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Vers le milieu de l'année 1880, le i4 juin, M. Paul Desmarets, lors d'une ascension aérostatique qu'il exécuta à Rouen réussit, au moyen des mêmes procédés que M. Triboulet avait mis en pratique, à obtenir deux clichés, quoiqu'il se soit trouvé dans des conditions tout à fait anormales. La première photographie fut exécutée à 6'* 3o'" du soir. Elle représente en projection le commencement du village de Mesnil-Esnard, près de Rouen, entre la route nationale et le chemin de l'église. Ce cliché, pris à 1 100™ d'altitude, au travers de la brume, donne la surface de 900°* carrés à l'échelle d'environ xvTZ' ^^ Y remarque, quoiqu'il manque de netteté, les maisons, les arbres, les roules, jusqu'aux tas de cailloux qui servent à empierrer les chemins. Les objets situés dans le parc de M™* Dessaint peuvent très bien se distinguer lorsqu'ils sont visibles en projection verticale. Pour cette épreuve, l'appareil était placé verticalement, l'objectif passait par un trou pratiqué au fond de la nacelle, La
seconde ('preuve est le panorama qui se déroule à la hauteur de i3oo", depuis Rouen jusqu'à Quillebœuf. On v voit, reproduits, dans le haut, un magniGque cumulus, et dans le bas, tous les méandres de la Seine à travers quelques masses floconneuses. Malheureusement, Rouen se trouvait dans la brume et sous Tombre d^un gros nuage, ce qui empêche de le distinguer sur la photographie. Cette dernière épreuve, actuellement exposée au Conservatoire des Arts-et-Métiers, a été agrandie par M. Carette, à Boisde-Colombes, qui, au mojen de son procédé, a fait ressortir d'une façon inattendue quelques détails que Ton ne peut voir sur la petite épreuve, même en regardant à la loupe. L'appareil a été placé, pour cette photographie, sur le bord de la nacelle, l'objectif braqué sur l'embouchure de la Seine. Les hauteurs ont été mesurées comparativement avec deux baromètres que MM. Richard frères avaient mis gracieusement à la disposition de M. Desmarets. L'un est un baromètre de poche allant jusqu'à 5ooo™ , et l'autre, très sensible, donnait les dixièmes de millimètre de mercure jusqu'à la hauteur de 6000°*, ce qui me permettait d'évaluer l'élévation avec une grande précision. Les appareils dont l'opérateur s'est servi, consistaient en une chambre noire, un objectif, un obturateur instantané et des plaques sèches d'une grande sensibilité. La chambre noire n'a rien de particulier.
L'objectif, de fabrication française, sortait de la maison Derogy. C'était un aplanétique |4 ^^"^ '^ foyer mesurait 0,'"29.
L'obturateur, d'une construction très délicate et très
soignée, avait été combiné par M. Léonce de Combettes et par M. Desmarets.
Cet appareil, que ces physiciens ont appelé obturateur électro-photographique^ permet de régler la pose depuis l'instantanéité réelle (une fraction très minime de seconde), jusqu'à la pose la plus prolongée. Il se compose d'un disque en caoutchouc durci percé de deux ouvertures circulaires placées symétriquement sur un même diamètre et égales comme grandeur à celle des lentilles. Ce disque est mis en rotation plus ou moins rapide par un mouvement d'horlogerie. Les déclenchements s'opèrent au moyen d'un courant électrique agissant sur deux électroaimants Bourbouze et obtenu à l'aide de deux petites piles à renversement au bisulfate de mercure de M. Trouvé.
Les plaques sèches au gélatinobromure, d'une fabrication tout à fait spéciale, avaient été préparées par M. Laisné. Elles ont été développées après l'ascension, au moyen d'un révélateur particulier dont la base est l'oxalate de fer.
Le temps de pose a été d'environ ~ de seconde, et la vitesse de translation de l'aérostat 6™ à 7" à la seconde. Le ballon avait donc parcouru dans ce temps minime un espace de o",3o à o'",35, qui, avec la hauteur à laquelle les opérateurs se trouvaient, donne un angle tellement petit, que le déplacement de l'appareil, eu égard à cette hauteur, est insensible (8", i3i2).
Les expériences photographiques dont nous venons de parler ont été exécutées à bord du Gabriel^ cubant i225"*^ et appartenant à la Société d'expériences aérostatiques de Paris.
G. TissANoiER. — Photogr. en ballon. 1
L'aéroslal était dirigé par M. Lair, avec Taidc de M. Maquelin (*).
Les résultats photographiques obtenus, par M. Desmarets, ont vivement attiré l'attention des praticiens, au moment où ils ont été publiés et ils ont certainement contribué aux essais qui devaient être exécutés quelques années après, et dont nous allons donner le récit.
( ' ) D'après le récil de M. Pau! Desmarels, publié dans La Nature.
Vu