CHAPITRE III
L’étendue de la surface de la terre recouverte par l’eau est immense, si on la compare à la portion émergée qui représente les continents.
— Que connaissons-nous de la portion du globe cachée sous les mers et les océans? — Fort peu de chose, en vérité.
Excepté dans le voisinage immédiat du bord de l’immense cuvette, qui peut être exploré à l’aide d**s embarcations de pêche, les documents que les naturalistes ont eus à leur disposition sont restreints, et leurs moyens de recherches rudimentaires.
Un rapide coup d’œil rétrospectif est nécessaire pour nous faire comprendre l’état actuel de la science.
Les anciens ne connaissaient que très peu de chose sur la mer; les moyens primitifs de navigation qui les exposaient à tant de dangers leur faisaient justement redouter toute exploration maritime.
Les divers problèmes qui se sont posés à notre époque sur l’origine des océans, la direction des courants, le degré de salure aux diverses profondeurs, le genre de vie et l’aspect des habitants du monde sous-marin, n’avaient guère suscité l’attention des anciens.
Aristote, qui avait décrit un grand nombre de formes animales marines, fut le premier à se préoccuper de
quelques-unes des questions que nous venons d’énoncer. La salure de la mer, en particulier, l’avait intéressé, et il avait cherché à l’expliquer par quelques observations directes. Après lui, la curiosité un instant éveillée s’assoupit de nouveau; les observations directes sont abandonnées, et les auteurs, dont les travaux sont parvenus jusqu’à nous, ne font que copier Aristote, en le défigurant.
Pendant tout le moyen âge, la nuit est complète; la spécialisation des recherches, dans le sens moderne du mot, était inconnue de ceux qu’on a appelés les philosophes. Cependant, à partir du xvi° siècle, la curiosité commence à s’éveiller; mais ce n’est qu’au milieu du xvui0 siècle que deux naturalistes italiens utilisent la drague pour recueillir des spécimens d’animaux vivant dans l’eau salée.
L’engin employé dans leurs recherches était, en effet, l’instrument grossier qui sert à draguer les huîtres.
En 1779, un Danois, Otho F. Muller, inventa une drague destinée spécialement aux recherches zoologiques. Elle lui fournit une riche moisson, et l’énorme abondance des formes marines vivantes, la variété de leur aspect et de leurs couleurs, frappèrent vivement les naturalistes contemporains; puis vint, en 1805, le voyage autour du monde du naturaliste français Pérou, qui apporta des connaissances toutes nouvelles sur les formes marines exotiques.
Si les connaissances étaient encore bien incomplètes, l’essor des théories n’en était que plus aisé.
Chacun saitqu’il est plus facile de mettre en équilibre un trépied qu’une table reposant sur quatre pieds; il en est de même pour les théories : moins il y a de faits pour les étayer, plus il est commode de leur donner
une apparente solidité; mais quand de nouveaux faits sont mis en lumière, gare à l’équilibre! On s’aperçoit qui1 les théories sans fondement chancellent et sont erronées; c’est ainsi que Péron, partant d’observations incomplètes, se figurait qu’à partir d’une certaine profondeur le fond de la mer était tapissé par une couche continue de glace, et il fallut de nombreuses recherches et de nombreux voyages pour mettre à néant cette fausse hypothèse.
Plus récemment, les recherches s’étant multipliées, on était . arrivé à se convaincre que, loin d’être glacé, le fond de la mer était occupé par das couches d’eau à une température sensiblement au-dessus de zéro.
Cependant les théories n’avaient fait que changer, sans atteindre encore la vérité.
C’est ainsi que, vers 1840, Forbes, dont les recherches en zoologie oui pourtant beaucoup contribué à élargir le champ de nos connaissances, arrivait à sa distribution bathymétrique de la vie sous-marine et établissait l’existence de plusieurs zones, la région littorale, la région des laminaires et la région des corallines.
A partir de la première région, selon le savant naturaliste, la vie diminuait peu à peu d'intensité, el les formes animales devenaient plus rares.
Au-dessous de 300 brasses environ, la vie s’éteignait définitivement, et il n’existait plus d’êtres organisés.
