, car ce toxique dangereux peut amener la mort trèspromptement par inoculation, ou tout au moins obliger à une amputation pour en arrêter les progrès rapides.
Le cabinet noir ou laboratoire dans lequel on travaille doit être convenablement aéré.
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Bichlorure de mercure.
L’emploi du bichlorure de mercure pour donner de la vigueur aux clichés sans les empâter est très-usité en Amérique; cependant on ne devra employer cet agent que dans les cas où le cliché aurait été solarisé par suite d’une trop longue exposition, car il rendrait durs et heurtés les clichés transparents qui auraient été trop peu exposés.
Lorsque le négatif a été fixé et lavé convenablement (1), on verse rapidement dessus une solution faible de bichlorure de mercure (30 grammes préalablement dissous dans une petite quantité d’acide chlorhydrique pour 1,000 grammes d’eau), qu’on rejette 'presque aussitôt que la glace en a été recouverte d’une manière uniforme ; on lave ensuite à grande eau et avec beaucoup de soin.
Sous l’influence de cette solution, la couche devient immédiatement noir-bleu et prend plus d’intensité ; si on regarde la glace à l’envers, l’image apparaît avec l’aspect d’un positif.
Un cliché renforcé de cette manière donne des blancs plus éclatants dans les positifs sur papier, et des noirs plus vigoureux et plus profonds.
Il est bon, lorsqu’on veut employer ce procédé, de ne pas pousser trop loin le renforçage de l’image en la développant, parce qu’alors, devenant trop opaque, non-seulement elle serait trop longue à imprimer, mais encore les demi-teintes ne se produiraient pas et on aurait un positif heurté qui manquerait de demi-teintes.
(1) S’il restait quelques traces d’hyposulfite de soude sur l’épreuve, la couche de collodion s’altérerait sous l’influence du bichlorure de mercure; il se formerait alors un dépôt de sulfure de mercure d’une couleur jaune foncé qui perdrait l’image ; c'est pourquoi on doit laver l’épreuve énergiquement avant de faire l’application de cette solution.
Lorsque nous employons le bichlorure de mercure, nous renforçons rarement plus d’une fois avec la solution d’argent ou de chlorure d’or acidulés ; quelquefois le premier développement suffit.
Comme nous l’avons dit précédemment, lorsqu’on a l’habitude de se servir du bichlorure de mercure, il est plus avantageux d’en faire l’application avant de désioder la plaque ; dans ce cas, c’est la pratique qui démontre le moment où cette solution doit être rejetée pour arrêter son effet •sur la couche d’iodure d’argent avant de fixer définitivement l’épreuve à l’hyposulfite de soude.
Ce mode de renforçage est surtout très-avantageux pour les reproductions de tableaux, de plans, d’autographes, etc., etc.
Négatifs instantanés sur grandes glaces.
La glace, bien nettoyée, sera recouverte d’une couche de collodion composée de :
Ether h 62 degrés 100 c. c.
Alcool à 40 degrés 200 —
Coton azotique 3 grammes.
Iodure de lithium 3 —
Bromure de lithium 1.50 —
Le pyroxyle est d’abord immergé dans l’alcool bromoioduré, puis on ajoute l’éther. Le collodion ainsi préparé est très-fluide et forme une couche fine et unie, même lorsqu’on opère par une température élevée sur des glaces de grandes dimensions.
Le bain d’argent à 8 pour 100 de nitrate fondu deux fois sera saturé d’iodure d’argent, comme il a été indiqué précédemment.
Pour obtenir le maximum de sensibilité, la glace devra
OPÉRATIONS GÉNÉRALES
rester dans ce bain pendant trois ou quatre minutes au moins.
La glace, bien égouttée, est placée dans son châssis et exposée pendant une fraction de seconde lorsqu’on opérera en pleine lumière ; le révélateur se compose de :
Sulfate de fer 200 grammes.
Eau distillée 1 litre.
D’autre part, on fait dissoudre :
Acétate de plomb 5 grammes.
Eau distillée . 50 c. c.
Les deux substances sont mêlées, puis, lorsque le précipité est bien déposé, on ajoute au liquide clair décanté :
Acide formique pur . 50 c c.
Ether acétique 15 —
Ether nitrique 15 —
Cette solution peut se conserver longtemps ; on la filtre lorsqu’on veut l’employer, et on y ajoute alors de l’acide acétique en proportion variable, suivant la température et suivant l’espèce d’épreuve qu’on veut obtenir.
Le révélateur doit couler librement sur la glace, mais l’image ne commencera à apparaître que quelques secondes après son application. L’acide perdant son pouvoir retardateur, le sel de fer agit, et il en résulte une action simultanée sur la glace entière, où l’image se développe partout à la fois. Ce révélateur étant très-piiissant, on doit y ajouter une quantité suffisante d’acide acétique pour ralentir l’action énergique du sel de fer et de l’acide formique.
