CHAPITRE XI
Tous les photographes connaissent l’importance qu’il y a, , au point de vue économique, de rattraper les métaux précieux, or et argent, servant à produire les images photographiques, dont la plus grande partie serait perdue, ainsi que nous allons le démontrer, si on ne s’imposait le soin de les rechercher dans les résidus.
Dans la production des épreuves négatives, chaque glace sensibilisée enlève une certaine quantité d’argent, dont le quart à peine sert à la formation de l’image. Une partie, entraînée par l’agent réducteur, serait perdue sans ressource, si on n’avait soin de placer un filtre sous le bassin où s’opère le développement: l’autre partie, plus considérable, reste dans l’hyposulfite servant à fixer l’image; on devra donc conserver ces différentes solutions dans des tonneaux ou des vases en grès, pour être traitées comme nous l’indiquerons plus loin.
Mais la partie la plus importante, car elle constitue la plus forte dépense en photographie, est l’impression des épreuves positives sur papier.
Gomme il a été dit dans un autre chapitre, on peut évaluer à 2°‘‘,50 environ la quantité d’argent enlevée au bain sensibilisateur pour chaque feuille entière mesurant 44 sur 56.
D’après un excellent travail spécial publié par MM. Davanne et Girard, dans le Bulletin de la Photographie, au mois d’avril 1864, il est démontré par l’analyse que cette même feuille de 44 sur 56, lorsqu’elle a subi toutes les opérations qui la transforment en une image solide, ne contient plus que 0°^075 environ, ce qui constitue à peine 3 p. 100 du métal employé à la sensibilisation ; les quatre-vingt-dix-sept autres
centièmes, dissous par les agents employés à la formation des positives, doivent donc se trouver dans les résidus qui, on le voit, deviennent d’aulant plus importants que le travail est plus considérable.
Pour sauver sinon la totalité de ce métal précieux, du moins une proportion très-notable, pouvant s’élever jusqu’à 70 p. 100, on devra, comme l’indiquent les auteurs du travail mentionné, recueillir avec soin :
Les eaux avec lesquelles on lave les cuvettes ayant servi aux bains d’argent, celles dans lesquelles l’épreuve est lavée au sortir du châssis avant le virage; c’est là surtout qu’on retrouve la plus grande quantité de l’argent ; les bandes de papier buvard qu’on place généralement à l’un des coins de chaque feuille, lorsqu’elle est suspendue pour sécher ; les rognures détachées des épreuves, les filtres, le kaolin, les papiers buvards ayant servi à éponger les tables ou tous autres objets sur lesquels on a répandu du liquide argentifère ; enfin les bains d’hyposulfite et de virage, desquels on retirera non-seulement une quantité notable d’argent, mais encore tout l’or qui ne s’est pas déposé sur les épreuves.
Plusieurs procédés ont été employés pour le traitement des résidus liquides, mais tous offrent plus ou moins de difficultés ou d’inconvénients, ce qui fait que la plupart des photographes vendent à bas prix et pour le quart de leur valeur les résidus qu’ils pourront traiter désormais euxmêmes avec facilité, par la méthode qui va être indiquée plus plein.
On dispose debout, et en plein air autant que possible, quatre tonneaux d’une capacité de 150 à 200 litres dont on a préalablement enlevé le fond du haut et, à une distance de 20 à 25 centimètres au-dessus du fond inférieur, on fixe une cannelle en bois, afin de pouvoir soutirer les eaux claires.
Les tonneaux ayant contenu de l’huile de pétrole sont excellents pour cet usage.
