PROCÉDÉ ALBERT, DE MUNICH
épaisseur de 3 à 4 millimètres, préalablement recouverte de la dissolution suivante :
Caoutchouc 1 partie.
Benzine 3 —
On laisse évaporer totalement la benzine. Le collage se fait sous l’eau et vivement, pour ne pas ramollir la gélatine ; l’eau est ensuite chassée de la plaque avec une raclette en caoutchouc, les bulles d’air sont éliminées complètement, et le tout est mis sous la presse typographique, recouvert d’un buvard mince, et pressé fortement pendant quelques minutes. L’adhérence étant alors complète, on décolle le buvard en l’humectant légèrement ; la plaque est mise ensuite de niveau et recouverte d’une nappe d’eau de quelques millimètres d’épaisseur, jusqu’à 2 ou 3 centimètres des bords : l’image se révèle alors en creux, le bichrqmate se dissout, et la plaque devient bonne pour l’impression.
L’encrage se fait au moyen d’un rouleau couvert d’encre d’imprimerie, après avoir séché la surface de la planche avec du buvard et une pression.
La presse verticale est forcément employée, car le collage au caoutchouc ne résisterait pas à l’action du râteau.
L’encrage à une seule encre ne convient guère qu’aux reproductions de gravures, cartes géographiques, et généralement à celles qui n’ont pas de demi - teintes; pour les photographies d’après nature, l’encrage à deux teintes est nécessaire.
Les marges blanches sont produites au moyen d’un cache en papier mince appliqué sur la gélatine après l’encrage.
Procédé Albert, de Munich. — Le nettoyage de la glace, finement doucie, se fait de la même façon que pour les procédés qui viennent d’être décrits, après quoi la surface est recouverte d’un liquide composé de :
r Eau 300 c. c.
1“ I Albumine 150 —
( Gélatine ‘ 15 grammes.
1 Bichromate de polaess 5 grammes.
} Eau 80 —
Après dessiccation à l’abri de la lumière blanche, on pose le côté albuminé de la glace sur un morceau de drap foncé, et l’on expose à la lumière le côté nu de la glace d’une demi-heure à deux heures, mais de façon à ne pas traverser l’insolation.
Par cette exposition à la lumière, la couche du sensibilisateur en contact avec le verre est devenue insoluble et parfaitement adhérente, et la couche externe peut recevoir de nouveau une solution de gélatine bichromatée.
Après l’exposition à la lumière que nous venons d’indiquer, on verse donc sur la première couche la préparation suivante :
l Gélatine Albert 150 grammes.
I Eau 1.025 c. c.
( Bichromate de potasse 34 grammes.
Cette application doit se faire à l’abri de la lumière en plaçant la glace de niveau sur un pied à caler, dans une étuve chauffée à la température maximum de 40 degrés centigrades.
Après séchage, la glace est prête à recevoir l’impression sous un cliché négatif retourné, et l’exposition à la lumière influencera proportionnellement la gélatine bichromatée.
Comme on suit facilement les progrès de l’action actinique, on arrêtera l’impression quand on le jugera convenable.
On laisse ensuite la glace impressionnée séjourner dans l’eau pendant trois heures.
Elle est apte, après séchage, à recevoir directement les encres d’imprimerie à l’aide d’un rouleau ordinaire.
Si l’on doit presser vigoureusement pour obtenir des épreuves, on scelle les plaques de verre sur du plâtre ou autrement.
Procédé de M. Husnik. — Le procédé indiqué par M. Husnik est le même que le précédent, avec les modifications suivantes :
V Suppression de l’insolation du verso de la glace après
PROCÉDÉ DE M. HUSNIK
l’application de la première préparation; et, pour assurer l’adhérence et la solidité de la couche de gélatine, la première préparation se fait avec de l’albumine étendue d’eau, à laquelle on ajoute du silicate de soude en solution;
2° Pour le séchage des glaces préparées, M. Husnik ne met pas de niveau, il les pose presque verticalement et les recouvre, à deux reprises différentes, de la seconde préparation, en ayant soin de verser la seconde couche du côté opposé à la première, afin d’égaliser l’épaisseur de la gélatine;
3° Au lieu de faire dissoudre la gélatine de la deuxième préparation dans de l’eau seule, comme cela se fait ordinairement, on emploie volume égal d’eau et d’alcool, pour que la préparation s’écoule plus facilement et que la dessiccation s’opère avec plus de rapidité.
