CHAPITRE VIII
Paysages, groupes et portraits en plein air, architecture et monuments. — Perspective aérienne. — Choix de la ligne d’horizon. — Des ciels dans les paysages. — Opérations en plein air sur collodion humide. — Tente portative. — Appareils panoramiques. — Reproductions directes au collodion humide des gravures , cartes et plans , daguerréotypes, épreuves anciennes, tableaux, bronzes, terres-cuites, etc.» réduites, amplifiées ou de même dimension que l’original.
La photographie en plein air nécessite des objectifs différents de ceux qu’on emploie pour faire les portraits dans un atelier vitré; nous indiquerons successivement ceux qui conviennent le mieux selon le travail à exécuter.
Pour paysages à grande perspective et à plusieurs plans très-distants, dans lesquels les personnages animés, s’il y en a, ne figurent que comme accessoires, pour donner une idée à peu près exacte de la proportion des sites, l’objectif qui convient le mieux, selon nous, est le symétrique portatif de T. Ross, de fabrication récente, qui remplace avantageusement les triplets et les doublets de la même maison; cet objectif, d’une combinaison très-ingénieuse, est absolument aplanétique; il possède, en outre, une profondeur extraordinaire qui le rend précieux pour ce genre de travail. Aussi les paysages obtenus avec ces instruments sont-ils d’une netteté remarquable depuis le point le plus rapproché jusqu’au point extrême de l’horizon; comme il embrasse un angle qui varie de 60 à 90 degrés, selon le diaphragme employé, il peut remplacer dans une certaine mesure les instruments panoramiques.
Si le choix de l’objectif a une grande importance,, celui du point de vue, de l’éelairage selon fheure de la journée et de l’état atmosphérique, doit préoccuper en premier lieu l’opé-
râleur qui ne veut pas se borner à la reproduction de la nature prise au hasard ; en combinant les effets de lumière selon la forme et la nature des objets à reproduire, le photographe, s’il est artiste, doit varier à l’infini les effets des paysages dont il veut former un tableau; mais, pour cela, il faut une grande habitude, car l’effet optique est souvent trompeur, et comme les lois de perspective sont observées rigoureusement par l’objectif, tel site qui, à l’œil, semble présenter tous les éléments d’un tableau pittoresque, manquera complètement d’effet dans l’ensemble de la composition.
Gela tient quelquefois à la monotonie de certaines vues, prises en plaine, dont l’aspect très-attrayant à l’œil ne présente plus qu’une vaste ligne noire sous un ciel blanc, due aux couleurs antiphotogéniques que la photographie est malheureusement impuissante à rendre, et qui se traduisent par des effets diamétralement opposés à ceux dont la sensation a frappé l’opérateur inexpérimenté dans l’examen du panorama qu’il a devant les yeux. Lorsque la nature offre des premiers plans, tels que rochers plus ou moins escarpés, arbres, maisons ou chalets, qui peuvent découper le ciel et rompre cette ligne insipide d’un horizon sans bornes, la tâche devient moins difficile; il suffît alors de placer un ou deux personnages au premier et au deuxième plan, dans des attitudes variées, pour compléter le tableau et servir de point de comparaison pour estimer à peu près la proportion des objets qui le composent. On doit se tenir en garde cependant contre les contrastes trop violents qui seraient disparates et changeants. Pour qu’un paysage offre du charme et de l’harmonie^ il faut que les premiers plans soient nets et brillants, et que les grandes lignes s’enfuient par la perspective derrière des horizons à leur valeur.
Mais si la photographie rencontre des difficultés souvent insurmontables pour reproduire sous un jour attrayant la nature morte d’une plaine verdoyante, fût-elle émaillée dans le lointain dé maisons répandues sur le versant d’un coteau au pied duquel serpente le ruban d’argent d’une rivière^ il n’en est plus de même lorsqu’elle se trouve en face de sites
PHOTOGRAPHIE EXTÉRIEURE ET REPRODUCTIONS 9o
accidentés, de gorges profondes creusées entre deux mon-' tagnes, dont les sinuosités présentent des effets de perspective saisissants que la photographie excelle à rendre ; les allées d’une forêt après la chute des feuilles, les monuments, les ruines, offrent aussi une large compensation à l’artiste, qui n’a pu rendre que bien imparfaitement l’effet des magnifiques panoramas des pays de plaines où l’horizon se confond avec le ciel.
