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CHAPITRE III

Tirag-e des épreuves positives sur papier. — De la nature et de la qualité des papiers photographiques. — Épreuves dégradées. — Exposition à la lumière. — Virage. — Fixage. — Satinage des épreuves.

Le cliché négatif, produit sur un verre transparent, donne une épreuve positive quand on l'applique sur une feuille de papier sensibilisée que l'on expose à la lumière. Les rayons solaires traversent les parties blanches du cliché et dessinent les ombres sur le papier.

Préparation dii papier sensibilisé. — Le papier

photographique se trouve tout préparé chez les bons ^ fournisseurs ; il est formé d'une pâte à grains serrés ; sa surface est lisse, satinée.

Il est facile de s'en procurer. On peut toutefois le préparer soi-même. On prend à cet effet un papier de bonne qualité, dont la surface unie est exempte de taches. Il est indispensable que son encollage ait été exécuté avec le plus grand soin. Les différents procédés de l'encollage agissent sur la couleur du positifs S'il a été obtenu au moyen de de l'albumine, la

photographie sera légèrement rougeâtre ; elle sera au contraire d'un rouge orangé, si Tencollage est dû à la gélatine.

Le papier une fois choisi, et c'est généralement du papier albuminé que se servent les photographes, on le plonge dans une dissolution aqueuse de sel marin, ou chlorure de sodium (30 grammes de sel environ par litre d'eau). On l'y laisse séjourner pendant quelques minutes, puis on le fait sécher à l'air. — Pour sensibiliser ce papier, il suffit ensuite de le tremper dans un bain d'argent (200 grammes de nitrate d'argent pour 1 litre d'eau distillée) contenu dans une cuvette photographique en porcelaine. Quand la feuille de papier est bien imbibée de chlorure d'argent, on la sèche dans l'obscurité.

Le papier albuminé du commerce renferme déjà du chlorure de sodium ou d'ammonium ; pour le sensibiliser, il suffit de le tremper dans le bain d'argent. Il est bon de ne pas sensibihser le papier photographique trop longtemps à l'avance. Il ne tarderait plus à jaunir, même en le conservant dans l'obscurité.

Tirâ^e des épreuves positives. — On emploie pOUr

cette opération un châssis spécial, formé d'un cadre rectangulaire, au fond duquel est placée une glace. On pose le cliché sur cette glace, en ayant soin de ne pas le faire du côté collodionné. On y applique le papier sensibilisé, et on ferme le châssis au moyen d'une planchette brisée à charnière, dont les deux parties mobiles sont solidement maintenues par des traverses en bois (fig. 26). Le système est exposé au soleil. Comme il est indispensable de surveiller la venue de l'image, on con-

stmit ces appareils de telle façon qu'il soit possible de regarder la surface du papier ; on ouvre la moitié supérieure de la plaque à charnière et on voit si l'épreuve

Fig. 26. — Châssis de reproduction.

est d'un ton assez intense. Cette inspection s'exécule dans la chambre noire. La seconde moitié du papier est retenue par l'autre partie de la plaque à charnière,

Fig. 27. — Châssis à reproduction exposé au soleil

ce qui l'empcche de se déranger pendant l'inspection. On peut refermer la boîte et continuer l'exposition au soleil. La partie du châssis que l'on tourne du côté delà

lumière offre l'aspect d'un cadre ordinaire (fig. 27). — La figure 28 représente un châssis très employé en Angleterre ; les traverses de bois qui ferment la planchette à charnière y exercent une pression par l'intermédiaire de deux ressorts, dont le but est de mieux établir le contact entre le papier sensibilisé et le cliché. Ce système très avantageux est d'un maniement très facile.

Quand on opère en plein soleil, avec des négatifs sur verre, il faut avoir grand soin que les rayons tombent perpendiculairement sur le plan de la glace, afin d'é-

Fig. 28. — Châssis anglais.

viter des déformations dans le cas où le cliché n'aurait pas une égale épaisseur dans toutes ses parties.

Quand on veut tirer des portraits en vignettes, on se sert du verre à dégrader ; c'est un verre incolore au centre, et qui vers les bords prend une teinte jaune de plus en plus foncée. On peut encore arriver à un positif dégradé au moyen d'une plaque de verre, où sont collées des dentelures de papier de plus en plus épaisses à mesure que l'on s'éloigne du centre transparent. Quand on opère sur des clichés-portraits, il est facile d'obtenir un fond blanc en couvrant les châssis d'un verre jaune à fond blanc.

Lorsque Tépreuve sur papier est arrivée au ton voulu, ce qui exige un espace de temps variable selon l'intensité de la lumière du jour, on la retire du châssis, en opérant, dans le cabinet noir, à l'abri de la lumière, qui noircirait les parties claires préalablement protégées par les noirs du cliché de verre.

L'épreuve positive a une couleur rouge très prononcée; avant de la fixer, c'est-à-dire de dissoudre l'excès de sel d'argent que la lumière n'a pas attaqué, il est indispensable de procéder à l'opération que nous allons décrire .