Les proportions pour la première préparation des glaces sont ainsi qu’il suit :
Albumine fraîche 7 parties.
Silicate de soude liquide 3 —
Eau pure 8 —
On bat en neige, et après un repos de vingt-quatre heures on filtre.
Les glaces sont alors couvertes avec cette solution, puis abandonnées à la dessiccation en les appuyant presque verticalement contre le mur sur du papier buvard.
Lorsque cette première couche est. sèche, on la lave à grande eau sans y toucher, puis on laisse sécher de nouveau, et on recouvre la glace de la seconde solution composée de :
Gélatine Nelson 12 grammes.
Eau 100 c. c.
Après dissolution au bain-marie, ajouter :
Bichromate d’ammoniaque 2 grammes.
Alcool à 40 degrés 100 c. c.
Mélanger et filtrer à travers une flanelle.
Le mode d’impression est le même que pour les précédents procédés; on doit employer deux encrages, l’un à l’encre
forte pour les grands noirs, et Tautre à l’encre molle mêlée de laque carminée pour les demi-teintes.
Procédé de M. Geymet. — M. Geymet remplace les glaces doucies par des planches de cuivre planées et polies; voici comment il opère.
On fait dissoudre au bain-marie :
Eau 100 c. c.
Gélatine 6 grammes.
Colle de poisson 2 —
— de Flandre 2 —
et l’on ajoute de 2 à 5 grammes de bichromate de potasse, selon la température et selon l’intensité du cliché négatif. On filtre sur un carré de flanelle, et l’on étend la mixtion chaude sur des planches de cuivre planées, polies et graissées ensuite finement.
On laisse sécher les plaques bien de niveau dans une étuve chauffée à 40 degrés centigrades.
On expose alors sous un cliché négatif retourné pendant une heure environ à la lumière diffuse, ou cinq minutes au soleil. La durée de l’insolation est inverse à la quantité de sel de chrome incorporé à la gélatine.
Tous les détails de l’image doivent être accusés quand la planche métallique est retirée du châssis-presse. On met ensuite la couche de gélatine à tremper dans l’eau pendant une heure, etbn laisse sécher. Il suffit alors d’encrer après avoir passé une éponge humide sur la surface. L’encre appliquée au rouleau doit être très-dure.
Le tirage ne peut être fait que sur du papier glacé. 11 est inutile d’avoir recours au mouillage.
La même planche peut fournir au moins 200 épreuves, et, comme la surface formant l’image peut être remplacée et multipliée avec une grande facilité, on ne doit attacher qu’une importance relative au nombre d’épreuves qu’elle peut donner.
M. Geymet fait quelques recommandations qu’il est utile de mentionner pour éviter des insuccès.
PROCÉDÉ DE M. GEYMET
Des essais répétés ont démontré qu’on obtient une couche plus solide et meilleure par un mélange de la gélatine, de la colle de Flandre et de la colle de poisson, que par l’emploi isolé de ces produits. La colle de poisson seule en couche mince donne beaucoup de finesse, mais on a peu de solidité.
Les trois produits indiqués ci-dessus doivent être de premier choix, bien épurés et exempts de toute trace de corps gras qui, mêlés aux substances gélatineuses, retiendraient l’encre sur toute l’étendue de la surface lors do l’encrage.
Les trois substances n’étant pas solubles au même degré, il convient de dissoudre ensemble la colle forte et richthyocolle à feu nu, en ayant soin de remuer de temps en temps, mais il faut au préalable les laisser gonfler dans l’eau froide ou tiède pendant plusieurs heures.
La colle de poisson n’est pas entièrement soluble, et il faut* renoncer à employer ce qui résiste à un bouillon d’un quart d’heure.
La gélatine sera traitée à part au bain-marie, on la reçoit du filtre dans le récipient qui contient déjà le mélange de colle forte et de colle de poisson. On ajoute alors le bichromate de potasse, préalablement dissous dans un peu d’eau, et on laisse deux ou trois minutes sur le feu, en ayant soin de remuer avec un agitateur pour opérer un mélange parfait.
