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CHAPITRE

LES RETOUCHES

Les accidents clans les clichés et dans les épreuves. — Moyen d'y porter remède. — Rctonche des négatifs. — Imperfections des positifs. — Retouche des épreuves photographiques à l'encre de Chine. — Coloration des photographies. — Les photographies-caricatures.

Malgré Thabileté de l'opérateur, malgré les soins qu'il peut apporter à ses manipulations, le cliché pliotographique, ainsi que l'épreuve positive, sont souvent imparfaits; des accidents difficiles à éviter, souvent inexplicables, viennent altérer une œuvre qui a exigé un temps considérable, qui a nécessité d'innombrables détails d'une manipulation toujours minutieuse et délicate.

Que la glace collodionnée soit restée quelques secondes de trop dans la chambre noire, que le liquide révélateur ait été versé une foi-s de plus sur le cliché, que la moindre impureté ait souillé de sa présence fortuite un des réactifs employés, qu'un rayon de soleil maladroit soit venu tout à coup s'introduire dans le verre de l'objectif, il n'en faut pas plus pour que

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l'épreuve soit voilée comme d'un nuage, piquée de petites taches, ou rayée de lignes qui altèrent la pureté du dessin.

Les pointillés sur le cliché, les petites taches, proviennent souvent de la négligence de l'opérateur qui n'aura pas nettoyé sa glace avec toutes les précautions qui doivent s'imposer sans cesse aux manipulations du photographe. S'il y a laissé quelques parcelles detripoli, si l'atmosphère y a jeté quelques grains de poussière, la pellicule de collodion retiendra ces vestiges, quelque menus qu'ils soient; ils flotteront sur le liquide sensibilisateur, y formeront des bulles au-dessous desquelles le réactif ne pourra mordre, et chaque grain de substance étrangère formera une tache très visible sur répreuve.

Lorsqu'un négatif présente des pointillés transparents on peut lesboucheravecun pinceau et de l'encre de Chine légèrement gommée. Pour les paysages, on a souvent l'habitude d'étendre avec l'impression une couche de vernis opposée k la face collodionnée, dans les parties qui demandent de l'opacité. Au moyen de ce procédé, un opérateur habile arrive même à produire des effets de nuage, d'un excellent effet.

Les clichés ne sont pas seuls à nécessiter des retouches; il est rare que les épreuves positives soient complètement exemptes d'une tache ou d'une marbrure dans quelques-unes de leurs parties. Tous ces petits défauts peuvent être corrigés par un dessinateur, avec de l'encre de Chine délayée dans de l'eau gommée et additionnée d'une petite quantité de carmin.

L'épreuve photographique peut servir à l'artiste de

véritable esquisse, sur laquelle il pourra passer son crayon ou son pinceau. Elle se transformera ainsi en une miniature, ou en un pastel.

On n'a pas manqué de protester contre cette application du crayon ou du pinceau sur les épreuves photographiques ; dans la troisième partie de cet ouvrage, nous considérons les retouches au point de vue artistique; pour le moment' nous devons seulement les envisager au point de vue purement pratique.

Les retouches à l'encre de Chine sur l'épreuve positive doivent être exécutées avant le satinage ; il est très rare, nous le répétons, que ces retouches ne soient pas nécessaires, surtout pour les portraits. Les yeux du modèle ont souvent remué et n'offrent pas une netteté suffisante, les draperies ne présentent pas toujours des ombres assez vigoureusement accusées. Quelques coups de pinceau, donnés par une main délicate, peuvent facilement réparer ces imperfections. Les retouches sont souvent indispensables, dans les parties blanches de l'épreuve positive, qui apparaissent comme des taches, sans ombres et sans demi-teintes. Le devant d'une chemise d'homme ne manquera pas d'apparaître comme un triangle blanc, sans plis, sans traces de bouton, et produira un effet déplorable au milieu d'un portrait qui peut être parfaitement réussi. Il est facile de suppléer à ces défauts de la photographie à l'aide d'un pinceau très fin, imbibé d'encre de Chine ou de sépia.

Quelques artistes sont parvenus à donner aux photographies l'aspect d'une gravure anglaise; ils y arrivent en tirant une épreuve sur papier salé. Ils y appliquent un encollage et font une retouche au pointillé avec de

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Fencre de Chine. Pour réussir ce travail, il estinsdispensable d'avoir le talent d'un bon miniaturiste.