Comme nous l’avons dit plus haut, la photographie, qui excelle pour la copie mathématique des monuments aux couleurs photogéniques, est impuissante à reproduire tous les objets de la nature avec leur valeur relative, tel que l’œil les perçoit, les effets sont quelquefois faux au contraire par suite de la différence de sensibilité de l’iodure et du bromure d’argent en présence de certaines couleurs qui composent le tableau; c’est ainsi que les premiers plans, lorsqu’ils sont chargés de verdure éclairée, par un beau soleil d’été, ont un aspect brillant qui séduit à première vue, mais ils ne laissent cependant distinguer en photographie aucun des détails qui, parleur éclat apparent, doivent rendre l’effet naturel, tels que l’œil les perçoit; ils se détachent, au contraire, en noir sans gradation de teinte, sous un ciel d’un blanc dur produit par l’extrême photogénéité de sa couleur bleue, ce qui ne peut donner qu’une fausse idée du paysage reproduit. Pour obvier dans une certaine mesure à cet inconvénient, qui rendrait impossible toute reproduction de la nature par la photographie, on emploie certains artifices.
L’expérience ayant démontré que le bromure d’argent est plus rapidement impressionné que l’iodure du même métal par le vert et le jaune, qui dominent dans les paysages, on emploie de préférence un collodion dans lequel la proportion de bromure est sensiblement plus considérable que pour le travail ordinaire, et comme on a observé qu’en augmentant la durée de l’exposition à la lumière, les noirs du négatif perdent de leur intensité et donnent un peu de gris aux tons clairs, tout en permettant aux couleurs antiphotogéniques de s’imprimer davantage, on obtient ainsi une certaine harmonie dans les effets ; mais il faut une grande ha-
bitude pour ne pas dépasser la pose outre mesure, car on aurait alors des clichés solarisés qui donneraient des images grises, ternes et sans vigueur. Le temps d’exposition ne peut pas cependant être déterminé d’une façon exacte, il dépend d’abord de la lumière qui doit guider l’opérateur, puis de l’ensemble du tableau, selon sa composition, sa perspective et ses eouleurs, et aussi du genre d’objectif employé, de l’ouverture du diaphragme et du procédé photographique mis en usage.
Avec les objectifs aplanétiques que l’on emploie aujourd’hui pour faire les paysages, la mise au foyer offre moins de difficultés que quand on se servait d’instruments moins parfaits qui obligeaient l’opérateur à concentrer sur un point prineipal toute lanettelé que comportaient ces objectifs, laissant alors les premiers et les arrière-plans un peu flou; les symétriques que nous avons indiqué ont une profondeur telle que les premiers comme les derniers plans ont une netteté à peu près identique.
Des ciels dans les paysages. — Une des grandes difficultés de la photographie paysagiste est la reproduetiôn des ciels à nuages naturels, parce que la lumière dans sa puissance éteint tous les nuages par la solarisation ; il en résulte que les ciels d’un blanc uniforme produisent un effet monotone ou criard qui enlève au paysage sa perspective aérienne et naturelle, toutes les teintes délicates produites par l’éloignement et la réflexion des nuages disparaissent ; l’image perd alors une grande partie de sa valeur artistique.
On peut employer plusieurs méthodes pour obtenir des nuages dans les ciels d’un paysage.
La première consiste à opérer inslantanément et à. reproduire alors le ciel naturel, qui a la même valeur que le reste du dessin; c’est ce qui a lieu lorsqu’on opère avec un appareil panoramique dont nous donnons plus loin la description.
On peut encore, avec une certaine habitude, modérer la venue des nuages pendant qu’on développe, pour empêcher qu’ils atteignent une trop grande intensité.
l’IIOÏOGUAPlllE EXTÉRIECRE ET REPRODUCïlUiNS 07
On peut également, avec certains appareils, découvrir plus lentement la partie de l’objectif correspondant au ciel et la refermer plus tôt, de telle sorte que l’exposition du paysage soit presque le double de celle qui se trouve au-dessus de l’horizon.
Un troisième moyen consiste à faire le tirage séparé des ciels à l’aide d’un cliché indépendant du dessin et pris instantanément, et qu’on rapporte par un tirage additionnel.
