DE L’ATELIER VITRÉ ET DE L’ATELIER MOBILE
L’Atelier vitré.
L’atelier vitré étant destiné surtout à faire des portraits, il est nécessaire d’y rechercher la qualité de la lumière beaucoup plus que son intensité. Ce sont là deux manières d’ôtre fort différentes du même phénomène. Il n’est personne qui, à certains jours, n’ait trouvé la lumière fatigante, tandis qu’en d’autres, l’œil embrasse avec le plaisir d’une perception bien nette les objets qui lui sont soumis. Cette variété d’impressionaisémentconstatée sur la nature inanimée est plus accusée encore sur les traits du visage; les récentes installations d’éclairages électriques la rendent sensible à tous ceux auxquels l’observation plus délicate de la lumière solaire n’est pas familière.
Nous reviendrons tout àl’heure sur çette question. Mais disons d’abord qu’afin d’éviter toutes'les difficultés que cause à l'opérateur la variation de l’intensité lumineuse,
nous conseillons de ne recevoir dans l’atelier que la lumière venant du nord. Un seul côté de l’atelier, et la moitié de la toiture seront vitrés ; ils seront orientés de telle sorte que la paroi et le versant de la toiture vitrés soient exposés en plein nord.
Rien ne peut exprimer la fatigue et l’ennui que causent autant à l’opérateur qu’à la personne qui pose, la recherche d’un bon éclairage. Or si, à chaque heure du jour, la lumière se modifie dans l’atelier, et qu’il faille sans cesse manœuvrer rideaux ou écrans, on perdra beaucoup de temps et l’on arrivera très-rapidement à lasser la patience de son modèle. L'infortuné ne perdit-il pas patience que les traits de son visage, altérés par l’attente, n’auraient plus les lignes reposées de l’état normal. Tous les photographes savent combien la ressemblance est mieux obtenue lorsque le client est saisi à T improviste, avant que l’intention de jioser n’ait faussé son attitude habituelle.
Le seul moyen d’arriver rapidement à la détermination d’une pose est de connaître admirablement les jeux de lumière de l’atelier, et on ne peut les connaître qu’en ayant un jour aussi égal que possible; ce jour, nous le répétons, la lumière du nord peut seule le donner.
Toutes les surfaces vitrées doivent être garnies d’un double rideau, rideau blanc et rideau bleu glissant chacun sur une tringle distincte. Lorsque le ciel est couvert de nuages, on emploie les rideauxblancs seulement; si le soleil donne, ce sont les rideaux bleus qui produisent l’atténuation de lumière voulue. Les rideaux ne doivent pas être d’une seule pièce, il est utile qu’ils soient divisés en portions d’un mètre à un mètre et demi de largeur, de façon à ce qu’il devienne aisé de faire tomber la lumière soit plus, soit moins près du modèle.
Revenons sur la qualité de la lumière fournie à l'atelier. Nous avons l’exposition nord, mais il est possible
que devant la surface vitrée se trouvent des arbres verts, des sapins par exemple ; il est possible que, lui faisant vis-à-vis, se trouve une maison très blanche; autant de causes pour modifier la nature de la lumière dans l’atelier. En effet, les sapins l’obscurciront en lui donnanlune coloration fâcheuse, tandis que la maison blanche, forcément au midi puisque nous sommes au nord, projettera des reflets d’une in tensi té variant sans cesse sui van t la position du soleil. C’est une des raisons pour lesquelles les ateliers photographiques sont toujours haut perchés afin de n’ètre influencés par aucun voisinage incommode.
En contradiction avec ce qui précède nous devons dire que depuis quelque temps, certains photographes vitrent leurs ateliers sur toutes faces et, par d’habiles dispositions de rideaux obtiennent des effets lumineux, des ombres, des reliefs très remarquables ; mais il faut faire de la photographie un métier, y travailler chaque jour pour arriver à connaître un atelier ainsi exposé et en tirer d’heureux résultats.
Le mobilier de l’atelier varie suivant le goût de son constructeur. On y place de petites tables, des tronçons de colonnes, des jardinières pleines de fleurs, des statuettes sur leur socle. Un meuble indispensable est le fond qui garnit toute la partie postérieure de la pièce, et sur lequel doivent se détacher les figures. On trouve dans le commerce des fonds représentant des paysages, des panneaux de boiserie, etc., etc. Les plus simples peuvent être faits sur place, soit en peignant le mur (couvert d’un enduit bien lisse) en couleur grisaille mate, soit en tendant une toile sur un châssis en bois, et la faisant peindre à trois couches de cette même nuance.
La toile doit être d’un seul morceau, sans pièces ni coutures, et la teinte y être bien uniformément appliquée.
Avec un ou plusieurs fonds appropriés au goût de
chacun, lo second meuble nécessaire est un appui-tête, lien existe de deux sortes, l’un se fixe au dos d’une chaise, l’autre, scellé sur un lourd socle en fonte, consiste en tiges emboîtées et articulées les unes dans les autres de façon à pouvoir appuyer une tète ou un buste quelle que soit l’attitude du corps.
