CHAPITRE PREMIER
La plaque daguerrienne transformée en planche de gravure. — M. Donné. — M. Fizeau. — La gravure photographique de M. Niepce de Saint- Victor. — La photo-lithographie et l'héliogravure, créées par A. Poitevin. — Procédés de MM. Baldus, Garnier, etc. — L'albcrtypie. • — Procédé de M. Obernetter. — L'héliogravure moderne.
Dès rorigine de la photographie, à Tépoque même de Daguerre, on regrettait que les admirables images produites par le soleil, au foyer de la chambre noire, fussent condamnées à rester à l'état de type unique; on se demandait si l'art n'arriverait pas à transformer le cliché en une planche gravée, propre à effectuer le tirage mécanique d'épreuves sur papier. De nos jours, ces vœux émis depuis la naissance de la photographie sont en partie réalisés; si l'on n'a pas encore atteint le degré de perfection qui sera le caractère de l'héliogravure dans un avenir peut être prochain, on est parvenu à métamorphoser le cliché en une planche métallique analogue à celle que le graveur à l'eau forte façonne de sa pointe d'acier ou que le sculpteur sur bois met en relief avec son outil; les épreuves photographiques
arriveront à être comparables aux gravures de nos grands maîtres; le soleil aura fait un dessin, que la mécanique et les réactions chimiques auront pour ainsi dire buriné sur le métal avec une précision inconnue à la main humaine.
C'est un savant émérite, M. Donné, qui, le premier, eut ridée de faire agir de l'acide chlorhydrique sur une plaque daguerrienne, afin de mordre le cliché dans les parties claires, et de laisser en relief, à des degrés différents, les ombres et les demi-clairs, de façon à produire une planche capable de donner des épreuves sur papier, par le procédé de gravure en taille-douce. — Mais le mercure dans la méthode daguerrienne n'est pas toujours également réparti sur la plaque de cuivre argentée; il ne s'y dépose souvent qu'en une couche d'une extraordinaire ténuité ; l'acide, en le rongeant, donne une planche où les aspérités n'offrent qu'une saillie tout à fait insuffisante; en outre les reliefs obtenus, formés d'argent, c'est-à-dire d'un métal très doux, limitent singulièrement le tirage. — Les premières planches d'héliogravure étaient usées et hors de service, quand elles avaient donné sur papier une quarantaine d'épreuves encore très imparfaites.
M.Fizeau perfectionna ce procédé rudimentaire, mais il en compliqua les opérations au point qu'on dut bientôt abandonner sa méthode* M. Fizeau était parvenu à attaquer les parties noires de l'épreuve daguerrienne en laissant en relief les blancs formés par le mercure. Mais la condition essentielle d'une bonne gravure, c'est la profondeur des reliefs ; il fallait arriver à creuser les sillons et les cavités ouverts par l'acide. — M. Fizeau les
remplissait d'une huile grasse, qui ne s'attachait pas aux parties saillantes de la plaque. Celle-ci était dorée à la pile, Fhuile contenue dans les sillons était enlevée, et à l'aide de l'acide nitrique, qui respectait les parties protégées par une couche d'or, on pouvait ronger, autant qu'il était nécessaire, les parties déjà creusées par l'opération précédente.
Après ce travail si ingénieux de M. Fizeau, la photographie sur papier fut découverte, et l'héliogravure sembla d'abord perdre de son intérêt. On ne tarda pas toutefois à reconnaître que ce problème de la gravure photographique méritait à tous égards de fixer l'attention des chercheurs. Il est vrai que, par les procédés de photographie sur papier, on a d'abord un cliché sur verre, qui peut donner un nombre illimité d'épreuves ; mais combien est lent le tirage ! que d'obstacles présente cette opération qui nécessite du soleil, des soins, des minutes inconnues à la confection des épreuves tirées à la presse ! En outre, la photographie sur papier n'est pas durable, elle pâlit avec le temps, jaunit parfois et souvent même s'efface complètement.
La gravure photographique fut étudiée avec activité: MM. Talbot et Niepce de Saint-Yictor arrivèrent à graver sur acier des objets transparents, à l'aide de la photographie ; ils employaient le bichromate de potasse comme matière impressionnable à la lumière; mais leurs résultats étaient grossiers et dénués de tout cachet artistique.