Toutes ces opérations, et même le recouvrement des planches de cuivre peuvent se faire au grand jour, car la lumière n’est nuisible qu’après la dessiccation des surfaces. On doit alors éviter même la lumière du gaz, à moins qu’elle ne soit entourée d’un verre jaune.
La gélatine sensibilisée qui n’est pas employée le jour même peut servir le lendemain, même si elle a été laissée à la lumière.
En dehors des formules indiquées, voici le principe qui doit servir de guide :
La solidité de la couche et la vigueur des épreuves dépendent de la proportion de bichromate qu’on mêle à la gélatine.
De plus, la durée de l’insolation est moindre, si la dose du sel de chrome est plus forte. . ,
b86 LA PHOTOGRAPHIE EN AMÉRIQUE
On n’a pas à s’occuper ici du cas d’insolubilité, comme dans la photographie au charbon.
Si peu de bichromate qu’on mêle à la gélatine, l’impression est toujours possible si l’exposition à la lumière est, par sa durée, en rapport avec la faible quantité de sel sensibilisateur employé; mais une surface peu bichromatée n’offre d’abord aucune solidité, et rend ensuite» sous la presse des épreuves grises et sans vigueur.
La cristallisation des sels de chrome se produit généralement si la dessiccation est trop lente à se faire. Si on chauffe trop l’étuve, les surfaces, quoique belles, manquent de régularité, et la gélatine se fendille en tous sens; avec une chaleur moindre, mais trop vive encore, il se produit des zones qui diffèrent par l’éclat et qui marquent dans l’impression.
En règle générale, la couche doit être mince et sans épaisseur trop apparente quand la surface est sèche.
On n’obtiendra qu’une mauvaise impression si, au mouillage, l’épreuve s’accentue par un relief trop sensible.
On doit donc admettre, comme principe, que la couche, après avoir été traitée comme il a été dit, ne devra accuser qu’un relief à peine sensible sous le passage d’une éponge humide, car, sur un relief trop accentué, le rouleau n’est plus maître de la surface et le tirage est livré au hasard.
Procédé de M. Gobert. — Les tirages aux encres grasses, obtenus par les procédés que nous venons d’indiquer, donnent les demi-teintes les plus exquises, mais les manipulations pour produire des épreuves parfaites sont relativement longues et compliquées, si on les compare à celles que M. Gobert recommande pour l’obtention des dessins aux traits d’une application très-fréquente et très-utile dans la pratique industrielle.
L’opération se fait sur glace dépolie recouverte d’albumine bichromatée à raison de 3 grammes de bichromate d’ammoniaque par 100 c. c. d’albumine.
L’étendage sur les glaces de cette solution, préalablement
PIIOTOLITHOGRAPHIE PAR REPORT
filtrée, se fait très-facilement à l’aide d’une tournette; la couche doit être très-mince.
Les glaces préparées en pleine lumière sont mises à sécher dans un endroit obscur; comme elles perdent rapidement leurs qualités, on ne doit pas les préparer trop longtemps à l’avance, car l’albumine bichromatée et séchée, même dans l’obscurité la plus complète, s’insolubilise dans l’espace de six à huit heures.
La sensibilité de cette préparation est très-grande. Il faut seulement une minute de pose au soleil et quatre ou cinq à l’ombre sous un cliché transparent. La lumière produit l’insolubilisation de l’albumine, et, ce qui est plus important, son imperméabilité complète à l’eau.
Immédiatement après la pose, on fait passer sur la glace le rouleau d’imprimeur chargé d’encre, de manière à faire table noire, puis on plonge la glace dans un bassin d’eau pure. Presque immédiatement les parties’ d’albumine non insolées se dissolvent, entraînant avec elles les excès d’encre, et l’on voit se dégager une image nette, vigoureuse et fine, parfaitement adhérente à la glace qui est propre aux tirages lithographiques, lesquels s’effectuent comme d’habitude, en prenant soin de ne pas faire usage de gomme acidulée, car la moindre trace d’acide détruit l’adhérence de l’albumine. Les dissolutions de gomme doivent donc être absolument neutres.
