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DES CLICHÉS PELLICULAIRES OU RETOURNÉS

Lorsqu’on veut obtenir des épreuves au charbon par un seul transport en développant l’image sur son support définitif, il faut, comme nous l’avons dit, qu’elle soit imprimée par le côté opposé au collodion, pour se trouver ensuite dans son vrai sens.

Pour tous les négatifs qui doivent être imprimés par contact, on doit donc retourner le négatif lorsqu’on l’exécute (et nous indiquerons pour cela deux moyens excellents) ; ou l’enlever de son support rigide pour le transformer en une pellicule transparente et mince, qui permette d’imprimer de l’un ou de l’autre coté avec la même netteté.

Clichés retournés. — Le moyen le plus simple pour obtenir d’emblée un cliché retourné dans la chambre noire, est l’emploi d’un prisme à la partie antérieure de l’objectif ; cet instrument, dont on se servait pour redresser les images daguerréennes, se compose d’une glace plane argentée, fixée dans une monture qui s’adapte à la place du bouchon de l’objectif, de façon que le miroir se trouve placé à un angle de 45'', par rapport à l’axe de la lentille.

Pour opérer avec un prisme, la chambre noire est dirigée de telle façon que le miroir de ce prisme puisse refléter l’image dans l’objectif, qui formera ainsi avec elle un angle de 90".

Comme la lumière réfléchie n’est pas aussi actinique que la lumière directe, les clichés faits par ce moyen nécessiteront un quart plus de pose environ que ceux produits par l’objectif dirigé sur le modèle ; cet inconvénient, qui est assez sensible pour le portrait dans un atelier vitré, devient très-peu important, et même insignifiant, lorsqu’on opère sur des natures mortes, pour le paysage ou des reproductions.

Il est facile de construire un prisme pouvant s’adapter à tous les objectifs; il suffit pour cela que l’ouverture soit d’une dimension telle que l’orifice du plus grand objectif de l’atelier s’ajuste parfaitement avec la rondelle de l’appareil, sur lequel on pourra monter ensuite autant de rondelles que l’on voudra pour le fixer aux objectifs de moindre grandeur.

Le second moyen pour obtenir des clichés retournés, consiste à exposer la plaque sensible dans la chambre noire par le côté opposé au collodion, l’image projetée par l’objectif doit alors traverser la glace avant d’arriver à la couche d’iodure d’argent.

■ La construction d’un châssis spécial est indispensable pour opérer de cette manière, car les glaces n’ayant pas toutes la même épaisseur, le foyer serait déplacé si on se contentait de retourner la glace sensible dans un châssis ordinaire. Il faut donc que la glace dépolie soit ajustée de façon que son foyer coïncide exactement avec les coins du châssis, qui, eux, doivent se trouver en arrière, et la glace introduite par devant est alors maintenue par les quatre angles postérieurs au moyen de ressorts en argent.

Les clichés obtenus de cette façon donnent des résultats presque aussi bons que les autres, mais le temps d’exposition est également un peu plus long, à raison de l’épaisseur du verre que doit traverser la lumière pour arriver jusqu’à la couche sensible.

En somme, les deux moyens que nous venons d’indiquer pourront, dans bien des cas, rendre d’excellents services pour tous les clichés à faire. Nous allons indiquer maintenant le moyen d’utiliser les clichés déjà faits, en les détachant de leur support rigide pour les conserver en pellicules susceptibles d’être imprimées au recto et au verso.

Clichés pelliculaires. — Dans la précédente édition de notre Traité de photographie, nous avons donné, d’après M. Rousselon, un procédé aussi parfait que possible, pour enlever les clichés de la glace sur laquelle ils ont été faits ; nous allons le remettre sous les yeux du lecteur, avec quelques perfectionnements apportés depuis la publication de

CLICHÉS PELLICULAIRES

cet ouvrage, puis nous ferons connaître un autre moyen plus simple encore qui ne laisse pas que de donner de très-bons résultats lorsqu’on l’applique avec quelque attention.