Pour ménager les nuages pendant le développement d’un cliché qui a reçu une faible exposition, le meilleur moyen consiste à couvrir la glace d’un réactif neutre très-faible, jusqu’à ce que les nuages soient développés ; ce résultat obtenu, on rejette le liquide et on procède à la venue de l’image avec le révélateur ordinaire acidifié ; on a soin que la solution agisse plus spécialement sur le paysage en ménageant le ciel.
Lorsqu’on opérera en imprimant des ciels rapportés pris sur d’autres clichés, on devra approprier ces ciels au sujet pour leur donner une harmonie convenable ; dans ce cas, on observera surtout les effets de lumière pour que les nuages et le dessin soient éclairés de la même façon ; les lignes de l’horizon devront eonserver leur valeur, le ciel vaporeux dans le fond de l’épreuve sera plus défini dans les plans supérieurs, qui prendront alors une intensité graduée.
Il y a encore un autre moyen de produire des ciels factices sans nuages, mais donnant au paysage une perspective aérienne charmante; il consiste d’abord à masquer le ciel sur le cliché pendant l’impression de l’image ; pour cela, ou rechampit délicatement avec du jaune de chrome à l’eau toutes les sinuosités qui se détachent sur la ligne de l’horizon, puis on couvre le reste avec un papier noir qui intercepte toute lumière; lorsque le paysage est suffisamment imprimé, on teinte graduellement le fond resté complètement blanc, de façon à ménager la ligne de l’horizon qui se' détachera en clair pendant que les parties les plus élevées du ciel seront de plus en plus foncées.
Ces opérations, toutes de goût, demandent de grands soins, et surtout le sentiment artistique.
Photographie architecturale. — C’est surtout pour la photographie monumentale que l’objectif employé doit être exempt de distorsion et d’aberration sphérique. Le symétrique portatif indiqué précédemment pour le paysage est donc celui qui convient le mieux, car il est d’une rectitude parfaite. Placé convenablement, on sera certain que toutes les lignes du monument seront droites, ce qui n'arrive pas toujours lorsqu’on emploie des objectifs d’une autre combinaison moins rectiligne.
La reproduction des monuments par la photographie est plus facile et plus avantageuse, comme aspect, que celle des paysages, car l’objectif traduit avec une fidélité incomparable tous les détails de l’architecture, et rend admirablement la perspective linéaire ; mais il faut savoir choisir le point de vue qui convient le mieux pour l’exécution du tableau. ’
Les vues d’ensemble, à moins d’avoir des plans bien déterminés, produisent presque toujours un effet fâcheux et désagréable à l’œil. Ainsi, dans le panorama d’une ville pris à grande distance, on n’obtiendra généralement qu’.un amas confus de murs et de toits superposés les uns au-dessus des autres sans formes déterminées, et surtout sans perspective aérienne ; cela tient à ce que les détails se groupent en masses générales et s’effacent d’autant plus qu’on s’éloigne davantage, et que l’espace embrassé est plus grand. Il n’en est plus de même lorsqu’on se trouve en face d’un monument ou d’une enfilade d’édifices placés à une distance assez rapprochée pour pouvoir embrasser les détails et présenter des premiers plans bien accusés; il suffit alors, pour produire une œuvre harmonieuse et complète : 1<> d’attendre le moment où la lumière frappe l’édifice à 45 degrés pour projeter des ombres vigoureuses sur les parties fuyantes, afin de faire repoussoir sur les façades éclairées ; et 2<> de choisir la position la plus avantageuse pour que l’air, circulant autour du monument, fasse que les lointains fuyent régulièrement et produisent la perspective aérienne et linéaire sans laquelle le tableau manquerait complètement de profondeur et d’effet. Nous parlerons plus tard des procédés photographiques les mieux appropriés à l’obtention du cliché.
Groupes en plein air. — Pour faire des groupes en plein air, ce qu’on doit rechercher avant tout, c’est la rapidité dans l’opération, car les personnages étant au premier plan dans des positions plus ou moins variées, mais sans appuis, si lapose dépassait deux ou trois secondes, le plus grand nombre seraient flou, et par cela même méconnaissables; il faut donc employer des objectifs spéciaux qui aient assez de profondeur pour que chaque personnage placé plus ou moins en avant les uns des autres, se dessine d’une façon parfaitement nette sur la glace dépolie, tout en opérant beaucoup plus rapidement que ceux construits pour faire le paysage ou la reproduction des monuments.