En 1853, M. Niepce de Saint- Victor reprit, en le modifiant, le premier procédé de son parent Nicéphore Niepce. Il fit connaître une méthode propre à transpor-
ter sur acier un cliché photographique au moyen d'opérations que nous croyons devoir succinctement décrire.
Une plaque d'acier bien décapée et bien polie est couverte d'une couche debitume de Judée, que l'on étend sur le métal en le dissolvant au préalable dans l'essence de lavande*. — Ce véritable vernis est séché dans un cabinet noir, afin qu'il ne soit pas altéré par là lumière; il devient sec et parfaitement sohde. Cela fait, on applique sur la planche métallique ainsi sensibilisée une épreuve positive, obtenue sur verre, et l'on expose le tout à l'action de la lumière diffuse. La lumière traverse les parties transparentes du verre et impressionne le bitume de Judée; au bout d'un quart d'heure, l'opération est terminée. On sépare la plaque d'acier, on la lave avec un mélange de benzine et d'huile de Naphte, qui dissout seulement les parties du vernis respectées par la lumière, c'est-à-dire celles qui étaient directement placées derrière les noirs de l'épreuve photographique sur verre.
Les portions de la plaque d'acier mises à nu par le dissolvant sont susceptibles d'être rongées par l'acide nitrique, on peut donc obtenir une planche en creux, qui, bien préparée, est susceptible de recevoir l'encre d'impression, et d'être soumise au tirage des épreuves sur papier, reproduisant exactement l'image photographique. Les gravures de M. Niepce de Saint-Yictor ne manquaient pas d'un certain mérite, mais elles présentaient,
* D*après M. Monckhoven, la meiUeure espèce de bitume de Judée, on asphalte, destinée à ces opérations, doit être complètement insoluble dans l'eau, elle doit se dissoudre à raison de 5 pour 100 dans l'alcool, de 70 pour 100 dans lether, et en toutes proportions dans l'essence de térébenthine, la benzine pure et le chloroforme.
par contre, de graves inconvénients; les ombres, notamment, n'offraient aucun modèle, aucune délicatesse; c'étaient des taches uniformes, qui faisaient de la gravure une ébauche vulgaire. C'est en vain que M. de Saint- Victor perfectionna son procédé; c'est en vain qu'il put abréger le temps de l'exposition à la lumière, qu'il parvint à impressionner directement la plaque d'acier sensibilisée, au foyer de la chambre noire. Le laborieux chercheur, malgré le persévérant travail de plusieurs années, ne sut pas éhminer complètement les inconnues de son problème.
Pendant que M. Niepce de Saint- Victor échouait dans ses belles et glorieuses tentatives, un ingénieur émérite, dont nous avons déjà cité le nom dans cet ouvrage, M. Alphonse Poitevin, ouvrit des horizons nouveaux et inattendus au domaine de la gravure photographique. Il détourna quelque peu le problème, mais y apporta une solution que l'on doit considérer comme une véritable révolution dans cet art nouveau. Dès 1839, Poitevin avait été frappé du rapport lu par Arago sur la fixation des images de la chambre noire; il devint un fervent adepte de Daguerre, mais ses travaux d'ingénieur ne lui permirent pas de s'occuper immédiatement de l'étude des intéressants problèmes qu'il se promettait de résoudre. En 1842, me livrant, dit Alphonse Poitevin, à des expériences de galvanoplastie pour reproduire les images formées sur les plaques d'argent, j'observai que la plaque daguerrienne, au sortir de la boîte à mercure et portant à sa surface l'image dont les blancs sont formés par l'amalgame d'argent et les noirs par l'iodure d'argent non modifié par la lumière, se
recouvrait de cuivre sur les blancs seulement, c'est-àdire sur Famalgame, sans que les noirs fussent modifiés, lorsqu'on la plongeait dans le bain galvanoplasti" que; ce fut la première découverte et pour laquelle je fis de nombreux essais, qui tous réussirent ; mais, forcé de suspendre ces distractions (car à cette époque ce n'était pour moi rien autre chose) et de me livrer à ma carrière d'ingénieur, ce ne fut qu'en 1847 que je pus y revenir comme études sérieuses. J'appliquai mes observations pour la gravure par les acides à des reports sur métal des dessins iodés de M. Niepce de Saint-Yictor, puis a des images daguerriennes sur plaqué ou doublé d'argent^ et bientôt après à la transformation des images daguerriennes en clichés négatifs pouvant être tirés par les procédés ordinaires sur des papiers préparés aux sels d'argent". »
Pendant vingt années Poitevin a jeté les bases premières de plusieurs méthodes distinctes, qui toutes ont leur originalité et leurs applications. Ces procédés ont été longtemps fort peu connus, mais, heureusement pour la science, l'inventeur, à la fin de sa carrière, s'est décidé à révéler tous les moyens qu'il employait, dans une brochure aujourd'hui très rare et intitulée : Traité de r impression photographique sans sel d'argent. «Cette brochure, a dit avec raison un des biographes du grand travailleur, n'est ni un manuel, ni un traité, ni un livre; c'est plus que tout cela: c'est le résumé des travaux persévérants d'un homme qui, sachant beaucoup de choses, a appliqué pendant vingt ans toutes ses con-
* Compte rendu de V Académie, t. XXVI, p. 153 (février 1848). 2 Compte rendu de r Académie, t. XXVII (juiUet 1848).