Photolithographie par report. — Le report consiste à transporter sur une pierre lithographique, par un décalque, une image obtenue d’abord à l’encre grasse, pour être ensuite imprimée par les procédés ordinaires.
Jusqu’ici on 'n’a pu obtenir en photolithographie que la reproduction photographique des traits, dessins à la plume et autres analogues. On emploie, pour ce travail, de l’encre de report dont la composition diffère de celle qui sert pour les impressions lithographiques ordinaires.
Quatre moyens différents, très-faciles et très-pratiques, peuvent être employés pour exécuter le trait lithographique, lorsqu’on veut opérer avec un cliché photographique pour
former le dessin; ce sont : la gomme, lalbumine, la gélatine et le bitume de Judée.
Procédé à la gomme. — Ce moyen, qui a été complètement décrit par M. Geymet dans le Bulletin de la Société française de photographie, consiste, à préparer une mixtion composée de :
Eau
Gomme arabique
à laquelle on ajoute, après dissolution :
Solution saturée de bichomate de potasse.. 60 c. c.
Après avoir filtré par pression le liquide gommeux à travers un linge fin, on dispose en cuvette, sur une glace parfaitement de niveau, une feuille de papier albuminé, préalablement coagulé par l’alcool, dont on a relevé les bords tout autour, et sur lequel on verse cette solution, de manière à obtenir une couche épaisse d’à peu près 1 demi-millimètre, après séchage spontané à l’abri de la lumière.
Il est essentiel de ne préparer que la quantité de mixtion nécessaire pour le travail à exécuter (la gomme bichromatée s’altérant rapidement), et d’éviter avec le plus grand soin les bulles d’air qui pourraient se former lorsqu’on l’applique sur le papier.
La couche ainsi obtenue est ensuite exposée à la lumière sous un cliché négatif non retourné, de façon à rendre insoluble la gomme mise en rapport direct avec la lumière au travers des traits transparents du cliché.
Le temps de pose varie entre cinq et dix minutes, lorsque la lumière est intense, et, dans tous les cas, il est préférable de n’employer que la lumière diffuse ou diffusée par un verre dépoli, si l’exposition a lieu au soleil.
Le dessin doit être à peine accusé, car les résultats seraient mauvais si l’épreuve paraissait trop accentuée, vue à la lumière d’une bougie.
Cette opération terminée, et toujours à l’abri de la lumière, on place l’épreuve ainsi obtenue sur un buvard humide, afin
100 gramme.
l'HUCÉDÉ A LA GOMME
de ramollir et de rendre adhérente la gomme non insolubilisëe.
On applique ensuite sur une pierre bien poncée l’épreuve, qui a alors toutes les qualités requises pour fournir un bon report. On la recouvre de quelques doubles de buvard humide, et l’on donne une pression sur le tout, de manière à faire adhérer l’épreuve à la pierre sur laquelle la gomme restée insoluble s’attache fortement. Une pression verticale est celle qui donne les meilleurs résultats. On la laisse dans cet état pendant une heure environ, temps suffisant à la gomme pour s’attacher à la pierre. On détache ensuite, en humectant fortement le papier qui abandonne la gomme soluble adhérente à la pierre. Le dessin a laissé la pierre à nu, et, après dessiccation complète à la température de 15 à 20 degrés centigrades, on tamponne l’image avec de l’encre à report à laquelle on a ajouté quelques gouttes d’essence de térébenthine. Cette encre ne s’attache naturellement qu’à la partie de la pierre laissée à nu, puisque la gomme restée adhérente lui fait obstacle. On réchauffe de nouveau, de façon à obtenir une évaporation complète de l’essence de térébenthine et la pénétration de l’encre, et l’on nettoie ensuite l’ensemble de la pierre au moyen d’une éponge humide qui ne laisse absolument que le dessin parfait et correct.
On procède ensuite aù tirage, après acidulation par les moyens connus en lithographie.
Le papier détaché de la pierre peut fournir lui-même une seconde épreuve. On l’encre au rouleau quand il est sec, et dix minutes après on obtient un dessin de report, en le dégageant avec une éponge imbibée d’eau. Dans le premier cas, la gomme soluble s’est attachée à la pierre; l’encre d’impression, après le lavage, ne reste fixée que sur la surface calcaire.