Parmi les objectifs les mieux appropriés pour ce genre de travail, on peut classer les universels et les symétriques rapides de T. Ross. Les premiers tiennent le milieu entre les objectifs doubles à portrait, et les anciens triplets spéciaux pour vues ; à toute ouverture et par une belle lumière on peut opérer presque instantanément sur collodion humide, c’est pourquoi il est presque universellement employé pour les vues de marine et les paysages animés. Dans ce dernier cas, on comprendra que le paysage soit en quelque sorte sacrifié, car il sert seulement de fond pour faire valoir les personnages groupés au premier plan.
Le symétrique rapide, de construction nouvelle, nécessite un temps d’exposition un peu plus long que le précédent, mais il a plus de profondeur, et l’angle embrassé est plus grand ; il peut donc servir très - avantageusement pour faire des vues animées dans lesquelles on veut donner au paysage autant d’importance qu’aux sujets qui composent le tableau ; dans ce cas, les personnages seront disséminés à différents plans, ou groupés de façon à représenter une scène de famille dans l’intérieur d’un parc ou d’un jardin dont la maison, le chalet, etc., formeront l’arrière-plan. C’est ici que l’artiste peut se révéler, car il a un vaste champ ouvert pour la création de scènes plus ou moins pittoresques et variées, selon qu’il aura su choisir des sites où la nature se prête à une composition heureuse des personnages qu’il veut introduire dans son tableau.
lOU LA PHOTOGRAPHIE EN AMÉRIQUE
Opérations en plein air sur collodion humide. —
Si la pliotograpliie en plein air nécessite un matériel plus considérable et plus embarrassant que celui employé pour le collodion sec^ dont nous parlerons plus loin, elle permet comme compensation de rapporter des clichés terminés à la satisfaction de l’opérateur, ce qui n’est pas un mince avantage lorsqu’on n’est pas certain de pouvoir prendre une seconde fois le point de vue pour lequel on s’est déplacé.
Fig. 30. — Appareil de voyage américain emballé.
L’installation la plus commode pour ce genre de travail est sans contredit une voiture fermée, agencée spécialement, et servant de laboratoire roulant, comme celle que nous employons depuis longtemps, à laquelle il suffit de faire
PHOTOGRAPHIE EXTÉRIEURE ET REPRODUCTIONS lÜl
atteler un ou deux chevaux pour être prêt à opérer partout ; mais, comme ce moyeu est très-dispendieux, et que, dans quelques circonstances, la voiture ne peut pas toujours approcher du point de vue que l’on veut reproduire, nous allons décrire un laboratoire de voyage, breveté par un ingénieur américain (1), qui a été très-ingénieusement conçu, car il permet de réunir sous un très-petit volume tous les ustensiles nécessaires aux opérations photographique en plein air; on peut, selon la dimension de l’appareil, obtenir des clichés 13X18, 18X24 et 21X27 centimètres.
L’appareil emballé présente la forme et le volume d’un havre-sac de soldat, ainsi que nous le représentons fîg. 30.
Il s’ajuste sur le dos, d’une manière parfaite, au moyen de courroies passant sous les bras, ce qui est très-important pour un long voyage, lorsqu’on a à explorer des pays montagneux ; le pied, porté à la main, sert de bâton de voyage ; il est d’un grand secours pour la marche.
Cet appareil est surtout précieux pour les expéditions lointaines et pour la levée des plans par les armées en campagne.
Le poids total, selon la dimension, est de 15, 19 et 22 kilogrammes.
Cet appareil comprend :
1“ La caisse extérieure formant le laboratoire, dans laquelle les articles suivants sont enfermés;
2" Une cbambre noire carrée à soufllet avec vis de rappel, un châssis carré à collodion pour mettre la glace en longueur et en largeur, un châssis à verre dépoli;
3“ Un objectif simple pour paysage;
Un pied formant canne pour porter le laboratoire;
5" Un pied rentrant, en trois parties, pour porter la chambre noire;
6" Un réservoir d’eau avec robinet et tube de caoutchouc;
7'’ Une boîte à glaces, à 6 rainures;
8” Une grande cuvette de lavage avec tuyau en caoutchouc pour écouler les eaux, et trois planchettes en caoutchouc pour rehaussement;
(1) Ces appareils sont fabriqués avec le plus grand soin par M.' Jonte, 12G, rue de Lafayette.
