‹ La photographie en AmériqueChapitre 13 sur 151 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DU COLLODION

Manière de faire le coton-poudre et le papyroxyle. — Collodion normal. Liqueurs sensibilisatrices. — Diverses formules de collodions, leur nature et leurs propriétés. — Moyen de purifier le collodion et de le décolorer pour lui rendre ses qualités perdues. — Appréciation des collodions. — Filtration sur le charîvre et le coton de verre.

On nomme collodion un fluide trans.parent et glulineux qu’on obtient par une dissolution de pyroxyle ou cotonpoudre dans une certaine proportion d’étlier sulfurique et d’alcool réunis.

Le succès dépend surtout de la qualité du coton-poudre qui entre dans la fabrication du collodion.

Quoique nous préférions, pour faire notre collodion, nous servir de coton-poudre fabriqué par quelques maisons spéciales qui ont la réputation de ne livrer que de bons produits, à raison des difficultés que présente cette opération et de l’impossibilité d’obtenir toujours des substances de première qualité, nous allons donner la manière de fabriquer soi-même cette substance importante.

Pyroxyline. — La pyroxyline, ou coton azotique, est un composé de cellulose, coton, papier non collé, etc., dont plusieurs équivalents d’hydrogène ont été remplacés par autant d’équivalents d’acide hypoazotique. Suivant la force des acides> leur température au moment de l’immersion, la quantité d’eau, etc., il se produit plusieurs variétés de coton-poudre, ayant des qualités bien différentes, selon qu’il contient 6, 7, 8 ou 9 équivalents d’acide hypoazotique (AzO^) à la place d’autant d’équivalents d’hydrogène.

Le coton azotique contenant G et 9 équivalents d’acide hyponitrique ne peut pas être employé pour le collodion photographique, le premier parce qu’il est trop soluble, le

DU COLLODION

second par ce qudl ne l’est pas assez dans le mélange d’éther et d’alcool. Nous n’aurons donc à nous occuper que de celui qui contient 7 et 8 équivalents d’acide hypoazotique à la place d’un nombre équivalent d’hydrogène, dont la qualité variera encore selon les proportions relatives de ces deux produits, ainsi qu’il sera expliqué plus loin.

Lorsque l’acide nitro-sulfurique est trop fort, le coton azotique reste insoluble dans le mélange d’éther alcoolisé, c’est ce qui a lieu lorsqu’il est à 9 équivalents, il est alors extrêmement explosif, c’est pourquoi on l’emploie de préférence pour les mines; si au contraire le mélange des acides est trop faible, le produit qui en résulte ne contenant que 6 équivalents, se dissout dans l’eau, ce qui le rend, comme le précédent, impropre aux usages photographiques; pour obtenir de bonne pyroxyline il faut donc rester entre ces deux proportions.

Le pyroxyle bien préparé, pèse environ un quart en sus de la quantité du coton employé ; dans ces conditions il se dissoudra en entier et donnera une couche suffisamment adhérente et fine.

La moindre variation dans les proportions relatives d’acide sulfurique, d’acide nitrique et d’eau, a une très-grande influence sur la qualité du coton azotique; or, comme la solution s’affaiblit au fur et à mesure qu’elle subit l’action du coton, il faut tenir compte de l’équivalent d’oxygène et d’acide azotique qui forme de l’eau en présence de la cellulose, en augmentant un peu la proportion de l’acide sulfurique.

On doit employer de préférence l’acide sulfurique concentré du commerce, marquant 65® Baumé, d’une densité de 1.8, et l’acide nitrique concentré d’une densité de 1.42. La proportion est de l,000cc d’acide sulfurique pour 40Çcc d’acide azotique; on les mélange dans un vase en porcelaine avec une baguette en verre, en ayant soin de placer le récipient sous le manteau d’une cheminée pour se mettre à l’abri des vapeurs délétères.

Les précautions suivantes devront être observées :

1® Que la température du mélange des acides dans lequel

on a plongé un lliermomèlre ne soit pas sensiblement audessus ni au-dessous de 55 à 60 degrés centigrades, au moment où on y plonge le coton, car la température du mélange des acides lors de l’immersion a une très-grande influence sur la nature du coton-poudre et sur son action dans l’alcool éthérisé. Cependant, pour certaines variétés de cotons azotiques destinés au collodion émulsionné, on pourra élever la température jusqu’à 80 degrés, et maintenir le mélange à cette chaleur avec un bain d’eau chaude jusqu’après l’immersion de tout le coton.