naissances à la réalisation d'une pensée unique, le progrès d'un art qu'il aime avec passion, et dont il a compris dès l'origine les vraies destinées. »
Voici la première méthode trouvée par le savant opérateur : on pourrait l'appeler la méthode galvanoplastique.
Poitevin formait d'abord le dessin par les moyens connus deladaguerréotypie, c'est-à-dire en impressionnant dans la chambre noire, ou à travers une gravure rendue transparente, une plaque d'argent iodé. Cela fait, la plaque est exposée, comme d'usage, aux vapeurs de mercure : le dessin apparaît. Alors, sans dissoudre l'iodure d'argent qui n'a pas subi l'action de la lumière, la planche est attachée au pôle négatif d'une pile électrique, et plongée dans lebaingalvanoplâstique. Le dépôt de cuivre a lieu seulement sur les parties métalliques ou amalgamées à la surface, c'est-à-dire sur celles qui correspondent aux blancs du dessin. Celles qui sont protégées par une couche non conductrice d'iodure d'argent, sont préservées.
Une fois cette opération terminée, un lavage à l'hyposulfite de soude enlève l'iodure d'argent et met à nu l'argent métallique qu'il recouvre. Le cliché apparaît donc ainsi : les clairs du dessin sont recouverts de cuivre, les ombres sont formées de l'argent de la plaque primitive. On chauffe légèrement pour oxyder le cuivre, et on répand du mercure sur la plaque ; le métal liquide s'amalgame seulement avec l'argent, et ne se combine pas avec l'oxyde de cuivre, qu'il laisse à nu. On couvre ensuite la planche de feuilles d'or ; le même phénomène va se reproduire : l'or adhère seulement sur
les parties amalgamées, qui, ne l'oublions pas, représentent les ombres du dessin. Les clairs sont toujours tracés par l'oxyde de cuivre. Cette dorure partielle étant exécutée, il ne reste plus à traiter la planche que par l'acide nitrique ou eau-forte ; l'acide ronge l'oxyde de cuivre, creuse la planche là où sont les clairs du dessin, et n'agit pas sur les parties dorées, qui apparaissent en relief, en saillie. On a une planche qui peut servir à un tirage typographique. Poitevin obtenait de la même façon une gravure en creux; au lieu d'impressionner la plaque daguerrienne dans la chambre noire, ou à travers un dessin transparent, il l'impressionnait avec un cliché négatif de l'image à graver. Dès 1847, Poitevin a ainsi obtenu des gravures, dont sa remarquable brochure nous donne des spécimens.
Après ses premières tentatives, Poitevin entreprit des expériences dans une voie toute nouvelle ; il transporta, non plus sur le métal, mais sur une pierre, l'épreuve photographique, et son ingénieuse méthode fut créée sous le nom de photo-lithographie.
Photo-lithographie. — Sur une pierre, bien grainée et de bonne qualité, Poitevin appliquait une couche formée par un mélange d'albumine ou de bichromate de potasse. Il plaçait sur cette surface un cliché négatif de photographie sur verre ; puis il exposait le tout à la lumière. Les rayons solaires, comme nous l'avons déjàexpliqué, n'agissaient que sur les parties enduites de la pierre, placées au-dessous des parties transparentes du verre. Or la lumière, en exerçant sa mystérieuse influence sur un mélange de matières gommeuses ou gélatineuses imbibées de bichromate de potasse, les rend
i;héliogra^ure.
propres à prendre et à retenir Fencre d'impression. Que la pierre soit séparée du cliché de verre, qu'on y passe le rouleau typographique, l'encre n'adhérera quesurles portions du vernis frappées par la lumière. La photographie primitive est devenue planche lithographique*.