9" Une cuvette verticale, pour bain d’argent, en caoutchouc durci, avec son couvercle;
10® Un manche, dit pistolet, pour développer;.
11® Trois flacons de 500 grammes, en verre ou caoutchouc durci ;
12® Deux flacons de 250 grammes;
13® Deux flacons pour collodion, 100 grammes;
1A“ Un blaireau pour épousseter;
15" Une lampe à esprit-de-vin et boîte d’allumettes ;
16“ Un égouttoir avec godet pour recevoir les gouttes ; ^
17“ Deux vases ou godets à développer, en caoutchouc durci ; 18“ Un tourne-vis et une boîte garnie de vis et de pointes; 19® Une éponge pour essuyer et laver ;
20® Un flacon contenant du caoutchouc liquide pour réparer la toile de la tente;
21“ Un crochet en caoutchouc durci pour plonger la glace dans le bain d’argent ;
22“ Une enveloppe en cuir américain pour préserver la caisse.
Fig. 32. — Appareil de voyage américain pendant les opérations.
On voit que c’est un matériel complet permettant d’entreprendre un voyage d’une certaine durée, et que tout a été prévu par l’inventeur.
La figure 3 1 représente le laboratoire monté et ouvert, la toile noire rabattue en avant ; les côtés développés garnis de leurs flacons; la cuvette verticale contenant le bain d’argent prête à recevoir la plaque; le réservoir avec le tuyau
en caoutchouc servant aux lavages qui se font dans le bassin placé en arrière ; enfin la cerceau en fil de fer développé qui sert à maintenir la toile noire pendant les opérations.
Un châssis, garni d’une toile jaune gommée, fixé au fond de cet appareil, laisse pénétrer dans le laboratoire la lumière nécessaire aux manipulations lorsque l’opérateur est enveloppé du voile noir, ainsi que nous le représentons dans la figure 32 ; ce châssis, que l’on peut ouvrir de l’intérieur en pressant un ressort qui le fait rentrer dans les parois de la boîte, laisse pénétrer l’air et la lumière blanche, lorsqu’on le juge nécessaire.
Il est facile de comprendre, par ce qui vient d’être dit et par les figures qui accompagnent cette description, combien les opérations sont simples avec un semblable appareil, que tout paysagiste sérieux doit posséder.
Nous croyons superflue la recommandation de placer cette tente à l’ombre pendant les opérations, car tout praticien sait combien il est pénible de travailler lorsqu’on est enfermé ainsi sous les rayons ardents d’un soleil d’été, outre l’effet fâcheux que peut avoir sur les produits et sur les plaques une température trop élevée dans le laboratoire.
Quand on voudra faire des clichés de très-grandes dimensions, comme le matériel nécessaire pour le collodion humide est alors très-embarrassant, nous conseillerons l’emploi du collodion sec, dont nous parlerons plus loin.
Tente portative pour opérer en plein air. — Pour le photographe portraitiste, obligé, comme cela a lieu quelquefois, de se déplacer lorsque le modèle ne peut pas venir dans ses ateliers, nous donnons, fig. 33, le dessin d’une tente formant salon de pose, que l’on place en plein air, le devant regardant le nord dans les latitudes boréales, et tourné, au contraire, au sud dans les latitudes australes, absolument comme un atelier vitré. Le fond gris-bleu ou marron, en drap, d’une largeur de P"80 sur 2'"25 de hauteur, se roule, pour le voyage, autour du bâton de support ; le dessus et les côtés formant rideaux sont en étoffe légère et maintenus par des anneaux aux tringles de la charpente, qui se démontent
lOo
avec une très-grande facilité pour se paqueter sous un assez petit volume.
Dans cet atelier portatif, on obtiendra d’excellents portraits, très-vigoureux et très-modelés, si surtout on fait lisage de l’écran de tête indiqué fig. 26, et le temps de pose pourra être trois ou quatre fois moindre que dans un atelier vitré ; il complète donc avantageusement l’appareil américain que nous venons, de décrire. Le photographe de profession et l’amateur pourront désormais travailler avantageusement en plein air, et obtenir de très-beaux clichés de portaits et de pa^^sages avec un bagage relativement léger et facile à transporter.
Fig. 33. — Tente portative pour opérer en plein air.