Deux des quatre tonneaux doivent être exclusivement réservés pour recevoir les eaux de lavage des épreuves positives avant et après virage, maïs avaaii le fixage, aux-
quelles on peut ajouter les vieux bains positifs et négatifs, les résidus du laboratoire provenant du développement des clichés, en ayant soin d’éliminer ceux qui contiennent de riiyposulfite de soude ou du cyanure de potassium ; ces résidus sont désignés sous le nom de chlorures. Lorsque l’un de ces tonneaux est plein, on y verse environ un demi-litre d’acide chlorhydrique pour chaque 125 litres de liquide, et on remue avec un bâton afin d’opérer le mélange, il se forme alors un chlorure d’argent qui trouble l’eau et la rend laiteuse; on laisse reposer pendant deux ou trois jours, pendant lesquels on verse les résidus dans le second tonneau vide; et, quand le liquide s’écoule clair et limpide par le robinet placé à la partie inférieure du tonneau, on en retire une centaine de centimètres cubes dans un verre propre, pour s’assurer, en y versant un peu d’acide chlorhydrique, qu’il ne reste plus d’argent en suspension; si l’eau du verre se troublait, on devrait ajouter une petite quantité d’acide dans le tonneau et répéter l’essai autant de fois qu’il serait nécessaire, jusqu’à cessation complète de tout précipité blanc qui indique que tout le métal précieux est transformé en chlorure et tombé au fond du tonneau. On pourra alors laisser écouler l’eau jusqu’à la hauteur du robinet, et remplir à nouveau pour recommencer à précipiter, et cela aussi longtemps qu’on le jugera convenable ou tout au moins que le chlorure d’argent déposé au fond du récipient n’aura pas atteint le niveau du robinet d’écoulement.
Les deux autres tonneaux devant être réservés aux sulfures, on n’y versera que les bains de fixages, hyposulfîtes, cyanures de potassium, et les eaux contenant ces produits. Quand l’un de ces tonneaux sera plein, on opérera le précipité en versant d’abord 25 c. c. d’acide sulfurique pour chaque 100 litres de liquide, puis on ajoutera 600 c. c. d’une dissolution de sulfure de potassium jaune (foie de soufre), à 30 p. 100. Il se dégage, lorsqu’on a remué le liquide, une odeur très-marquée d’œuf pourri, semblable à celle qui émane des bains de baréges, l’argent qui se trouve en suspension passe à l’état de sulfure insoluble et se précipite au fond du tonneau sous forme de poudre noire, avec une certaine quan-
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tité de soufre libre. Après trois ou quatre jours de repos, on soutire dans un verre à expériences une petite quantité du liquide clair auquel on fait subir, comme pour le chlorure, un essai préalable avant de laisser écouler l’eau; cet essai sera fait, bien entendu, avec la dissolution de sulfure de potassium indiquée plus haut ; et l’opération sera considérée réussie, lorsqu’un peu de ce liquide, versé dans le verre à expériences contenant l’eau du tonneau, ne la troublera plus. Le robinet pourra alors être ouvert pour laisser écouler toute l’eau contenue dans le tonneau; puis, on pourra mettre de nouveaux résidus semblables qui seront précipités de la même manière, jusqu’à ce qu’on juge à propos de convertir le précipité en argent métallique comme il sera expliqué plus loin. On recueille alors, sur un filtre en feutre, toute la boue contenue au fond du tonneau, et après qu’elle est bien desséchée et grillée, pour éliminer le soufre qui se trouve en abondance, cette partie des résidus est prête pour la fonte.
Le chlorure dont il a été parlé précédemment est également recueilli sur un autre filtre en feutre spécialement réservé pour cet usage, puis desséché dans une casserole en fonte placée sur un feu de charbon de bois; comme il ne doit pas contenir de sulfure, il devient inutile de le faire griller.
De même qu’on a séparé le traitement des résidus liquides, on doit mettre à part les chlorures secs et les sulfures grillés pour les faire fondre.
‘ Outre les résidus liquides dont il vient d’être parlé, on doit recueillir pour les traiter tous les papiers contenant de l’argent, et ce n’est pas la partie la moins riche des résidus photographiques ; ces rognures se composent des buvards, papiers de soie, filtres, et surtout rognures d’épreuves positives, dont on doit détacher avant le virage tout ce qui excède l’image. On place tous ces papiers, par petite quantité à la fois, dans une cheminée bien propre, dont on a au préalable garni l’ouverture avec une toile métallique pour éviter que des parcelles de papier ne soient enlevées au dehors par le tirage, et les cendres qui résultent sont laissées en tas pendant quelques jours pour rendre complète la com-
bustion des matières organiques ; après refroidissement, on les nettoie de tous les corps étrangers qui peuvent s’y trouver, et lorsqu’on veut les transformer en argent métallique, on les fait fondre isolément ou réunies aux chlorures.
Les virages contenant des sels d’or peuvent être mêlés aux liyposulfîtes pour être traités par le sulfure, mais il est préférable de les mettre à part dans un vase spécial et de précipiter le métal précieux avec une dissolution de sulfate de fer; on recueille sur un filtre en papier la poudre grisâtre qui résulte de cette opération, et on la mêle, après dessiccation, au chlorure d’argent destiné à la fonte, à moins qu’on ne préfère la faire fondre à part.
