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AMÉLIORATIONS APPORTÉES PAR FOX TALBOT FOUCAULT ET FIZEAU

Production de la couche sensible. — Une lame d’argent plane et bien polie, soudée à une lame de cuivre plus épaisse, servait de support à la couche sensible. La surface de l’argent était nettoyée avec grand soin; on la frottait avec du tripoli très fin et du rouge d’Angleterre, puis on la lavai t soigneusement à l’acide azotique faible, à l’eau et à l’alcool.

On l'introduisait, ainsi préparée et la face argent en dessous, dans une caisse ou cuvette de porcelaine portant, dans le fond, de l’iode en cristaux. On fermait ensuite la boîte et on laissait la vapeur d iode agir sur la surface argentée qu’elle attaquait uniformément. On retirait la plaque après un temps plus ou moins long, selon la température ambiante.

Quand elle avait pris un ton d’un beau jaune d’or, l’iodure d’argent s’était formé ; il était régulièrement réparti à la surface de l’argent et constituait la couche sensible.

Exposition à la chambre noire. — La vieille chambre noire de Porta avait été perfectionnée par Niepce ; elle fut rendue encore plus apte à sa destination par Daguerre, qui substitua tout d’abord à la lentille simple une lentille achromatique.

Plus tard même, un physicien allemand, Petzewall, employa un objectif double formé de deux lentilles achromaliques, fixées à une distance invariable l’une de l’autre, aux deux extrémités d’un même tube de cuivre. A l’aide d’une vis sans fin et d’une crémaillère, ce tube pouvait être déplacé tout d’une pièce, rapproché ou éloigné de la glace dépolie servant d’écran, de manière à rendre facile la mise au point.

Dans d’autres appareils, la lentille antérieure était rendue mobile par rapport à l’autre, au gré de l’opérateur.

La chambre noire de Daguerre se trouvait constituée par une caisse prismatique en bois, noircie à l’intérieur et posée sur un support à trois pieds ; elle pouvait tourner autour d’un axe vertical et être ainsi dirigée dans le sens de sa grande longueur vers un point quelconque de l’horizon. De plus, on pouvait lui donner une inclinaison quelconque, à l'aide d’une vis de réglage.

Dans la caisse prismatique, glissait à frottement doux, le long d’une rainure servant de coulisse, une caisse de même forme, qui permettait d’allonger ou de raccourcir à volonté l’appareil tout entier. On lui donnait une position fixe avec une vis de serrage.

La boite mobile était fermée à l’arrière par un châssis pouvant se mouvoir dans une glissière, de manière qu’on l’enlevait ou qu'on le replaçait sans difficulté. Dans le châssis, on plaçait la glace dépolie qui, après la mise au point, était exactement remplacée par la plaque sensible renfermée dans un châssis tout à fait pareil.

En avant de la glace dépolie, les châssis étaient fermés par un volet mobile que, de l’extérieur, on pouvait soulever à un moment donné pour laisser l’image de l’objet se former librement sur la plaque.

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A l’appareil ainsi agencé, Dagnerre donna son nom, il l’appela le Daguerréotype.

La description de l’appareil suffit pour faire comprendre comment s’effectue la mise au point.

L’obturateur qui ferme le tube de cuivre antérieur étant enlevé, on dirige l’axe de la lunette, qui porte l’objectif vers le point central de l’objet à reproduire, de telle sorte que cet axe soit à peu près perpendiculaire au plan tangent aiïx surfaces que l’on veut obtenir avec le plus de netteté. Puis, la tête recouverte d’une étoffe noire pour n’être pas gêné par la lumière extérieure, l’opérateur, en déplaçant, avec lenteur, soit la boîte mobile, soit l’objectif, arrive par tâtonnement à obtenir le maximum de netteté de l’image.

La mise au point est obtenue. L’obturateur ferme momentanément l’objectif; le châssis à verre dépoli est remplacé par un châssis identique contenant la plaque sensible.

On soulève alors le volet du châssis; on enlève l’obturateur, et dès lors la lumière agit et impressionne la surface sensible.