Appareils panoramiques de M. Brandon (1). —
Malgré la perfection des objectifs construits spécialement pour vues, dont quelques-uns embrassent un angle considérable, les appareils panoramiques constituent un véritable
(1) Nous remercions M. Jonte, l’intelligent constructeur de ces appareils de précision, d’avoir bien voulu en mettre un à notre disposition, pour én étudier le mécanisme et en faire une description consciencieuse.
progrès, car ils permettent d’obtenir sur une même glace des clichés d’une valeur égale aux extrémités comme au centre, embrassant un angle qui peut varier de 120 à 175 degrés.
Parmi les principaux avantages de cet appareil, nous citerons la possibilité d’obtenir des paysages en une seule section, ayant un développement trois fois plus considérable que ceux produits par les appareils ordinaires.
L’objectif étant automatique, et chaque section du paysage passant successivement par son foyer rigide, par suite du mouvement rotatoire de l’appareil entier, la netteté et la finesse sont égales aux extrémités comme au centre.
Par la même raison, les ciels naturels avec nuages et arrière-plans, qui sont généralement brûlés dans les chambres ordinaires, conservent au contraire toute leur valeur, par suite de la rapidité avec laquelle chacun des points de l’horizon passe devant l’objectif, et surtout par suite de la construction particulière de ces appareils dont nous donnerons plus loin la description.
Aucune distorsion n’étant à craindre, les lignes verticales sont d’une perpendicularité absolue sur toute l’étendue de la vue.
La marche de ces appareils peut être réglée de manière à augmenter ou à diminuer la pose suivant le plus ou moins d’éclairage des parties du paysage, soit dans le sens de la longueur, soit dans celui de la hauteur; en effet, comme l’appareil est mû par un mouvement d’horlogerie qui a pour modérateur une hélice mobile, il suffît de changer la direction des ailes de cette hélice, soit avant, soit même pendant la course, pour augmenter ou diminuer la rapidité de l’évolution dans le sens horizontal; on diminue ou on augmente l’éclairage au-dessus et au-dessous de l’horizon au moyen de deux lamelles de métal servant de diaphragme, que l’on peut écarter ou rapprocher à volonté, en leur faisant former un angle plus ou moins aigu qui permet à la lumière d’arriver avec une intensité différente sur la glace sensible ; les parties sombres du paysage sont alors démasquées dans une proportion beaucoup plus importante que celles que l’on veut
ménager, ce qui permet de conserver toute la perspective aérienne qui se trouve presque toujours perdue lorsqu’on opère par d’autres moyens.
Lorsqu’on emploie le collodion humide, la rapidité est telle que les personnages et autres objets mobiles peuvent être répétés à l’infini sur le même cliché, en variant chaque fois la pose; il suffît pour cela de se transporter sur un autre point aussitôt que l’objectif a dépassé la ligne sur laquelle on s’était placé en premier lieu ; on obtient par ce moyen des paysages animés extrêmement pittoresques.
L’appareil panoramique, dont nous donnons la description figure 34, se compose d’une petite boîte rectangulaire dans laquelle se trouve ajusté un objectif simple automatique ; sous cette boîte un cylindre en cuivre, contenant un mouvement d’horlogerie, sert à imprimer à l’appareil complet un
mouvement régulier de rotation qui s’opère sur un cercle en cuivre fixé à la planchette circulaire soutenue par un pied en canne très-solide.
A l’arrière de cette chambre se trouve une seconde boîte plate, de même hauteur, fixée verticalement et à angle droit ; cette boîte, destinée à recevoir le châssis à collodion, est reliée au porte-objectifpar une petite cloison en tôle, longue et étroite, laissant arriver l’image sur la glace sensible par un diaphragme composé de deux lamelles de métal, dont on peut fixer l’écartement en raison de l’éclairage plus ou moins considérable que l’on veut projeter sur le paysage. Cette cloison est fixée elle-même à une toile imperméable qui se développe, comme un rideau, en roulant sur deux cylindres placés à chacune des extrémités de l’arrière-train, pendant que l’appareil opère son évolution; par ce moyen, toutes les parties de la plaque sensible passent successivement devant l’ouverture longitudinale , sans que la lumière puisse les atteindre par ailleurs que par cette ouverture.
