‹ La photographie en AmériqueChapitre 95 sur 151 · IMPRESSION PHOTOGRAPHIQUE AUX ENCRES GRASSES · texte numérisé non relu

IMPRESSION PHOTOGRAPHIQUE AUX ENCRES GRASSES

Photolithographie et phototypographie. — Photozincographie, impression photographique aux poudres inertes par les sels de fer. — Presse-papier avec image transparente.

L’invention de la photolithographie, de laphototypie, etc , remonte à 1862; elle est due, comme tant d’autres progrès, à M. A. Poitevin, dont les recherches sur l’action de la gélatine bichromatée ou de ses similaires soumis à la lumière ont fait faire un pas immense à la photographie inaltérable et aux arts graphiques. Depuis cette époque, des perfectionnements nombreux sont venus compléter cette belle invention, sur laquelle se sont greffés une foule de procédés qui ont tous pour point de départ la gélatine bichromatée, dont les reliefs et les creux se prêtent merveilleusement à toutes les applications servant aux impressions par les encres grasses, à la typographie photographique et à l’héliogravure.

Avant de faire connaître les perfectionnements apportés aujourd’hui par des opérateurs habiles dont les productions, dans ces différentes branches de l’art industriel, font l’admiration du monde, il est bon de donner sommairement la description publiée par M. Poitevin sur son procédé de photolithographie, qui a servi de base à tous les autres.

Procédé de M. A. Poitevin. — Chacun sait que la lithographie repose sur ce principe, que l’encre grasse n’adhère pas aux parties blanches, mais seulement sur les traits formant le dessin tracé par l’artiste sur la pierre; pour arriver à ce résultat, ces parties blanches sont couvertes de gomme arabique, corps qui se mouille et retient l’eau,

CLICHÉS PELLIGULAIRES

tandis que les traits du dessin sont formés par un savon calcaire, c’est-à-dire par un corps gras insoluble dans l’eau, et de la même nature que l’encre d’impression.

Ceci posé, nous allons faire connaître les moyens employés par l’auteur pour remplacer le dessin tracé à la main par un cliché photographique.

Pour préparer la pierre lithographique, on applique à la surface préalablement lavée, puis asséchée, une matière organique, gélatine, gomme ou albumine (cette dernière substance est celle qui donne les meilleurs résultats), mélangée à un volume égal avec une dissolution saturée de bichromate de potasse. La couche, convenablement étendue au moyen d’un pinceau dit queue de morue, on enlève l’excédant avec un tampon de linge, et on expose la surface ainsi préparée à l’influence de la lumière à travers un cliché négatif redressé du dessin à reproduire; cette exposition au soleil durera quinze ou vingt minutes. Après l’insolation, la pierre est rentrée dans le laboratoire et mouillée légèrement avec une éponge douce, puis encrée avec un rouleau d’imprimeur lithographe ; le corps gras, repoussé par l’humidité, ne prend que sur les parties où l’albumine est devenue grasse et insoluble, laissant les blancs du dessin parfaitement intacts, l’albumine non altérée faisant, dans ce cas, fonction de la gomme arabique employée dans la lithographie ordinaire.

La pierre ainsi préparée sera traitée par une solution faible d’acide, puis gommée et séchée, absolument comme s’il s’agissait d’un dessin lithographique fait à la main, et il peut être tiré de la même façon.

Clichés pelliculaires et instructions relatives à l’obtention des clichés pour l’impression photographique aux encres grasses. — Dans le chapitre précédent, nous avons donné la méthode employée par M. Rousselon pour obtenir les clichés pelliculaires qui lui servent pour son procédé d’héliogravure. M. Thiel, l’habile manipulateur, ayant bien voulu nous communiquer le pro cédé dont il se sert pour enlever de la glace les clichés des-

tinés à être imprimés par son procédé de photolilhographie, dont nous donnons plus loin la description complète, nous sommes heureux de pouvoir publier ces procédés, qui émanent d’un homme dont la longue expérience égale le talent.

Pour l’impression photographique aux encres grasses, il est urgent d’avoir un cliché parfait; un bon cliché ne vaut rien !

Il faut aussi dépasser un peu la pose, de façon à obtenir des détails dans les parties les plus noires. Le cliché ne doit pas être heurté, ni cependant trop gris. On ne doit pas abuser du renforçage.

Pour ces sortes d’impressions, les clichés devant être retournés pour redresser l’image, le décollement du cliché pelliculaire sur gélatine se fait de la manière suivante :

Lorsque le cliché est sec (éviter de le gommer ou de le vernir), on verse par-dessus une couche de caoutchouc dissous dans de la benzine rectifiée et parfaitement filtrée; cette couche doit avoir la consistance d’un bon collodion normal à 15 grammes de coton par litre. On laisse bien sécher, et, après avoir mis de niveau une glace propre et de même dimension, on place sur cette glace une feuille de papier blanc encollé et mince (Rive, 8 kih), de façon à le laisser dépasser d’un ou deux centimètres les bords de la glace tout autour, afin que, le cliché superposé et les bords de ce papier relevés, on puisse former une cuvette qui a pour but de faciliter l’étendage de la gélatine et de fempêcher de couler au bas du cliché.