Au lieu de précipiter l’argent à l’état de sulfure par une addition de foie de soufre, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, pour être ensuite fondu après grillage, on pourra placer des lames de cuivre rouge bien décapé dans chacun des tonneaux ou vases en grès destinés à recevoir les eaux de lavage ou résidus liquides ; ces lames de cuivre, abandonnées dans la solution de nitrate d’argent exempte d’hyposulfite, précipiteront tout l’argent à l’état métallique en vingt-quatre heures ; lorsque ces eaux contiendront de l’hyposulfite de soude, le précipité se produira plus lentement et nécessitera deux et même quatre jours.
Il sera donc bon d’avoir deux pots dans lesquels on placera tout simplement des lames de cuivre qui pourront s’appuyer contre les «parois; dans l’un on jettera les eaux de lavage proprement dites, dans le second on versera les vieux hyposulfîtes, bains de virage, etc.; il se formera sur la partie immergée des lames de cuivre un précipité d’argent métallique, qu’on aura soin de détacher de temps à autre avec ^ une brosse dure. Après un certain temps, la poudre d’argent accumulée au fond du vase sera recueillie sur un filtre ou sur une toile, puis séchée et fondue. Cette dernière opération devient facile dans les conditions actuelles, car il suffira, pour opérer la fusion, de placer un creuset de bonne qualité dans un fourneau de fondeur, et de le porter au rouge vif; puis, cette température atteinte, d’y projeter peu à peu le mélange suivant:
Poudre métallique lavée et séchée .... 100 parties.
Borax fondu pulvérisé 50 —
Nitre fondu pulvérisé 25 —
Le nitre a pour but d’oxyder la majeure partie du cuivre entraîné pendant le brossage des lames. Lorsque, dans le creuset, dont la capacité doit être telle qu’il puisse contenir trois fois au moins le mélange, toute ébullition aura cessé, on donnera un bon coup de feu pendant vingt minutes ; on laissera refroidir, puis on cassera le creuset pour en extraire le culot métallique, qui pourra être immédiatement transformé en azotate d’argent, en le traitant comme il a été dit dans un précédent chapitre.
Comme on a pu s’en rendre compte, toute cette opération, qui est plus longue à expliquer qu’à exécuter, est facile, pratique, économique et rapide.
Le traitement des résidus par le cuivre, qui semble plus simple que le premier que nous avons indiqué, et qui n’offre pas l’inconvénient des émanations désagréables du sulfure de potassium, ne présente pas autant de garantie au point de vue du rendement, qui est souvent beaucoup moindre ; c’est pourquoi nous conseillons fortement l’emploi du premier mode de traitement.
La fonte des résidus, traités comme nous l’avons indiqué en premier lieu, peut se faire de deux façons différentes. Les fondeurs de profession mettent dans des bassines en cuivre, dont la tare est faite à l’avance, chaque catégorie à part des résidus secs, et ajoutent un poids égal de potasse, plus 10 p. 100 du poids, de salpêtre pulvérisé, comme fondants; ils font alors avec du papier à journaux des poches ou cornets dans lesquels le mélange est placé par quantité de 500 grammes environ, prêts à être jetés dans le creuset au moment voulu. Ces creusets sont presque toujours en terre, et de dimensions variables; mais lorsqu’on a à opérer sur des quantités importantes, il est préférable de les prendre grands afin qu’ils puissent contenir deux, trois, et même quatre des paquets préparés qu’on y jette successivement.
La préparation du creuset est très-importante, car il suffît.
