PERSPECTIVE
Nous espérons donc cpi'il suffira à tout photographe expérimenté de lire attentivement la description que nous donnons plus loin pour arriver vite et bien à un excellent résultat, s’il tient compte exactement de toutes nos ol)servations, et s’il suit à la lettre toutes les formules que nous indiquons, car il n’y a aucune raison pour qu’une opération chimique et m.écaniquc qui réussit dans les mains d’un manipulateur ne réussisse pas dans d’autres mains ; mais il faut pour cela, comme pour toute autre chose, de l’adresse, du soin, du goût et, par dessus tout, de la persévérance.
Principe sur lequel repose ce procédé. — Ce qui
forme la base du procédé que nous allons décrire est la gomme bichromatée.
La gomme, comme on le sait, est hygrométrique, mais si on expose à la lumière une surface gommée et bichromatée sous un cliché, les parties insolées deviennent insolubles, tandis que les parties préservées par les noirs du cliché restent hygrométriques, et cela en raison de l’insolation.
Si donc on passe un blaireau contenant une poudre quelconque à la surface d’une glace recouverte d’une couche de gomme bichromatée et préalablement exposée sous un cliché négatif, cette poudre adhérera plus ou moins sur la couche, selon que l'action lumineuse aura rendu certaines parties plus ou moins hygrométriques, et formera ainsi l’image désirée.
Ces notions préliminaires sont suffisantes pour faire comprendre au photographe ce qui va suivre.
Perspective. — Pour que le cliché d’un paysage ou autre sujet devant servir à produire le fond d’un autre cliché sur lequel figurent un ou plusieurs personnages dans une position déterminée, soit dans les meilleures conditions possibles de perspective, il faut que la ligne des yeux du personnage, lorsqu’il est debout, se trouve à la hauteur de l’horizon.
Ne pouvant nous étendre trop longuement sur ee sujet, nous engageons ceux de nos lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec ce genre de dessin, de consulter les traités
élémentaires de la perspective, afin de pouvoir placer le modèle dans une position convenable ; dans tous les cas, il suffira de faire, d’après nature, un paysage dans lequel se trouveront groupés plusieurs personnages à des distances plus ou moins rapprochées de l’objectif, pour se rendre compte de la perspective, et pour avoir alors un modèle pouvant servir de point de comparaison.
Opérations. — Étant donné un cliché de paysage ou autre fait d’après nature ou 'par reproduction d’un dessin, d’une gravure, etc., etc., devant servir de fond, on fait une épreuve positive soit aux sels d’argent, soit aux sels de chrome, dont on décalque les principaux contours sur un papier végétal que l’on applique sur la glace dépolie de la chambre noire, afin de déterminer la position et la grandeur tà donner au sujet, aussi bien que l’elidroit exact où il doit être placé, en ayant soin de remarquer que, dans ce travail, les clichés étant retournés, il faut placer -le personnage de façon qu’il soit également retourné, c’est-à-dire que, si on veut qu’il figure à droite, il faut le placer à gauche, et vice versa. Le moyen le plus simple, dans ce cas, est de retourner le calque lorsqu’on l’applique sur la glace dépolie.
Quand la pose du personnage est bien déterminée, on fait le cliché comme d’habitude, et après la retouche sur gomme on recouvre de vernis, en ayant soin d’éviter le contact des doigts sur cette surface, car il se produirait inévitablement des taches lors des opérations subséquentes.
Le modèle devra poser devant un fond plus ou moins noir, suivant réfTet de perspective que l’on veut obtenir ; dans tous 'les cas, le fond qui convient le mieux est celui qui est gris noir à la partie supérieure et d’un noir absolu dans le bas, en se fondant graduellement.
Le tapis sur lequel on pose le modèle doit être également d’un noir mat sans reflets. On remarquera qu’avec ce procédé on peut superposer du blanc sur du noir, mais que le contraire est impossible pour dès causes qui seront démontrées plus loin.