La première opération consiste à dévernir les clichés avec la liqueur suivante :

Faire dissoudre 8 grammes de potasse caustique et 4 décigrammes de carbonate de potasse dans 170 centilitres d’eau distillée, et verser ensuite sur cette dissolution 500 centilitres d’alcool à 40 degrés.

Le vernis à la gomme laque se dissout facilement au moyen de cette liqueur ; d’autres, tels que le vernis Sœhnée, nécessitent une proportion plus grande de potasse.

On peut se servir d’une cuvette ou verser le liquide sur la glace tenue à la main. Lorsque le cliché est complètement déverni, on doit le laver et le plonger ensuite dans une cuvette remplie d’eau distillée additionnée de 2 p. 100 d’acide chlorhydrique, et le retirer aussitôt qu’on aperçoit se soulever un des coins du collodion; on termine par un lavage soigné à l’eau pure et on laisse égoutter.

Lorsque le cliché est parfaitement sec, on l’expose à la vapeur d’eau, au-dessus d’un vase rempli d’eau en ébullition, jusqu’à ce qu’il soit entièrement recouvert des buées de cette vapeur, et on verse alors à la surface une couche de gélatine chaude à 15 p. 100 d’eau, dans laquelle on a ajouté de la glycérine et du chrome alun dans la proportion suivante :

Eau filtrée 1 litre.

Gélatine 150 grammes.

Glycérine (selon la saison] 20 —

Solution à 10 pour 100 d’alun de chrome. . 100 c. c.

On met d’abord la gélatine à gonfler dans l’eau froide, puis on élève la température jusqu’à dissolution complète ; on ajoute alors la glycérine, et ensuite la dissolution de chrome alun, qui doit être versée très-doucement, en ayant soin de remuer continuellement le liquide, afin d’éviter que la gélatine se mette en pâte.

Lorsque la couche de gélatine est bien sèche, ce qui nécessite de douze à vingt-quatre heures, selon la température, on recouvre le cliché de collodion normal contenant

1 p. 100 d’huile de ricin; après dessiccation complète, on coupe les bords autour de la glace, et la pellicule est enlevée avec la plus grande facilité. Ce cliché peut alors être conservé pour l’usage dans un portefeuille, où il est maintenu à plat.

Si le cliché avait quelque trou, il faudrait, avant de le recouvrir de gélatine, avoir soin de toucher les vides avec un pinceau trempé dans du fiel de bœuf, pour éviter que la gélatine pénètre jusqu’à la glace et empêche le décollement dans ces endroits.

Quand les clichés ont été gommés, surtout avec le Tchaoma, il est très-difficile et souvent impossible de détacher l’image de la glace ; on devra donc éviter de gommer tous les clichés destinés à être enlevés en pellicules.

Le second moyen d’obtenir des clichés pelliculaires consiste à appliquer sur le négatif non verni ou déverni une feuille mince de gélatine du commerce, dite gélatine des confiseurs, d’une épaisseur moyenne.

Pour cela, on coupe une feuille de gélatine de la dimension du cliché, et on la trempe dans l’eau tiède pendant quelques instants pour la ramollir ; lorsqu’elle devient collante au doigt, on la place dans une cuvette plate contenant un bain d’alun à 3 p. 100. Le cliché non verni ou déverni est glissé sous la gélatine, de façon qu’elle se trouve en contact sous l’eau avec le côté collodionné, et on enlève la glace portant la couche de gélatine détrempée et insoluble; on laisse égoutter, puis on étend bien la gélatine, pour qu’elle ne fasse aucun pli, et on abandonne à la dessiccation; après quoi on collodionné ainsi qu’il a été dit plus haut, et la pellicule portant le cliché se détache du verre avec la plus grande facilité.

Il faut éviter le séchage dans un endroit chauffé, car la pellicule se détacherait trop tôt et serait cornée.

Ce procédé demande une certaine habitude pour l’application de la gélatine, sans rides, sur l’image, mais en peu de temps on sera familiarisé avec son emploi et on le trouvera facile dans bien des cas, car il s’agit ici d un simple tour de main.

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