II. — MULTIPLICATION DU NÉGATIF
Le négatif n’est qu'un intermédiaire, le but final est d'obtenir l'image positive dans laquelle toutes les valeurs de l'original seront remises dans leur véritable sens. C’est cette épreuve qui constituera le document que consullera le médecin, Suivant les cas, on pourra se contenter de quelques épreuves ; dans d’autres, il pourra être nécessaire d’avoir des tirages à grand nombre : les procédés.à employer ne sauraient donc être les mêmes. D'autre part, il nous paraît indispensable de chercher à donner aux documents obtenus la plus grande stabilité, afin qu'ils ne soient pas exposés à disparaître dans un temps plus ou moins rapproché : ce qui ne nous empêchera pas d'indiquer les procédés courants, qui n’ont pas, il est vrai, toute la solidité que nous considérons comme indispensable en la matière, mais qui peuvent être précieux à cause de leur
facilité d'exécution ou leur faible prix de revient.
1° Procédés à faibles tirages. — Nous entendons par ces procédés tous ceux dans lesquels l’action de la lumière est nécessaire pour l’obtention de chaque épreuve. Il est évident qu’il n’y a pas de limites a priori au nombre d'épreuves que l’on peut tirer d’un cliché, mais il faudra un tel temps d'exécution, une telle maind'œuvre et par suite une telle dépense, que ces procédés ne peuvent donner pratiquement le résultat cherché.
Pour donner un exemple, si nous admettons qu'il ne faille qu'un quart d'heure pour tirer une épreuve d'un cliché donné, ce qui est la plupart du temps insuffisant, nous aurons en dix heures de travail 40 épreuves seulement. Pour en avoir 1000 il faudra 5 Jours de travail, en supposant encore que le temps soit toujours favorable. Avec une planche photocollographique, comme nous le verrons plus loin, on tire avec une machine à main facilement 400 à
900 épreuves par jour. Si l’on se sert d’une machine à vapeur, ce
chiffre peut dépasser 1900. Si l’on fait usage des procédés typophotographiques, on atteint la vitesse que l’on réalise dans la typographie, vitesse qui est encore plus considérable.
Il faudra donc réserver les premiers procédés pour le travail journalier et lorsque le tirage n’est pas considérable. Parmi ceux qui sont les plus employés et les plus pratiques nous décrirons le procédé au chlorure d’argent sur papier albuminé et sur gélatine, et les procédés au platine et au charbon.
Les épreuves données par les deux premiers sont d’une conservation problématique, celles données par les deux derniers ont
au contraire une stabilité aussi grande que l’on peut désirer.
4° Papier au chlorure d’argent. — Ce procédé est le plus ancien et encore, à l'heure actuelle, le plus employé malgré sa conservation douteuse. Cela tient à la facilité de son emploi et à son faible prix de revient. Il sera encore beaucoup employé dans le laboratoire à cause de ces qualités, mais nous croyons que, s'il peut servir dans bien des cas, il faut néanmoins, pour la collection qui doit renfermer tous les documents, user des procédés inaltérables.
On trouvera dans le commerce du papier sensible parfaitement préparé, aussi n’engageons-nous nullement le lecteur à faire cette préparation lui-même. Le papier est découpé au formal voulu et conservé dans une boîte ou un tiroir à l'abri de la lumière et de l'humidité. Bien que ce papier se conserve assez bien, nous pensons néanmoins qu'il ne faut pas en avoir de trop grandes provisions et qu'il vaut mieux l’employer frais.
Si l’on adopte le format 13 x 18, la feuille de papier donne dix morceaux de cette taille.
Pour obtenir l'épreuve positive on place le cliché face en dessus dans des châssis spéciaux, les châssis positifs. On a soin au préalable d’en bien essuyer le dos et de passer un blaireau fin sur la couche pour enlever la poussière. On met alors le papier sensible, la face contre celle du cliché. On met par-dessus un petit matelas de papier ou de feutre, le volet du châssis, et l’on ferme celui-ci.