L’idée de Forbes était fausse et, cependant, tous ses disciples, sans plus s’informer, l’adoptèrent d’enthousiasme et l’encadrèrent de tout un cortège de preuves théoriques, en oubliant que les observations dans les sciences naturelles préparent quelquefois d’étranges surprises.
A celle époque, on se fût moqué du naturaliste qui
aurait soutenu que des êtres organisés pouvaient vivre dans les grands fonds :
L’énorme pression, l’obscurité absolue qui devait régner dans les abîmes, montraient clairement l’absurdité d’une telle opinion;... et pourtant, malgré toutes ces raisons convaincantes, le fond des mers est peuplé et très peuplé d’animaux.
C’est ce que devaient démontrer, péremptoirement, les recherches ultérieures. Les excursions scientitiques qui, pendant un certain temps, avaient été exclusivement dirigées vers le pôle, avaient pris un but pratique et précis.
Les machines à sonder se perfectionnaient, et des formes animales fortement discutées, il est vrai, étaient ramenées à la surface.
La série des théories erronées n’était cependant pas close, et l’on allait passer d’un extrême à l’autre ; en 1860, on déclarait que le fond de la mer était entièrement tapissé par une matière vivante, à laquelle Huxley donnait le nom de Bathybius.
Il fallut des recherches et des analyses nombreuses pour se convaincre que le soi-disant organisme n’était qu’un précipité de sels de chaux obtenu par la réaction de l’alcool sur l’eau de mer.
L’industrie devait venir, une fois de plus, en aide à la science.
La télégraphie sous-marine contribua puissamment à compléter nos connaissances sur le fond des mers et des océans. Pour poser dans de bonnes conditions les câbles chargés de transmettre le courant électrique, les ingénieurs ont dû se préoccuper de la nature des fonds, de la profondeur et de la forme du profil sous-marin.
La rupture des câbles, qui pouvait ruiner les action-
naires, a été une bonne fortune pour les naturalistes et leur a permis dans plusieurs circonstances, d’étudier les animaux qui s’étaient fixés à la surface du fil conducteur, à une profondeur considérable.
Un intérêt matériel puissant se trouvant en jeu, les différentes questions de l’océanographie revinrent en faveur, et les observations de M. le professeur Pouchet sur la direction des courants, observations qui auraient mérité d’être conduites avec plus d’esprit de suite, attirèrent l’attention universelle.
Il serait trop long d’énumérer tous les voyages scientifiques qui ont en lieu depuis quelques années. On peut citer, entre autres, quelques belles expéditions’ françaises, telles que celles du Travailleur et du Talisman où de précieuses trouvailles zoologiques ont été faites ; nous les rappelons seulement pour arriver à la campagne scientifique anglaise du Challenger, qui, nous devons le reconnaître sans faux amour-propre national, a été la plus complète et la mieux conduite de toutes.
Avant la campagne du Travailleur et du Challenger, on savait que le fond des océans était peuplé, mais on ne connaissait qu’un petit nombre de formes appartenant, sans conteste, aux grandes profondeurs. .
Les naturalistes du Challenger ont eu le mérite de recueillir méthodiquement un grand nombre d’espèces inconnues, sinon insoupçonnées, et le mérite plus grand encore de les faire étudier par des savants compétents sans se préoccuper ni de leur origine ni de leur nationalité. C’est grâce à cette méthode scientifique que l’expédition a donné tous les résultats qu’on était en droit d’en attendre; c’est grâce à cette bonne organisation qu’à la suite du voyage du Challenger a pu être publié un ouvrage qui constitue l’un des plus beaux
monuments des sciences naturelles et qui est représenté par plus de trente volumes grand in-4°.
En dépit de tous les efforts, nos connaissances sur le véritable aspect du fond de la mer restent encore bien obscures, et l’on ne compte pas les lacunes qui restent à combler.
Cependant, à côté des études générales comme celles du Challenger, qui nous ont apporté de si précieux documents, on commence, depuis quelques années, à comprendre qu'il faut procéder méthodiquement et étudier en quelque sorte la mer régions par régions.