Dans le second cas, qui est inverse, l’encre ne s’attache qu’aux parties insolubles, c’est-à-dire à la gomme bichromatée, décomposée par la lumière, qui reste fixée sur le papier après le report.
On peut tirer à la presse plusieurs épreuves sur papier, mais il est préférable de reporterie dessin.
Procédé à l’albumine. — Le papier albuminé dont on se sert en photographie pour l’impression au sel d’argent est celui que l’on doit employer de préférence.
On le pose sur un bain de bichromate de potasse à 3 p. 100 d’eau, du côté non albuminé, parce que l’albumine se dissoudrait et tomberait dans le liquide sensible si l’on agissait autrement, jusqu’au moment où le bichromate, traversant la couche de papier et celle de l’albumine, soit venu teinter cette dernière en jaune. On le laisse sécher alors à l’abri de la lumière, et on l’expose sous un cliché négatif, comme dans le procédé à la gomme.
On prépare une pierre lithographique, sur laquelle on étend de l’encre de report d’une façon bien uniforme au moyen d’un rouleau, on y place ensuite l’épreuve insolée; en évitant la lumière, et l’on donne deux ou trois pressions, afin de recouvrir complètement toutes les parties de celte épreuve, de l’encre étendue sur la pierre.
Après cette opération, on trempe l’épreuve dans une cuvette d’eau, et, la plaçant ensuite sur une glace, on y laisse couler un fort jet d’eau qui doit dissoudre et entraîner après quelques minutes toute la partie de l’albumine qui n’a pas été insolée en même temps que l’encre à report recouvrant cette albumine.
Si ce dépouillement ne se faisait pas naturellement (1), on pourrait s’aider d’un bon putois pour entraîner les parties de l’albumine qui résisteraient à ce premier lavage, car l’on doit obtenir, en fin de compte, une épreuve parfaitement nette, qu’on laisse sécher, et sur laquelle on passe une légère couche de gomme.
On procède ensuite au report, après dessiccation, en se servant des moyens employés en lithographie pour les reports ordinaires.
Procédé à la gélatine* — Le moyen que nous allons
(1) Une exposition trop longue offrirait des difficultés pour le dépouillement, et le contraire arriverait si cette exposition n’avait pas été assez prolongéei Dans le dernier cas, les traits de l’image pourraient disparaître.
PHOTOZINCOGRAPHIE
oOl
indiquer ressemble en tous points, comme manipulations, au procédé à l’albumine.
On pourra donc se servir d’une feuille de papier gélatiné comme d’une feuille albuminée. La seule différence que nous indiquerons dans ce procédé, c’est que la gélatine, au lieu de se dissoudre dans la surface non atteinte par la lumière, reste adhérente au papier après immersion dans l’eau froide, et ses parties non insolées ayant absorbé de l’eau, abandonnent promptement l’encre grasse dont elles étaient recouvertes. On peut se servir d’une éponge pour en faciliter l’opération.
On laisse sécher ensuite la feuille ainsi préparée, qui a conservé parfaitement nets les traits à reporter, et ce moyen offre de plus l’avantage de faire cinq à six reports avec la même insolation, et en procédant à des encrages successifs et de la même façon.
Photozincographie.
Procédé au bitume de Judée.
Les manipulations pour ce procédé sont complètement différentes de celles que nous avons indiquées précédemment; elles ont été décrites d’une façon très-savante par M. Gobert, photographe de la Banque de France, et par M. Portier, dans son livre La Photolitho^raphie.
Nous allons, à notre tour, décrire ces manipulations d’une façon aussi complète que possible.
Nous employons généralement des plaques de zinc trèsminces, n°^ 4, 5 ou 6, parfaitement planées et polies au charbon.
Ces plaques sont, dans cet état, recouvertes d’une couche de bitume de Judée, dissous à raison de 3 p. 100 dans de la benzine anhydre, à laquelle on peut ajouter quelques gouttes d’essence de citron pour la rendre plus sensible.