On procède alors à l'exposition au jour. Ici, quelques explica-
tions sont indispensables. La durée d’insolation nécessaire pour
CHAP. VI. — CONSERVATION ET UTILISATION DU NÉGATIF. 181 donner une bonne épreuve sera fonction de la lumière ambiante, de l'intensité du cliché et de sa coloration s’il en a une. Il est donc impossible de dire & priort le temps qui sera nécessaire pour insoler une épreuve. À cet effet, les volets du châssis positif sont à charnières et permettent en soulevant la feuille de papier sensible de surveiller sa venue. Règle générale, 1l faut pousser l'exposition au delà du point où l’image est bonne, car dans les opérations subséquentes elle baissera d’une certaine quantité. L'expérience montre très vite à quel point il faut s'arrêter.
C’est en effectuant l’opération du tirage que l’on se rend parfaitement compte de l'intensité que doit avoir un bon négatif, pour donner une bonne épreuve. S'il est trop léger, l’image vient rapidement et est grise; s’il est trop poussé, l’image demande un temps d'exposition considérable. =
D'un côté, mauvais résultat; de l’autre, perte de temps considérable.
On voit donc qu’il y a intérêt à mener ses clichés par le développement, de façon à avoir l’intensité voulue.
Néanmoins, par certains artifices, on peut encore tirer bon parti de clichés qui ne sont pas par trop éloignés du point voulu, soit en dessus, soit en dessous. S’agit-il d’un cliché trop faible, 1l faut le tirer à une très faible lumière ou recouvrir le châssis d’un ou plusieurs verres dépolis. S'agit-il d’un cliché trop intense, il faut le tirer à une lumière plus vive, c’est-à-dire en plein soleil. En suivant cette manière de faire, on pourra tirer bon parti de clichés qui à linsolation ordinaire eussent donné des résultats insuffisants.
Au sortir du châssis, les épreuves sont mises dans une boîte spéciale, à l'abri de l'humidité et de la lumière. Lorsque l’on en a un certain nombre, on procède aux opérations qui ont pour but de fixer l’image. En général, il vaut mieux ne pas attendre trop longtemps pour terminer les épreuves, car elles sont sujettes à
s’altérer, et l'opération du virage se fait moins bien. Le)
Virage et fixage. — Les épreuves sortant du châssis ont un ton rougeâtre qui est loin d’être flatteur, de plus le sel d'argent
non réduit par la lumière est encore sensible; il faut donc effec-
tuer deux opérations, la première qui a pour but de donner à l'épreuve un ton plus agréable et la seconde de dissoudre les sels restés sensibles. On prépare tout d’abord le bain de virage de la
manière suivante. On met dans une capsule de porcelaine :
On chauffe ce bain jusqu’à l’ébullition. Pendant ce temps, on prépare une cuvette de porcelaine au-dessus de laquelle on place un entonnoir avec un filtre. On met dans la cuvette 5oo°° d’eau distillée.
Dans une autre cuvette, on a mis à laver les épreuves; le lavage doit être fait jusqu’à ce que l’eau n'ait plus d'apparence laiteuse.
On filtre alors la solution chaude, elle se mélange avec l’eau distillée froide et donne un bain dont la température est convenable.
Les épreuves, mises dans ce bain, changent rapidement de ton; elles passent au marron, au brun et au violet. À ce moment, on les retire et on les met dans une cuvette contenant de l’eau propre. Il est nécessaire de remuer constamment les épreuves dans le
bain d’or afin que le virage se fasse également.
Une fois toutes les épreuves virées el passées à l’eau on les
plonge une par une dans le bain de fixage
DAT TIRANT As e d 0 ete :.. … TOOÛ:
Hyposuläte de soude. mn un 100$"
Les épreuves doivent rester dans ce bain au moins dix minutes el il faut les remuer constamment pour assurer l’action égale de l’hyposulfite. Une fois le fixage terminé, les épreuves doivent être lavées avec le plus grand soin et au moins douze heures dans l’eau courante.
La conservation des épreuves est à ce prix, et c’est à cause d’un lavage insuffisant, que nous voyons à l'heure actuelle bien des épreuves, datant seulement de quelques années, déjà plus ou moins altérées.
