RETOUCHE DES ÉPREUVES PHOTOGRAPHIQUES
points blancs ou noirs peuvent gâter l’harmonie du dessin ; les yeux, les lèvres manqueront quelquefois de netteté et de vigueur. Ces petits défauts, dus à une foule d’incidents de manipulation peuvent être corrigés par une retouche délicate faite à l’encre de Chine délayée avec un peu de carmin dans de l’eau gommée et appliquée avec un pinceau doux et fin. La vigueur des yeux et des ombres dans les draperies pourra être renforcée par ce mayen facile et rapide qui augmente souvent l’effet artistique des épreuves lorsque cette retouche est faite par une main exercée. Ce petit travail demande quelques minutes seulement, c’est ce qu’on est convenu d’appeler le nettoyage de l’épreuve ; il peut se faire indifféremment avant ou après le satinage.
Il existe un autre mode de retouche qui entre dans le domaine de l’artiste spécial, c’est celui qui consiste à donner à une image photographique l’apparence de la gravure anglaise. Ce travail se fait sur papier albuminé et sur papier salé simple, avec ou sans encollage à la gélatine ou à l’arrow-root.
Lorsqu’on veut faire une grande retouche sur papier albuminé, on doit dégraisser la surface de l’épreuve en la frottant avec une éponge fine trempée dans du fiel de bœuf, que l’on enlève ensuite par un bon lavage. On arrive au même résultat en dépolissant les parties de l’image que l’on veut retoucher, avec de la poudre impalpable d’os de seiche appliquée avec un tampon de flanelle.
La couleur doit être mélangée de façon à s’harmoniser parfaitement avec le ton de la photographie.
Pour les épreuves sur papier albuminé, la couleur sera délayée avec de l’eau gommée ; pour celles tirées sur papier salé simple, on emploiera, au contraire, une palette chargée de^ couleurs à l’eau.
La retouche se fait au pointillé ou par petites hachures. Ce genre de travail, d’une grande délicatesse, demande la main
habile d’un artiste ; car, outre le modelage, il y a souvent à rétablir l’anatomie d’une tête lorsqu’on a opéré par reproduction sur des portraits déjà anciens et quelquefois effacés en partie; il est donc indispensable de connaître le dessin d’une façon parfaite, si on veut arriver à de bons résultats.
Coloris des épreuves positives à l’aquarelle.
Les épreuves de petites dimensions coloriées ont plus de fraîcheur et de relief lorsqu’elles sont faites sur papier albuminé que quand on emploie le papier salé ; ce dernier est préférable cependant pour les images qui dépassent le format carte ou carte-album, en raison des difficultés qu’on éprouve à se rendre maître de la couleur à beau sur de grandes surfaces albuminées.
Les couleurs à l'aniline ou à l’albumine donnent d’excellents résultats sur papier albuminé, l’aquarelle est plus généralement employée pour les grandes épreuves sur papier salé.
Nous ne ferons pas ici un cours de peinture qui nous obligerait à entrer dans une foule de détails du ressort de l’artiste, car cela nous entraînerait trop loin; on trouvera du reste des brochures qui traitent spécialement cette matière, ce qui nous dispense de nous étendre davantage.
Photo-peinture.
Les portraits qu’on veut peindre à l’huile sur photographies peuvent être imprimés sur toile, ainsi qu’il est indiqué page 354, ou sur. papier albuminé; dans ce dernier cas, l’image sera collée sur une toile de lin non apprêtée, mais montée sur un châssis à clef, sur un panneau, ou sur un carton bristol très-fort pour qu’il ne se gondole pas.
PHOTO-MINIATURE
Le portrait sera recouvert dune bonne couche d’encaustique étendue avec de la flanelle, pour éviter les empâtements et maintenir la couleur à la surface, car on ne doit pas oublier que la peinture sur papier photographique se fait généralement par des glacis. L’application du vernis, lorsque la peinture est sèche, fait ressortir la fraîcheur des tons qui se sont embus et donne un très-grand relief au portrait.
Photo-miniature.
La photo-miniature, qui s’obtient par la superposition de deux épreuves grossièrement coloriées, possède une douceur, une transparence et un moelleux que n’ont pas au même degré les plus charmantes aquarelles. Comme toute personne intelligente peut facilement produire de ravissantes miniatures avec ce procédé , nous allons en donner la description la plus minutieuse.
La meilleure application, selon nous, se fait sur des portraits d’une dimension moyenne qui ne dépasse pas 21X27 ou 24X30 centimètres.
