‹ La photographie en AmériqueChapitre 112 sur 151 · NOUVEAU PROCÉDÉ D’HÉLIOGRAVURE · texte numérisé non relu

NOUVEAU PROCÉDÉ D’HÉLIOGRAVURE

A la dernière heure, et alors que ce volume, complètement terminé, allait paraître, M. Micliaud, de Grenoble, a l)ien voulu nous communiquer la description d’un procédé d’iiéliogravure dont il est l’inventeur. L’intérêt exceptionnel que présente cette nouvelle application nous a décidé à la publier comme supplément, convaincu que nos lecteurs nous pardonneront cette irrégularité dans le classement méthodique de l’ouvrage, en faveur des avantages qu’ils pourront en retirer.

M. Michaud est connu comme pharmacien et comme savant; ses recherches en chimie ont fait l'objet de rapports spéciaux, et sa collection photographique de vues nombreuses du Dauphiné est fort appréciée des amateurs.

M. Michaud n’apporte pas une simple modification à des procédés déjà connus, dont quelques-uns présentent de véritables difficultés pratiques; il fait connaître un principe nouveau, d’une grande originalité, et une méthode d’une simplicité et d’une certitude qui en augmentent la valeur.

Par cette niéthode photographique, l’inventeur conserve, sur les planches qu’il produit, le caractère que donne chaque genre des types à produire ou à reproduire, ce qui sert à les distinguer entre eux. On peut ajouter que les épreuves sortant de l’imprimerie sont presque toujours supérieures aux modèles primitifs, tant les impressions solaires initiales sont conservées et reproduites dans leur essence même.

Voici, en abrégé, la description du procédé ci-dessüs énoncé, pour lequel M. Michaud a pris un brevet :

Une épreuve gélatino-bicbromatée, étant produite par les moyens déjà connus, et développée sur une plaque métallique, si on l’applique sur un alliage contenu dans un vase, et qui a été facilement liquéfié par la chaleur, dont la température peut varier de 60 à 110 degrés centigrades, et si on donne ensuite un coup de presse simple, on obtient, par le refroidissement, une plaque en creux, si le cliché primitif était un négatif photographique.

L’alliage fusible à basse température, employé pour obtenir les empreintes, n’a pas de proportions rigoureusement déterminées; celui qui est formé de 1,000 parties d’alliage Darcet et 110 parties de mercure suffit d’ordinaire, mais ces proportions doivent varier selon la dureté à donner, dans certains cas, à la planche qu’on veut obtenir immédiatement.

La plaque ainsi produite peut servir alors :

10 A obtenir de suite des épreuves de report, soit pour les lithographes, parlés moyens ordinaires, soit pour les reports métalliques, si on désire faire des blocs pour les reports typographiques ;

2® A produire un moule ou type galvanique en relief susceptible de reproduire aussi, d’une façon galvanique, un nombre indéfini d’épreuves en creux, livrables de suite sous forme de bijoux de toutes dimensions, ou destinées à l’imprimeur en taille-douce, sans nécessiter aucune retouche.

Les plaques qui portent les épreuves gélatineuses développées sont séchées à l’air libre; mais elles doivent être placées ensuite dans une caisse simple fermée au fond par un buvard humide, isolé par quelques barrettes en verre, afin de les maintenir dans un milieu hygrométrique qui gonfle très-légèrement la gélatine, laquelle est alors plombaginée à l’aide d’une brosse demi-douce, et appliquée aussitôt sur l’alliage liquide.

Les épreuves obtenues .par l’insolation de la gélatine bichromatée sont de deux sortes : si le cliché photogra-

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pliiquc obtenu n’est qu’une reproduction de traits, il est employé tel quel, renversé ou non, à volonté (1).

Si, au contraire, c'est un cliché photographique d’après nature ou d’après un dessin artistique quelconque, également renversé ou non, ce cliché est d’abord recouvert d’une pellicule sans épaîsscm* donnant le grain d’impression nécessaire, qui sera transmis par l’insolation à l’épreuve gélatineuse, et par suite à la planche métallique destinée à l’imprimcur.

Pour obtenir le grain d’impression, M. Michaud indique qu’il faut insoler sous une plaque de verre recouverte uniformément d’une poudre opaque quelconque, une feuille mixtionnée à la gélatine colorée et bichromatée, laquelle feuille est ensuite appliquée, dans l’eau, sur le cliché recouvert d’une couche de gomme arabique à 10 p. 100 d’eau, additionnée de 3 grammes de bichromate de potasse par litre de solution ; puis développée dans l’eau tiède, laquelle entraîne la gélatine non insolée, sans toucher aux parties insolubles qui forment le grain en question.

Pour l’obtention de plaques galvaniques gravées, régulières

(1) M. Michaud décrit de la façon suivante le procédé qu’il eni[)loie pour le redressement des clichés :

Sur un bain de gélatine à 5 p. 100 d’eau, filtré et maintenu liquide à une douce chaleur de bain-marie, on applique, sans bulles, une pellicule propre de collodion riciné (collodion cuir) fixée à une petite baguette rectangulaire en bois par deux punaises de dessinateur ; on laisse en contact pendant 3 minutes, puis on relève de façon à avoir une nappe liquide uniforme ; la baguette est alors fixée sur une traverse ad hoc, dans un milieu plutôt tiède que froid; on procède de même pour foutes les pellicules à faire, el, lorsqu’elles sont sèches, on les plonge successivement dans un bain d’alun à 50 grammes pour 1 litre d’eau, où elles restent chacune 2 minutes; au sortir de là, on lave encore, avec soin, dans deux cuvettes pleines d’eau propre, puis on suspend pour laisser sécher à l’abri de la poussière. Ces pellicules sont ensuite ébarbées aux extrémités et conservées en portefeuille pour l’usage.