Lorsqu’on veut se servir de cet appareil, on fixe à chacune des extrémités de l’arrière-train un fil conducteur en métal enroulé autour du cercle de cuivre sur lequel l’appareil entier opère son évolution. Le ressort qui doit faire mouvoir le mouvement d’horlogerie est alors monté au moyen d’une clef qui se trouve en avant de l’objectif, l’hélice est orientée de façon à imprimer à l’appareil un mouvement plus ou moins rapide, selon l’éclairage et aussi selon le genre de collodion employé; l’ouverture du diaphragme étant déterminée, on place l’appareil dans la position la plus convenable pour embrasser l’ensemble du paysage que l’on veut reproduire, et dont on peut mesurer l’angle au moyen de deux guidons placés au-dessus du porte-objectif. Le châssis contenant la plaque sensible est alors placé dans l’arrièretrain qui se trouve toujours au foyer, puisque l’objectif est automatique; la planchette est levée, et le bouton d’arrêt, qu’on a eu soin de placer aussitôt le ressort monté, est lâché sans secousse; l’appareil se met en marche aussitôt et opère son mouvement de rotation, pendant que le train de derrière, contenant la glace sensible, roule d’une façon régulière sur
l’IlOTÜGRAPHIE EXTÉRIEURE ET REPRODUCTIONS 109
une tringle d’acier, en présentant successivement toutes les parties de la plaque devant l’objectif.
La description que nous venons de donner peut, à première vue, paraître compliquée, bien qu’en réalité les opérations avec cet appareil soient d’une grande simplicité ; il suffît du reste de le voir fonctionner pour se rendre compte des avantages qu’il présente dans la pratique ; c’est pourquoi nous le recommandons tout spécialement pour la levée des plans et pour la production de groupes et de paysages à grande perspective aérienne.
Reproductions directes, au collodion humide, des gravures, cartes et plans, daguerréotypes, photographies anciennes ou nouvelles, etc., etc.
— Objectifs. — Selon le genre et la dimension des images à reproduire, on choisira le symétrique ou Tuniversel pour les clichés plus petits ou de mêmes dimensions que le dessin original, principalement pour les cartes et les plans; on prendra, au contraire, un objectif double à portrait d’une dimension d’autant plus petite qu’on voudra agrandir davantage; mais, dans ce cas, on devra le retourner, c’est-à-dire que les lentilles de derrière regarderont l’image à reproduire, tandis que celles de devant seront tournées du côté du verre dépoli; quant aux diaphragmes, ils seront réglés en raison du plus ou moins de lumière et du genre de travail à faire.
On se sert généralement d’une chambre noire de grande dimension ayant un long tirage (2 mètres environ), se développant au moyen d’un double soufflet, et posée sur un chariot où elle est maintenue solidement. Ce chariot doit avoir, à une de ses extrémités, une planche verticale sur laquelle on fixe les images à reproduire.
On peut encore se servir, pour cet usage, d’un chevalet à planche verticale mobile, comme nous l’indiquons figure 35; dans ce cas, la planche qui porte l’image à reproduire sera placée bien perpendiculairement avec l’axe de la chambre noire, qui devra elle-même être dans une po&ition rigoureusement horizontale.
La planche A, B, C, D, sur laquelle on fixe l’image à repro-
duire au moyen de punaises, est maintenue dans une position rigide par la presse F, placée à sa partie supérieure ; on peut rélever ou l’abaisser à volonté en tournant une manivelle E qui correspond à la vis sans fin G. — A l’un des pieds se trouve une vis calante H, destinée à maintenir la stabilité parfaite de l’appareil.
L’agrandissement sera d’autant plus considérable que l’on reculera davantage la glace dépolie de l’objectif, tout en maintenant cet objectif au foyer du modèle à reproduire. L’opération pour l’obtention du négatif est en tout point la même que celle décrite au chapitre des manipulations.
Le meilleur moyen pour obtenir beaucoup de détails dans les reproductions de daguerréotypes anciens est de placer l’image à reproduire en plein soleil, sous un angle de 45 degrés, ou de projeter le soleil avec une glace servant de réflecteur.
Si le daguerréotype était sale ou oxydé, ainsi que cela arrive fréquemment, on le nettoierait avant d’en faire la reproduction avec une solution faible de cyanure de potassium étendu d’eau dans laquelle la plaque serait plongée pendant quelques minutes; puis, après un Fig. 33. — chevalet mobile pour lavage fait avec soin, on sécherait reproductions. régulièrement sur une lampe à al-
cool pour éviter les marques d’eau produites par les temps d’arrêt. Pour les cartes, les plans, les manuscrits, on éclairera au contraire de face pour atténuer autant que possible le grenu du papier. , •
Un excellent moyen de faire disparaître en grande partie le grain du papier, lorsqu’on reproduit une photographie, est de la décoller, de la tremper un instant dans l’eau propre, et
de rappliquer ainsi mouillée sur une glace, en ayant soin de chasser les bulles d’air; la reproduction faite au travers de la glace sera presque entièrement exempte de grenu.