Le colon fait à haute température est d’uue nature poudreuse, à fibre courte et laineuse, sa couleur est jaunâtre; il produit un collodion mince et pulvérulent qui donne des images d’une grande intensité, mais il est moins sensible à la lumière que celui préparé avec un coton fait à basse température. Ce collodion est éminemment propre aux procédés à sec.

A une température moyenne, le coton conserve sa couleur blanche et le même aspect qu’il avait avant sa transformation ; le collodion qu’il donne est plus épais et plus rapide que le précédent, tout en produisant des images moins intenses et plus harmonieuses ; ce coton doit être choisi de préférence pour les portraits faits dans un atelier. Avec un colon préparé à une température trop basse, le collodion reste épais et glutineux, il laisse des stries sur la glace et les images manquent d’intensité.

La quantité de coton à employer est de 60 grammes pour l,400cc du mélange des deux acides nilro-sulfuriques, on le divise par petites portions de 5 à 10 grammes qu’on plonge successivement dans le liquide refroidi à la température de 55 à 60 degrés centigrades, en a^^ant soin de le presser avec une baguette en verre pour faire sortir l’air emprisonné dans les fibres. Quand tout le coton a été immergé, on couvre le vase avec une glace pour que l’air ne puisse s’y introduire, et l’on attend dix minutes environ ; après quoi le coton est retiré de l’acide pour être soumis à un lavage abondant dans l’eau courante, jusqu’à ce qu’il soit débarrassé complètement de toute trace d’acide, ce dont on peut s’assurer en pressant

DU CÜLLODION

du papier bleu de tournesol dans la niasse; lorsque ce papier ne rougit plus, le coton, divisé en cardes minces, est étendu sur du papier blanc et exposé à l’air libre, mais à l’abri de la poussière, jusqu’à dessiccation complète.

On peut faciliter l’élimination des acides en mettant quelques gouttes d’ammoniaque dans les eaux de lavage, mais dans ce cas, il faut se garder d’un excès, car les alcalis décomposent le pyroxyle.

La nature et la qualité du coton ont une grande importance pour la fabrication de la pyroxyline, car certaines variétés contiennent de la poussière, de la paille, et très-souvent des matières résineuses et grasses ; pour le débarrasser de ces impuretés on doit le faire bouillir pendant quelques instants dans une dissolution alcaline dépotasse caustique à 15 ou 20 pour cent, puis le laver abondamment à l’eau courante et le sécher eonipléfement dans une étuve, car s’il conservait la moindre humidité il changerait le degré de concentration des acides,’ et par cela même la nature et la qualité du cotonpoudre.

Le coton peut être remplacé par du papier non collé pour la fabrication de la pyroxyline, dans ce cas on emploie le papier de soie connu sous le nom de papier de Suède, à l’état le plus pur possible ; les résultats ne diffèrent pas sensiblement de ceux que donne le bon fulmi-coton, cependant on a remarqué que le collodion obtenu par coproduit donne une couche plus homogène et exempte de structure, l’image qui en résulte est alors plus fine et plus harmonieuse, elle a également plus de détails dans les ombres et plus de demiteintes dans les clairs.

Malheureusement, nous devons avouer, après maints essais, qu’on trouve rarement ce produit à l’état parfait, et qu’on est obligé de s’adresser aux fabriques étrangères pour avoir les meilleures qualités. Nous donnons ci-dessous la formule du docteur Liésegang, dont les produits nous ont donné les meilleurs résultats.

Acide sulfurique (de 66 degrés] 1 litre.

— nitrique (de 1,40 gr. spécifique' . . . 1 —

l'apier de soie blanc coupé en bandes. . . 60 grammes.

On laisse tremper le papier de soie dans ce mélange refroidi jusqu’à ce qu’une petite partie bien lavée et séchée se dissolve parfaitement dans un mélange égal d’éther et d’alcool. La durée de l’immersion varie, selon la température et la qualité du papier, de trois à dix heures. La proportion des acides indiquée plus haut peut également changer avec certaines qualités de papier pour arriver au même résultat.

