DÉFINITION ET APPLICATION PRATIQUE
Parmi les applications aujourd’hui si nombreuses de l’art photographique, il en est une toute nouvelle et dont il doit être fait mention dans tout traité de photographie au charbon, puisque ce procédé lui sert de point de départ.
Il s’agit de la I^hoioeliromic ou impression photographique polychrome.
En imaginant ce procédé d’impression en couleur, notre savant confrère, M. Léon Yidal, n’a point eu la prétention, nous devons le dire tout de suite, de réaliser ce désidératum, à peine encore entrevu dans un lointain avenir, de la reproduction immédiate des couleurs naturelles par la photographie; son ambition plus modeste, croyons-nous, consiste dans la reproduction simplement artificielle des couleurs d’un objet quelconque, lesquelles, combinées avec la photographie monochrome de l’original, forment un ensemble polychrome assez exactement semblable au sujet copié.
M. Vidal est parti de cette base, qui est en définitive le principe théorique de la photochromie, que tout aspect extérieur d’un objet peut se décomposer en deux parties essentiellement distinctes, l’une se trouvant formée par l’ensemble des couleurs modelées en elles-mêmes, mais sans les ombres, et l’autre constituée au contraire par les ombres sans les couleurs.
Ces deux parties distinctes, une fois réunies et superposées, composent l’image de la nature telle qu’elle frappe nos. yeux.
Or, le cliché photographique négatif est bien le reflet des parties plus ou moins éclairées du modèle, et sa contreépreuve positive nous donne précisément les ombres plus ou moins intenses de l’objet reproduit, avec l’aberration
PROCÉDÉ LÉON VIDAL
facile à corriger des ombres anti-actiniques ; nous avons ainsi le dessin et le modelé des ombres. L’image serait donc complète si l’on ajoutait à tout cela les couleurs, non pas seulement à l’état de couleurs locales, mais bien modelées comme le ferait un peintre, et en tenant compte encore des reflets et de toutes les transitions douces ou brusques des nuances si variées de la nature. ;
Pour atteindre le résultat désiré, il fallait donc ajouter les couleurs à l’image photographique préétablie et corrigée quant à l’aberration des valeurs relatives.
Ou, pour mieux faire encore, il s’agissait de suivre l’ordre naturel, en imprimant d’abord les couleurs et en les ombrant, ensuite en les emprisonnant dans l'image photographique.
C’est là ce qu’a réalisé M. Léon Vidal en employant d’abord des pellicules en gélatine fournies par le procédé au charbon, et en superposant avec précision les pellicules imprimées en diverses couleurs avec le cliché original, de façon à obtenir des couleurs modelées en elles-mêmes en même temps que la couleur de l’ombre.
Mais ce procédé long et délicat, qui a une certaine analogie avec celui indiqué par M. Ducos du Hauron, ne conduisait pas à une production vraiment industrielle, il servait plutôt à la démonstration du principe établi, et, après des essais suffisamment probants, il fallut recourir à une marche plus productive; c’est alors que fut imaginé le procédé actuellement en exploitation, consistant, non plus à faire agir la lumière pour l’obtention de chaque épreuve, mais une seule fois pour former une plaque d’impression dont on tirerait un nombre illimité d’épreuves.
Avant tout, il s’agissait de former la partie colorée destinée à être complétée par le dessin et le modelé photographiques.
Pour y arriver, des décalques de la dimension absolue des photographies ont été relevés et reportés sur des pierres lithographiques autant de fois qu’il y avait de couleurs à imprimer à l’état de teintes, soit plates, soit modelées; cela fait, les couleurs ont été disposées en tenant compte de l’effet à produire par leur combinaison avec une teinte
d’ombre déterminée pour arriver à produire l’effet voulu, puis ces couleurs ont été imprimées chacune à tour de rôle et parfaitement repérées.