Ces études locales, par leur précision, contribueront dans une large mesure à étendre le champ de nos connaissances.
C’est ainsi, pour n’en citer qu’un exemple, que le prince de Monaco a organisé des explorations successives faites à bord de son yacht; chaque année, son outillage se perfectionne; chaque année, la moisson devient plus intéressante et les matériaux précieux, au lieu d’aller s’enfouir ignorés dans les vitrines d’un musée, sont d’abord distribués aux savants compétents.
Ainsi s’est créée, sous l’habile direction du docteur Richard, cette publication qui, sans égaler encore celle du Challenger, est pourtant un véritable monument scientifique.
Tandis que les laboratoires étrangers étudiaient principalement les animaux qui vivent soit à la surface de l’eau, soit dans les profondeurs, sans contact direct avec la côte, certains laboratoires français se sont adonnés plus particulièrement à l’étude des fonds.
C’est ainsi, par exemple, que M. Pruvot a étudié pendant plusieurs années les environs du laboratoire Arago et est arrivé aux données importantes qui servent d
conclusion à son mémoire sur les fonds sous-marins de la région de Banyuls1.
Nous les reproduisons plus bas, non seulement parce qu’elles nous intéressent particulièrement au point de vue du sujet, mais aussi parce qu’elles marquent une étape dans l’étude des sciences naturelles.
« Dans la région de Banyuls, dit le savant professeur de Grenoble, les fonds sous-marins se laissent- diviser en trois zones principales :
« 1° Zone littorale, caractérisée par ce fait que l’agitation continuelle des eaux y empêche le dépôt ou tout au moins le séjour de la vase pure, c’est-à-dire des sédiments argileux dont les particules ne dépassent pas Ümm,01.
« Elle est formée partout de roches et de galets roulés sur le prolongement des caps, et dans leurs intervalles, de sable et d’éléments roulés, qui continuent sous les eaux le sable des plages émergées. Dans les endroits abrités, où le sable est tin et tassé, il se recouvre d'herbiers, prairies de zostères, qui n’atteignent nulle part dans la région un grand développement. A leur limite contre la roche, ça et là des amas concrétionnés d’origine animale représentent les fonds coralligènes de la région de Marseille.
« D’où quatre faciès différents2 : roche vive couverte d’algues, sable pur des plages, herbiers et fonds coralligènes.
« Cette zone, dans son ensemble, n’a guère plus d’un demi-mille de largeur moyenne. Sa limite inférieure, qui se trouve à 15 mètres au plus, eu face des plages
1 Archives de zoologie expérimentale et générale , 3" série, t. II. 1893.
3 Les trottoirs d’algues calcaires qui protègent la roche contre l’érosion n’appai tiennent pas, à proprement parler, à cette zone: ils sont presque constamment au-dessus du niveau de l’eau (Note de M. l’ruvot).
du Roussillon et de Rosas, descend progressivement des deux côtés, de plus en pins profondément, vers la pointe du cap de Creus, où elle atteint 70 mètres environ.
« 2° Zone côtière ou du plateau continental, vaste plateau peu accidenté et peu incliné, descendant jusqu’à 250 mètres de profondeur, en moyenne, limité par un talus à pente raide. Il est occupé par la vase côtière, qui passe insensiblement, vers le bord du plateau, aux sables et graviers du large.
« La vase côtière, gris jaunâtre, colloïdale, a la composition ordinaire des marnes; c’est un silicate d’alumine ferrugineux, renfermant du carbonate de chaux et un peu de carbonate de magnésie et de matières organiques.
« Elle est mélangée d’une petite portion de sable très lin, dont les éléments, peu ou pas roulés, ne dépassent guère 0mm, l. Ces éléments sont ceux qui dominent dans les roches ordinaires de la côte, quartz, orthose, mica, avec quelques grains de zircon, grenat, etc.
« Les sables et graviers du large sont à éléments beaucoup plus volumineux et roulés. Ils sont, en certains points, ainsi que les tubes de Serpuliens et les débris de coquilles qu’ils renferment en abondance, agglutinés par un ciment calcaire ferrugineux, et forment des bancs eoncrétionnés rocheux redoutés des pécheurs (Runie, Cannalots, Ouillals).