L’épreuve, lavée et fixée avec une solution de cyanure de potassium, peut être renforcée immédiatement ou plus tard, selon la situation où l’on se trouve. Si on ne doit renforcer
que lorsque la glace est déjà sèche, avant d’appliquer le liquide, les bords seront vernis, et la couche de collodion mouillée avec de l’eau distillée. On versera alors une solution saturée de bichlorure de mercure, que l’on maintiendra jusqu’à ce que la couche ait pris une coloration convenable ; puis, après un bon lavage, on versera une solution de 1 gramme d’iodure d’ammonium pour 100 centimètres cubes d’eau.
On pourra ensuite donner à l’image toute l’intensité désirée en employant deux solutions composées de la manière suivante :
Eau 100 c. c
Acide pyrogallique 2. 5 grammes.
iv°
Eau 100 c. c.
Acide citrique 10 grammes.
Azotate d’argent 2 —
On verse quelques gouttes de la solution n° 2 dans celle n° 1, et on couvre la glace avec le mélange, en le maintenant jusqu’à ce que l’épreuve ait atteint le degré d’intensité cherché. ( The Photographie Journal.)
Négatifs pour amplification des épreuves par l’appareil solaire américain.
Système A. Liébert.
Les clichés dont nous nous servons pour la reproduction d’une image amplifiée par l’appareil solaire, sont pris généralement sur des glaces 1/4 ou 1/2 en deux poses, avec un bon objectif-carte n° 3 de T. Ross, ou mieux encore avec le
OPÉRATIONS GÉNÉRALES 161
n° 3 carte-album convenablement diaphragmé pour obtenir toute la finesse possible.
Le choix et le nettoyage des glaces sont d’une grande importance pour ce procédé; car les bulles, les rayures, ou tous autres accidents dans le négatif, se projetteraient sur l’image positive, agrandie dans la proportion de l’épreuve négative à l’image amplifiée. Il faut également que le collodion dont on se sert soit assez fluide et peu ioduré pour . donner une couche uniforme , mince et transparente , exempte de stries et de rides. Les formules de collodion qui nous ont donné les meilleurs résultats se composent de :
Formule n° f .
Ether sulfurique à 62 degrés ...... 500 c. c.
Alcool rectifié à 40 degrés 500 —
Coton azotique 8 grammes.
Iodure d’ammonium 2 —
Iodure de cadmium ... 4 —
Bromure de cadmium 2 —
Teinture d’iode 40 gouttes.
Formule n° 3.
Ether sulfurique à 62 degrés . . . . 650 c. c.
Alcool rectifié à 40 degrés 350 —
Coton azotique 9 grammes.
Iodure de cadmium 7 —
Bromure de cadmium 2 —
Iode pur 0.5 —
Ces deux collodions pourront être réunis au moment où on aura à les employer; on augmenterait un peu la proportion d’éther et d’alcool si, en l’étendant sur la glace, il ne formait pas une trame fine et unie.
La sensibilisation de ces collodions pourra être faite au moyen de solutions alcooliques d’iodures et bromures dans la proportion qui a été indiquée, et ajoutées seulement au collodion normal au fur et à mesure des besoins.
Il faudra que le bain d’argent soit moins riche que celui employé généralement pour négatifs ordinaires; 7 pour 100, par exemple, suffiront, et la glace devra être retirée aussitôt qu’elle présentera une couche d’iodure d’argent exempte de traces huileuses, mais opaline et légèrement transparente.
Le temps de pose devra être un peu moindre que pour les négatifs destinés à être imprimés par contact; enfin, on développera au protosulfate de fer additionné d’alcool et d’acide, sans renforçage d’aucune nature ; la solution révélatrice sera maintenue jusqu’à ce que tous les détails de l’image soient parfaitement venus, mais en ayant soin de la renouveler plusieurs fois, afin de chasser le nitrate libre qui, s’il était maintenu sur la plaque, augmenterait l’intensité de l’image, ce qu’on doit éviter; on lavera ensuite avec soin, et on fixera au cyanure de potassium pour donner au cliché toute la transparence possible ; on lavera avec soin à l’eau ordinaire, puis, en dernier lieu, à l’eau distillée, et on laissera sécher spontanément.
Si, après dessiccation, on jugeait le cliché trop intense, on vernirait les bords et on réduirait cette intensité, ainsi qu’il est indiqué page 123.
Dans aucun cas les clichés pour agrandissement ne devront être vernis, mais on pourra, pendant qu’ils sont encore humides, après le dernier lavage, les recouvrir d’une solution de gomme arabique à 10 pour 100, puis, lorsqu’ils sont bien secs, étendre à la surface une couche de collodion normal ordinaire qui préserve l’image des accidents; ce genre de vernis a l’avantage sur les autres de ne pas fondre et couler sous l’action de la chaleur intense produite par la lentille collectrice.