lorsqu’il n’a pas subi l’action du feu, d’une différence un peu brusque de la température pour le faire fendre; on doit donc le chauffer très-doucement pour commencer, en le plaçant, le fond en l’air, au-dessus du fourneau allumé ; mais en ayant soin de fermer la prise d'air qui sert de ventilateur jusqu’à ce qu’on juge que la terre est suffisamment échauffée pour résister à l’action directe du feu. On retourne alors le creuset, en s’aidant des pinces du fondeur, pour le placer dans l’orifice du fourneau, qu’on a eu le soin de garnir de charbon de bois dur, et on élève peu à peu la température en ouvrant le ventilateur pour amener le creuset au rouge cerise. On s’assure qu’aucune cassure ne s’est produite en l’enlevant lestement du fourneau, dans lequel on le replace après l’avoir chargé de charbon à nouveau, et on y met successivement deux, trois et même quatre des paquets préparés, en commençant par les cendres: on donne alors un bon coup de feu pendant quinze à vingt minutes, et quand on voit que toute la masse est bien fluide, et que le fondant surnage en se boursouflant à la surface, on saisit le creuset avec la pince, et on déverse le contenu dans une lingotière en fer préalablement chauffée et graissée; le culot est alors dégagé de la litharge qui l’entoure, à l’aide d’un marteau coupant, puis on continue l’opération en replaçant le creuset dans le fourneau et en y mettant de nouveaux paquets préparés.
Lorsque toutes les cendres sont fondues, on continue par les chlorures, puis en dernier lieu par les sulfures ; pour ces derniers, on aura soin, avant de retirer le creuset du feu, de remuer la masse liquide jusqu’au fond avec une barre en fer, préalablement rougie au feu, afin de produire un sulfure de fer qui met l’argent en liberté et lui permet de se former en culot que l’on coule alors comme il a été dit précédemment.
Tous les culots d’argent provenant des différentes fontes sont alors réunis dans le creuset avec un peu de fondant, et après fusion, on forme un seul lingot en le coulant dans une lingotière propre et graissée.
Ce lingot sera alors remis à l’essayeur, qui en déterminera
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le titre, pour le cas où il se trouverait de l’or ou du cuivre mêlé à l’argent.
La seconde façon de procéder ne diffère que par le genre de fondants employés et par la qualité du creuset, qui doit être en plombagine et non en terre.
Les opérations restent les mêmes que celles décrites précédemment, en ce qui concerne la préparation et la séparation des résidus de diverses provenances. On ajoutera seusement, à chaque kilog. de ces résidus, que ce soient des cendres, des chlorures ou des sulfures :
Acide borique en cristaux 300 grammes.
Bicarbonate de soude 600 —
Sable quartzeux 2o0 —
Puis, après avoir opéré le mélange de ces substances, on en fera des paquets qui seront successivement jetés dans le creuset en plombagine, chauffé au rouge sombre. Les culots qui résulteront des différentes fontes seront transformés en lingots, comme il a été dit plus haut.
Le rendement des trois catégories de résidus désignés diffère sensiblement; car, tandis que les chlorures produisent environ 60p. 100 de leur poids d’argent métallique, les cendres ne donnent que 4Î5 p. 100, et les sulfures 30 à 35 p. 100 seulement; ce qui, dans la proportion usuelle des produits consommés, donne une proportion de 50 à 55 p. 100 sur le poids total des résidus secs et nettoyés. C’est du reste dans cette proportion que le métal précieux peut être retiré dans la pratique des résidus qui ont été bien traités, eu égard à la quantité d’argent et d’or employée.
Tableau comparatif des degrés Fahrenheit, Réaumur et centigrades.
Le signe — indique que la température est au-dessous de 0, le signe -|- qu’elle est au-dessus,
Fahrenheit
Réaumur
Centigrades
Fahrenheit
Réaumur
Centigrades
Falirenlieit
Réauraur
Centigrades
Falirenlieit
Réaumur
Centigrades
Le thermomètre adopté actuellement en France pour mesurer l’intensité de la chaleur est celui désigné sous le nom de centigrade, qui marque 0 degré à la glace fondante, et 100 degrés à la température de l’eau bouillante; il diffère du thermomètre selon Réaumur, en ce que celui-ci marque 0 degré à la glace fondante et 80 degrés à l’eau bouillante.
Le thermomètre de Farhenheit est celui dont on se sert le plus généralement en Angleterre, en Allemagne et en Amérique; son zéro est déterminé par un mélange réfrigérant composé de poids égaux de chlorhydrate d’ammoniaque pilé et de neige. Le point fixe supérieur est aussi déterminé par l’ébullition de l’eau, mais l’intervalle est divisé en 212 degrés; placé dans la glace fondante, il marque — 32 degrés: par conséquent 100 degrés centigrades correspondent à 212 Fahrenheit— 32, c’est-à-dire à 180 degrés.
Le tableau ci-dessus permettra de comparer d’un coup d’œil les degrés correspondants de chacun de ces trois thermomètres, en épargnant toute espèce de calculs.