■ Cette impression est absolument mécanique, comme la chromolithographie pure. On laisse ensuite bien sécher les vernis gras qui ont concouru à l’impression des couleurs, et il ne reste plus à faire que le ou les tirages photographiques.
Le procédé au charbon ordinaire exigeant une insolation pour chaque épreuve, il n’y avait pas à compter sur lui pour en obtenir des tirages réguliers nombreux, et peu coûteux ; c’est alors que M. Vidal a eu recours à la photoglyptie (procédé Woodbury), en l’adaptant à son procédé, de façon à imprimer l’image photographique d’un ton convenable au sujet traité, sur les couleurs elles-mêmes, et se fondant très-exactement avec elles.
Ces essais ont pleinement réussi, et les tirages photochromiques, d’abord préparés par des impressions soit lithographiques, soit phototypiques, sont ensuite terminés par la photoglyptie qui leur donne le modelé photographique.
Il en est d’autres qui s’exécutent en plein par la combinaison de la lithographie et de la phototypie, sans qu’il soit utile d’user de la photoglyptie; cela dépend des objets à représenter.
En général, quand il est question de reproduire des objets métalliques brillants ou mats, des pierres précieuses, des émaux, des peintures à l’huile, l’emploi de la photochromie photoglyplique donne les résultats les plus beaux; mais pour reproduire des aquarelles, des tapisseries, des dessins rehaussés en couleur, des pastels, etc., il n’est pas douteux qu’il faut se borner à employer la phototypie.
Au début de cette application, l’on n’a pas cru qu’elle fût susceptible de devenir jamais sérieusement industrielle, et les doutes venaient de ce que M. Vidal s’était servi de procédés lents et irréguliers pour l’obtention de ses j^hotochromies, mais depuis que ces tirages ont lieu mécaniquement depuis le commencement jusqu’à la fin des opérations diverses, la photochromie a pris un grand essor.
De grands et beaux travaux qu’il nous a été donné de
PROCÉDÉ LÉON VIDAL
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voir dans les ateliers du Monileur universel sont acluellement en cours d’exécution et de publication, notamment le Trésor arlistiqiie de la Franco, qui est la reproduction des plus beaux objets d’art de nos musées nationaux et de nos collections privées.
Les hommes compétents s’accordent à reconnaître que pour ces sortes de travaux aucun autre moyen connu de copie et d’impression en couleur ne saurait fournir les résultats que produit la photochromie.
Cet art permet, en effet, de conserver non-seulement le dessin exact de l’original, mais encore ce je ne sais quoi qui caractérise son aspect, et que le crayon ou le pinceau serait inhabile à rendre comme le cliché photographique. Ainsi, pour les métaux, par exemple, la chromolithographie la mieux exécutée ne peut rivaliser avec la photochromie pour la délicatesse des détails, sans parler de leur exactitude, et pour le rendu vraiment métallique.
Quand on a à rendre des objets translucides, la copie de leur aspect vitreux, diaphane, ne saurait être aussi bien rendue par un autre moyen que celui de la iffrotochromie, et c’est cette puissance, nouvelle, ajoutée à celle des arts graphiques déjà employés, qui constitue un progrès de plus, et assure à la photochromie une place au premier rang parmi les arts graphiques de reproduction multiples et en couleur.
Ainsi que nous l’avons dit au début de ce chapitre, c’est là une application de la photographie que nous ne pouvions omettre dans un ouvrage de ce genre; et c’est certainement une des applications les plus attrayantes, puisqu’elle permet de réunir en un seul tout, alors très-complet, tout ce que peuvent le pinceau, le crayon d’un artiste, et tout ce que sait faire le merveilleux rayon de lumière photographique.
Il n’est pas douteux que le procédé, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, ne réalise des perfectionnements avec le temps et l’usage, bien qu’il donne déjà des résultats surprenants de beauté; mais le principe restera forcément le même, jusqu’à ce qu’on ait résolu, ce que nous aimerions à pouvoir constater, le problème de l’impression immédiate et directe des couleurs naturelles !