Ces négatifs, comme on peut s’en rendre compte par ce qui vient d’être dit, ne peuvent donner de belles épreuves par transmission de lumière, qu’autant que la couche qui les compose sera uniforme et pure, exempte de pointillés, stries,
OPÉRATIONS GÉNÉRALES
taches, etc., et que cette couche, d’une intensité modérée, mais cependant bien accentuée, laissera facilement traverser la lumière dans les parties opaques, tout en donnant des détails bien accusés et modelés dans les ombres du dessin.
On doit éviter les clichés solarisés et rougeâtres, qui retardent l’impression dans la chambre solaire.
Nous procédons pour cette opération absolument de la même manière que pour obtenir des positifs directs sur verre (voir 2e partie) ; seulement nous donnons à la fois le double de temps de pose environ que pour ce genre d’épreuves, et nous laissons agir le révélateur plus longtemps, pour que tous les détails de l’image soient bien marqués.
Un cliché destiné à donner des positifs agrandis directement sur chlorure d’argent par l’appareil solaire, ne doit pas être, comme nous l’avons dit, aussi intense que ceux qu’on emploie pour imprimer par contact, parce que, outre le temps très-considérable que nécessiterait l’impression, ce qui serait le moindre inconvénient, on n’aurait qu'une épreuve plate, sans modelé, et ayant des tons durs et heurtés : un négatif trop faible pécherait en sens inverse, c’est-à-dire que le positif deviendrait d’un gris uniforme, sans détails ni contraste entre les blancs et les ombres.
Vernissage pour rendre les clichés inaltérables.
Le négatif étant terminé, il faut, si on veut le retoucher avant vernissage, verser sur la couche, pendant qu’elle est encore humide, une solution de gomme arabique à 8 pour 100, additionnée de 2 pour 100 dedextrine dissoute à chaud, produisant un grain qui permet au crayon de mordre sans déchirer l’image pendant la retouche dont nous parlerons au chapitre suivant.
Cette solution peut suffire, avec quelques précautions, à
préserver la couche de collodion pour le tirage d’un nombre assez considérable d’épreuves positives ; on peut donc se dispenser de vernir les clichés sur lesquels on n’aurait qu’un petit nombre de positives à tirer.
Les clichés ainsi gommés acquièrent une intensité sensiblement plus grande en séchant à la lumière diffuse, ce dont il faudra tenir compte en développant ; nous avons remarqué également que la dessiccation artificielle au feu ou par le moyen d'uné lampe à alcool contribue beaucoup à augmenter cette intensité.
Lorsque, cependant, on voudra conserver un négatif longtemps, et tirer un très-grand nombre d’épreuves, il sera bon de lui donner plus de solidité encore en le couvrant, après les deux ou trois premières feuilles tirées, d’une couche d’un vernis fabriqué de la manière suivante :
Alcool de vin à 40 degrés t litre.
Gomme laque blanche concassée 90 grammes.
Camphre 5 —
Sandaraque, première qualité 5 —
Exposez quelques heures à un soleil ardent en agitant le flacon pour faire dissoudre ces ingrédients, ou bien plongez ce flacon quelques instants dans l’eau chaude, puis filtrez sur papier.
On peut également faire usage de :
Ambre torréfié .
Benzine ....
ou de :
BT® 3.
10 grammes.
Alcool à 40 degrés Benjoin bien pur.
10 grammes.
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nr° 4.
Gomme sandaraque 150 grammes.
dissoute dans :
Alcool à 40 degrés l litre.
Après filtration, on ajoute :
Huile de ricin (1) * 25 c. c.
Ces vernis s’étendent comme le collodion, mais il faut avoir le soin de faire chauffer légèrement le cliché avant son application, afin d’en chasser toute l’humidité et aussi pour éviter qu’il reste mat. Lorsque l’excès du vernis est reversé dans le flacon, on doit chauffer plus fortement, en évitant que la couche prenne feu.
Ils ont l’avantage, sur les vernis à tableaux et autres, de ne pas se ramollir à la chaleur et d’être assez liants pour ne pas se fendiller à une température très-basse.
Il est à remarquer que les vernis résineux (et ceux que nous venons d’indiquer sont de ce nombre) donnent tous plus ou moins de transparence aux noirs des clichés, surtout lorsqu’on les applique à chaud ; aussi devra-t-on tenir compte de cette réduction d’intensité en [développant et renforçant l’image lorsqu’on supposera devoir employer ces vernis. Lorsque cependant le cliché a été gommé d’abord, comme nous l’avons recommandé, la diminution d’intensité par le vernis est beaucoup moins sensible que lorsqu’on n’a pas pris cette précaution.
