CHAPITRE III. — PHOTOGRAPHIE PENDANT LA VIE
les prendre le plus souvent de face ou de profil. On n’arrivera à de bons résultats qu’en élevant le malade sur une table, afin que les pieds soient à hauteur de l’appareil (PI. V). On placera derrière eux un voile sombre, de façon à les bien faire détacher. Pour la détermination de la durée de la pose, nous suivrons les mêmes règles que celles indiquées précédemment pour les mains, mais en faisant la remarque que, la plupart du temps, l'immobilité du malade sera plus grande, le pied supportant soit le poids de la jambe, soit celui du corps tout entier. Il pourra être quelquefois nécessaire de photographier la plante du pied. Dans ce cas, on mettra le malade assis ou couché sur une table à hauteur de l’appareil. Un voile noir placé derrière les pieds servira de fond. Nous donnons deux reproductions de pieds faites dans ces conditions
(fig. 26).
Fig. 26.
Pieds d’acromégalique. Durillon du pied gauche chez un épileptique. Maladies de la peau. — On sait que les maladies de la peau
sont très nombreuses ; leur étude par la photographie peat donc présenter un intérêt spécial.
Les difficultés que l’on rencontrera fréquemment tiendront à l'échelle des épreuves qui devra être souvent assez grande et aux
colorations antiphotogéniques des tissus superficiels altérés.
Il faudra opérer, en général, d'assez près et diaphragmer quelque
peu pour avoir une netteté parfaite. Le grand écueil viendra des
colorations, soit rouges, soil jaunes, que l’on rencontre le plus fréquemment dans ce genre de maladies. Il sera nécessaire, pour avoir des détails suffisants, de poser plus longtemps que d'habitude: dans certains cas spéciaux, on devra même recourir aux plaques plus spécialement faites pour reproduire les jaunes et les rouges.
Rien ne dit même que cel inactinisme de certains éléments morbides ne pourrait servir, quelquefois, à mettre en lumière des éruptions non encore déclarées.
Vogel rapporte dans un de ses ouvrages le cas d’une dame, qui venant se faire photographier, reçut un portrait constellé de points noirs. Trois jours après elle mourait de la petite vérole. L’authenticité de cette observation est peut-être discutable, mais le fait en lui-même n’est pas improbable.
Il est absolument certain que l'objectif photographique peut révéler des choses que l'œil le plus exercé ne saurait percevoir. Que l'on trace un mot sur une feuille de papier avec du sulfate de quinine et l’on obtiendra une image très satisfaisante, quand l'œil ne pouvait rien discerner. La reproduction des vieux palimpsestes à pu être faite par la photographie avec grande précision, parce que l’ancienne encre, quoique effacée, avait des propriétés photogéniques différentes de celle du papyrus.
À la Salpêtrière, nous avons observé un fait qui mérite d’être rapporté el qui montre bien les propriétés spéciales de la plaque photographique dans certains cas.
Notre maître M. Charcot voulant prouver que, chez les hystériques, le point qui provoque le réveil dans le sommeil hypnotique est bien l'ovaire, avait fait l'expérience suivante : Une hystérique en état de grossesse était plongée dans le sommeil bypnotique ; on recherchait alors le point de l'abdomen sur lequel la pression provoquait le réveil et on le marquait avec une goutte de teinture d’iode. S1 Les prévisions de M. Charcot étaient justes, comme les ovaires remontent constamment pendant la grossesse, on devait constater sur les clichés faits tous les huit jours l’ascen-
sion des points en question. C'est ce que la série d'épreuves