La durée de la pose est très variable; elle dépend de bien des circonstances : l’intensité de la lumière renvoyée par l’objet à reproduire ; la nature du sensibilisateur; la qualité de l’objectif ; le diamètre d’ouverture du diaphragme placé soit en avant de la première lentille, soit entre les deux lentilles.

Ces diaphragmes ont pour but la suppression d’une partie des rayons marginaux; ils procurent, par suite, une netteté plus grande de l’image.

En général, quand on veut procéder avec des chances plus grandes de succès, on a recours à des essais préalables qui permettent de fixer, dans les conditions où

l’on se trouve placé, la durée do pose la plus convenable.

Les plaques que Daguerre présenta à l'Académie des Sciences avaient exigé une pose de quinze minutes en plein soleil. Elles reproduisaient l’extérieur de maisons, de monuments... N'oublions pas que l’agent sensibilisateur utilisé dans ce cas avait été l’iodure d’argent.

Développement de l’image. — La pose terminée, si l'on examinait la plaque sensible à la faible lueur d'une bougie, on constatait que l’aspect de la surface sensible n’avait pas changé : même couleur, même état physique qu 'auparavant, en apparence, du moins.

L’image était latente.

Comment la dégager ? Comment la rendre visible?

A p rès bien des tentatives infructueuses, Daguerre eut une inspiration heureuse. Il eut recours au mercure. Probablement fut-il guidé, en cette occasion, par la connaissance d’une propriété du mercure : l’amalgamation facile de l’argent. En tout cas, voici comment il opéra :

Au fond d’une boite profonde dont la paroi inférieure était formée par une cuvette de tôle, il versa un peu de mercure. Il introduisit ensuite obliquement dans la boîte la plaque impressionnée. Celle-ci était maintenue là avec une inclinaison de 45° sur l’horizon, à l’aide de rainures creusées à cet effet dans la paroi de la boîte. On ferma la boîte avec son couvercle, et on porta de 50 à 60° la température du mercure, à l’aide d'une lampe à alcool placée en dessous. Une petite fenêtre fermée par une glace avait été ménagée dans la paroi antérieure de la caisse. Elle permettait à l’opérateur de suivre les progrès du développement sous l’action de la vapeur de mercure.

Quand le développement avait atteint le degré voulu (celui qu'avaient indiqué comme préférable des expé-

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rienccs antérieures), on retirait l’épreuve en la maintenant toujours dans l'obscurité.

L'image était, cette fois, dégagée, mais pas encore fixée.

Que serait-il arrivé si on l'avait abandonnée h l’action de la lumière ambiante?

Elle aurait totalement disparu au bout de peu de temps. Car les points de la plaque non atteints par la radiation lumineuse dans la chambre noire auraient été, cette fois, altérés comme les autres par la lumière diffuse, et le tout aurait pris une teinte uniforme.

Fixage de l’image. — Il suffit de la plonger dans un bain formé de volumes égaux d’eau et d’une dissolution saturée d’hyposulfite de soude. Ce sel jouit de la propriété, depuis longtemps connue, de dissoudre l’iodure d’argent. Tout l’iodure non altéré par la lumière disparaît donc dans le bain, et l’image demeure seule intacte et désormais inaltérable.

Daguerre avait ainsi obtenu du premier coup, d’une façon qu’on peut appeler directe, une image positive : car les blancs de l’image étaient dus à l'argent amalgamé et correspondaient, par suite, aux blancs de l’objet, et les noirs étaient produits par l’argent poli mis à nu et correspondaient aux noirs de l’objet; seulement l’image était renversée par rapport à l’objet.

La découverte de Daguerre fit sensation dans le monde de la science :

Arago, — alors secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, — dans un rapport demeuré célèbre, analysa, avec une compétence indéniable, les travaux des deux inventeurs, montra la haute importance des résultats acquis, pressentit l’avenir réservé à cette science nouvelle; et, avec une impartialité complète,

il tâcha de démêler la part d’invention qui revenait à chacun d’eux. Mais, dans une association comme celle de Niepce et de Daguerre, tout avait été mis en commun : idées, expériences déjà faites, aperçus plus ou moins justifiés par le succès. Il était impossible de ne pas attribuer un égal mérite à l’un et à l’autre des associés.