Le bain d’or dont nous avons donné la formule et qui con-
CHAP. VI. — CONSERVATION ET UTILISATION DU NÉGATIF. 183% uent 1%" de chlorure d’or peut virer facilement cent épreuves. Mais on n’aura pas toujours de pareilles quantités d'épreuves à virer ensemble, et, à notre avis, il n’est pas pratique d’en virer et de fixer autant, car il faut un matériel trop important et on éprouve de grandes difficultés pour obtenir un bon lavage. Le nombre de cinquante ne devrait jamais être dépassé.
Dans ce cas, il faut faire un bain en conséquence, moins abondant et moins riche en or. Pour mesurer la quantité d’or voulue, nous dissolvons celui-ci dans 100% d’eau distillée, et le renfermons dans une bouteille graduée en centimètres cubes. On prendra ainsi facilement la quantité que l’on reconnaîtra nécessaire sans être obligé de faire de pesées.
Lorsque nous avons une grande quantité d'épreuves, nous ne filtrons pas de suite la solution contenant l’or, mais nous la majoutons peu à peu de façon à réchauffer continuellement le bain et lui apporter en même temps constamment un peu de bain neuf.
Une précaution qu'il ne faut jamais négliger, c’est d’avoir les doigts particulièrement propres; il faudra également éviter d’une manière absolue de toucher l’hyposulfite de soude ou d’en introduire dans le bain de virage : on obtiendrait infailliblement des
taches.
Séchage. — Après le lavage les épreuves sont suspendues dos à dos par des pinces américaines reposant sur des cordes tendues. Le séchage se fait rapidement. Si cependant on est pressé, on éponge les épreuves dans du papier filtré blanc et ceci à plusieurs reprises : le séchage est bien accéléré. Les épreuves sèches doivent être gardées à plat, dans un livre, ou bien si on les roule, il faut toujours les rouler la couche en dehors. Comme elles ont tendance naturellement à se rouler en dedans, cet effet se trouve contre-balancé, et lorsque l’on déplie l'épreuve, elle est plane. On découpe ensuite l'épreuve au format voulu au moyen de
calibres ou d’équerres en verre. Cette opération se fait sur une
plaque de verre et avec un canif ou une pointe bien tranchante.
Si l’on veut éviter l'opération du séchage, il suffit de couper les
épreuves avant le virage; de cette manière, en sortant du lavage,
on n’à qu’à les coller. Nous verrons, en effet, tout à l'heure qu'il faut remouiller les épreuves pour les coller.
Lorsque l’on coupe les épreuves, on ne doit pas oublier que le mouillage que l’on doit effectuer pour le collage distendra le papier d’une certaine quantilé : il faut donc par une expérience préalable mesurer la quantité dont se distend le papier, pour en tenir compte. Ceci n’a du reste d'importance que si l’on doit coller l'épreuve sur des cartons d’une taille déterminée ou portant des filets d'encadrement. Mais, à vrai dire, cette observation a moins d'importance en Photographie médicale que dans la Photographie artistique. Ce qui est plus grave au point de vue qui nous occupe, c’est que ces distensions du papier peuvent entraîner à commettre certaines erreurs, si l’on n’est pas prévenu. Lorsque l’en voudra prendre par exemple des mesures, il faudra les prendre sur une épreuve non collée et pour plus de précision sur le cliché
lui-même.
Collage.
la colle d’amidon. On peut la préparer de deux manières qui réus-
La colle dont on se sert le plus habituellement est sissent également bien.
Première manière. — On prend 108" d’amidon en poudre que l’on met avec 100%" d’eau dans une capsule de porcelaine. On opère le mélange le mieux possible, au moyen d’un agitateur de verre, puis on chauffe jusqu’à ce que le liquide prenne la consistance pâteuse. IL faut remuer constamment le liquide pendant cette opération, afin qu'il ne se forme pas de grumeaux et que la colle n’adhère pas au fond de la capsule. On laisse ensuite
refroidir.