Le papyroxyle se prépare en bandes de 17 sur 45 centimètres, on peut se servir de cuvettes en porcelaine semblables à celles qui sont employées pour les bains d’argent. Le lavage se fait dans de grandes cuves en bois; et, pour sécher les bandes de papier, on peut les suspendre sur des cordes. Le séchage se fait très-vite, vingt minutes environ ; tandis que le coton nécessite une installation spéciale pour éviter le danger du feu.

Le papyroxyle se dissout facilement dans toute proportion d’alcool éthérisé, la quantité est la même que celle du coton azotique.

Indépendamment de la méthode que nous avons indiquée pour la fabrication en grande quantité du coton azotique, on peut aussi employer un mélange de nitrate de potasse (salpêtre) et d’acide sulfurique à la proportion de :

Acide sulfurique concentré à 1.86 de den-

sité 450 c. c.

Nitrate de potasse bien sec 225 grammes.

Coton blanc bien nettoyé et sec 30 —

Voici comment on procède :

Le nitrate de potasse, étant bien pulvérisé et ^cehé avec soin, est mis dans un vase en porcelaine placé sous le manteau d’une cheminée qui tire bien; on ajoute l’acide sulfurique en mêlant ces deux substances avec une baguette en verre, jusqu’à ce qu’elles forment une pâte bien homogène et que la température du liquide soit descendue à environ 50 degrés centigrades ; on immerge alors promptement le coton bien divisé par petites parties et on agite pour l’imprégner de ce liquide dans toutes ses parties. Dix minutes

DU COLLODION

d’immersion sont généralement suffisantes pour obtenir un coton bien soluble dans l’étlier alcoolisé; néanmoins, par une température très-basse, on pourra sans inconvénient augmenter le temps de quelques minutes. Une immersion trop courte donne un coton peu soluble, mais susceptible néanmoins de donner de bons résultats, surtout pour le collodion sec; il y aurait un inconvénient plus grave si le coton était resté trop longtemps dans un mélange abondant, car, devenant trop soluble, il produirait un collodion maigre dénué de ténacité sur la glace et donnant des couches faibles et grises.

■ Il n’est pas avantageux de préparer une trop grande quantité de pyroxyle à la fois, parce que si quelque partie du coton non baigné dans la solution restait en contact avec l’air, il pourrait se décomposer. La quantité de 30 grammes est facile à mouvoir et donnera des résultats définitifs satisfaisants.

Quand le coton prend une apparence fibreuse, et que ces fibres se cassent facilement en les séparant, on doit retirer la masse et la plonger dans l’eau pour la dégager de l’acide qu’elle contient; il faut la laver avec soin en renouvelant l’eau continuellement, jusqu’à ce qu’elle ne présente plus de réaction acide, ce dont on devra s’assurer au moyen de quelques gouttes d’une solution de chlorure de barium, qui troublera l’eau du lavage si elle contient encore de facide sulfurique ou du sulfate de potasse. Le dernier lavage devra se faire dans l’eau chaude, surtout en hiver, puis dans l’alcool, pour enlever toute trace d’eau, après quoi on tordra le coton dans une serviette propre, puis on l’étendra sur une feuille de papier blanc, pour le faire sécher à l’ombre et à l’abri de la poussière.

Lorsque le coton est bien sec, on peut en prendre quelques parcelles qu’on place sur un papier bien blanc. Si, en y mettant le feu, il brûle promptement sans laisser de résidus noirs, il sera dans de bonnes conditions, car il se dissoudra complètement dans le mélange d’éther sulfurique et d’alcool.

Une cause fréquente d'insuccès est, soit l’humidité du nitrate de potasse ou du coton lorsqu’on le plonge dans le

mélange, soit encore un acide sulfurique trop fort ou de mauvaise qualité.

Le colon azotique peut maintenir ses qualités indéfininiment lorsqu’il est parfaitement neutre, mais il est éminemment explosible, aussi doit-on le tenir éloigné du feu et éviter qu’il reçoive le moindre choc ; le meilleur moyen de le conserver est de le renfermer dans des boîtes en carton ou en ferblanc, percées de petits trous pour aérer l’intérieur, on évitera ainsi la décomposition qui pourrait se produire dans des vases hermétiquement clos.