Les manuscrits dont le papier a jauni présentent des difficultés assez grandes et nécessitent, dans tous les cas, un collodion peu bromuré et sensibilisé principalement à l’iodure de potassium; on sera également forcé souvent d’avoir recours aux renforçages énergiques et d’employer le bichlorure de mercure et le bromure de potassium. Un très-bon moyen pour neutraliser l’effet antiphotogénique de ces images jaunies par le temps, est de placer un verre violet ou bleu en avant de l’objectif, parce qu’alors tous les rayons jaunes, passant au travers de ce verre coloré, se traduisent en couleurs photogéniques sur la couche sensible.
Les bronzes, zincs, terres cuites, vieilles faïences, etc., se reproduisent difficilement, par suite des tons peu photogéniques de ces objets. On pourra les ramener à une valeur régulière qui rend l’opération facile et le résultat très-harmonieux, en les couvrant d’une couche de couleur à la colle, de nuance gris de fer ou bleu foncé, qui, lorsqu’elle est sèche, présente une surface unie et mate très-photogénique.
Reproduction des tableaux. — La reproduction des tableaux, et surtout des tableaux anciens, est sans contredit celle qui offre les plus grandes difficultés ; on ne peut même pas savoir, par l’inspection d’une toile, si la reproduction en photographie sera bonne ou mauvaise, sans avoir fait au préalable un essai ; car telle couleur, qui à l’œil paraît trèsclaire et brillante, peut être d’une nature peu photogénique et devenir noire, tandis qu’une autre, dont l’aspect est beaucoup plus sombre, se traduira au contraire en une nuance très-claire, donnant alors à la reproduction un aspect tout différent de celui du tableau.
Nous allons faire connaître la méthode dont se sert la maison Goupil, qui s’occupe spécialement de ce genre de travail, sous l’excellente direction de M. Rousselon.
Les tableaux modernes sont d’abord couverts, à l’aide d’un large blaireau, d’une couche d’albumine sucrée, étendue
LA FllüTOGRAPIIlE EN -AMÉRIQUE
d’ime façon aussi uniforme que possible pour enlever les embus.
Les peintures anciennes sont révivifiées par une couche de glycérine ou d’huile d’olive étendue avec une éponge fine.
L’exposition doit se faire en plein air, dans un jardin ou sur une terrasse découverte, en observant toutefois qu’aucune ombre portée de mur, d’arbre ou autres objets avoisinants, ne soit projetée sur le tableau, que l’on enferme dans un écran noir de forme hexagonale, fig. 3G, pour le préserver de toute lumière réfléchie.
La lumière, venant du haut seulement, éclaire le tableau fixé en A; une ouverture B, pratiquée dans la paroi opposée à celle sur laquelle est appliqué le tableau, livre passage à l’objectif.
Le temps de pose ne peut être déterminé d’une manière précise, car il dépend de la nature plus ou moins actinique des couleurs à reproduire et de l’objectif que l’on emploie ; il sera néanmoins préférable d’exagérer un peu l’exposition, afin d’avoir plus de détails dans les verts, les jaunes et les rouges, qui se reproduisent en noir intense lorsque l’exposition n’est pas suffisante.
Le collodion employé se compose de :
Fm. 36. — Appareil hexagonal pour la reproduction des tableaux.
Élher sulfurique rectifié .^00 c. c.
Alcool à 40 degrés 500 —
Colon azotique 9 grammes.
lodure de potassium 2.5 —
— ■ de cadmium 3 —
Bromure de zinc 2 —
► — d’ammonium 2.5 —
Le bain d’argent se compose de :
Eau distillée 1 litre.
Nitrate d’argent fondu deux fois 70 grammes.
Nitrate de zinc cristallisé 30 —
Eu hiver, la quantité de nitrate d’argent sera portée à 80 grammes par litre et celle de nitrate de zinc à 40 grammes. On pourra également augmenter légèrement la proportion de bromure dans le collodiou.