Seconde manière. — On prend 10% d’amidon comme précédemment, et on les dissout dans la plus petite quantité d’eau possible ; cette eau doit être tiède. On verse alors dessus et en agitant continuellement de l’eau bouillante. On s'arrête lorsque la masse devient pâteuse.
Quel que soit le procédé employé, on doit passer la colle au
travers d’un linge fin ou d’une flanelle. Pour ceci on place la colle
GHAP. VI. — CONSERVATION ET UTILISATION DU NÉGATIF. 185 dans le linge, et, le tordant entre les doigts, on oblige par pression la colle à s'échapper.
On met alors tremper dans l’eau les épreuves préalablement coupées à la taille voulue, on les applique sur une plaque de verre face en dessous et les unes sur les autres. On laisse égoutter le tout pendant un moment, puis au moyen d’un pinceau plat on enduit l'épreuve qui est au-dessus. On la porte alors sur le carton qui doit la recevoir, on la recouvre d’une feuille de papier filtre blanc et, avec la main, on chasse les bulles d’air et on donne une adhérence complète.
En séchant, les cartons ont une certaine tendance à bomber en dedans. On retrouve la planité en faisant passer le carton sous une machine spéciale qui s'appelle presse à satiner.
Lorsque l’on ne possède pas cet appareil, on évite le bombage du carton en mettant celui-ci entre deux réglettes qui maintiennent le centre plié, l'épreuve en dessus. Cette courbure maintenue pendant tout le séchage combat et annule celle qu'il aurait prise sous l'influence de l'épreuve.
Procédé au gélatinochlorure d’argent. — On trouve actuellement dans le commerce un papier dit aristotype, qui est à base de gélatine et de chlorure d'argent et qui donne des épreuves d’une grande finesse.
Il est également très précieux pour donner une bonne épreuve avec un cliché insuffisamment poussé. Les détails de l'impression sont les mêmes; il est seulement nécessaire de pousser l'épreuve vigoureusement, jusqu’à ce que les noirs soient métallisés, car elle descend en effet beaucoup dans les opérations subséquentes.
On emploie ordinairement avec ce papier un bain unique qui vire et fixe en même temps. Voici la formule d’un bain de ce genre :
Azotate de plomb pulvérisé .............
Chlorure d'or. Ne RE 15
L'épreuve plongée dans ce bain jaunit rapidement en même temps qu’elle descend de ton, puis peu à peu elle remonte et prend une coloration de plus en plus chaude; on sort l'épreuve lorsque
l’on a le ton voulu. On passe alors dans un bain d’alun après lavage rapide et l’on procède au lavage définitif.
Celui-ci terminé, on fait sécher les épreuves sur une feuille d’ébonite où elles sont appliquées au moyen d’un rouleau de caoutchouc. Une fois sèches, elles se détachent seules et ont un
brillant qui en fait ressortir les moindres détails.
Épreuves au platine. — Le procédé au platine a sur les précédents un avantage indiscutable, c’est la solidité de l’image qui paraît complètement assurée. Le papier sensible formé de chloroplatinite de potassium et d’oxalate sodico-ferrique se trouve tout préparé dans le commerce. Il faut le conserver dans des tubes métalliques garnis de chlorure de calcium, car il s’altère rapideæent sous l'influence de l'humidité.
On fabrique deux sortes de papier au platine : le premier, qui donne des images par développement, et le deuxième, qui donne
des images directes. C’est à celui-ci qu'il faut donner la préférence
au point de vue pratique, car on suit bien mieux la venue de l’image et les opérations qu'il faut exécuter après l'exposition sont des plus élémentaires.
Comme le papier au platine est assez sensible, il est nécessaire d'effectuer le chargement des châssis à la lumière jaune ou à une très faible lumière blanche. Il est bon d’ailleurs de laisser le papier prendre pendant quelques instants, au sortir du tube,
l'humidité ambiante. Complètement sec, il s’impressionne très
lentement et donne des images dures. Au contraire, a-t-il repris un peu d'humidité, les résultats sont très différents. On peut même, au sortir du châssis, faire monter l’image par simple insufflation de l’haleine. Cette manière de faire permet de monter l'épreuve exactement à point. Il faut alors procéder de suite au fixage, car l'humidité de l’air continuerait à faire monter l’image. C’est même la méthode qu'il faudra employer lorsqu'une épreuve sera insuffisante; au bout de quelques heures, elle aura gagné d’une manière manifeste. Le bain de fixage est composé d’eau
acidulée par de l’acide chlorhydrique.