Ces opérations préliminaires étant terminées, on prépare la dissolution suivante :

Eau pure 540 c. c.

Gélatine 120 grammes.

On laisse tremper la gélatine pendant la nuit; on fait dissoudre au bain-marie, et, après parfaite dissolution, on ajoute :

10 gr. l’été et 15 gr.

l’hiver.

Glycérine

Alcool à 00 degrés

CLICHÉS PELLICULAIKES ü7o

On filtre bien à chaud à travers le papier Prat-Ouinas, et l’on verse ensuite cette gélatine bien filtrée et bien chaude, de 50 à 7Qo centigrades, sur le cliché chauffé préalablement et remis de niveau ; en versant, on évite, autant que possible, les bulles qui pourraient se former, et s’il s’en produit malgré les précautions prises, on les fera éclater en les touchant légèrement avec la pointe d’un papier.

La nappe de gélatine s’étale parfaitement de niveau et on la laisse refroidir jusqu’à ce qu’elle soit prise.

Il est bien entendu que toutes ces opérations doivent se faire à l’abri de la poussière.

L’épaisseur à donner à cette couche doit être d’environ cinq fois et demie l’épaisseur définitive, puisque l’eau, l’alcool et la glycérine, en s’évaporant, ne laissent que la gélatine.

On laisse sécher alors dans un endroit parfaitement sec, ayant une température de 25 à 30 degrés centigrades. Cette opération demande environ trente-six heures, et l’on surveille le séchage, de manière à ne pas obtenir un décollement qui pourrait se produire si le séchage était par trop prolongé, ce qui perdrait le cliché.

On verse en dernier lieu une couche de collodion normal à 15 grammes de coton par litre d’éther alcoolisé, qui doit mettre à l’abri de l’humidité la couche de gélatine, qui se trouve de cette façon emprisonnée entre deux couches imperméables.

Lorsque le collodion est parfaitement sec, on descend à la cave, pendant une nuit, les clichés ainsi préparés, afin d’obtenir un ramollissement de l’ensemble qui facilite le décollement; en prenant ce soin, l’opération réussit toujours.

On remonte alors les clichés dont on coupe la gélatine, au moyen d’une règle et de la pointe d’un canif, à un centimètre environ de la glace, puis doucement et sans force, pour ne pas faire fendiller le cliché pelliculaire, on l’enlève avec une grande facilité.

On place ensuite les clichés entre des papiers sans colle et parfaitement satinés ; on les met sous presse entre des glaces, pour empêcher qu’il se forme des rides, et on laisse sécher les

pellicules dont l’humidité, s’il en restait, nuirait plus tard au tirage ; on frotte ensuite légèrement avec du talc les deux faces des clichés, en se servant pour cela d’un tampon de ouate bien propre, et les clichés sont alors en bon état de servir.

Procédé de M. Thiel aîné. — Gomme nous l’avons dit plus haut, M. Thiel aîné a bien voulu nous communiquer les formules et manipulations employées dans ses ateliers. Elles reposent, du reste, sur les principes généraux de la gélatine bichromatée dus à M. Poitevin, et leur application industrielle et commerciale a surtout été l’objet des études de M. Thiel, dont les belles productions ont montré ce qu’on pouvait obtenir de cet excellent procédé.

Il a principalement cherché les moyens d’arriver à une grande solidité de planches, et ses efforts ont été couronnés, car il obtient un tirage mécanique de six à sept mille épreuves et plus sur une seule et même planche (1).

Nous avons vu fonctionner dans ses ateliers, dont l’installation a été l’objet de longues recherches et de dépenses trèsimportantes, deux presses mécaniques d’un système particulier, qui peuvent fournir chacune environ de deux à trois mille tirages par jour.

D’ailleurs, nous avons pu admirer comme tout le monde les belles épreuves qu’il a exposés en 1874, 1875 et 1876, et qui lui ont valu les premières récompenses; ses travaux journaliers prouvent, en outre, combien les productions de cette maison sont estimées par les éditeurs intelligents.

Nous ne pouvons dire que M. Thiel soit l’inventeur des impressions photographiques aux encres grasses, mais il a été, du moins, l’innovateur et le propagateur de cette transformation de la photographie en France.

Les formules et manipulations que nous donnons, et que l’on rencontre peut-être dans bien des ouvrages de photo-

(1) Tout récemment M. Thiel a obtenu, clans un long tirage, 22,340 épreuves d’une seule et même planche, cjui aurait certes pu en fournir un nombre beaucoup plus grand sans une cassure produite à la glace par un défaut de calage.

Page 1