« En outre, la roche véritable perce, par endroits, le manteau de sédiments meubles qui recouvre tout le fond.
« Le plus grand nombre de ces rochers épars est ordonné en une bande courant du sud au nord, le long de la moitié méridionale de la côte du Roussillon. Ils
représentent les sommets rasés d’un petit chaînon sous-marin des Albères.
« 3° Zone profonde, caractérisée par la vase profonde, fine, gluante, qui couvre tous les grands fonds et remonte jusqu’à l’isobathe de 250 mètres en moyenne.
« Au point de vue topographique, la pointe du cap de Creus divise le plateau continental en deux portions différentes, séparées par la profonde échancrure du rech du cap; un plateau septentrional, qui n’est que la terminaison ouest du grand plateau, qui occupe tout le golfe du Lion, et un plateau méridional, s’étalent autour du golfe de R osas.
« Le plateau du nord présente des caractères particuliers :
« 11 est essentiellement formé de sables et de graviers, et le diamètre des éléments décroît du rivage vers le bord du plateau ; près de la côte on rencontre, en abondance, des dragées de quartz et des plaquettes arrondies de gneiss ou de schistes enfoncées sous la vase qui les recouvre; plus loin des graviers grossiers; enfin du sable fin qui forme les plateaux Roland et du Ralandrau. Ces éléments sont ceux des roches qui constituent les montagnes de la région.
« La vase côtière qui ne recouvre ces dépôts que jusqu’au point où ils arrivent, à une centaine de mètres de profondeur, n’atteint pas le bord du plateau.
« Le bord du plateau présente d’abondantes concrétions, dues à un dépôt chimique ferrugineux et manganésifère, cimentant les éléments minéraux et les débris animaux, indice d’un repos actuel des eaux, qui contraste avec l’aspect roulé des éléments conglomérés.
« Le bord du plateau ne forme pas une falaise rocheuse, mais un simple talus sableux, qui présente par endroits une pente de 20° au maximum.
« Il est découpé par plusieurs échancrures étroites et profondes (redis), dont le fond peu incliné est compris, quelle que soit leur longueur, entre 600 et 700 mètres. Une au moins, la plus importante, le rech Lacaze-Duthiers, commence par une masse rocheuse, la roche Fountaindrou, à demi noyée dans les sahles du plateau, et qui doit représenter aussi un sommet d’une digitation sous-marine des Albères.
« D’après cela, les courants actuels étant manifestement incapables de transporter au loin des matériaux relativement lourds et volumineux, comme ceux des sables et graviers qui forment tout le plateau continental, il faut admettre que la formation du plateau doit remonter à une époque antérieure à l’époque actuelle.
« Les puissants cours d’eau de la période diluvienne ont charrié à la mer les matériaux arrachés à la région qu’ils traversaient. Ceux-ci ont comblé le fond du golfe primitif, qui est devenu la plaine d’alluvions du Roussillon et ont formé, plus au large, sous les eaux plus profondes, le plateau continental actuel, qui en est la continuation directe.
« Le bord du plateau n’est que le talus d’éboulement de ces dépôts. Les échancrures qui le découpent, en particulier, tout au moins le rech Lacaze-Duthiers, doivent être dues à la saillie, au-dessus du fond marin primitif, d’un sommet montagneux prolongeant sous la mer les chaînes delà côte, qui a divisé le courant d’apport et empêché les sédiments de se déposer en arrière de lui.
« Puis, à l’époque actuelle, quand, à ces grands phénomènes de transport, ont succédé des temps plus calmes, le repos des eaux a permis le développement d’organismes délicats, les précipitations chimiques qui ont cimenté par places les débris et ont donné naissance à
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ces bancs rocheux et à ces concrétions que nous avons trouvés un peu partout à la surface et au bord du plateau.
« Les rivières actuelles, restes dégénérés des violents torrents quaternaires, ne charrient plus maintenant que des sédiments fins, qui se déposent bien avant le bord du plateau et constituent la vase côtière qui recouvre, près du rivage, les graviers et les sables précédents.
