‹ La Photographie judiciaire, avec un appendice sur la classification et l'identification anthropométriquesChapitre 4 sur 50 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La dissemblance des deux épreuves que nous donnons comme exemple, s’explique suffisamment par une modification dans les pensées de l’individu avec lequel nous allons faire connaissance.

Lorsque le jeune Raoul a été arrêté pour la première fois en novembre 1884 , cet accident l’avait ému, et il avait obéi scrupuleusement aux prescriptions du photographe qui lui commandait de regarder l’objectif. Arrêté pour la seconde fois en mai 1 885, c’est-à-dire moins de six mois après, il s’est dans l’intervalle encanaillé et aguerri et a cru avantageux de se dissimuler sous le faux nom de BiL lardo. Aussi, au moment du classique : « Ne bougeons plus — je commence », au lieu de fixer l’objectif, regarde-t-il l’opérateur, en ricanant in petto et se disant à lui-même : « Allons! Tout va bien! En voici encore un qui ne me reconnaît pas, puisqu’il recommëtice ma photographie d’il y a six mois,! t». . . K - ’ " !

Les deux portraits qui sont résultés de cet état psychologique différent, sont tellement dissemblables que l’on croirait volontiers qu’ils appartiennent à des individualités distinctes, n’était l’équivalence de lignes que présentent les deux profils.

Un autre inconvénient de la pose de face ou de trois quarts résulte de la difficulté de donner toujours au visage exactement la même orientation. Les plus légères modifications dans la direction du regard, la torsion du cou, soit du haut en bas, soit

de gauche à droite ou inversement, peuvent donner à la projection photographique les combinaisons de lignes les plus diverses.

Dans la pose du profil, la difficulté est réduite à son minimum : placer le sujet exactement de côté, le regard étant dirigé horizontalement.

C’est le profil aux lignes précises qui donne l’individualité fixe de chaque figure. La silhouette nous permet de mesurer les hauts et les bas de la figure humaine dont la face n’offre qu’une projection. Les femmes savent fort bien, par des artifices de coiffure et de toilette, pallier les excentricités de leur visage. Les acteurs arrivent sous ce rapport à des résultats encore plus étonnants ; mais toutes ces transformations ne portent que sur les apparences de la face sans modifier en quoi que ce soit le profil.

Par contre, il est d’observation courante que là où une bonne photographie de face sera unanimement reconnue par les connaissances et amis, une image de profil non moins réussie sera accueillie avec indécision et peut-être même reniée par certains qui ne s’apercevront pas qu’elle est la représentation, sous une autre orientation, du même individu qu’ils viennent de reconnaître, vu de face.

Nous avons appuyé plus haut sur l’intérêt pratiquent sur le drame psychologique que nous offre la figure humaine observée de face. Il est évident

que nous devons conserver souvenir de nos amis dans l’attitude qu’ils prennent d’ordinaire en nous parlant, c’est-à-dire de face ou de trois quarts. Un homme passe dans la rue, l’image de pi'ofil ne sera perçue qu’un instant, dans une direction unique. Nous-même, nous ne connaissons notre physionomie que pour'l’avoir vue dans une glace soit de face, soit plus rarement de trois quarts.

En résumé, si les poses de profil sont préférables pour l’identification linéaire, l’expérience démontre que les portraits de face sont mieux reconnus, et par le sujet lui-même, et par le public.

En pratique, nous avons été souvent amenés à substituer au portrait entièrement de face une position légèrement tournée vers la droite, de façon à laisser apercevoir quelque peu l’oreille gauche. Les photographies entièrement de face ont l’inconvénient de présenter la saillie du nez en raccourci et quelquefois de déformer ce dernier. Un léger trois quarts permet jusqu’à un certain point l’analyse de l’oreille et du profil du nez et du front, et réunit ainsi quelques-uns des avantages des photographies de profil à ceux de l’autre type.

Mais la photographie abrupte, entièrement de profil, continue à rester la seule dont il convient de se servir pour les identifications à un grand nombre d’années d’intervalle. C’est une coupe anatomique qui enregistre mille particularités précieuses sur lesquelles nous donnerons plus de détails

EXÉCUTION d’un PORTRAIT JUDICIAIRE. ig

à la fin de ce volume, à l’occasion de l’analyse descriptive de la figure humaine.

La Photographie de face, au contraire, doit s’efforcer de conserver, sous l’uniformité de la pose, l’expression naturelle de la physionomie et jusqu’au port habituel de la tête.

Ce résultat est plus facile à obtenir que l’on ne croit, même d’inculpés arrêtés pour délits graves et dont l’esprit est, avant tout, préoccupé de chercher des moyens de défense. On évitera, par discrétion et parce que la conversation irait à l’encontre du but, de leur parler de l’affaire qui a amené leur arrestation. Quelques plaisanteries « bon enfant », toujours les mêmes, empruntées à l’art photographique ou aux dispositions du local, à la pluie ou au beau temps, etc., adressées à la fois au détenu et au gardien qui l’accompagne, suffisent d’habitude pour dérider momentanément les figures les plus chagrines. L’esprit de ces malheureux s’y raccroche d’autant plus facilement qu’ils sont plus isolés et que leur situation morale est plus lamentable. Mais l’effet n’en dure qu’un instant; aussi faut-il savoir le mettre à profit pour prendre d’abord la pose de face.

Les cicatrices, rides, taches pigmentaires et nœvus, dits grains de beauté, étant les moyens les plus commodes d’identification, les clichés ne doivent être l’objet d’aucune espèce de retouche, sous quelque prétexte que ce soit. C’est là une re-

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