DE RL A OR OC ME ASC CRC ER Eee 1000 ACIGÉCHIOLHYOT QUE RARE eee: 10€
Les épreuves doivent rester dans ce bain jusqu’à ce que la teinte jaune du sel de platine ait complètement disparu. On procède ensuite à un lavage soigné pour éliminer toutes traces d'acide, ce dont on s'assure au moyen du papier de tournesol bleu qui ne doit pas virer au rouge. Il n’y a plus alors qu’à faire sécher l'épreuve. On remarquera que ce mode de tirage exige en général
des négatifs corsés et vigoureux.
Procédé au charbon. Parmi les procédés inaltérables, il nous faut citer le procédé au charbon, qui donne des résultats de toute beauté, mais qui ne jouit pas, 1l faut l’avouer, de toute la vogue qu'il mérite. Cela peut tenir, d’une part, à ce que l'opérateur préfère employer des papiers tout préparés et, de l’autre, à ce que le procédé au charbon exige des négatifs retournés ou uge double opération qui complique certainement les manipulations. Cependant, devant les progrès accomplis dans les procédés pelliculaires, il est certain que leur usage s’étendra de plus en plus; on verra alors le procédé au charbon faire une concurrence sérieuse aux autres procédés.
On achète dans le commerce du papier dit au charbon qui est formé d’une couche de gélatine additionnée d’une matière colorante fine. Ce papier est mis à flotter sur une solution de bichromate de potasse à 3 pour 100 pendant quelques minutes, de trois à cinq suivant la saison. Ce papier, une fois sec, est mis sous le négatif à reproduire. Son aspect est noir et il est absolument impossible de suivre la venue de l’image comme dans les autres procédés, d’autant plus que l’action de la lumière sur la gélatine bichromatée n’a que pour effet de l’insolubiliser plus ou moins profondément suivant les valeurs du négatif.
C’est alors que l’on est obligé de se servir de l'instrument qu’on nomme le photomètre. Celui-ci se compose d’une lame de verre portant des bandes d’un papier transparent disposées en escaliers, de facon à présenter des opacités régulièrement croissantes. Chacune de ces bandes porte un numéro, la plus claire porte le n° 1. On met ce photomètre, garni d’un morceau de papier au sel d’argent, à côté du châssis contenant le papier au charbon. Lorsque
l'on croit l'exposition suffisante, on développe après avoir noté le
numéro correspondant du photomètre. Si le résultat est bon, il faudra inscrire le numéro du photomètre sur le cliché et l’on aura, en opérant de même pour chaque épreuve, un moyen sûr de l’amener au point voulu. L'emploi du photomètre implique naturellement un certain nombre d’essais et, lorsqu'on aura acquis cette expérience préliminaire, il sera très facile d'apprécier avec justesse la pose qu’il faut donner à un négatif en le comparant à un négatif qui aura déjà été tiré.
Nous faisons nos photomètres nous-même et, collant sur une lame de verre des feuilles de papier dioptrique de façon à former une échelle d’opacité croissante, nous inscrivons un numéro opaque sur chaque teinte, en commençant par la plus faible.
Voyons maintenant les modifications apportées par la lumière sûr la gélatine bichromatée. Dans toutes les parties où la lumière a pénétré, la gélatine est devenue plus ou moins insoluble proportionnellement aux différentes valeurs du cliché; elle estau contraire restée soluble dans les parlies correspondant aux noirs du cliché.
Il suffit donc, en principe, de passer l'épreuve dans l’eau tiède; les parties complètement solubles disparaîtront, dans les autres la gélatine plus ou moins insolubilisée se dissoudra partiellement en retenant une plus ou moins grande quantité de matière colorante ; on obtiendra ainsi les demi-teintes, les grands noirs seront formés par les parties complètement insolubles.