Un point essentiel est la pureté absolue de la benzine, dont on devra éliminer l’eau, si elle en contient, en mettant dans le flacon quelques fragments de chlorure de calcium*
La couche doit être étendue d’une façon régulière et, autant que possible, assez mince pour que l'on aperçoive au travers, le métal qui prend une teinte dorée que lui donne le bitume. On se sert très-avantageusement, pour l’étendage de la couche, d’une tournette semblable à celle employée généralement pour l’albuminage des glaces. Cette tournette peut être remplacée cependant, comme l’a démontré M. Gobert, par une ventouse en caoutchouc, qui retient la glace du côté opposé à la préparation, et que l’on suspend à une ficelle; lorsque le bitume est versé sur la plaque, on la retourne sens dessus dessous, et on lui imprime un mouvement de rotation assez rapide pour étendre la couche trèsrégulièrement.
Le séchage se fait presque instantanément, et l’on expose alors cette plaque, ainsi sensibilisée, sous un cliché négatif retourné, aussi parfait que possible, c’est-à-dire bien transparent dans les noirs, et d’une intensité suffisante dans les grands blancs pour préserver le bitume de Judée des rayons directs du soleil, sans cependant qu’il soit dur et heurté.
L'insolation est assez lente, surtout à une lumière diffuse, c’est pourquoi il est toujours préférable d’exposer les clichés au soleil lorsque cela est possible, et l’on ne doit pas craindre une trop longue exposition lorsque les clichés sont sùffisamment opaques dans les blancs de l’image.
Les résultats que l’on obtient par le bitume de Judée sont surtout plus fins et plus délicats que par les autres procédés, et, lorsque l’insolation a été jugée suffisante, on immerge les planches ainsi obtenues dans de l’essence de térébenthine, où le bitume non insolé se dissout presque instantanément.
M. Georges Portier indique dans son livre, ainsi que M. Niepce de Saint-Victor :
Huile de Naphle reclifiée. . 4 parties. ) dissolvant
Benzine ordinaire 2 — )
Mais, comme nous avoQS obtenu de très-beaux résultats avec l’essence de térébenthine, nous conseillons surtout ce moyen.
PIIOTOZINCOGRAPHIE
Aussitôt la dissolution des parties insolées faite, et sans tarder, chose essentielle, on présente la plaque sous un robinet d’eau fraîche, dont le jet est assez puissant pour chasser vivement les parties de bitume dissoutes.
Une insolation faite à point laisse à nu complètement le métal dans les parties non insolées. Quand le bitume formant le dessin se dissout, c’est que l’exposition n’a pas été assez prolongée; si le temps de pose a été dépassé, le bitume, au contraire, ne se dissout pas suffisamment pour dégager l’image.
Si l’on s’aperçoit, après développement, qu’il ne reste aucune trace de bitume sur le zinc non insolé, on peut consolider les traits de l’image en exposant à nouveau ' cette épreuve à la lumière pendant quelques instants. On peut aussi chauffer légèrement dans le même but, parce que, sous l’influence de la chaleur, le bitume de Judée adhère plus fortement au métal.
La plaque de zinc est alors préparée à la gomme et à l’acide comme une pierre lithographique, d’abord dans un bain faible à 1 p. 100 d’acide nitrique, puis ensuite dans un bain un peu plus fort à 5 p. 100 ; après quoi elle est recouverte d’une décoction de noix de galle qui a pour but, dans les opérations ultérieures, de repousser l’encre grasse dans les parties non recouvertes de bitume.
Cette plaque de zinc est ensuite traitée comme une pierre lithographique et peut produire une quantité considérable d’épreuves, soit à l’encre lithographique ordinaire, soit à l’encre de report destinée à multiplier l’image sur une pierre lithographique par les moyens connus pour ce genre de travail.
Toutes ces manipulations que M. Thiel aîné nous a communiquées ont été spécialement étudiées par lui, et il les pratique journellement dans ses ateliers avec un succès constant qui ne laisse aucun doute sur l’excellence de ces procédés ; c’est pourquoi nous les recommandons chaude^ ment à ceux de nos lecteurs qui désireraient en faire l’application (1).
