CHAPITRE VIII
PHOTOSGULPTURE
Une application très-ingénieuse de la photographie a été apportée depuis plusieurs années en France par M. Yillème; son procédé consiste à reproduire la statuaire par des moyens photographiques et mécaniques. Nous pouvons dire que la photosculpture est à la sculpture ce que la photographie est à la .peinture, c’est-à-dire qu’on obtient par ce moyen la reproduction mathématiquement exacte du modèle vivant ou inanimé exécutée par des hommes, nous ne dirons pas entièrement étrangers à la statuaire, mais dont le talent très-limité ne leur permettrait pas de produire des œuvres aussi parfaites et surtout aussi rapidement que celles qui sortent de leurs mains par les moyens dont nous allons donner la description.
Le modèle est placé au centre d’une rotonde éclairée par un dôme en verre ; dans la paroi circulaire, éloignée d’environ b mètres du centre où se trouve placé le modèle sur un plateau tournant, divisé en vingt-quatre parties égales, sont fixées vingt-quatre chambres noires munies d’objectifs 1/4 placées à distance égale l’une de l’autre et à la hauteur de 1 mètre environ du plancher. Des glaces sensibles, préparées en même temps, sont placées dans chacune des chambres noires, et l’obturateur de chacune d’elles étant levé au même instant, au moyen d’un fil électrique, les vingt-quatre objectifs agissent ensemble pour produire vingt-quatre clichés 1/4 pris au même instant, et, en quelques [secondes, ils reproduisent ainsi toutes les faces du modèle divisées en vingt-quatre sections différentes. Chacun de ces clichés est placé dans un lampascope, au moyen duquel l’image agrandie à la dimension double de la statue à produire se projette sur une feuille de papier blanc ; un dessinateur trace alors au crayon les lignes principales, secondaires et ter-
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tiaires, et obtient ainsi très-rapidement vingt-quatre dessins agrandis au moyen desquels le sculpteur, armé d’un pantographe agissant à angle droit, reproduira le modèle avec une fidélité parfaite.
Cette seconde opération, partie mécanique, partie artistique, s’exécute avec une grande facilité; elle consiste à placer un bloc de terre à mouler sur un plateau tournant divisé également en vingt-quatre sections; ce plateau peut avancer ou reculer selon le relief des bosses ou la profondeur des creux, et la matière est maintenue solidement par un axe en fer qui la traverse dans toute sa hauteur.
Chaque dessin obtenu par le lampascope est placé successivement sur une planchette verticale éloignée du plateau tournant d’une distance proportionnée à la dimension de la sculpture àfaire. En faisant agir le pantographe, on suit avec une de ses pointes les contours du dessin posé verticalement sur la tablette; l’extrémité opposée, armée soit d’une pointe, soit d’une spatule à découper, exécutant le même mouvement que la première, trace une silhouette parfaitement exacte sur la matière placée sur le plateau; on exécute ce travail pour chacun des vingt-quatre dessins, en ayant soin de faire tourner le plateau d’un cran chaque fois qu’on prend une nouvelle feuille, et en répétant l’opération successivement pour dégrossir la matière d’abord, puis pour exécuter les lignes secondaires, puis tertiaires, et enfin les plus petits détails qui constituent le fini de l’œuvre. Ce travail terminé, il est facile de faire mouler le modèle et d’obtenir des épreuves, soit en plâtre, soit en pâte de biscuit, en marbre, etc.
Rien n’est plus facile, comme l’a démontré M. Willème, que de reproduire, amplifiée ou réduite, une statue déjà exécutée, et cela avec une fidélité parfaite.
Ce procédé, qui a eu un moment de vogue, a été complètement abandonné par ceux qui en avaient fait une exploitation industrielle ; nous l’avons mentionné néanmoins pour montrer le parti qu’on peut tirer des différentes branches de la photographie, qui peut s’assimiler aux arts et aux sciences dont elle est la sœur cadettei