La découverte de ce fait si singulier, qui sert de base à la photo-lithographie, est certainement une des plus
* Voir l'ouvrage de M. Poitevin, intitulé : Impression photographique sans sel d'argent. Paris, 1862.
Nous compléterons notre description sommaire par le passage suivant, extrait d'un rapport de la commission photographique chargée d'examiner le procédé de photo-lithographie :
« Si on recouvre une pierre lithographique ordinaire d'une solution albumineuse mêlée de bichromate de potasse et si on laisse ce liquide s'évaporer spontanément, l'albumine, si tant est qu'elle soit altérée dans sa nature, ne l'est pas dans sa solubilité, et un lavage à l'eau froide suffit pour enlever à la pierre la plus grande partie de la matière inaltérée qui n'a pu la pénétrer. Mais expose-t-on cette surface ainsi conditionnée à l'action de la lumière traversant les parties inégalement transparentes d'un cliché négatif, une altération qui n'est pas certainement une coagulation ordinaire, et à laquelle l'oxydation de l'acide chromique contribue sans doute, rend cette albumine insoluble, et fait qu'elle reste ainsi sur la pierre en quantité d'autant plus grande que l'action de la lumière a été plus intense. Ainsi modifiée cette albumine repousse l'eau comme s'il s'était formé un corps gras dont la production dans cette circonstance pourrait devenir l'objet de recherches intéressantes. Dans cet état, elle se charge aisément d'encre grasse ordinaire, qui reste sans adhérence aux parties de la pierre où la lumière n'a pas agi. Si l'on passe alors sur cette surface un rouleau recouvert de cette qualité d'encre dans laquelle entre du savon et que les lithographes appellent encre du rejjort, celle-ci adhère aux points recouverts d'albumine impressionnée par la lumière et non aux autres, et la pierre se trouve ainsi recouverte d'encre grasse disséminée en proportions variables, comme elle l'aurait été par le crayon du dessinateur. En acidulant ensuite, en mouillant avec l'éponge, l'encre en excès disparaît. Le dessin s'égalise en lui faisant subir les opérations lithographiques connues, c'est-à-dire l'enlevage à l'essence et le réencrage au rouleau, et l'on n'a plus ensuite qu'à recouvrir cette pierre ainsi préparée d'une couche de gomme qui ne prend que là où il n'y a pas d'encre, et à la soumettre encore à l'encrage ordinaire et à l'acidulation pour obtenir autant d'exemplaires que si le dessin, dont la lumière s'est entièrement chargée, avait été fait avec le crayon et par les procédés connus de la lithographie. C'est ainsi qu'opère M. Poitevin. »
remarquables qu'ait faites Poitevin ; mais cet habile expérimentateur ne s'en tint pas là. Il reconnut bientôt que son enduit gélatineux au bichromate de potasse perd les propriétés qu'il possède de se gonfler par l'eau quand il a été soumis à l'action d'un rayon lumineux. L'enduit impressionné, traité par l'eau, dans des conditions spéciales, se gonfle légèrement dans les parties où la lumière n'a pas laissé son empreinte occulte ; il n'est nullement modifié là où la lumière a agi : voilà donc la substance qui offre une inégalité de surface. Les creux et les reliefs correspondent aux clairs et aux ombres de la photographie ; rien n'empêche d'en prendre le moulage à l'aide de la galvanoplastie, et l'on aura une planche de cuivre parfaitement apte au tirage des gravures en taille douce. Il va sans dire que nous ne donnons ici que le principe du procédé de Poitevin, qui, dans la pratique, nécessite des soins extrêmes. Ce principe est essentiellement ingénieux, il a paru donner des résultats, sinon parfaits, du moins satisfaisants, et personne ne pourra nier que Poitevin, par ses recherches et ses résultats, inspirés des ressources d'une imagination essentiellement féconde, doit être regardé comme le véritable fondateur de l'héliogravure moderne.