(1) Nous avons vu, exécutées par ce procédé, cent planches d'une dimensidii
i)94 LA PHOTOGRAPHIE EN AMÉRIQUE
Phototypographie. — Gillotage. — Ce procédé, dont M. Gillot est le promoteur, remonte à 1850 ; mais il n’a reçu une application sérieuse que quinze ans plus tard, alors que des perfectionnements importants et l’expiration des -privilèges de l’inventeur permirent de l’employer d’une façon industrielle pour remplacer la gravure typographique, d’une exéeution longue et dispendieuse.
Nous devons à l’obligeance de M. Lefman, bien connu à Paris pour ses magnifiques travaux, la description aussi minutieuse que possible des opérations qui se font journellement dans ses ateliers pour la production, par la photographie, de clichés typographiques qui peuvent être intercalés dans le texte d’un ouvrage, et servir à son illustration.
Le spécimen que nous donnons ci-contre a été exécuté dans les ateliers de M. Lefman, en procédant de la façon que nous allons indiquer.
L’opération a trois phases : d’abord, obtenir à l’aide d’un cliché photographique une image de l’objet qu’on veut reproduire ; ensuite reporter cette image photographique sur -une planche métallique ; enfin donner à cette image, sur le métal, un relief suffisant pour sa reproduction par voie d’impression typographique.
Le cliché photographique doit être vigoureux et transparent sans dureté.
Pour obtenir d’après ce cliché photographique la reproduction sur métal destinée à être transformée en cliché typographique, on procède d’une façon analogue à celle qui a été décrite précédemment pour les images photolithographiques par report avec du papier recouvert d’une couche de gélatine bichromatée.
Après gonflement dans l’eau froide on fait fondre au bainmarie :
Gélatine 500 grammes^
Eau filtrée 1.500 c. c.
de 21X27 centimètres, représentant Thistoire de Rome, qui sont d’une beauté remarquable, et d’une exactitude parfaite avec les dessins originaux, ce qui n’existe pas toujours quand on fait graver à la main.
Fig. 78. — Impression phototypographique avec un cliché fait dans les ateliers de M. Lefman, par le procédé décrit ci-contre.
Après dissolution complète, on ajoute :
Bichromate de potasse 10 à lo gr. (selon la tem-
pérature),
préalablement dissous dans une petite quantité d’eau chaude.
Cette composition, bien filtrée au travers d’unemousseline, est versée sur une feuille de papier dont les bords sont relevés en cuvette, et posée bien à plat sur une glace, qui ellemême est maintenue de niveau sur un pied à vis calantes ; après dessiccation dans une étuve à l’abri de la lumière et de la poussière, on expose le papier ainsi préparé dans un châssis-presse sous le cliché négatif. L’exposition varie, bien entendu, selon la lumière et l’intensité du cliché ; lorsqu’on juge qu’elle a été suffisante, on place cette feuille de papier bien à plat sur une glace ou sur une planche, et on lui fait subir un premier encrage à sec avec de l’encre lithographique pour former table noire, on l’immerge ensuite dans une cuvette d’eau fraîche où elle est maintenue jusqu’à ce qu’on ait obtenu un gonflement suffisant des parties non impressionnées, et qu’elle soit débarrassée du bichromate qu’elle contient ; dans cet état, on lave à l’éponge en frottant toute la surface pour débarrasser les parties non insolées de l’encre qu’elles contiennent, et on rince sous un robinet d’eau fraîche ; les parties insolées conservent l’encre et gardent le trait de l’image qu’il suffit de transporter sur une pierre lithographique préparée, et de l’encrer au rouleau ou autrement pour avoir une représentation exacte du cliché qui a servi à cet effet ; c’est cette image type que l’on reporte sur une plaque de zinc, parfaitement planée, poncée et polie, au moyen d’une encre de report spéciale pour ce genre de travail. La préparation du papier gélatiné peut se faire sans addition de bichromate de potasse; dans ce cas, lorsqu’on veut l’employer, il faut le sensibiliser en l’immergeant dans un bain de bichromate à 3 p. 100, à la façon du papier dit au charbon, auquel il ressemble en tout point, sauf l’épaisseur de la couche de gélatine qui varie selon le genre de travail à produire, et aussi par l’absence totale de matières colorantes qui sont inutiles pour ces images.
