CHAPITRE V
LA PHOTOGRAPHIE AU GÉLATINO-BROÎVIURE D'ARGENT
Résumé de l'histoire des divers procédés photographiques. — Emulsion sensible à la lumière. — Pratique de ce procédé au gélatino-bromure. — Obturateur chrononiétrique de M- Boca.
Depuis rinvention de Nicéphore Niepce et Daguerre, complétée par M. Fizeau, Fart de fixer et de reproduire les images de la chambre noire a été si complètement transformé par les perfectionnements qui y ont été successivement apportés, que pour beaucoup de personnes la photographie moderne constitue un art entièrement nouveau : c'est pourquoi il n'est pas inutile de rappeler que si les procédés opératoires ont été profondément modifiés, les réactions principales qui servent de base à toute la photographie n'ont pas été changées. En effet, c'est toujours, même dans les formules les plus récentes, comme dans l'admirable invention de nos célèbres compatriotes, l'action de la lumière sur l'iodure et le bromure d'argent qui sert de point de départ à * tous les procédés. La différence qui existe entre la photographie moderne et le daguerréotype n'est donc
iU OPÉRATIONS ET PROCÉDÉS PIÎOTOriRAPIIÏQUES.
pas aussi grande qu'on le croit généralement, bien que les résultats en soient fort différents.
Les modifications apportées dans les manipulations photographiques, si nombreuses qu'elles varient presque avec chaque opérateur, peuvent se diviser en trois grandes périodes, qui marquent bien les étapes parcourues par les inventeurs.
Dans la première période, connue sous le nom de daguerréotype, la couche sensible est formée à la surface d'une plaque d'argent poli, qu'on expose au contact de vapeurs d'iode et de brome ; il se forme des iodures et des bromures d'argent impressionnables à la lumière.
Dans la seconde période, désignée sous le nom de photographie au collodion, on dissout un iodure et un alcalin dans un véhicule liquide, albumine, gélatine ou collodion; ce liquide est ensuite étendu en couche mince et régulière sur une glace ; lorsqu'elle est prise, on la plonge dans un bain de nitrate d'argent pour former la couche sensible.
Enfin, dans la troisième période, appelée photographie aux émulsions, un bromure alcalin est dissous dans une gelée chaude de gélatine dans laquelle on verse une quantité suffisante de nitrate d'argent pour précipiter le bromure à l'état de bromure d'argent sensible à la lumière ; ce bromure reste en suspension dans la gélatine pour former une émulsion laiteuse qui, après avoir été lavée pour la débarrasser des sousproduits inutiles et même nuisibles, est étendue en couche mince sur une glace pour former la plaque sensible, qui sera ensuite exposée dans la chambre noire.
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soit encore humide, lorsque la gélatine est coagulée, soit après dessiccation complète.
C'est ce procédé d'invention récente que nous nous proposons d'étudier et de décrire complètement, car il présente, comparé aux procédés anciens, de très nombreux avantages qui le recommandent autant aux amateurs qu'aux photographes de profession.
Comme on le verra dans la suite, ces avantages sont si nombreux que nous croyons fermement qu'il remplacera avantageusement toutes les préparations employées jusqu'ici et que joint aux tirages positifs, dits au charbon, il est appelé à opérer une nouvelle transformation dans l'art de la photographie.
La préparation de l'émulsion au gélatino-bromure d'argent ne présente aucune difficulté sérieuse ; en tout cas, elle n'en présente pas plus que celle du collodion. La partie la plus délicate des manipulations est celle qui a pour but d'obtenir d'une façon régulière un précipité vert de bromure d'argent.
Le bromure d'argent a la propriété de précipiter sous trois états différents, dont un seul sensible à la lumière et par cela même propre aux impressions photographiques, savoir:
l"" Sous forme de bromure blanc à particules très fines, donnant des couches oranges transparentes, mais peu sensibles à la lumière, surtout dans les clairsobscurs ;
Sous forme d un résidu blanc, caillebotté, à particules très grosses, impropres aux usages photographiques;
S"" Enfin, sous forme de précipité grenu, franchement
vcrdàtre, à particules assez grosses, mais qui s'émulsionnent bien dans la gélatine et donnent des couches opaques très sensibles à la lumière.
L'idée de faire de toutes pièces une émulsion sensible à la lumière n'est pas nouvelle, car en août 1855 un savant bien connu, mort depuis quelques mois, M. A. Gaudin, avait déjà fait quelques essais dans ce sens, et rendant compte de ses expériences, il disait entre autres choses : « C'est avec le bromure quej'ai le mieux réussi. J'ai fait des essais analogues avec la gélatine et l'albumine. » Et ensuite : « En résumé, tout l'avenir de la photographie me semble résider dans un coUodion argentifère composant la matière impressionnable, qu'on pourra mettre en bouteilles, étendre sur le verre, toiles cirées, etc., pour obtenir immédiatement ou le lendemain, des épreuves positives ou négatives à la chambre obscure, ainsi que des épreuves positives ou négatives ayant toute la perfection désirable.» Le temps a parfaitement justifié les prévisions de M. A. Gaudin ; espérons qu'il a assez vécu pour voir son rêve se réaliser, si ce n'est aller au delà de ses espérances ; car les qualités qui distinguent le gélatinobromure semblent devoir dépasser de beaucoup le desiderata que le photographe le plus hardi aurait osé formuler en 1853.
A la suite des travaux entrepris dans divers pays, on possède aujourd'hui des formules qui permettent de préparer d'une manière régulière les émulsions au gélatino-bromure et d'obtenir des résultats constants.
En Angleterre, le nouveau procédé a surtout été