« 11 est à remarquer que. dans toute la traversée du golfe du Lion, la vase côtière n’arrive nulle part jusqu'au bord même du plateau; elle en est toujours séparée par une large bande de sable, signalée déjà par Delesse.
« Enfin, à l’autre extrémité du golfe, là où les grandes profondeurs se rapprochent de nouveau du rivage, vers le cap Sicié, la disposition et la nature des dépôts sous-marins paraissent être exactement les mêmes : un plateau sableux à talus raide, la falaise Peyssonnel, et à bord découpé de deux côtés du banc des Blanquières par des recbs dont le fond est également de 600 à 700 mètres.
« Il est donc au moins vraisemblable que les mêmes phénomènes se sont succédé, là aussi, dans le même ordre, et que tout le golfe du Lion a été envahi d’abord par des apports diluviens, revêtus en partie, ultérieurement, d’une nappe de vase fine qui continue à s’épaissir peu à peu.
« Le plateau méridional espagnol qui prolonge au large le golfe de Rosas, étendu du cap de Creus au cap Saint-Sébastien, a un contour plus régulier que les profondes échancrures du plateau français. Son bord, sauf dans la partie nord, contre le rech du cap, est
moins nettement accusé; la profondeur croît régulièrement vers le large, et la vase côtière y passe insensiblement à la vase profonde sans bande de sable interposée.
« La vase profonde qui remonte le long de tous les talus jusqua l’isobathe de 250 mètres en moyenne, appartient, comme tous les sédiments profonds de la Méditerranée, aux dépôts terrigènes.
« Elle tire donc son origine d’éléments enlevés du rivage. Elle a sensiblement la même composition partout dans notre région et se rapproche, par la proportion relative de ses divers éléments minéraux, de la vase côtière du plateau méridional espagnol, plus que de celle du plateau français.
« Elle occupe tous les rechs de celui-ci; elle envahit aussi le bord du plateau continental en se mêlant aux sables du plateau Roland et du Balandrau. Sa limite d’extension dessine, dans son ensemble, une ligne courbe à concavité ouverte vers le sud-est, et, le long de cette ligne, on la voit passer au fond des rechs à une vase plus bleue, qui paraît d’àge plus ancien, d’après sa compacité, la réduction avancée du fer, par les matières organiques à son intérieur, d’après ce fait aussi qu’on rencontre à sa surface des concrétions, des graviers, etc., éboulés du bord du plateau continental et jamais recouverts de vase nouvelle.
« Si l’on ajoute à cela que la vase côtière du nord ne peut lui avoir donné naissance, puisque partout, dans le golfe du Lion, est interposée entre les deux une bande de sable que la vase côtière ne franchit pas, on aura de fortes raisons de croire que la vase profonde, dans toute notre région, a une origine méridionale.
« Elle tire peut-être son origine des dépôts côtiers du grand bassin limité par les rivages des provinces de Catalogne et de Valence, d’une part, et, de l’autre, par
les îles Baléares, qui, d’après les cartes, montre, entre autres, un vaste plateau vaseux autour de l’embouchure de l’Ebre.
« Dans ce cas, les courants qui ont amené les sédiments et déterminé le profil actuel du sol sous-marin, dans la région de Banyuls, auraient suivi successivement deux directions dominantes presque opposées.
« Des apports du nord-ouest auraient primitivement formé le plateau continental et continueraient à déverser à sa surface la vase côtière du nord ; un courant du sud-ouest amènerait jusqu’au bord du plateau et au fond de ses découpures les dépôts vaseux du sud. »
Ici se termine la longue citation que nous avons faite du mémoire de M. le professeur Pruvot sur les fonds sous-marins de la région de Banyuls. Elle suffit à montrer quelle importance ont les études locales , encore bien peu nombreuses, pour arriver à une connaissance complète des fonds de la mer.
Elle montre aussi la variété de ces fonds, avec lesquels les naturalistes n’ont, jusqu’ici, pris contact qu’avec des instruments que je qualifierai d’aveugles, plombs de sonde, dragues et engins divers.