C'estencore sur papier salé qu'il faut tirer les épreuves positives destinées à être colorées à l'aquarelle ou au pastel. Ce genre de coloration ne donne généralement que de mauvais résultats ; il en est de même pour la peinture à l'huile faite sur le positif. L'épreuve dans ce cas est tirée sur une toile à tableau. Nous verrons que ces procédés photographiques rendent de véritables services aux peintres du plus grand talent. Si l'on juge sévèrement les photographies/^em^^s, c'est qu'elles sont dues la pluplart du temps à des badigeonneurs plutôt qu'à de véritables artistes ; c'est qu'elles sont destinées à des bourses modestes, qui veulent avoir six portraits pour six francs. Mais dans un grand nombre de cas, il nous semble que la photographie pourrait utilement servir d'esquisse à un peintre. N'est-il pas regrettable que quelques artistes en bannissent l'emploi de parti pris?

Parmi les retouches des épreuves photographiques, nous devons mentionner les caricatures, analogues à œWe que représente la figure 32. Pour représenter le modèle avec une grosse tête sur un petit corps, il suffit de prendre deux fois sa photographie. La première fois, on produit une épreuve de la tête seule ; la seconde fois, on fait une épreuve du corps tout entier à une échelle beaucoup plus petite. Une fois que les épreuves positives sont obtenues, on découpe de la première épreuve la tête et on la colle sur le cou du personnage reproduit à une échelle moindre. Si la grosse tête ne s'ajuste pas très bien au petit corps, on fait les raccords néces-

156 OPÉRiTIONS ET PROCÉDÉS PHOTOGRAPHIQUES.

saires au pinceau. Ce dessin une fois oljtenu, on en prend l'image par la photographie, et on produit un cliché qui peut donner un nouihre indéfini d'épreuvescaricatures.

L'industrie ne manque pas d'utiliser des procédés

Fig. 52. — Photographie-caricature.

analogues pour répandre des photographies politiques, faites après coup, par la réunion de portraits-cartes sur un même cliché. Quand un nouveau ministère est nommé, on trouve chez les papetiers la photographie

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du conseil des minisires. Les nouveaux élus n'ont certainement pas autorisé le photographe à venir les fixer sin^ le collodion, pendant qu'ils discutaient les questions d'État ; mais il est facile de représenter un conseil des ministres. On dispose autour d'une tahle à tapis vert des modèles quelconques ; les amis du photographe représentent les ministres pendant le temps de pose. Quand l'épreuve positive est tirée, on découpe les têtes des nouveaux ministres, en se procurant leurs portraitscartes, et on les colle sur les corps des personnages qui ont joué leur rôle; après les retouches voulues, on prend la photographie de l'épreuve ainsi ohtenue et.... le tour est joué. Pour simuler le salon ministériel, un décor a été peint sur la toile de fond de l'atelier, représentant une grande cheminée de marbre et de superbes candélabres. C'est par ce procédé que les marchands de photographies ont pu mettre en vente des scènes historiques, telles que l'entrevue de M. de Bismark et de M. Thiers, etc. Les têtes seules des personnages sont authentiques, elles sont reproduites d'après leurs portraits-cartes; la mise en scène générale est fictive et représentée par des personnages quelconques.

Il y a certainement, dans la photographie, une riche mine de plaisantes observations pour l'observateur, mais nous nous garderons d'aborder sous ce rapport l'art que nous étudions au point de vue scientifique.

Nous nous bornerons à ajouter, pour rester dans les limites de ce chapitre, que les retouches habilement faites contribuent à améliorer la photographie, à donner au portrait le véritable aspect du visage humain.

(( Madame de Staël, dit notre spirituel écrivain

158 OPÉHATIONS ET PROCÉDÉS rilOTOCRAPIIfOlIllS.

M. Legouvé, mourut en causant ; en Yain depuis plu> sieurs jours, ses parents, voyant arriver le fatal dénouement, voulaient-ils écarter les visiteurs de son lit d'agonie : « Laissez, laissez entrer, disait-elle d'une (( voix fiévreuse, j'ai soif du visage humain! » Ce mot profond et presque terrible exprime une des plus ardentes passions de notre temps; nous avons tous soif du visage humain; arrêtez-vous chez les marchands d'estampes, voyez quelle foule se presse devant les vitrines à expositions photographiques, et ol)servez son

attention investigatrice Est-ce pure curiosité? Simple

amour de distraction? Frivole désœuvrement? Non......

Nous avons soif du visage humain, parce que nous avons soif de Tâme humaine. »

Ce besoin signalé par M. Legouvé est réel, et personne ne peut surtout refuser de l'admettre au point de vue photographique : aussi dirons-nous aux faiseurs de retouches : (( Donnez-nous le visage humain. »

CHAPTTllE VU

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