Il peut arriver que, malgré tous les soins qu’on aura apportés à se procurer un bon coton ou du papyroxyle irréprochable, on ne soit pas arrivé à ce résultat tant désiré d’où dépend surtout la bonne ou la mauvaise qualité ducollodion; dans ce cas, nous allons indiquer le moyen de transformer tous les mauvais cotons azotiques et papyroxyles en un produit nouveau possédant toutes les qualités du coton ou du papyroxyle le plus parfait. Le prix de revient augmente, il est vrai, de plus de moitié, mais comme la quantité à employer de ce produit est relativement très-minime, le surcroît de dépense devient insignifiant.

Coton précipité. — Faites dissoudre tous vos mauvais cotons ou papyroxyles dans un mélange d’éther et d’alcool à raison de 3 à 4 p. 100; laissez reposer pendant quelques jours, puis décantez la partie limpide seulement; versez alors ce collodion bien lentement dans un grand baquet très-propre rempli d’eau distillée bouillante, en ayant soin que le filet de collodion tombe sur l’eau et non sur le précipité, afin d’obtenir non une masse compacte, mais de légers flocons ; lorsque tout est versé, remuez convenablement avec une baguette en verre ; versez le tout sur un tamis de crin en recueillant le liquide si vous voulez redistiller l’éther et l’alcool ; renouvelez l’eau distillée trois ou quatre fois et laissez séjourner dans la dernière pendant vingt-quatre heures au moins; renouvelez l’eau une dernière fois, et alors faites bien sécher à l’abri de la poussière : vous

DU COLLODION

aurez un produit blanc mat, ayant l’apparence de petites parcelles de gomme laque.

On peut aussi modifier l’opération en versant l’eau bouillante dans le collodion ; dans ce cas, pour que l’action se produise sur toutes les parties du coton, on fait un collodion aussi épais que possible et on l’étend en une couche très-mince sur toutes les parois d’un vase en porcelaine, tel que cuvette, terrine, etc., etc., que l’on remplit alors d’eau bouillante en la projetant sur toutes les parties enduites, au moyen dhin vase à goulot étroit; le reste de l’opération se fait comme il a été expliqué plus haut.

Ce produit très-léger, qui a perdu sa qualité explosible, est soluble dans une partie d’eau et d’éther, et il s’altère plus ou moins à l’air, étant légèrement hygrométrique.

A quantité égale il produit un collodion plus épais que le coton azotique de bonne qualité, la proportion à employer doit donc être diminuée d’un dixième au moins; il se dissout complètement, mais plus lentement que le fulmi-colon, dans le mélange d’alcool éthérisé.

On facilite la dissolution de ce produit en le laissant macérer pendant quelques instants dans l’alcool avant d’y introduire l’éther destiné à former le collodion.

Le coton précipité est particulièrement favorable pour faire le collodion à émulsions, dont il sera parlé dans cet ouvrage.

La fabrication du coton-poudre, quel qu’il soit, est une opération délicate et difficile, qui présente plus d’une chance d’insuccès, outre l’inconvénient des exhalaisons malsaines qui se dégagent du mélange des acides; aussi engageonsnous les opérateurs à se procurer le coton tout préparé par les maisons qui en font une spécialité.

Préparation du collodion normal. — Le collodion normal se compose d’éther sulfurique à 62 degrés, d’alcool rectifié à 40 degrés et de coton azotique, dans la proportion suivante :

Éther sulfurique concentré à 62 degrés . . 300 c. c.

Alcool rectifié à 40 degrés 250 —

Coton azotique, environ 5 grammes.

Cette proportion peut être modifiée selon la température, ainsi qu’il sera indiqué plus loin; en outre, lorsqu’on voudra sensibiliser avec une liqueur alcoolique-iodurée, on devra tenir compte de la quantité d’alcool de cette liqueur, pour la retrancher du collodion normal.

Versez d’abord l'alcool dans un flacon bien propre, ajoutez le coton, et remuez jusqu’à ce qu’il soit bien saturé de liquide; versez alors l’éther et secouez fortement le mélange, jusqu’à ce que le coton soit entièrement dissous; ce liquide sera glutineux, on devra le laisser déposer pendant deux jours, puis^le décanter dans un second flacon, où il reposera jusqu’au moment où on voudra le sensibiliser.