Il arrive fréquemment que, par une cause quelconque, les
OPÉRATIONS
clichés sont voilés ; comme il importe au succès de l’opération que le fond soit au contraire très-transparent, on devra remédier à ce défaut en passant à la surface une peau de daim bien propre pour enlever le voile en évitant de toucher au sujet.
Quand le cliché est terminé et verni, comme le modèle se trouve en quelque sorte suspendu dans le vide, puisque tout le reste de la g'iacc doit être transparent ou à peu près, pour y appliquer le fond choisi, il faut lui faire subir une première opération qui consiste à le recouvrir du mélange suivant :
Eau filtrée. 100 c. c.
Albumine 100 —
Glycérine 5 —
Après avoir renversé l’excès du liquide dans un second flacon, on fait sécher la plaque doucement au-dessus d’une lampe à alcool, puis on coagule l’albumine soit dans une solution aqueuse ou alcoolique de nitrate d’argent, soit par la vapeur d’eau ou simplement par l’immersion dans l’alcool à 40^", on lave ensuite et on fait sécher.
11 arrive parfois, lorsque les négatifs sont vernis depuis longtemps, que l’albumine refuse de s’étendre régulièrement sur le vernis ; il faut, dans ce cas, laver avec précaution la surface du cliché, en employant une solution légère de bichromate de potasse, pour enlever la matière grasse avant de verser la solution albuminoïde.
On peut remplacer la solution d’albumine indiquée plus haut, par une couche légère de gélatine sur laquelle on passe soit du tannin, soit de l’alun, pour la rendre insoluble.
Ce qui réussit également très-bien, c’est de recouvrir le cliché d’une nouvelle couche de vernis étendu d’une quantité égale d’alcool, avant de faire toutes les opérations ultérieures.
Quand le cliché est sec, on verse à la surface une couche de la solution sensible suivante, et dès lors toutes les opérations doivent être faites dans le laboratoire, à l’abri de la lumière blanche.
Eau filtrée
Sucre candi
Miel (selon la température) . ... de 1 à
Dextrine
Gomme arabique
Phénol
Glycérine
Bichromate de potasse
Le liquide sirupeux est versé sur le cliché de la même façon que lecollodion, et l’excès peut être recueilli dans un second flacon pour servir à nouveau, après quoi on sèche la couche doucement au-dessus d’un fourneau ou d’une lampe à alcool, puis on expose à la lumière sous un cliché représentant le fond que l’on veut voir reproduit.
Il va sans dire qu’avant de mettre en lumière, le cliché du ou des personnages doit être mis en contact parfait avec celui du fond, et cela de façon que le sujet occupe la place la plus convenable pour l’harmonie du tableau.
On pourra se servir, soit d’un châssis ordinaire, soit, ce qui est plus commode, de quatre pinces américaines qui maintiendront les deux glaces appliquées l’une contre l’autre pendant l’insolation.
Impression de l’image. — Comme l’image s’imprime d’une manière latente sans que l’œil puisse la voir, il est nécessaire d’employer le photomètre pour juger exactement du temps de pose”, qui peut varier de une à trois minutes au soleil, et de cinq à dix minutes à l’ombre, selon l’intensité du cliché de fond.
Lorsqu’on juge l’exposition suffisante, on rentre le châssis dans le laboratoire, et on procède au développement de l’image de la manière suivante :
Développement. — Le cliché qui a reçu l’impression est placé sur la glace d’un pupitre à retouche, en face d’une fenêtre garnie de verres jaunes, et on passe sur toute la surface, — en évitant de toucher au modèle, — un blaireau fin chargé de poudre galvanoplastique impalpable (plombagine) ; sous cette friction, l’image du fond apparaît peu à peu ; quand
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
on juge qu’elle est assez vigoureuse, on fixe la poudre en recouvrant le cliché d’une couche de collodion normal trèsléger, composé de :
KÜier sulfurique 100 c. c.