La photo-lithographie fut pendant longtemps utilisée avec fruit ; nous allons voir qu'elle est la base de la photoglyptie, dontles résultats actuels sont si remarquables. Elle valut à son auteur le célèbre grand prix fondé par M. le duc de Luynes.
Dès 1857, un artiste et un praticien d'un grand mérite, M. Lemercier, utilisa les nouveaux procédés de
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Poitevin et en tira un excellent parti. Poitevin luimême ne tarda pas à imprimer, par ce système ingénieux, de belles collections, parmi lesquelles nous citerons un album de quarante-cinq terres cuites, photographiées dans les galeries du vicomte de Janzé, une reproduction photographiée des pierres gravées du musée égyptien du Louvre. On peut voir enfin au Conservatoire des arts et métiers, dans les galeries contenant les produits les plus remarquables de notre industrie nationale, une belle pierre photo-lithographique.
Telle est l'œuvre de Poitevin, œuvre capitale, qui contient le germe de la plupart des procédés connus d'impression photographique.
Procédés Baldus et Garnier. — - l§»aIinoii. — A mesure que nous nous rapprochons de notre époque, les progrès s'accentuent. En 1854, M. Baldus produit les épreuves de gravure photographique qui excitent ajuste titre l'étonnementdu public. Laissons décrire ce procédé par M. Louis Figuier, qui a aidé de ses lumières l'heureux artiste héliographique.
(( On prend une lame de cuivre sur laquelle on étend une couche de bitume de Judée. A cette lame de cuivre, recouverte de la résine impressionnable, on superpose une épreuve photographique, sur un papier transparent, de l'objet à graver. Cette épreuve est positive et doit, par conséquent, se traduire en négatif sur le métal, par l'action de la lumière. Au bout d'un quart d'heure environ d'exposition au soleil, l'image est produite sur l'enduit résineux, mais elle n'est point visible. On la fait apparaître en lavant la plaque avec un dissolvant qui enlèveles parties non impressionnées par la lumière,
et laisse voir une image négative représentée par les traits résineux du bitume.
ce Cependant le dessin est formé d'un voile si délicat, si mince, qu'il ne tarderait pas à disparaître en partie par le séjour de la plaque au sein du liquide. Pour lui donner la solidité et la résistance convenables, on l'abandonne pendant deux jours à l'action de la lumière diffuse. Le dessin ainsi consolidé, on plonge la lame de métal dans un bain galvanoplastique de sulfate de cuivre, et voici maintenant les merveilles de ce procédé. Attachez la plaque au pôle négatif de la pile, vous déposez sur les parties du métal non défendues par l'enduit résineux une couche de cuivre en relief ; la placezvous au pôle positif, vous creusez le métal aux mêmes points, et formez ainsi une gravure en creux. Si bien qu'on peut, àvolonté, et selon le pôle de la pile auquel on s'adresse, obtenir une gravure en creux ou une gravure en relief; en d'autres termes, une gravure à Teauforte pour le tirage en taille douce, ou une gravure de cuivre en relief, analogue à la gravure sur bois, pour le tirage à l'encre d'imprimerie\
Depuis cette époque, M. Baldus a complètement supprimé la galvanoplastie. Quelques minutes lui suffisent pour rendre les planches de cuivre propres au tirage en taille-douce.
C'est au moyen d'un sel de chrome, sans aucun emploi de bitume de Judée, que M. Baldus rend impressionnable à la lumière la lame de cuivre. Sur une lame de cuivre ainsi rendue impressionnable, on applique le
* On voit que cette méthode offre une grande analogie avec le procédé galvanoplastique de Poitevin.
cliché de verre qu'il s'agit de reproduire, et on expose le tout à l'action de la lumière. Après l'exposition lumineuse, on place la lame de cuivre portant la couche impressionnée dans une dissolution de perchlorure de fer, qui attaque la lame de cuivre dans les points qui n'ont pas été influencés par la lumière; et l'on obtient ainsi un premier relief.
Comme ce relief n'est pas suffisant, on l'augmente en replaçant la lame de cuivre dans le mordant de perchlorure de fer, après avoir passé sur le métal un rouleau d'encre d'imprimerie. L'encre s'attache aux parties en relief et les défend de l'action du mordant. On peut, en répétant ce traitement, donner aux traits de la gravure la profondeur que l'on désire.
Si l'on fait usage d'un cliché photographique négatif, on obtient une impression en creux nécessaire pour le tirage en taille-douce. Pour obtenir une planche de cuivre en relief destinée au tirage typographique, on prend un cliché positif, et les traits du métal sont en relief.
