CHAPITRE III. — PHOTOGRAPHIE PENDANT LA VIE
très instructifs, car sur l'épreuve on a la constatation d’un mouvement et l'indication même de son intensité.
Nous croyons donc qu’en ce qui concerne les tremblements, les phénomènes du même ordre, il y aura intérêt à obtenir sûrement et volontairement des épreuves comportant un flou relatif. La valeur de ce flou sera réglée d’après le plus ou moins de rapidité
du m ouvement observé .
Fig. 28.
Tout ce que nous venons de dire s’appliquera intégralement à la reproduction des attaques d’épilepsie ou d’hystérie.
Dans toutes les hypothèses dans lesquelles il sera nécessaire de reproduire le malade en action, la Photographie interviendra naturellement. Il est évident que, au point de vue de l’analyse du mouvement observé, il sera toujours plus avantageux d'obtenir une série d'épreuves successives, qui en représenteront toutes les phases par la méthode photochronographique dont nous parlerons plus loin. Cependant des épreuves instantanées, prises isolément, donneront déjà des documents qui sont loin d’être négligeables. Voici, par exemple, un malade atteint de paralysie agitante
(fig. 28); on remarque son attitude caractéristique dans la station debout, attitude que nous avons décrite précédemment; puis, le voici en pleine marche, le pied droit posé à terre, la jambe gauche arrivant près du sol; son attitude, pendant la marche, est tout à fait Lypique et diffère notablement de la marche normale; tout le haut du corps et la tête sont fortement penchés en avant, les bras collés le long
comme on le voit, est tout à fait particulière et le dessin que nous
du corps, les jambes raides et tendues. Cette démarche,
en donnons, d’après une de nos photographies, rend bien la chose.
Dans l'étude de la grande hystérie, on rencontre une série d'états particuliers, tels que la léthargie, la catalepsie, le somnambulisme, où l’on constate des phénomènes passagers qu'il est du plus haut intérêt de reproduire au moment même où ils ont lieu. La Photographie permettra d’en conserver une image durable et de les étudier ensuite à tête reposée.
On sait que chez les hystériques tout bruit violent et inattendu provoque la catalepsie; seulement, les divers malades prennent des attitudes totalement différentes, mais qui sont en général les mêmes pour chacun d’eux. On n’a pas encore trouvé la valeur clinique de cette attitude particulière chez chaque sujet, mais peutêtre existe-t-elle, et à coup sûr, en réunissant. un grand nombre d'épreuves de ce genre, on arrivera certainement à des résultats intéressants.
Voici la reproduction d’une photographie faite à la Salpêtrière (Jig: 29).
Les h; stériques ont été amenées devant l'appareil sous le pré-
texte de faire faire leur portrait. À ce moment, un coup de gong a été donné et elles sont toutes tombées en catalepsie, ainsi que le montre le croquis fait d’après l’épreuve par le D' Richer.
Dans ce cas particulier, on peut poser le temps voulu, car dans
l’état de catalepsie le malade présente une immobilité presque
complète. Cependant, bien que l'attitude soit conservée pendant
un temps relativement long, il y a fatigue générale des muscles en g,1l) gue £
action et des épreuves prises, à un certain intervalle, montreraient
d’une manière manifeste le fait en question.
Dans cette même période de l’état cataleptique, on peut pro-
CHAPITRE III. — PHOTOGRAPHIE PENDANT LA VIE. 91 duire des phénomènes excessivement intéressants et qui ont été étudiés avec grand talent par le D' Richer.
Si l’on vient à donner aux membres supérieurs de la malade une
attitude expressive, ces gestes se trouvent complétés par l'expression de la physionomie. Ainsi, une attitude tragique imprime un air dur à la physionomie, le soureil se contracte. Au contraire, rapproche-t-on les deux mains de la bouche comme dans l'acte d'envoyer un baiser, le sourire apparaît immédiatement sur les
lèvres. La réaction du geste sur la physionomie est manifeste et
l'on peut tour à tour, rien qu’en modifiant l'attitude des mains, voir se peindre sur la figure du malade l’extase, la prière, la colère, la tristesse, Le défi, etc.
Le phénomène peut être unilatéral et, si l’un des bras est porté en avant le poing fermé et l’autre amenant la main près de la commissure labiale, un des côtés du visage présentera l’expression de la colère et l’autre celle du sourire.
D'autre part Charcot et Richer ont eu l’idée de procéder d’une manière inverse et, au lieu d’agir sur le geste pour modifier la physionomie, ils ont recherché l'influence de la physionomie sur le geste.
Se basant sur les travaux de Duchenne (de Boulogne) qui avait
indiqué le premier l'influence de la faradisation localisée sur les
divers muscles de la face, ils ont répété ces expériences classiques sur des sujets cataleptiques. Les résultats différents ont été décisifs et du plus haut intérêt. En effet, dans les expériences de Duchenne, les muscles de la face entraient seuls en action, tandis que sur un sujet cataleptique, l’action du nerf faradisé se transmet au cerveau qui agit alors sur d’autres muscles de la face ou des membres, de telle façon que l'expression plus ou moins nettement
indiquée par la faradisation du muscle est complétée.
Fig. 30. Fig. 31.
Faradisation du muscle orbiculaire Faradisation du muscle frontal palpébral supérieur (courant fort). (courant fort).
Nous donnons une série de croquis exécutés d’après nos photographies et montrant l’attitude prise par le malade sous l'influence de la faradisation des principaux muscles de la face (Jig. 30, 31, 32 el 33).
Il est à remarquer que, pour l'excitation d’un même muscle, l'expression varie suivant l'intensité du courant et, en augmentant
celui-ci d’une manière régulière, on voit le phénomène se produire
progressivement.
LoNDE. — Photographie médicale. PI. VI
Faradisalion progressive du muscle frontal chez une hystérique dans la catalepsie. P. 93.