Comme les grandes retouches ne peuvent être dissimulées, il est indispensable de n’employer que des clichés parfaits et d’une netteté irréprochable, que nous conseillons de faire sur fond uni èt foncé.
Sur ces clichés, on tirera deux épreuves semblables d’une valeur moyenne, sur papier de Saxe préparé spécialement pour ce procédé, ainsi qu’il est indiqué pag. 302. On aura soin que le papier excède de quelques centimètres les dimensions de la glace.
Si on opère sur un négatif de 24X30 centimètres, l’une des deux épreuves, parfaitement lavée après fixage, est appliquée sur un verre ordinaire de la dimension 21X27, pen-
dant qu’elle est encore humide ; l’excédant du papier est rabattu et collé par derrière avec de la gomme épaisse, de façon que, quand le papier est sec, il soit parfaitement tendu.
Préparez alors, dans quatre godets, les teintes plates trèsdiluées, ainsi qu’il suit :
1er Godet
2e Godet
3e Godet
4 e Godet
\ Jaune de Naples . * environ 4 parties.
« Laque rose de garance. ... 1 —
| Ocre rouge 4 parties.
I Laque carminée l •*—
j Laque carminée 6 parties
I Ocre rouge 1 —
i Sépia \ parties.
I Laque rose de garance ... 1 —
Ces couleurs bien mélangées et largement étendues d’eau, on donne une teinte plate générale sur toutes les chairs avec le n° 1, en se servant d'un bon pinceau en martre un peu fort.
Cette première couche , aussi bien que celles qui suivent , doit s’appliquer de façon à couvrir la surface d’un seul coup, afin d’éviter les temps d’arrêt qui marqueraient sur l’image vue par transparence.
Lorsque cette première couche est sèche, on fait successivement trois applications de la teinte n° 2, en laissant sécher chacune des couches avant d’appliquer la suivante, puis on passe sur les joues et sur les lèvres une dernière couche avec le n° 3. On termine en renforçant les ombres des yeux, des narines, du menton et des oreilles avec le n<> 4, puis on laisse sécher complètement.
Pour les yeux bleus, on emploie le bleu de cobalt ; pour les gris, on se sert d’indigo ; pour les bruns , la terre de Sienne brûlée, à laquelle on peut ajouter de la terre d’ombre ou de la sépia, rend les différentes nuances selon les besoins;
PHOTO-MINIATURE
mais ces couleurs doivent être très-diluées, comme les précédentes. Le point lumineux seul peut se faire avec du blanc de Chine opaque, appliqué délicatement. Les cheveux blonds se font avec de l’ocre jaune ou de la terre de Sienne brûlée; les châtains, avec de la terre d’ombre, à laquelle on ajoute de la sépia ou du noir de pêche pour les bruns ou les noirs.
Les vêtements se font également en teintes plates ; mais comme certaines couleurs, telles que le rouge, le jaune, le vert, etc., etc., se traduisent en noir sur la photographie, on est parfois obligé de couvrir ces parties sur le cliché, afin qu’elles restent aussi claires que possible sur l’épreuve positive, que l’on pourra teinter alors en lui donnant sa valeur réelle. Les dentelles blanches, lorsqu’elles sont bien imprimées, se lavent légèrement avec une teinte bleuâtre, pour enlever la crudité du blanc.
Les bijoux en or sont teintés avec du jaune indien et de la gomme gutte. Les pierreries se font par application de couleur plus épaisse posée avec la pointe du pinceau.
Quant au fond , il doit être également couché en teinte plate dont on peut varier la nuance. La terre d’ombre brûlée mêlée avec de la sépia, ou le brun de Van-Dyck additionné de vert de vessie, produisent des effets très-heureux; comme ces couleurs doivent être très-diluées, deux ou trois couches seront nécessaires.
Cette première épreuve ainsi terminée, on doit la rendre transparente et la fixer sur une glace, au moyen d’un mélange composé de :
Baumé du Canada 100 grammes.
Blanc de baleine 75 —
Cire vierge . • • 25 —
que l’on fond au bain-marie , et qui forme une pâte épaisse après refroidissement.