On peut se servir pour cette opération d’un fourneau à gaz ou d’une lampe à alcool, mais on risque moins de faire enflammer la couche en employant un fourneau garni de braise.
(1) Ce vernis, ayant plus de flexibilité que ceux qui ne contiennent pas d’huile de ricin, préserve mieux les clichés des gerçures.
Après avoir verni un cliché, on doit attendre quelques heures avant le tirage de nouvelles épreuves, sans quoi le papier adhérerait à la couche et pourrait le détruire, ou, tout au moins, l’altérer gravement.
Avec certains vernis du commerce, il peut arriver parfois que la couche de collodion se fendille et soit entraînée par le vernis; ce phénomène est dû à ce que la couche de collodion, quoique sèche, est néanmoins soluble dans l’alcool rectifié et anhydre ; on corrigera facilement ce défaut en ajoutant au vernis chauffé dans un alambic une très-petite proportion d’eau pour réduire le titre de l’alcool qu’il contient.
Pour le séchage des glaces, soit avant, soit après le vernissage, on peut employer un appareil très-simple et trèscommode, qui se compose de deux planches à rainures formant le Y ; elles sont clouées à angle droit, de manière que les rainures de la planchette horizontale correspondent aux rainures de la planchette verticale ; cet appareil peut contenir
Fig. 28. — Porte-glaces à rainures,
OPÉRATIONS GÉNÉRALES
plusieurs douzaines de glaces de toutes dimensions; une ouverture longitudinale sera ménagée au sommet de l’angle pour permettre l’écoulement du liquide lorsque les glaces auront été lavées ou vernies. On peut encore placer les glaces un des angles en bas, et la couche de collodion en dessous, sur des clous fixés à une cloison.
Tous les bons clichés seront conservés avec soin, car ce sont les archives du photographe. La valeur de la glace étant du reste, très-minime, se trouve souvent compensée par l’avantage qu’on trouve à garder une épreuve qu’on sera peut-être dans l’impossibilité de refaire au moment où on en aura besoin.
Aussi recommandons-nous d’avoir des étagères à rainures numérotées pour placer chacune d’elles à l’abri de la poussière et de l’humidité.
Dans les climats froids et humides, le meilleur moyen de conserver les clichés en bon état et d’empêcher que la couche de vernis se soulève par veines, ainsi que cela a lieu fréquemment lorsque la température change brusquement, surtout quand la retouche a été faite sur gomme , est de les maintenir en paquets de douze, en plaçant entre chacun d’eux une feuille de papier buvard qui absorbe l’humidité.
On doit inscrire sur un livre destiné à cet usage, sous des numéros correspondant à ceux des négatifs, le nom des personnes ou des points de vue représentés par les clichés. Cette précaution offre encore cet avantage, que la personne qui a posé une fois, peut, sans se déranger de nouveau, se procurer un plus grand nombre d’épreuves de son portrait.
Retouche des clichés.
La retouche des clichés a pris depuis quelques années une telle extension et une telle faveur, qu’aucun photographe,
quelque peu jaloux de sa réputation, ne consentirait à livrer aujourd’hui une seule épreuve provenant d’un cliché produit par la lumière seule ; malheureusement tous ne réussissent pas également bien dans l’exécution de ce travail délicat, qui nécessite pour le bien faire un sentiment artistique faisant défaut à beaucoup d’opérateurs.
Le plus grand travers des retoucheurs inhabiles est de vouloir arrondir, sans tenir compte de l’anatomie du visage sur lequel s’exerce leur talent; aussi voit-on souvent des portraits grotesques à force d’être bouffis lorsqu’ils ont été traités par ces artistes, qui ajoutent, retranchent et façonnent, sans se soucier le moins du monde du caractère de la physionomie, à laquelle ils enlèvent ainsi toute ressemblance et tout cachet.
La retouche doit donc être sobre et rester dans des limites convenables en se bornant à faire disparaître toutes les inégalités de la peau, telles que petite vérole, taches de rousseur, masque chez les femmes, ou autres légères imperfections qui ne se remarquent généralement pas lorsqu’on regarde le modèle à une certaine distance, et que la photographie exagère presque toujours; on peut encore atténuer quelques rides sans pour cela les faire disparaître entièrement, car on enlèverait au visage tout son . caractère et toute son expression; mais jamais on ne devra remplir les creux qui forment avec les parties saillantes les differents plans qui représentent, par le jeu des muscles, l’anatomie du visage, en lui donnant sa véritable expression.
Nous donnons ci-contre un spécimen de portrait retouché au crayon sur la couche de collodion gommée ; et nous avons eu soin de placer en regard la contre-épreuve sans retouche, pour que le lecteur puisse se rendre compte de la façon dont le travail doit être exécuté.
On se sert pour retoucher les clichés d’un pupitre dont nous donnons plus loin la figure ; il se compose, ainsi qu’on