Virage. — Si l'on enlevait directement l'excès de sel d'argent de l'épreuve positive sur papier, au moyen de l'hyposulfite de soude, on obtiendrait une image très peu solide, et dont la couleur rouge pâle produirait sur l'œil un effet fort peu agréable. Le virage a pour but de donner de la solidité à l'épreuve, de lui permettre de résister à l'influence du temps et d'acquérir une nuance franche, vigoureuse, violette ou noire, à la volonté de l'opérateur. Le virage s'opère en plongeant l'épreuve, au sortir de son châssis, dans un bain contenant 1 gramme de chlorure d'or et de potassium dans 1 litre d'eau Il est nécessaire de la soumettre auparavant à un lavage à grande eau, opéré pendant plusieurs minutes dans une large cuvette photographique toujours placée

* Il existe un grand nombre de formules pour la préparation des bains de virage. Un certain nombre d'opérateurs ajoutent à la solution aqueuse de chlorure d'or une petite quantité de bicarbonate de soude, destinée à neutraliser l'excès d'acide dont le chlorure d' or pourrait être imprégné. D'autres photographes ajoutent au bain d'or de l'acide citrique ; d'autres enfin de l'acétate de soude, du phosphate de soude ou du borate de soude.

120 OPÉRATIONS liT PUOGÉDÉS riIOTOGRÂPIIIQUES. dans le laboratoire obscur, à Tabri de la lumière. Pendant le cours de cette opération, l'épreuve se nuance parfois en un rouge un peu yif, mais il n'est pas nécessaire de tenir compte de ce fait, qui se produit assez fréquemment. 11 faut continuer le lavage pendant le temps voulu, et plonger subitement Tépreuve dans le bassin de virage au chlorure d'or, où Ton peut la laisser séjourner de dix à quinze minutes environ. Passé ce temps, l'épreuve a acquis la teinte sépia foncée qui constitue la véritable beauté de la photographie.

Fixage. — Une fois que l'opération du virage a produit son effet, on lave l'épreuve à grande eau ; il ne faut pas craindre de prolonger ce lavage, et une immersion de six à huit heures dans un grand baquet où l'eau se renouvelle constamment n'est pas trop prolongée. Le fixage se fait ensuite pour le positif, à peu près comme pour le négatif, c'est-à-dire que l'on opère avec l'hyposulfite de soude ou le cyanure de potassium. L'hyposulfite de soude, additionné de 1 pour 100 de craie, donne d'assez bons résultats. Une immersion d'un quart d'heure dans une solution étendue (200 grammes d'hyposulfite par litre) est suffisante. L'épreuve, encore une fois lavée à grande eau et séchée, est enfin terminée.

Pour s'assurer que l'épreuve a été soumise à un lavage suffisant, on recueille quelques gouttelettes de l'eau qui en découle, dans un verre à expérience, où l'on verse une petite quantité de bichlorure de mercure (sublimé corrosif), en dissolution dans l'eau ; il ne doit pas se former de précipité si l'épreuve a été convenablement lavée. Dans le cas contraire, on devra prolon-

LF POSÎTJF. m

ger le séjour de l'épreuve dnris l'eau jusqu'à ce que la réaction n'ait plus lieu.

Collage. — ssatînage. — Les épreuves positives sur papier, après avoir été parfaitement lavées, après avoir été sécliées, en les suspendant par un de leurs coins â une corde tendue dans l'atelier, sont placées sous une presse ou un objet pesant, de manière à les empêcher

Fig 29. —Presse à satiner les épreuves positives.

de prendre des plis. Elles sont émargées, coupées, il ne reste plus qu'à les coller sur un carton, et à faire disparaître les inégalités de leur surface en les soumettant au satinage.

Le collage sur un carton bristol se fait très bien avec un empois d'amidon, préparé dans l'eau bouillante. Le satinage s'opère au moyen d'une presse spéciale, for-

122 OPÉRATIONS ET TROCÈDÉS PIIOTOGRÂPIITQUES.

mée d'une plaque métallique qu'une roue à manivelle, mise en action, fait passer à la partie inférieure d'un cylindre (fig. 29). Les épreuves photographiques, collées sur carton et séchées dans une pièce chaude, sont au préalable placées sur la plaque de métal; elles sont soumises à une pression considérable, en passant sous le cylindre, et acquièrent un aspect brillant, qui contribue à les embellir. Pour ajouter à l'effet du satinage, on peut étaler sur la photographie une mince couche de vernis formé de cire et de mastic dissous dans l'essence de térébenthine.

Telles sont les différentes opérations que nécessite l'exécution d'une épreuve photographique, par la méthode la plus usitée, la plus pratique, du collodion humide. Nous ne saurions trop dire que, malgré les descriptions minutieuses, la pratique est encore le meilleur guide de l'opérateur ; que celui-ci s'efforce de bien posséder d'abord la théorie, qu'il étudie les différents modes de procéder, mais qu'il sache bien à l'avance qu'un long apprentissage est nécessaire, et que la patience, la constance, la ténacité sont les qualités indispensables au photographe.

Les différentes opérations photographiques, que nous venons de décrire, sont, en définitive, peu complexes pour un opérateur quelque peu habitué aux manipulations chimiques ; mais que de longs efforts, que de tâtonnements, patients, minutieux, délicats, il a fallu, de la part des créateurs de cet art merveilleux !

Quel abîme de labeur et de recherches sépare les méthodes actuelles, dont nous venons de donner un exposé

sommaire, des premiers procédés de Nicéphore Niepce et de Daguerre !

Après ces impérissables inventeurs, que d'esprits ingénieux et laborieux ont longtemps médité sur les problèmes de l'art photographique, ont apporté quelques éléments nouveaux aux résultats obtenus avant eux !

Ne dirait-on pas que c'est le caractère des œuvres de la science moderne, d'être en quelque sorte la résultante d'efforts multiples, isolés les uns des autres, mais simultanés et tendant vers le même but. La plupart des découvertes de notre siècle en sont un frappant exemple, et la photographie est certainement une de celles qui ont exigé le plus grand concours d'ouvriers de l'intelligence, accomplissant avec persévérance des recherches toujours difficiles et souvent ingrates.

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