En pratique on commence par coller l'épreuve non développée sur un papier spécial qu'on nomme papier de transfert. Cette opération se fait en mettant dans l’eau froide les deux papiers pendant quelques minutes, puis on les applique l’un contre l’autre face contre face et on les met sous une légère pression afin que l’adhérence soit parfaite.
Une demi-heure après on peut procéder au développement en plongeant les deux feuilles collées dans l’eau tiède. Au bout de peu de temps le support primitif du papier au charbon se détache, l’image reste collée sur le papier transfert et, en l’agitant dans l’eau uède, on la voit se dépouiller peu à peu. La température de l’eau permettra de corriger dans une certaine mesure les erreurs qui auraient pu se produire dans l’insolation.
Le but du transfert est de développer l’image par la face oppo-
CHAP. VI. — CONSERVATION ET UTILISATION DU NÉGATIF. 189 sée à celle qui a reçu la lumière et de permettre ainsi de garder les demi-teintes les plus délicates. On comprend en effet que, si l’on développait sans transfert, les parties qui ne sont insolubilisées qu’à la surface extérieure, pourraient être entraînées par les parties inférieures restées solubles. En opérant au contraire par l’autre face, les plus légers détails restent adhérents au support.
On termine par un passage à l’alun et un lavage à l’eau froide. L'opération du transfert amène naturellement le retournement de l’image, c'est-à-dire que la droite est à la gauche etinversement. II y aura donc avantage, pour éviter cet inconvénient, à se servir de clichés pelliculaires que l’on tire retournés.
Au cas où, après s’être servi d’un négatif ordinaire, on voudrait avoir l'i image dans son vrai sens, on transporte l’image terminée sur un dernier support où elle se trouve dans le vrai sens. C’estgen particulier cette dernière opération qui éloigne bien des opérateurs de l’emploi du papier au charbon, car elle est assez délicate. Il sera donc plus avantageux et plus rapide de se servir de clichés pelliculaires et de ne faire qu’un seul transport.
Les épreuves au charbon sont très fines et complètement inaltérables. Les clichés doivent être doux et peu intenses. Ce procédé
permettra donc d'utiliser des clichés un peu faibles.
Procédés à fort tirage. — Nous arrivons maintenant à l’étude des procédés permettant d’obtenir des épreuves inaltérables en grand nombre. Lorsque le médecin a une publication à faire, il ect intéressant pour lui de savoir quelles sont les ressources que la Photographie lui offre pour la multiplication des documents.
Les procédés qu il peut employer s sont la Photocollographie, l'Héliogravure, la Photoglyptie et la & Similigravure.
Examinons-les sucCcessiv ement.
Photocollographie. — La Photocollographie consiste à imprimer directement des épreuves sur une couche de gélatine bichromatée préalablement exposée à la lumière sous le cliché. Le principe de ce procédé a été découvert en 1855 par notre compatriole, Poitevin. Une couche de gélatine bichromatée étant exposée au
jour (c’est ce qu’on appelle l insolation), les parties insolées de-
viennent imperméables à l'eau, et cela en raison directe de la lumière reçue, tandis que les parties protégées restent perméables. Si alors on mouille cette plaque, l’eau ne prendra que dans les parties n'ayant pas reçu la lumière et sera repoussée plus ou moins par les autres. Lorsque l’on passera un rouleau chargé d'encre d'imprimerie sur la couche de gélatine, l’encre ne prendra pas dans les parties humides, mais seulement sur les parties insolées et proportionnellement à leur degré d’insolubilisation.
Ce procédé donne des résultats absolument parfaits et n’exige que l’emploi de négatifs retournés et une certaine expérience que l’on peut du reste acquérir rapidement. Il doit être employé régulièrement dans un service médical dans lequel il est besoin d'obtenir un nombre important d'épreuves d’un même malade.