Le cliché qu’on veut redresser est placé, immédiatement après fixage et lavage, dans une cuvette d’eau ; la pellicule gélatino-alunée est mise dans une autre cuvette d’eau, avec une feuille de papier ciré de dimension un peu plus grande; on applique alors la pellicule, par son côté gélatiné, sur le cliché; on soulève, en évitant les bulles interposées; on applique par dessus la feuille cirée, et on donne un coup de racle sans trop de précautions; on enlève le papier ciré, qui peut servir plusieurs fois; on essuie les faces du cliché ainsi enveloppé, et on le place dans un châssis [lositif ; on le recouvre

et d’im cuivre bon et économique, on emploie la pile ordinaire, modifiée comme suit :

Le soluté de cuivre est contenu dans une cuve rectangulaire en bois, vernie extérieurement, et recouverte intérieurement d’une mixtion inattaquable de cire, résine, ocre rouge et talc ; c’est dans ce soluté que plongent les diaphragmes poreux rectangulaires nouveaux, dont nous donnons ci-après la description, et qui fournissent le courant électrique.

Ces diaphragmes se composent de deux plaques simples, avec nervures marginales en terre poreuse, dégourdie, d’épaisseurs et de dimensions variables à volonté ; les deux plaques s’enchâssent dans une monture en gutta, en bois recouvert d’un vernis inattaquable, ou en ces deux matières combinées, ou enfin en toute autre matière solide.

C’est dans ces diaphragmes que se trouvent suspendues k une tige longitudinale les lames de zinc plongeant dans l’eau acidulée qu’ils contiennent; l’action galvanique d’ailleurs se produit et agit comme d’habitude.

Les avantages de ce vase poreux rectangulaire sont évidents ; les voici du reste en résumé :

lo Ils peuvent remplacer à peu près tous les diaphragmes connus jusqu’ici, qu’il s’agisse de piles à un ou à deux liquides;

d’un buvard épais et sec; on fixe les ressorts du châssis, puis on expose au soleil ou dans une étuve chauffée, où la dessiccation se fait rapidement. Le cliché sec, placé dans une cuvette d'eau chaude, cède facilement, et, après un quart d’heure environ, la pellicule clichée qu’on enlève à la main est mise à sécher et sert directement pour l’impression. Si cette pellicule est très-mince, et par suite difficile à manier, on la fixe de suite dans l’eau, sur une glace gélatinée simplement et séchée d’avance, en se servant de la racle, comme l)récédemment, puis on fait sécher rapidement dans un châssis-presse.

Au lieu d’enlever ainsi les clichés en se servant de pellicules de collodion, qui présentent des avantages sur la gélatine dont on se sert généralement, on }>eut employer, dans bien des cas, de simples papiers cirés que l’on traite comme il vient d’être dit pour les pellicules. Et ces clichés n’ont jamais besoin d’être fixés de nouveau sur verre; il suffit de leur donner un coup de fer chaud entre des feuilles sèches de buvard, pour qu’elles prennent la planimétrie et la transparence nécessaires.

Cette manière d’enlever les clichés de la glace peut s’appliquer, sans aucune modification, aux anciens clichés simplement gommés.

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2*^ Ils peuvent avoir des dimensions très-variées et trèsgrandes, puisque la fabrication des plaques poreuses ne présente plus de difficultés sérieuses ;

30 Par suite, la quantité d’électricité peut être facilement obtenue et à volonté des besoins, car la lame de zinc sera non-seulement plus ou moins grande, mais encore utilisée par ses deux faces ;

4*^ Ces diaphragmes s’accommodent de tous les liquides, et ils ne peuvent être comparés aux toiles ou membrancH organiques quelconques qui ne sont pas d’un emploi industriel;

50 La forme rectangulaire a l’avantage, dans la pile simple, de fournir un dépôt qui s’opère parallèlement et uniformément ;

Go Ces diaphragmes sont d’une construction économique, d’un entretien et d’une réparation faciles ;

70 Enfin, à l’aide d’un siphon en verre, adhérent ou mobile, on peut renouveler d’une façon continue le liquide excitateur qu’ils contiennent, et leur assurer une longue durée d’action constante et régulière.

Enfin, en ce qui concerne les plaques cPinscripUoiis, destinées à remplacer les plaques gravées ordinaires, on peut également les obtenir en employant le bitume en solution au lieu de la gélatine, et alors, on se sert du cliché dans son sens ordinaire ; après exposition suffisante au soleil, on dépouille dans l’essence de térébenthine, on lave à grande eau, on plonge dans un bain galvanique qui peut varier à volonté par le métal dissous; on se débarrasse du bitume insolé, et finalement on plonge la plaque un instant dans un soluté de carbonate de cuivre ammoniacal; ou bien, si on voulait creuser un peu plus le dessin des plaques, on les laisserait séjourner quelques moments dans un soluté légèrement acide d’un sel de cuivre, avant de produire la réaction du sel ammoniacal cité sur la plaque de laiton qui porte le dessin.

En résumé, par le procédé de M. Michaud, on peut produire aujourd’hui :

Des planches métalliques pour l’imprimerie en taille-

douce, ou les tirages soit sur papier, soit sur étoffe, que ces planches fournissent ;

2^^ Des épreuves de report en vingt-quatre heures pour la lithographie, et blocs typographiques ;

De la bijouterie galvanogravée métallique de tous formats, d’un effet surprenant de beauté et de fidélité;

4® Des plaques d’inscriptions, simples ou plus ou moins richement ornées , remplaçant très-économiquement les plaques gravées ordinaires.

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