L’expérienee nous a démontré qu’il est préférable de préparer le collodion en le sensibilisant au fur et à mesure des besoins, au moyen d’une liqueur iodo-bromurée qui se conserve indéfiniment sans s'altérer.

L’éther sulfurique acide ou alcalin ne vaut absolument rien; il doit donc être parfaitement neutre pour donner une couche transparente et homogène, sa densité sera au moins de G 2 degrés.

La plupart des éthers provenant des fabriques du nord de la France contiennent des huiles empyreumatiques qui enlèvent au collodion une grande partie de sa sensibilité; on doit donc rechercher l’éther redistillé sur l’huile ou sur la potasse caustique, comme le fabriquent quelques maisons de Paris, qu’on ne saurait trop encourager pour les efforts qu'elles font afin de livrer des produits chimiquement purs.

Quant à l’alcool, on peut indifféremment se servir de celui qu’on extrait du grain, ou par la distillation du vin; la rectification à 40 degrés est suffisante, car si elle était portée plus loin, les sels photographiques qui servent à la sensibilisation se dissoudraient mal, et la couche sensible se dégraisserait difficilement dans le bain d’argent qu’elle repousserait; cette couche sécherait, en outre, rapidement et inégalement.

L’alcool trop faible produit un collodion peu adhérent dont la couche se fendille, étant sèche.

Certains cotons fournissent un collodion plus épais que

DU COLLODION

(l’autreS; aussi la quantité indiquée n’est-elle qu’approximative; on pourra s’assurer que la proportion est bonne, en étendant sur une lame de verre un peu de ce collodiou normal, après qu’il sera parfaitement reposé; si, après l’évaporation de ré Hier, une couche égale couvre la glace, et que cette couche ait assez de consistance pour se maintenir sans se fendiller, le collodiou pourra servir; s’il ne remplissait pas cette condition, ajoutez du coton pour le rendre suffisamment consistant.

Si, au contraire, il était tout d’abord trop épais, et qu’il ne pût pas s'étendre sans stries et sans donner une couche inégale, on ajouterait de l’éther et de l’alcool dans la même proportion relative indiquée plus haut.

La proportion d’éther que nous indiquons est celle qui convient le mieux dans la plupart des cas; cependant elle pourra être modifiée selon la température, et surtout en raison de la dimension des épreuves et du genre de travail qu’on se propose d’exécuter. Un collodion contenant beaucoup d’éther, par rapport à l’alcool, fait prise et sèche trop promptement, et peut en outre donner des épreuves dures et heurtées.

L’alcool retarde la prise et augmente la sensibilité, il donne plus d’harmonie à l’image, mais le collodion devient moins fluide, en raison de la proportion qu’il contient. La fluidité dépend aussi de la nature des sels photographiques employés pour la sensibilisation, et dont nous parlerons plus loin.

Nous sommes partisan des collodions très-chargés en coton et donnant par conséquent une couche aussi épaisse que possible, autant toutefois qu’il s’étendra bien sans stries ou rides, parce que, en employant un bain d’argent à 8 pour 100* et une proportion d’iodure et de bromure convenable, les clichés auront rarement besoin d’être renforcés, ainsi que cela arrive lorsque la couche est trop mince; ils seront alors plus purs et plus harmonieux que ceux sur lesquels on est obligé de revenir plusieurs fois pour leur donner une intensité suffisante, et qui souvent sont empâtés et heurtés; ils gagneront également en rapidité.

Sensibilisation du collodion négatif. — Ce collodion ainsi préparé, il ne reste plus qu’à y ajouter les substances qui, combinées avec l’azotate d’argent, doivent former une couche sensible à l’action de la lumière.

Ces substances sont : les iodures et bromures solubles, alcalins et métalliques.

Ceux qu’on emploie le plus généralement sont : les iodures et bromures d’ammonium, de cadmium, de sodium, de strontium, de lythium, de manganèse, de potassium, de zinc, etc., etc.

L’iüdure et le bromure d’ammonium sont solubles dans l’alcool à 40 degrés.

L’iodure et le bromure de cadmium sont solubles dans l’alcool pur.