Un peu plus tard, en 1855, on vit paraître un procédé extrêmement ingénieux, dû à MM. Garnier et Salmon.
Voici en quoi consiste le procédé usité par ces habiles inventeurs :
« Une planche de laiton est exposée, dans l'obscurité, aux vapeurs de l'iode, soumise à l'action lumineuse derrière un négatif, et frottée avec un tampon de coton imbibé de mercure, qui n'attaque que les parties non altérées par la lumière. Cette lame, soumise au rouleau d'encre grasse, repousse l'encre par ses parties amal-
gamées, mais y adhère par ses parties libres. Celles-ci forment alors la réserve, et la couche, traitée par le nitrate d'argent, donne une planche en taille-douce après qu'on a enlevé l'encre grasse. Mais si l'on n'enlève point l'encre grasse, et qu'après la première morsure au nitrate d'argent, on fasse sur la lame un dépôt de fer galvanique, celui-ci se dépose sur les parties amalgamées, et l'encre enlevée laisse à nu le laiton iodé. On attaque de nouveau la planche par le mercure qui n'adhère pas au fer. Soumise au rouleau d'ancre grasse, celle-ci de nouveau ne prend pas sur le mercure, mais sur le fer. Si l'on veut une planche typographique, au lieu d'opérer un dépôt de fer, on dépose de l'or, puis on creuse les parties non dorées par un acide jusqu'à relief suffisant \ y>
M. Garnier obtenait, par un procédé analogue, des gravures héliographiques faites sur des clichés donnant des vues de monuments, paysages, etc., d'une qualité très remarquable. Cet opérateur reçut à l'Exposition le grand prix de photographie.
Depuis quelques années, les procédés que nous venons de décrire ont été transformés par des perfectionne* ments de la plus haute importance; nous devons passer en revue les méthodes actuellement usitées par quelques opérateurs célèbres.
Aibertypie. — M. Albert est un photographe de Munich, bien connu par ses remarquables travaux; il a donné son nom a des procédés de photolithographie qui tirent leur origine de la méthode d'Alphonse Poitevin ;
* Ti'aité général de photographie, par Monckhoven, sixième édition G. Masson, 1875.
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ils ont permis de produire de si remarquables résultats, qu'il est juste de leur donner le nom de leur inventeur. Dans les ateliers de M. Albert, à Munich, on imprime journellement des gravures héliographiques pour la confection des portraits-cartes, et une planche arrive à fournir facilement 200 gravures en douze heures.
Une glace épaisse finement dépolie, est placée horizontalement, la surface dépolie en haut. Elle est recouverte d'une solution de gélatine et de bichromate d'ammoniaque, additionnée d'albumine préalablement battue. On expose cette première couche mince à l'action de la lumière, de façon à la rendre insoluble dans l'eau. Quand cette opération, qui exige beaucoup de délicatesse et de soins dans les manipulations, est terminée, on couvre la première couche de gélatine d'une seconde formée de gélatine et de colle de poisson, de bichromate de potasse, et d'un mélange de matières résineuses (benjoin, baume de Tolu) dans l'alcool. La glace sèche est placée dans le châssis-presse contre le cliché négatif qu'il s'agit de reproduire. Quand l'insolation a été suffisamment prolongée, on plonge la glace dans l'eau tiède, qui creuse les parties non isolées restées solubles, et laisse légèrement en relief celles que la lumière a rendues insolubles.
Cette opération terminée, la glace est séchée, frottée à l'aide d'une flanelle imbibée d'huile, il ne reste plus qu'à procéder à l'encrage. Cette glace est soumise à l'impression au rouleau dans la presse lithographique , et « ceci, ajoute M. Monckhoven, qui a vu opérer l'habile expérimentateur dont nous décrivons le procédé, est la partie la plus délicate et la plus difficile du procédé.
Aussi faut-il, pour la faire convenablement, un ouvrier habile. L'encrage est-il empâté, on enlève l'encre à la térébenthine avec une éponge. La glace doit être assu jettie avec soin, soit sur une couche de plâtre, soit sur une feuille de caoutchouc, des papiers superposés, etc. L'encre grasse dont les rouleaux sont revêtus doit être de qualité supérieure. On l'additionne souvent de pourpre pour donner aux épreuves la même apparence que les épreuves photographiques. Les épreuves obtenues par M. Albert ne laissent rien à désirer sous le rapport de la propreté, de la finesse et des demi-teintes.»