A la suite du rapport d’Arago, le Gouvernement français, convaincu de l'importance de l’invention, voulut qu’elle fût immédiatement livrée au public; il l'acheta en accordant à chaque associé une pension viagère de 4.000 francs, réversible par moitié sur la tète de leurs veuves.

La Daguerréotypie était créée et entrait dans le domaine public.

L’image daguerrienne a de réelles qualités. Quand la mise au point a été rigoureuse, les objets placés devant l’appareil sont représentés par un dessin très lin et avec des tons bien fondus. Ce qu’on lui reproche avec raison, c’est de manquer de relief. L’opposition des ombres et de la lumière est insuffisamment indiquée; l’image est trop piale.

Un reproche plus grave qui fut adressé à la méthode de Daguerre, c’est que la couche impressionnable à la lumière manquait de sensibilité; il fallait une durée de pose trop longue dans la chambre obscure. Gomment faire le portrait, si le sujet devait, sans bouger, rester exposé au soleil pendant plusieurs minutes?

Enfin on constatait que l’épreuve une fois terminée s’altérait à la longue quand elle séjournait dans une atmosphère humide qui renfermait des traces de vapeurs sulfureuses.

Le défaut de sensibilité, on en fut promptement maître.

PROCÉDÉ OPÉRATOIRE DE DAGEERRE

De nombreux chercheurs, parmi lesquels il est juste de citer Fox Talbot, Claudet, Foucault, Fizeau, se mirent à l’œuvre et ne tardèrent pas à trouver le moyen de raccourcir considérablement le temps de pose. Au lieu d’exposer la plaque d’argent à Faction unique de la vapeur d’iode, ils employèrent un mélange de vapeur d’iode et de vapeur de brome.

Plus tard on eut recours à la vapeur qu’émettait l’eau bromée, ou le bromure d'iode, ou la chaux bromée, ou le chlorure d’iode, et l’on parvint ainsi à ramener la durée de l’exposition dans la chambre noire à 10 ou 15 secondes, l'objet à reproduire étant placé à l’ombre.

Le plus important des progrès accomplis, en vue de l'amélioration de l’épreuve daguerrienne, fut due à Fizeau.

Après avoir fixé l’image à la façon ordinaire, il posait la plaque (face argent en dessus) sur un support horizontal, la recouvrait d’une dissolution d’hyposullite d’or et de soude, en mince couche, et la chauffait par dessous avec une lampe à alcool. On voyait alors l'épreuve se renforcer, prendre de la vigueur et du relief, et, en même temps, elle se recouvrait d’une très mince couche d’or, sorte de vernis transparent qui la mettait désormais à l’abri des gaz nuisibles.

La plaque daguerrienne, à la suite des perfectionnements que nous venons d’indiquer, eut un grand succès pendant une dizaine d’années. Elle était pourtant atteinte de deux vices radicaux, qui devaient la faire abandonner avant longtemps.

Le premier, c’est le miroitement insupportable que présente toute épreuve, même la mieux réussie, miroitement qui est dû à l’argent poli, mis à nu dans toutes

les parties qui correspondent aux noirs de l’image. Si l’on veut voir l’image dans son ensemble avec quelque netteté, il faut recourir à une série de tâtonnements, afin de donner à la plaque l'inclinaison la plus convenable par rapport aux rayons lumineux qui doivent l’éclairer.

C'est là, bien évidemment, un défaut inhérent au système et qu’on ne peut songer à faire disparaître.

Le second, c'est l’impossibilité où l’on se trouve, quand on possède une bonne épreuve, d’en multiplier à volonté les exemplaires. 11 faut chaque fois, pour chaque épreuve nouvelle, reprendre ab ovo la suite des mômes opérations, perdre par suite beaucoup de temps et courir le risque de ne plus produire que des images moins bonnes que la première.

L’idéal que l'on concevait et auquel le procédé de Daguerre ne pouvait donner satisfaction, c’est que Fépreuve-type , une fois obtenue , put servir , comme la planche de /’ imprimeur ou la plaque burinée du graveur , à la reproduction d' exemplaires identiques, en, nombre quelconque .

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