Dès qu'il est nécessaire d’obtenir plus de vingt épreuves, il devient pratique; en effet, pour quelques épreuves, il sera toujours plus simple de faire un des tirages que nous avons indiqués précédemment ; mais, dès que leur nombre augmentera,les difficultés seront plus grandes, surtout dans la mauvaise saison où il n’est pas rare d’avoir besoin quelquefois d’un ou plusieurs jours pour avoir une seule épreuve.
La multiplication facile et économique de ces épreuves permettra de les distribuer largement aux personnes intéressées, d’illustrer des présentations, des observations ou des thèses.
Nous allons décrire le matériel qui est nécessaire dans l'espèce et que nous avons fait installer à nos frais dans notre laboratoire de la Salpêtrière. L’atelier de photocollographie est dirigé par notre préparateur M. Lucien Sauvé et à titre de spécimen nous donnons une des planches de notre Ouvrage(P{. #11)exécutée parluiet urée à 2500 exemplaires. Il est vrai de dire que lorsqu'il s’agit de tirages aussi considérables il vaudra mieux s'adresser aux maisons spéciales qui tirent avec une machine mue par la vapeur et qui par suite donnent un tirage plus économique.
Il est nécessaire d’avoir deux pièces distinctes dans l'atelier photocollographique, l’une où l’on fera les préparations de plaques et les lavages, l’autre où se trouveront l’étuve et la presse. On devra pouvoir maintenir dans cette dernière pièce une température moyenne de 15° à 18° et y éviter toute humidité.
CHAP. VI. — CONSERVATION ET UTILISATION DU NÉGATIF. (191 Nous employons le matériel de la maison Voirin qui s'occupe spécialement de la construction des appareils nécessaires pour la photocollographie et s’est fait une grande renommée dans cette industrie nouvelle.
L'étuve qui est destinée à faire sécher rapidement la couche de gélatine bichromatée coulée sur la plaque de verre se compose d’une
boîte rectangulaire en bois montée sur quatre pieds ( fig. 73). Le
fond de la boîte est formé d’un bain de sable enfermé dans une caisse de tôle de o", 10 d'épaisseur. Un système de chauffage quelconque placé en dessous du bain de sable permet de la chauffer et d'obtenir dans la partie supérieure la température convenable. Le système le plus avantageux est le gaz, qui permet de la régler à volonté.
Dans l’intérieur, des tasseaux portent des barres de fer mobiles garnies de vis calantes destinées à supporter les planches photocollographiques ( g.74). La boîte estfermée parun couvercle garni de toile rouge de façon à empêcher la lumière d'entrer en permettant
néanmoins à l’air chaud de s'échapper. Sur le devant de l’étuve
est un verre jaune permettant de lire la graduation d’un thermo-
mètre placé à l'intérieur. Il est en effet dangereux d'ouvrir l’étuve pendant le séchage des planches. 3
Pour se servir de l’étuve on allume la rampe de gaz et lorsque la température est au degré voulu on place les planches sur les vis
calantes et l’on vérifie l’aplomb au moyen d’un niveau d’eau.
Presse. — Celle qui nous sert à la Salpêtrière sort des ateliers de M. Voirin (fig. 75). Elle consiste essentiellement en un solide plateau métallique sur lequel on fixe la planche. Après encrage on superpose une feuille de papier convenable, on rabat dessus un cadre garni d’une toile de caoutchouc et au moyen de la manivelle on fait passer le plateau sous un rouleau d’acier qui par sa pression
applique.l’encre sur la feuille de papier.
Châssis à insolation.
On emploie des châssis spéciaux portant au fond une glace forte et des barrettes à vis de pression qui donnent un contact intime entre le négatif et la planche photocollographique. On se sert encore avec avantage de châssis profonds dans lesquels on place des barres transversales. On obtient un serrage énergique au moyen de coins en bois que l’on glisse entre la planche et les barres. L’arrière du châssis est fermé par une porte à coulisse de façon que le jour ne puisse pas pénétrer sur le dos de la planche.
Encres. — On se sert d’encres et de vernis Lthographiques. On trouve également dans le commerce des encres de couleur qui
GHAP.
sont fabriquées spécialement sous le nom de teintes photographiques. Quelques-unes sont assez fluides pour pouvoir servir sans
être rebroyées.
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