Lorsqu’on veut sensibiliser le collodion normal, sans employer la liqueur alcoolique préparée à l’avance, les iodures et les bromures doivent êtres dissous isolément dans un mortier avec une partie de l’alcool destiné à faire le collodion normal, puis on ajoutera le bromure à l’iodure; on verse alors cette double solution dans le collodion, par petites quantités à la fois, en agitant le flacon pendant quelques minutes. Le collodion, ainsi préparé et bien bouché avec un bouchon de liège, devra rester au moins deux ou trois jours au repos, avant d’être employé.

L’iodure et le bromure de potassium, lorsqu’on les ajoute au collodion avec d’autres iodures, forment un précipité blanc qu’on devra décanter après que le dépôt des impuretés se sera formé au fond du flacon, et que les réactions diverses se seront effectuées librement.

L’iodure de potassium employé isolément est le plus lent à recevoir l’impression lumineuse, mais il rachète ce défaut par une grande intensité dans les noirs du cliché qu’il produit, et par une grande finesse de détails dans l’image ; cette finesse ^tient surtout à la lenteur avec laquelle l’argent, se réduisant pendant le développement, vient se fixer sur les parties impressionnées. Combiné avec des bromures, il acquiert une plus grande sensibilité, surtout en présence des couleurs vertes.

DU COLLODION

Le collodion préparé à Tiodure de potassium est le plus propre aux reproductions de plans, de lettres-autographes, d’imprimés, etc., etc., en un mot, de tout ce qui exige de l’opacité dans les blancs et de la transparence dans les noirs.

. L’iodure d’ammonium, un peu plus sensible que le précédent, donne des clichés moins intenses que ceux obtenus avec l’iodure de potassium, mais les images qu’il fournit sont remarquablement harmonieuses; cet iodure rend le collodion fluide, mais il rougit promptement.

Enfin, l’iodure de cadmium, qui domine comme rapidité, donne des noirs très-peu intenses, et l’image résultant de son emploi isolé est uniforme et plate, souvent voilée. C’est pourquoi nous employons de préférence cet iodure combiné avec les iodures d’ammonium et autres. On verra plus loin les formules que nous indiquons et le moyen de tirer un parti avantageux des différentes qualités particulières des iodures en les réunissant.

Le collodion sensibilisé avec l’iodure de potassium et d’ammonium prend en très-peu de temps une couleur rouge foncé, provenant de l’acidité du pyroxyle qui réagit sur les iodures et les décompose; c’est alors l’iode mis en liberté qui communique cette couleur rouge au collodion. Arrivé à ce degré, il a perdu une grande partie de ses qualités, et surtout de sa sensibilité.

Avec riodure de cadmium seul, le collodion reste incolore et conserve ses qualités très-longtemps ; mais cette préparation étant moins fluide que celle obtenue avec les autres iodures, il faudra mettre une moins grande quantité de coton azotique dans le collodion normal, et augmenter la proportion d’éther, en réduisant celle de lalcool.

Il est rare du reste que les collodions préparés avec chacun de ces iodures et bromures pris séparément donnent de bons résultats : la pratique démontre qu’un mélange de plusieurs collodions préparés chacun avec des iodures différents, ou Un mélange de plusieurs iodures et bromures réunis, formant une liqueur alcoolique, offre de meilleures conditions de stabilité et possède des qualités supérieures.

Le collodion sensibilisé avec Fiodure de potassium, par exemple, donnant souvent des épreuves trop intenses lorsqu’on opère par une forte lumière, peut être modifié et rendu excellent avec une certaine proportion de collodion préparé avec Fiodure de cadmium, dont les couches ont trop de transparence lorsqu’il est employé isolément.

Les collodions neufs ne s’harmonisent pas aussi bien généralement avec un bain neuf qu’avec un vieux bain; dans ce cas, on peut ajouter une quantité de vieux collodion à celui nouvellement préparé.

Presque tous les collodions opèrent mieux lorsqu’ils sont faits et reposés depuis quelques jours que lorsqu’ils sont neufs ; mais s’ils se bonifient pendant une période croissante, qui peut varier de un à. deux mois, les réactions, d’abord favorables, changent entièrement leur nature après un temps trop prolongé ; la sensibilité alors va en diminuant, la ténacité se perd, la couche n’a plus de consistance et se soulève pendant les opérations; l’image résultant d’un pareil collodion est criblée de trous, grise et terne dans tout son ensemble.

Nous allons donner quelques formules de collodions pour négatifs, avec les indications des mélanges.