On se sert, pour ce travail, d’un petit appareil que nous avons fait construire spécialement, et qui n’est autre qu’une petite table en fer représentée fîg. 155, qui se compose d’un plateau en tôle forte F, G, H, I, d’environ 30X40 centimèmètres posé sur quatre pieds en fer de 15 centimètres de hauteur. Sous cette table, on place quatre lampes à alcool D, E, dont la flamme peut être modérée à volonté. A et A’ sont des planchettes dont l’un des côtés est garni de
Fig. 55. — Appareil pour fixer sur glaces les épreuves coloriées par la photo-miniature.
plusieurs doubles d’une peau de chamois très-douce ; ils doivent servir de râteau, ainsi que nous l’expliquerons dans le cours de l’opération. Le pot G, garni d’une spatule en bois, contient le mélange indiqué plus haut ; enfin, dans le tiroir K de la table inférieure, qui sert d’établi, on renferme les couleurs, pinceaux et autres objets employés pendant le travail. rf.: La première épreuve, coloriée ainsi que nous l’indiquons plus loin, est détachée du verre en frottant fortement
PHOTO-MINIATURE
les bords avec la lame d’un couteau, afin d’user le papier tout autour ; par ce moyen, il ne peut se produire aucun gondolage qui nuirait aux opérations du fixage; on coupe ensuite deux ou trois millimètres de papier de chaque côté, et on procède alors au collage.
On place une feuille de papier bleu sur la table de fer ; sur cette feuille de papier, on pose bien à plat une glace de Saint- Gobin parfaitement nettoyée ; les quatre lampes sont alors allumées ; lorsque la glace est suffisamment chaude, on étend sur toute la surface une couche de la pâte composée contenue dans le pot G, en se servant de la spatule pour égaliser, autant que possible, cette mixtion ; aussitôt qu’elle est à peu près fondue, l’épreuve coloriée est posée à plat, face en dessous, et on chasse les bulles d’air avec les deux râteaux. Dans un. espace de temps qui peut durer de dix à quinze minutes, le papier devient d’une transparence complète ; on enlève alors les lampes, l’image est relevée, et la glace couverte de nouveau d’une petite quantité de pâte, l’épreuve replacée aussitôt est pressée fortement, cette fois, contre la glace et frottée en tous sens, pour éliminer l’excès de cire et chasser en même temps toutes les bulles d’air. Après quelques minutes de refroidissement, la glace est relevée et nettoyée à la surface avec de l’essence de térébenthine , puis , en dernier lieu, à l’alcool.
L’image, vue ainsi, est terne et sans vigueur ; il faut alors superposer la seconde épreuve, qui produit un effet surprenant de relief et de fraîcheur.
Voici comment on procède :
La seconde épreuve photographique est placée sous cette première fixée à la glace, de façon que toutes les lignes se superposent exactement, et on coupe le papier qui déborde, afin qu’elle ait la même dimension que l’image coloriée ; on prend le verre qui a servi à tendre la première épreuve pendant le travail; on le couvre d’une couche très-mince de
gomme arabique épaisse dont il doit rester à peine trace, pour éviter qu’une trop grande humidité ne fasse tendre le papier en déplaçant les lignes; la photographie est collée bien à plat contre ce verre, face en dessus ; on frotte vivement pour opérer l’adhérence parfaite, et on sèche rapidement.
Cette seconde épreuve est alors coloriée grossièrement: le contour des cheveux , les dépressions du visage sont teintés en bleu très-léger; les ombres sont accentuées avec de la sépia ; les joues et les lèvres sont rehaussées avec une pointe de carmin mêlé de vermillon, et par dessus toutes les chairs on passe une teinte légère de blanc de Chine pour fondre toutes les couleurs. Les cheveux blonds qui paraîtraient trop foncés sont ramenés à leur valeur avec un mélange de blanc et de jaune de chrême; certaines parties du vêtement peuvent être relevées, dans les ombres surtout, avec de la couleur gommée. Enfin, on termine le fond par une couche de pastel étendu avec le doigt, de telle façon que la partie qui entoure la tête soit graduellement plus claire en s’assombrissant de plus en plus aux extrémités.
Ainsi terminées, les deux épreuves sont placées l’une sur l’autre et maintenues à une distance de un à deux millimètres par une ou deux bandes de carton superposées et collées sur le bord des verres. Cet écartement a pour effet d’adoucir les contours et de donner plus de moelleux et d’harmonie à l’image. Lorsqu’on a atteint le ton qui convient le mieux au modèle et qui se rapproche le plus de la nature, on borde les deux glaces ensemble avec des bandes de papier gommé, pour les maintenir dans une position rigide et éviter le déplacement et les poussières, puis on fixe ce portrait ainsi •terminé dans un cadre en velours qui en rehausse l’éclat et la fraîcheur.