Alcool à 40 degrés 100 —
Collodion normal à 1 pour lOU de coton azotique 10 —
Lorsque le collodion est sec, on plonge la plaque dans l’eau pendant quelques minutes pour la débarrasser du bichromate de potasse, qui pourrait retarder l’impression par sa teinte antiphotogénique ; après dessiccation, le cliché est verni de nouveau et il est alors prêt pour le tirage photographique.
Observations générales. — La durée de l’exposition est très-variable, car elle dépend de plusieurs causes, et, comme le succès dépend en grande partie de la justesse de finsolalion, il est important de déterminer au préalable le degré ou le nombre de teintes du photomètre pour chacun des clichés de fonds à imprimer ; le numéro ou la teinte du photomètre étant marqué, il deviendra alors plus facile d’opérer avec une grande approximation lorsqu’on voudra imprimer ces clichés, car il suffira de tenir compte de l’h}grométrie du milieu où on opère, de l’état de la température et de l’atmosphère, pour arriver à un résultat certain.
En général, si la pose a été dépassée, la poudre adhère difficilement et d’une façon inégale ; quand, au contraire, le temps d’exposition a été trop court, la poudre galvanoplastique s’attache partout et empâte l’image, qui manque alors de détails. Une épreuve dont la pose a été bien calculée se développe avec la plus grande facilité et une régularité parfaite sous le blaireau chargé de poudre, lorsqu’on le promène à la surface du cliché.
Avec un peu d’attention et d’adresse, on arrive à donner des effets très-artistiques à ces fonds, dont certaines parties peuvent être ménagées, tandis que d’autres sont, au contraire, intensifiées pour produire des lumières lors de l’impression de l’image positive.
Quand l’hygromèlre indique que le temps est humide, il faut prolonger un peu l’exposition et chauffer légèrement la plaque avant de l’exposer ; on doit également la développer presque aussitôt, afin d’éviter les empâtements ; lorsque, au contraire, le temps est très-sec, on facilitera l’adhérence de la poudre, lors du développement, en halant sur la plaque, ou au besoin en la plaçant pendant quelques secondes audessus de la vapeur d’eau, et on attendra, quelques minutes avant d’appliquer la poudre, afin que la couche sensible, en absorbant un peu de rhumidité de l’air, devienne légèrement poisseuse sous le doigt; ce dernier moyen réussit quelquefois à donner une épreuve satisfaisante lorsque le temps de pose a été sensiblement dépassé.
La proportion de miel, dans la solution sensible, pourra être modifiée selon que la température est plus ou moins humide, et elle devra être d’autant plus considérable que le temps est plus sec.
Insuccès. ■— Dans le cas où, par une cause quelconque, le résultat de l’opération ne serait pas trouvé satisfaisant, on pourrait recommencer, sans pour cela que le cliché soit perdu; mais, au préalable, il faudrait le débarrasser de la couche poisseuse qui le recouvre ; pour cela, on plonge la glace dans une cuvette remplie d’eau chaude additionnée de 1 p. 100 d’acide chlorhydrique ; après quelques minutes d’immersion, c’est-à-dire quand la gomme est suffisamment ramollie, on frotte légèrement la surface avec un linge fin et doux, jusqu’à élimination complète de la couche gommeuse qui recouvre l’image du cliché, puis on rince à l’eau froide et on laisse sécher; il suffit alors de vernir le cliché à nouveau pour qu’il revienne à son état primitif.
Un autre moyen, plus sûr en cas d’insuccès et donnant des résultats presque aussi beaux, est le suivant :
Au lieu de verser la solution sensible directement sur le cliché, on recouvre celui-ci d’une feuille de papier végétal. Pour cela, on gomme d’abord le cliché verni, puis on plonge la feuille de papier végétal dans une cuvette d’eau propre, on la place ensuite entre deux feuilles de papier buvard pour