Procédé Obernetter. — M. Obernetter a modifié Théliogravure en recouvrant la couche de gélatine insolée derrière le négatif, d'une poudre impalpable de zinc métallique. La glace, après cette opération, est chauffée à une température de 200"" centésimaux. On la soumet à l'action de l'acide chlorhydrique très étendu et à un lavage prolongé. Les parties de la gélatine recouvertes de la poussière métallique se laissent plus ou moins mouiller, tandis que celles où le zinc ne s'est pas attaché sont susceptibles de recevoir l'encre grasse. M. Obernetter est arrivé à des résultats très remarquables, et ses œuvres obtiennent en Allemagne un succès légitime.
L'héiiog^ra^ure moderne. — 11 existe un nombre considérable de méthodes de photogravure; a Paris, quelques opérateurs sont arrivés à des résultats très satisfaisants; mais la plupart d'entre eux ont des procédés basés sur des minuties, des tours de main qui ne sont pas connus, quoiqu'ils soient analogues aux procédés de Poitevin. Pour donner une idée des résultats que l'on peut obtenir, le lecteur se reportera à la gravure ci-
contre (fîg. 56) ; elle a été tirée dans le texte, et reproduit un dessin de Gustave Doré, photographié et mis en relief par des procédés analogues à ceux que nous avons décrits dans ce chapitre.
Nous supposons que le lecteur sait distinguer le cliché en taille-douce qui est formé de sillons creusés dans le métal, du cliché typographique où les traits au lieu d'être creux, sont en saillie, en relief. L'héliogravure donne surtout la gravure en taille-douce, et dans ce cas, cette gravure ne peut pas être tirée avec des caractères d'imprimerie. Dans le second cas, le cliché en relief, comparable à la gravure sur bois, est très facilement tiré typographiquement, et peut être intercalé au milieu de caractères d'imprimerie, comme cela a été fait pour notre figure 36. — Ce dernier mode d'héliogravure est surtout susceptible de rendre de grands services pour les livres de science et les publications illustrées.
La photoglyptie, que nous décrirons dans le chapitre suivant, quelque admirable qu'elle soit, ne donne encore que des clichés métalliques en creux, qui doivent être tirés hors texte, avec une presse spéciale.
Parmi les plus habiles opérateurs français, nous citerons M. Rousselon et MM. Dujardin frères. Ce premier praticien dirige un établissement d'héliogravure construit par MM. Goupil et C^, et il est arrivé non seulement à copier d'anciennes gravures, mais à reproduire la nature. Des paysages, des monuments et même des portraits se font aujourd'hui par des procédés d'héliogravure. MM. Dujardin s'adonnent surtout à la science, à l'art de l'ingénieur, à la reproduction des manuscrits,
à la géographie et a la cartographie. Ils produisent par rhéliogravure des planches sur acier, qui ont un grand mérite et par le nombre d'exemplaires qu'ils fournissent et par l'économie de leur production. Ces procédés d'héliogravure ont déjà trouvé des applications
Fig. 37. — Le soldat de Marathon (réduction par l'héliogravure ci-contre)
nombreuses ; il ne leur en manquera pas encore dans l'avenir. Ils sont usités par l'École des chartes pour la reproduction de manuscrits % par les ingénieurs et les architectes pour la réduction ou l'agrandissement de
* La reproduction photographique des manuscrits prend tous les jours une importance de plus en plus considérable ; elle permet de faire revivre quelquefois des textes presque effacés, que l'œil est impuissant à lire, mais que le collodion sensibilisé îaii paraître.
A.PASUIERoeL. COi^TOTs. J.ROBeUT se.
Fig. 58. — Le soldat de Marathon (gravure sur bois).
L'HÉLTOGRAVURE. 215
leurs dessins, par la Banque de Belgique et par la Banque de France pour la fabrication des billets.
Pour donner une idée de Futilité des nouvelles méthodes pour les réductions ou les agrandissements, nous avons reproduit ci-contre une gravure sur boîs, représentant le soldat de Marathon, et à côté de l'épreuve nous avons placé la réduction qui en a été faite par l'héliogravure. (Voy. fig. 37 et 38 )