PHOTOTYPOGRAPHIE
Il reste à produire, avec le relief voulu, le dessin transporté sur zinc. Pour y arriver, on fait passer la plaque par huit ou neuf opérations successives, dans lesquelles l’acide azotique à divers degrés de l’aréomètre de Beaumé joue le principal rôle.
Avant de procéder au mordançage par l’acide , la plaque doit être humectée avec de l’eau gommée, et couverte d’un premier encrage, puis, pour donner plus de résistance à l’encre de report on saupoudre la surface de fleur de résine étendue délicatement sur le dessin avec un blaireau.
Quand les blancs occupent sur le dessin une surface un peu large, on les recouvre, ainsi que les bords de la plaque, de gomme laque liquide, qui a pour effet de maintenir davantage la force de l’acide, et de donner du soutien au rouleau typographique.
Cette planche est alors soumise à l’action de l’acide dans une cuve en gutta-percha.
Cette cuve doit avoir une disposition particulière, en raison du mouvement continuel qu’on est obligé de donner au liquide acidulé pour empêcher la stagnation des sels formés par l’acide et le zinc, et pour qu’il puisse réagir d’une manière nette et uniforme sur la planche. Elle est disposée en bascule sur deux coussinets fixés sur le bâti qui la supporte, et une tige mue par un excentrique lui imprime un mouvement régulier qui ressemble au roulis d’un navire. Le liquide employé est de l’acide nitrique plus ou moins étendu d’eau suivant l’effet à produire. Une fontaine en verre placée audessus de la cuve laisse tomber goutte à goutte la quantité d’acide que l’on juge nécessaire pour remplacer celui qui se combine avec le zinc.
On commence d’abord par une morsure très-légère, et celte morsure est destinée à attaquer seulement les petites parties blanches qui existent dans les teintes les plus foncées ; ordinairement cette première morsure exige un quart d’heure environ; quand on la juge suffisante, on retire la planche de la cuve, on la lave, on l’essuie, et on la place sur la plaque de fonte d’un fourneau, dite table de marbre, chauffée en dessous avec du poussier de charbon enflammé, qu’on a
soin de répartir également sous de la cendre cliaude, ou mieux encore avec une rampe à gaz dont on peut régler le feu à volonté. Sous l’influence de la chaleur, la légère couche de résine répandue sur le dessin se fond doucement, ainsi que l’encre, et se déverse dans toutes les petites cavités formées -par cette première morsure. Toutefois , comme cette couche n’est un peu épaisse que sur les noirs vifs et les teintes très-foncées, ce premier échauffement ne bouche que les petits points clairs qui se trouvent au milieu de ces teintes. Aussitôt que cet effet est produit, on laisse refroidir la plaque à l’air libre, après quoi on l’encre parfaitement avec le rouleau lithographique comme si on devait en tirer une épreuve. On recommence ensuite à la saupoudrer de fleur de résine pour la mettre en état de subir une seconde fois l’action de l’acide.
■ Cette seconde préparation doit attaquer les teintes un peu moins foncées du dessin, et en conséquence elle doit être un peu plus énergique. L’opération se conduit exactement comme la première fois ; seulement le degré d’échauffement de la planche, lorsqu’on la place sur la plaque de fonte du fourneau, doit être un peu plus élevé; et, comme le dessin lui-même est plus chargé d'encre et de résine, la fusion de la couche s’étend davantage, ce qui bouche les cavités ménagées dans la première opération.
f Après avoir de nouveau encré le dessin et l'avoir saupour dré, pour la troisième fois, de fleur de résine, on commence la troisième morsure, puis un nouveau chauffage de la plaque, qui provoque une nouvelle fusion de la couche protectrice, et on recommence delà même manière quatre, cinq, six, sept morsures et plus, jusqu’à ce que le dessin ne présente plus qu’une masse noire uniforme, sans distinction de demi-teintes. (Cet état de la planche est le résultat des fur sions successives de la couche d’encre et de résine qui a rempli toutes les cavités laissées par les parties blanches du dessin.) Alors on prépare la planche avec de l’eau acidulée très-fortement (une partie d’acide pour douze d’eau), qui creuse définitivement les parties complètement blanches. Cette dernière préparation se fait toute seule et dure environ