L'Atelier mobile.
Ce genre d’atelier infiniment moins dispendieux, consiste en une série de quatre panneaux en calicot blanc, tendus sur châssis ou cadres en sapin. Deux panneaux servent pour les parois verticales, des à côtés, un autre pour le fond, la quatrième se pose sur les trois autres en guise de toiture. Rien n’est plus simple que la construction de cett e sorte d’atelier ; il ne peut servir par les temps de pluie, puisque l’eau en traverserait aisément le plafond, mais il est excellent pour arrêter l’action du vent, ou modifier à volonté celle de la lumière. Puis, il e'st si léger qu’on le monte et démonte en quelques minutes ; quelques clavettes ou crochets à manœuvrer pour l’assemblage des panneaux, deux ou trois rideaux bleus à glisser sur des fils de fer tendus contre les parois, sous la toiture, un tapis à dérouler sur le sol, etl’on a un atelier qui, par les beaux jours, donne d’aussi bons résultats qu’une construction en fer et vitrages. Nous avons vu des amateurs obtenir dans cette très élémentaire installation d’admirables portraits. Il suffit d’avoir près de son logis un jardin ou une cour pour y monter cet abri peu coûteux.
Dans l’un ou l’autre atelier on doit s’étudier non-seulement aux poses simples, naturelles, mais aussi à celles qui font le mieux valoir le caractère distinct que chacun de nous trahit en ses allures. Un homme portant uniforme
ne peut avoir les attitudes lâchées ou fantaisistes qu’autorise jusqu’à un certain point la vareuse du canotier ou l’habit du chasseur. Une jeune fille ne s’abandonne pas aux inflexions allanguies d’une femme en pleine possession des charmes de la faiblesse féminine. Nous ne faisons qu’indiquer à grand traits tout un ordre de conceptions dont le bon goût des opérateurs pourra faire valoir les nuances à l’inlini.
Il est plus difficile encore de faire comprendre quels jeux de lumière doivent être mis en œuvre. L’habitude de la peinture pourrait seule en donner la notion, car il n’est pas de règle précise à cet égard.
Cependant, on peut dire d’une manière générale que la lumière trop régulièrement épandue sur une figure lui enlève la valeur des modelés, tandis que des ombres projetées brutalement en accentuent trop le relief. Telle : une tète dont l’arcade sourcillière est assez saillante pour noyer de bistre l’orbite de l’œil ; si on faisait prendre à ce visage une pose inclinée, le regard serait perdu dans l’ombre: il faudra donc faire tenir la tête aussi droite que possible, la rejeter même en arrière pour mettre en lumière l’encavement de l’œil.
Les joues sont-elles creuses, on ne devra pas trop accentuer la pose dite de trois-quarts qui ferait désagréablement ressortir l’importance des pommettes.
Il est souvent avantageux d’assombrir le modèle par les rideaux bleus, et de ne projeter sur lui que la lumière qui vient du plus lointain de l’atelier. Un réflecteur en papier argenté ou en toile bien blanche sert à opérer cette projection. Les réflecteurs photographiques sont généralement composés d’un panneau ovale ou rectangulaire, tendu sur châssis en bois léger et supporté par un double pied dans lequel il se meut de façon à prendre toutes les inclinaisons nécessaires. Le genre d’articulation employé est celui, bien connu, de certains miroirs à barbe.
On use fréquemment depuis quelques années d’une sorte d’éclairage dit à la Rembrandt. Il s’obtient en couvrant de rideaux toute la partie de l’atelier comprise entre le modèle et l’objectif, et en laissant la plus grande somme de lumière derrière le visage. En faisant avancer ou reculer plus ou moins la tête, on met en jour plus ou moins du profil, ce qui fait singulièrement valoir la netteté des contours.
Il est une excellente méthode pour se familariser avec les effets de lumière que peut produire le jeu des rideaux dans un atelier.
Elle consiste à faire poser sous toutes faces une statue en plâtre stéariné. On choisit, autant que possible, un sujet bien mouvementé; la Baigneuse d’ Allegrain, le Laocoon antique ou le Torse du Belvédère par exemple ; puis on l’éclaire tantôt de face, tantôt de flanc; on lui donne le jour de haut, de bas ou de l’arrière. C’est un plaisir de voir combien le moindre changement dans la projection des ombres, peut accentuer ou neutraliser le modelé, faire saillir la musculature, brillanter de luisants les rondeurs, affadir ou rehausser la nudité d’un beau corps. En ceci, non-seulement les rideaux, mais surtout les réflecteurs jouent un 'rôle important ; parfois il est utile de border d’ombre certains contours avec un pan d’étoffe rouge, dont le reflet seul suffit à mettre en valeur les parties mieux éclairées du modèle.