On observera que les proportions d’iodures et de bromures que nous indiquons peuvent varier selon la température et la saison; par de fortes chaleurs, la quantité sera évidemment moindre que lorsque le thermomètre sera très-bas; la force du bain d’argent lui-même devra suivre la proportion des iodures contenus dans le collodion.

Il existe plusieurs moyens de sensibiliser le collodion normal. Quelques opérateurs ajoutent immédiatement les iodures et les bromures, suivant les formules que nous indiquerons; d’autres préfèrent opérer le mélange de ces iodures et bro* mures au moment de se servir du collodion, au moyen d’une solution alcoolique saturée de ces différents sels réunis.

Dans les latitudes chaudes, comme le collodion sensibilisé se décompose facilement, cette dernière méthode est préférable; dans tous les cas, lorsque cette solution, aussi bien que le collodion normal, est parfaitement reposée, il est tou-

DU COLLODION

jours facile par ce moyen de se procurer immédiatement un bon collodion ayant, selon la température, un degré d’ioduration convenable.

On comprendra, par ce qui vient d’être dit, qu’il est toujours utile d’avoir sous la main un flacon contenant une de ces solutions, dont on peut ajouter quelques gouttes à n’importe quel collodion déjà sensibilisé, lorsque la température baissant tout à coup, la couche d’iodure d’argent qui se forme est trop transparente pour donner un cliché vigoureux.

L’excès d’iodure ou de solution sensibilisatrice dans le collodion produit une couche opaque jaunâtre donnant généralement une image voilée et uniforme, qui est facilement rougie par le fixateur. Une quantité trop faible donne, au contraire, une couche nitratée transparente et bleuâtre qui produit des images maigres et heurtées.

Les solutions alcooliques d’iodures et de bromures que nous allons indiquer ont peut-être le défaut de produire un collodion un peu moins sensible que quelques autres préparations, surtout celle à l’iodure et au bromure de cadmium ; mais, en raison de sa lenteur même, les clichés auront d’une part plus d’intensité, et d’autre part plus de modelé et de détails dans les ombres ; en un mot, l’image sera plus harmonieuse, plus douce et plus brillante en même temps.

Quelle que soit du reste la proportion d’éther et d’alcool dans le collodion normal, il pourra être sensibilisé au moyen de cette liqueur iodo-bromurée.

Solution alcoolique iodo-bromurée pour sensibiliser le collodion.

Formule n® 1 , pour le travail d'étc.

lodure d’ammonium

grammesi

— double de potassium et cadmium. .

— de cadmium

— de zinc

Bromure d’ammonium.

— de cadmium

Iode en paillettes

Alcool à 40 degrés. . .

litre.

Faites dissoudre chacun des iodures dans une partie de l’alcool, en ayant soin de les broyer d’abord dans un mortier en verre; après dissolution complète, réunissez ensemble tous les iodures; ajoutez-les aux bromures préalablement dissous de la même manière dans l’aulre partie d’alcool , remuez bien le flacon pour opérer le mélange, et laissez reposer cette solution pendant quelques jours. Pour sensibiliser un collodion normal, il suffira d’ajouter 10 centimètres cubes de cette solution à 100 centimètres cubes de collodion, et de remuer le flacon pour opérer le mélange convenablement.

Cette proportion de 10 pour 100 pourra varier selon la température et les circonstances dans lesquelles on voudra opérer. Pour le paysage sur collodion humide, par exemple, la proportion pourra être réduite à 8 ou 7 p. 100.

Nous ferons remarquer que l’iodure et le bromure de potassium étant très-peu solubles dans l’alcool à 40 degrés, on devra faciliter la dissolution en humectant légèrement les cristaux de quelques gouttes d’eau distillée avant de verser l’alcool.

Formule iio s, pour le truTail du priutempi» e( de rautomne.

lodure d’ammonium

grammes,

— de cadmium

— de lythium

— de strontium

— de zinc • . . .

Bromure d’ammonium

— de cadmium ......

Iode pur en paillettes

Alcool à 40 degrés

litre.

Formule n<> 3, pour le travail tPbiver.

lodure d’ammonium

— de cadmium .... . ..

— de sodium cristallisé .

Bromure de cadmium . .. . ..

Iode en paillettes ......

33 grammes.

Page 1